‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 43 sur 573 · JULLIEN DE PARIS — 1441 — JULLIEN DE PARIS · texte numérisé non relu

JULLIEN DE PARIS — 1441 — JULLIEN DE PARIS

fessions manuelles : Hillel et Akibah étaient Tendeurs de bois ; Josua ben Cliananiah était cloutier ; Isaac Napasclia, forgeron ; Jochanan Hassandler, cordonnier; Ncliémia Haccador, potier; Jchouda Chaïta, tailleur; Jclioudah Hannechtam, boulanger ; saint Paul était fabricant de tentes.

a Le travail est une belle chose ; il honore ceux qui l'exercent, » était le dicton favori de Rabbi Jéhoudah, et, joignant l'exemple au précepte, il portait lui-môme sur son épaule, en se rendant chaque matin à son Académie, l'objet qui devait lui servir de siège.

Instruction et travail, voilà donc, en résumé, tout le système d'éducation des docteurs du Talmud. C'est qu'ils savaient, ces maîtres si clairvoyants, que la culture intellectuelle jointe à l'amour du travail sera la force avec laquelle le peuple juif vaincra toutes les difficultés et brisera tous les obstacles. Et tous leurs efforts tendirent à pénétrer de cette vérité la nation entière. L'histoire atteste qu'ils réussirent. Sur tous les points de la terre où le destin les jeta, le premier soin des Israélites, fidèles aux préceptes des rabbins, fut d'organiser des écoles. Partout la moindre communauté eut son Betk hammidrasch^ partout la famille Israélite chercha sa joie et sa consolation dans l'étude de la Loi. Les Juifs ne connurent pas les ténèbres du moyen âge, et, si nous n'avions restreint notre sujet ï. ce qui regarde particulièrement les enfants, nous pourrions montrer ces Académies qui jetèrent un si vif éclat, à une époque où le culte des lettres et des sciences était encore chose inconnue da-ns la chrétienté. Nous montrerions, sans parler des communautés du Nord, Tolède, Grenade, Gordoue en Espagne ; Lunel, Béziers, Narbonne, en France ; Modène, Padoue, Gènes, Rome, en Italie. Au XIV* siècle, les derniers échos de ces écoles célèbres s'éteignent, mais l'amour de l'instruction ne s'éteint pas. Spinoza au xvii^ siècle, Moïse Mendelssohn au xviii*, prouvent de la manière la plus irréfutable quelle vaste et solide instruction continuait à se donner dans les familles juives <îcs conditions les plus diverses. [Joseph Simon.] JULLIEIV DE PARIS. — Marc-Antoine JuUien, dit de Paris, né le 10 mars 1776, mort le 4 novembre 1848, était le fils du conventionnel JuUien de la Drôme. Mêlé, de très bonne heure, à la polititiue militante, membre de la première Commission executive de l'instruction publiaue avec Payan * et Fourcade, de germinal à thermidor an II; attaché à l'administration de la guerre sous le Directoire, le Consulat et l'Empire ; auteur d'un très grand nombre d'écrits d actualité, dont plusieurs étaient des pamphlets; fondateur ou collaborateur actif de divers recueils politiques ou littéraires, il eut, jusque dans les premières années du gouvernement de Juillet, une existence très agitée. Jullien de Paris a publié sur l'éducation deux ou trois ouvrages qui, bien que passablement oubliés aujourd'hui, n'en gardent pas moins des qualités de bonne volonté et d'originalité qu'il serait injuste de méconnaître. Le premier en date est un Esmi général d'éducation physique, morale et intellectuelle, suivi d'un Plan d'éducation pratique pour l'enfance, l'adolescence et la jeunesse, dont il adonné deux éditions, la première en 1808, la seconde, revue et très augmentée, en 1835. Très difficilement réalisables dans la pratique, puisque l'auteur, cherchant à concilier les avantages de l'éducatio^i publique et de Téducation privée, voudrait que chaque instituteur ne fût pas chargé de plus de huit ou dix enfants, les principes éducatifs de Jullien de Paris, inspirés des doctrines de Locke, de Condillac et de Rousseau, devancent, quoi qu'il en soit, très singulièrement son temps et annoncent en les formulant bien des réformes qu'aujourd'hui encore nous avons grand'peine à réaliser.

Voici, par exemple, une page de VEssai grinérat d'éducation^ écrite, ne l'oublions pas, en 1808 :

« Quatre observations doivent présider au choix d'une méthode d'enseignement pour les enfants : » 1° On doit frapper les sens des enfants, puisque chez eux l'intelligence et la raison ne sont pas encore suffisamment développées. Les perceptions des sens bien dirigées sont le véritable moyen d'instruction adapté à l'enfance.

» 2» Il faut procurer aux enfants des occasiona d'amusement, de mouvement et d'action, pour leur rendre l'instruction plus agréable et plus salutaire. Leur âge a pour caractère distinctif une surabondance de vie et d'activité qui demande k être employée.

» 3° L'instruction mutuelle convient entre lea enfants ; on doit les former de bonne heure à s'entr'aider et à se communiquer les uns aux autres les choses qu'on leur enseigne, et qui doivent leur être communes. Les échanges et les services mutuels, dont ils doivent contracter l'habitude, sont la base de la morale et des relations sociales, et doivent entrer comme éléments essentiels dans l'éducation.

» 4° Le puissant ressort de Vémulation ne doit pas être négligé dans l'enseignement, mais doit être employé de manière que tous les élèves participent également à l'instruction, sans qu'il y ait de préférence marquée, ni des soins trop particuliers pour certains élèves, qui peuvent avoir plus de sagacité ou plus d'assiduité que leurs camarades. »

Et l'auteur poursuivant l'application de ces quatre principes dans une classe de petits enfants, nous voyons que, par exemple, il supprime Tépellation dans l'exercice de la lecture, a On peut, dit-il, épargner aux enfants le travail pénible et ennuyeux de l'épellation, en leur faisant connaître, au lieu des lettres, toutes les voix qui servent à composer les mots de notre langue. Il en coûte bien moins à l'enfant d'apprendre à, prononcer tout d'un coup une voix telle que 6a, que d'apprendre à prononcer séparément b, a, qui composent cette voix, et qui, pour l'épellation, ne font ba que conventionnellement. » Nous voyons encore que l'instituteur doit a montrer à lire et à écrire à la fois », formant sur le tableau noir les différents caractères de l'alphabet en même temps qu'il prononce les lettres et les mots... Que de nouveautés dans tout cela et de nouveautés hardies et heureuses !

Dans la seconde et la troisième partie de son livre, Jullien de Paris exposait une méthode ayant pour objet de régler le bon emploi du temps, et permettant ainsi, dans sa pensée, a de doubler ou même de centupler l'existence de l'homme et ses moyens de bonheur »> ; pour en simplifier et en faciliter l'application dans la pratique, il plaçait sous les yeux du lecteur une série de tableaux synoptiques présentant la suite rationnelle et progressive des occupations depuis l'époque de la naissance jusqu'à l'âge de la virilité.

Ce plan de bonheur en tableaux, d'une conception assez singulière, a été développé à part dans un livre ayant pour titre : Essai sur l'e/nplot du temps, ou Méthode qui a pour objet de bien régler sa vie, premier moyen d'être heureux, destiné spécialement à l'usage des jeunes gens (1 vol. in-8, 1808, 1810, 1824 et 1829). Il y faut joindre l'J^e/jrfa général ou Livi-et pratique d'emploi du temps, avec des tablettes usuelles pour les six divisions principales dont se compose la vie de chaque individu dans la société (in-12, 1811, cinq éditions), et un autre livre conçu dans le même esprit et non moins systématique, baroque même dans son intitulé : le Biomètre, ou Mémorial horaire, servant à indiquer le nombre des heures données par jour à chacune des divisions; 1" de la vie intérieure et

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