‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 44 sur 573 · JULLIEN · texte numérisé non relu

JULLIEN

individuelle, considérée sous les rapports physique, moral et intellectuel ; 2" de la vie extérieure vt sociale (Paris, in-8 ou in-12, 1824). C'était, suivant le titre qui lui a été donné dans une édition publiée en Angleterre, « une montre morale. »

Dans l'avis préliminaire de sa seconde édition de VEssai gênerai d'édvcation, Jullien de Paris a écrit cette belle pensée : « Aimer les hommes est la première condition pour les former dans l'enfance et dans la jeunesse, pour les conduire et les gouverner dans l'âge mûr. » On peut juger, d'après cette idée qu'il se faisait du « ministère sacré » de l'instituteur, de quel enthousiasme il se prit lorsqu'il rencontra Pestalozzi. L'expression de cet enthousiasme fut un livre dont la première édition parut en 1812 et qui est le plus connu des écrits pédagogiques de Jullien de Paris : Esprit de la méthode de Pestalozzi (Milan, 2 vol. in-8). Il en a donné une seconde édition, sans changements notables, en 1842, plus de quinzt» ans après la mort de Pestalozzi, sous ce titre : Exposé de la méthode d'éducation de Pestalozzi, telle qu'elle a été suivie et pratiquée sous sa direction pendant dix années (de 1806 à 1816), dans l'institut d'Yverdon, en Suisse (1 vol. in-8, Paris, L. Hachette). L'édition de 1812 faisait connaître dans son ensemble l'œuvre de Pestalozzi à une époque où le seul document français relatif au grand éducateur était un livre publié à Lausanne par son compatriote Alexandre Chavannes {Exposé de la méfhode élémentaire de Pestalozzi, 1805), à une CDoque aussi où le régime éducatif de la France se concentrait, pour la jeunesse, dans les lycées quasi-militaires du premier Empire, et, pour les enfants, dans les écoles de l'institut des f.ères de la doctrine chrétienne. Malheureusement, Jullien de Paris, cédant à un besoin exagéré d'analyse, a surchargé son exposé de classifications et de sectionnements qui font disparaître sous les détails les quelques principes véritablement nouveaux et féconds que contient la méthode de Pestalozzi. Comme le lui dit très justement un article de la Revue de l'instruction publique critiquant l'édition de 1842, « la confusion naît de ces subdivisions multipliées qui rentrent les unes dans les autres. Au milieu des douze principes fondamentaux de la méthode, de ses douze caractères distinctifs, de ses douze moyens spéciaux d'exécution, de ses dix résultats généraux, les idées du lecteur se perdent et ses souvenirs se confondent. » Malheureusement aussi, dans son admiration pour le pédagogue d'Yverdon, l'auteur n'avait pas su distinguer suffisamment de l'excellente et profonde psychologie qui fait le fondement solide de la méthode pestalozzienne, ce qu'y ajoutait d'illusoire et d'impraticable la bonne foi naïve de Pestalozzi. Aussi le livre de Jullien de Paris n'eut-il, sous l'Empire, aucune action sur l'opinion publique. L'édition de 1842, publiée à une époque où l'on se préoccupait davantage des questions de méthodes, paraît avoir été plus remarquée.

Pour l'histoire des relations personnelles de Jullien de Paris avec Pestalozzi, V. l'article Pestalozzi.

En 1817, Jullien de Paris avait publié une brochure ayant pour titre : Esquisse et vue préliminaire d'un ouvrage sur l'éducation comparée (Paris, in-8 de 56 pages). C'était la reproduction d'une série d'articles donnés par lui au Journal d'éducation populaire, organe de la Société pour l'instruction élémentaire. Dans les premières pages de cette brochure, il s'exprimait ainsi : « La science de l'éducation, comme toutes les autres sciences et tous les arts, se compose de faits et d'observations. 11 paraît donc nécessaire de former pour cette science, comme on a fait pour les autres branches de nos connaissances, des collections de faits et d'observations rangées dans des tables analytiques qui permet-

tent de les rapprocher et de les comparer pour en déduire des principes certains, des règles déterminées, afin que l'éducation devienne nne science à peu près positive, au lieu d'être abandonnée aux vues étroites et bornées, aux caprices et à l'arbitraire de ceux qui la dirigent, et d'être détournée de la ligne droite qu'elle doit suivre, soit par les préjugés d'une routine aveugle, soit par l'esprit de système et d'innovation. Les recherches sur Vanatomie comparée ont fait avancer la science de l'anatomie. De même les recherches sur Vinstruction comparée doivent fournir des moyens nouveaux pour perfectionner la science de l'éducation, » Et il partait de là pour demander la création d'une commission spéciale d'édU' cation, « composée d'hommes chargés de recueillir par eux-mêmes et par des correspondants choisis avec soin les matériaux d'un travail général sur les établissements et les méthodes d'éducation et d'instruction des différents Etats de l'Europe rapprochés et comparés entre eux sous ce rapport »; d'un Institut normal d'éducation^ dans lequel les meilleures méthodes d'enseignement connues seraient successivement combinées et appliquées ; enfin d'un Bulletin d'éducation « permettant d'établir une communication périodique entre tous les hommes instruits, occupés de la science de l'éducation. » L'idée de Jullien de Paris ne trouva pas d'écho à cette époque ; mais il est certain qu'il y avait là plusieurs des éléments qui devaient entrer à notre époque dans la constitution du Musée pédagogique de Paiùs.

Il nous semble que toutes ces vues justifient suffisamment le souvenir que nous venons d'accorder à l'œuvre pédagogique de Jullien de Paris, œuvre mêlée et inégale, donnant trop à l'utopie et à l'esprit de système, mais honnête, libérale, et très réellement méritoire sur différents points. [Charles Defodon.]

JULLIEN (Marcel-Bernard). — Né à Paris, le 2 février 1798, mort en 1881, B. Jullien a représenté, pendant une longue suite d'années, avec une notoriété très justement méritée, l'enseignement grammatical à tous les degrés.

Fils d'un ancien professeur d'humanités au Prytanée de Saini-Cyr, il suivit avec distinction les classes du collège de Versailles, et débuta dans l'enseignement comme professeur de septième à Sainte-Barbe. Il professa ensuite la rhétorique dans différents collèges, revint quelque temps à Paris, puis exerça, de 1831 à 1835, les fonctions de principal au collège de Dieppe. Définitivement fixé à Paris, il prit les grades de docteur ès- Icttres et de licencié ès-sciences, et se consacra à de nombreux travaux d'érudition et d'enseignement.

Bernard Jullien a été l'un des membres les plus actifs et pendant longtemps le secrétaire de la Société des méthodes d'enseignement; de 1843 à 1850, il dirigea la Revue de l'instruction publique, créée en 1842 par nos éditeurs; pendant cette même période, il fut, pour l'enseignement de la langue française, le collaborateur assidu du Manuel général de l'instruction priiyiaire. Plus tard, quand Littré entreprit la publication de son grand Dictionnaire de la langue française, Bernard Jullien fut, avec Sommer, l'aide de tous les jours de l'illustre lexicographe. « Tous les deux, dit Littré dans sa préface, mettent au service du Dictionnaire leurs lectures, leurs expérience, leur savoir; et quand j'ai sous les yeux ces épreuves où sont consignées leurs observations et leurs critiques, je ne puis jamais assez me féliciter de leur zèle, de leurs lumières et de la sécurité qu'ils me donnent. » Littré écrivait cela en 1863 ; Sommer, depuis, est mort prématurément en 1866 ; Bernard Jullien, plus heureux, a pu conduire l'œuvre jusqu'au terme.

Il était de l'école, trop dédaignée peut-être au-

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