‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 441 sur 573 · THÉÂTRE D'ÉDUCATION · texte numérisé non relu

THÉÂTRE D'ÉDUCATION

2880 — MËWilfe'^D'êDWATlON

jurisprudence et notamment un arrêt de la Cour de Lyon du 5 août 1870 (affaire des héritiers Martin contre la ville de Lyon).

Mais il n'appartenait pas au législateur de trancher la question; elle a été réservée, comme elle devait l'être, aux tribunaux. [Ernest Cadet.]

THEATRE D'ÉDUCATION. — La forme dramatique plaît à l'imagination des enfants. Elle contente leur curiosité, leur amour du mouvement. Action et dialogue, n'est-ce pas l'essence de la plupart de leurs jeux? Qui n'a vu une petite fille converser avec sa poupée ? de jeunes garçons mettre en scène le récit ou la lecture de la veille? Qui n'a joui, au spectacle des marionnettes, de ces gaîtés épanouies? Qui n'a vu, au retour, des tentatives d'imitation et de naïves ébauches?

Les éducateurs ne pouvaient manquer de s'emparer de ces dispositions naturelles; et cela date de loin.

On trouve dans notre vieux théâtre des scènes où se trahit la volonté de parler à la jeunesse par la voix des personnages. Dans le Vieil testament (au vers 9401), Abraham et Sarah donnent au petit Isaac une double leçon de catéchisme. Dans le miracle de Saint Jean Chrysostome, le petit Jehan, 1 ocueilli par un prêtre charitable, est mené vers l'empereur et conduit aux écoles : « Car il est de si bonne cole, — qu'il apprendratant qu'on voudra, — et c'est par quoi mieux il vaudra — toute sa vie. » Ce dessein est plus apparent encore dans le miracle de Saint Pantaléon. Le jeune Pantaléon, fils du sénateur Ester, se trouvant « très appert », est mis en apprentissage, dès l'âge de quinze ans, chez maître Morin le médecin : « C'est des mires le meilleur maître. » Les premières scènes nous font assister à ses études médicales : on y trouve le programme et le type d'une vie d'étudiant en médecine au xye siècle. ^Cf. Collection des anciens textes français, chez Didot.)

Depuis la Renaissance, dans les collèges de l'ancienne université, on jouait, aux solennités scolaires, des tragédies composées par le poète attitré de la maison. Au collège de Guyenne, dont Montaigne fut élève, les maîtres sont tenus de composer « harangues, dialogues et come'dies ». Montaigne ne se souvenait pas sans plaisir {Essais^ I, 25) d'avoir joué les principaux rôles « es tragédies latines » de Buchanan et de Muret. A Paris, l'usage fut maintenu jusqu'au rectorat du bon RolUn, lequel jugea l'œuvre tragique trop ambitieuse et y substitua de simples pièces de vers latins {Traité des Etudes, IV). N'obéissait-il pas un peu à l'inspiration janséniste ?

Les congrégations enseignantes eurent aussi leur théâtre scolaire. Le sévère Oratoire admet la tragédie, les Jésuites admirent la comédie et le ballet à côté de la tragédie, au contraire de Port-Royal qui se refusa toujours à des jeux par lui condamnés.

Les représentations dramatiques, dans les collèges de laSociété de Jésus, avaient un grand éclat. Elles revenaient deux fois par an, aux fêtes du carnaval, à la distribution des prix. A Paris, au collège de Clermont (plus tard Louis-le-Grand), le roi, les princes ne dédaignaient pas d'y assister. Louis XIV, âgé de douze ans, voulut voir la représentation d'une Suzanne chrétienne, du père Jourdain. Il y revint plus tard, notamment le 6 août 1G98, pour un Charlemagne (en 'atin, comme la pièce de Suzanne), et l'affiche lui donne le titre de président [rege agonotheta). Les Jésuites faisaient jouer à leurs élèves tragédies et comédies, même des ballets. L'un d'eux avait pour sujet la Conquête de la Toison-d'or. Un autre était tiré d'une harangue latine du P. Porée, le ThéâtrCy école de ve?'tu : c'était un ballet pédagogique et moral.

Les Jésuites poursuivaient en cela un triple but :

former leurs élèves au beau débit, aux belles manières; les moraUser par la poésie; attirer aux fêtes scolaires tout ce qu'avait d'illustre la cour et la ville.

Quand M'ne (je Maintenon fonda Saint-Cyr, elle emprunta d'abord le procédé des Jésuites. Racine fut le poète de la maison. Il débuta par la tragédie enchanteresse d'Esther (1689). On en sait le succès; six représentations (M^e de Sévigné assistait à la dernière et nous l'a contée) n'épuisèrent pas le triomphe des jeunes actrices ni l'enthousiasme de la cour. Il fallut en rabattre. On s'émut, les scrupules s'éveillèrent, et la prudente directrice se hâta de tout faire rentrer dans l'ombre et le silence. Athalie (1691) fut jouée sans costume, devant le roi et quelques personnes de son intimité. Le théâtre d'éducation à Saint-Cyr était victime de son trop grand éclat. N'importe, il avait donné deux chefs-d'œuvre à la France.

Racine eut pour successeur Duché, qui s'employa à des adaptations de la Bible, et M^^ de Maintenon elle-même. Les Conversations et les Proverbes spécialement composés par elle pour les jeunes filles de Saint-Cyr sont un rare mélange du goût le plus fin et de la raison la plus solide. De tliéâtre, il y en entre aussi peu que possible; ni action, ni passion; mais des entretiens pleins de grâce, de sel et de cet enjouement sérieux qui est le propre de son esprit. Ce sont des peintures de caractères, des définitions morales, des thèses d'éducation développées en quelques scènes, avec beaucoup de charme et d agrément. Le roi s'y plaisait, et cinquante ans plus tard, quand Walpole visita Saint-Cyr, on lui en fit la surprise.

Au xviiie siècle, dans les collèges de Jésuites, malgré les prohibitions et les censures, les représentations dramatiques étaient dans toute leur gloire. Deux poètes s'y firent un nom : ce sont les pères Porée et Du Cerceau, auteurs tous deux d'un répertoire d'éducation. Outre les tragédies, on a du premier cinq comédies en prose, le Joueur, le Paresseux, l'Homme de plaisir, VAveuglement d'un père, les Vocations forcées. Le Joueur est la plus gaie de ces pièces et la mieux conduite, grâce à Regnard, de qui l'auteur s'inspire assez heureusement. Les Vocations forcées sont la plus curieuse par le sujet : c'est la critique directe des pères qui font de leurs enfants de mauvais magistrats et de mauvais prêtres.

On trouve aussi dans Du Cerceau de la morale à l'adresse des parents. Ce père, contemporain de Porée, enchérit sur lui: ses comédies sont en vers français, souvent négligés, parfois agréables et faciles. Deux pièces méritent d'être signalées: Le faux duc de Bourgogne, qui est le même sujet que celui de Sancho Pança dans son gouvernement de l'île de Barataria, et puis Esope au collège (1714). Un mot de cette dernière.

Le poète suppose que Xanthus affuble Esope scn esclave d'une robe de régent et lui donne autorité sur les écoliers du collège de Samos. D'aboi d accueilli par des risées, Ésope n'est pas long à se faire écouter, il use du pouvoir des fables. On voit d'ici le procédé : chaque leçon donnée par Esope se déguise sous un apologue. Par malheur, la plupart de ces fables sont médiocres de forme ; le plus fâcheux, c'est que l'auteur ne craint pas de refaire les propres fables de La Fontaine.

La première leçon d'Ésope est caractéristique. Il s'agit d'une leçon de finesse et de diplomatie. Il y a des cas où le plus sûr est de ne dire ni oui ni non, témoin Le renard à la cour du lion :

Ne soyez à la cour, si vous voulez y plaire,

Ni fade adulateur, ni parlpur trop sincère,

Et tâchez quelquefois d'y répondre en Normand.

Ainsi conclut La Fontaine (Liv. VII, fable 7), et

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