THÉÂTRE D'ÉDUCATION
THERY
Du Cerceau, empruntant le précepte, propose le renard pour modèle :
Belle Icçou, messieurs ; imitez ce qu'il fit.
Quelques principes de pédagogie ressortent des scènes suivantes. Avant tout, Esope veut qu'on étudie les naturels d'enfants, afin de les manier plus sûrement. Il défend de brusquer, d'attaquer de front les défauts trop enracinés : il est pour la tactique et les mouvements toui-nants. Un père lui amène son fils, le jeune Giinias, qu'il a surpris les dés en mains: c'est un joueur en herbe.» Qu'on lui rende le cornet et les dés », dit Ésope, et, se faisant provoquer au jeu par le jeune Clinias, il le dépouille de son argent et d'une partie de ses vêtements. La scène est amusante ; mais la morale est à deux tranchants. L'idée que Clinias pouvait être le gagnant et dépouiller Ésope se présente nécessairement à l'esprit et n'est pas sans péril. Car de supposer que les dés sont pipés et qu'Ésope gagne à coup sûr, c'est de toutes les hypothèses la moins acceptable.
Il y a quelques beaux vers dans cette pièce. En voici deux qui font honneur à Du Cerceau :
Mais dans cette jeunesse 'envisage la fleur et l'espoir de la Grèce.
Notons un personnage nommé Polymathès, type du précepteur qui ne cultive que la mémoire et fait de son élève un perroquet. Le personnage ne passa pas sans réclamation. On accusa la Compagnie de décrier ses rivaux et de se faire la part belle. Il est vrai que les méthodes de l'institut y sont célébrées en ces termes :
Vous savez comme on vit en ces lieux : Pour former la jeunesse on y fait de sou mieux. On n'épargne aucun soin, ou y met en usage Tout ce que la raison peut dicter de plus sage.
N'omettons pas de rappeler qu'en 1735, Voltaire faisait représenter au collège d'Harcourt sa tragédie de la Mort de César (rejouée sept ans plus tard au collège Mazarin), « pièce de ma façon, dit le poète, toute propre pour un collège où l'on n'admet pas de femmes sur le théâtre. »
Il y avait donc, par le fait des collèges et par celui de M™e de Maintenon, un théâtre d'éducation en France. M™e de Genlis, qui inventa le titre, crut inventer la chose. Son recueil se compose de pièces bibUques et de pièces profanes en prose. Leur mérite ne vaut pas leur ancienne réputation Les meilleures scènes sont gâtées par la déclamation philosophique à la Jean- Jacques, la sensiblerie, le romanesque. Ni naturel, ni simplicité. Ces défauts se font surtout sentir dans les pièces bibliques. Dans celle d'Agar, la mère d'Ismaël débite en plein désert d'Arabie Pétrée des maximes venues de VEmile : « L'auteur de la nature n'a rien fait que de bon; nous lui devons toutes nos vertus, et nos vices sont notre ouvrage ». Plus bas, une page sur l'amour-propre semble une réminiscence de La Rochefoucauld. Dans Joseph, sujet simple et naïf s'il ch fut, l'auteur avertit qu'il a supposé « une petite intrigue », pour rendre le caractère de Joseph « plus brillant ». Encore un raisonneur et un philosophe, ce Joseph, lorsqu'il invoque « le vœu de la nature, l'opinion publique, la raison, le préjugé ». De quels yeux Mme de Genlis avait-elle lu Èsther et Athalie ?
11 y a plus d'intérêt, de naturel et de vérité dans le théâtre de Berquin. L'ami des enfants les pemt tels qu'il les voit, avec leurs défauts dont pas un ne trouve grâce à ses yeux, avec leurs qualités qu'il n'exagère pas d'une manière choquante. L'action de ses pièces est souvent ingénieuse et attachante, les caractères conséquents
et bien tracés, le dialogue vif et bien conduit. Ses pères et ses raisonneurs sont dans leur rôle, un peu sermonneurs, un peu sentencieux. Il excelle à peindre les personnages de sœurs aînées, types de bonnes conseillères et de providences du foyer. Il ne s'est pas confiné dans le monde enfantin. Ses scènes de la vie rurale et de la vie militaire ont de la vérité, du mouvement, et il en est de même de quelques scènes empruntées à l'histoire anecdotique. Les honuûtcs gens sont en majorité chez lui, sans qu'il aille jusqu'à exclure le personnage des coquins et des fripons.
Celui-ci est ordinairement dévolu au bailli, ce traître de la vie de village, ce bouc émissaire de l'ancien régime. Il n'a mis qu'un magister en scène et il l'a fait ridicule : il ne semble pas qu'il ait pressenti la dignité de la fonction. Il tire volontiers ses acteurs des rangs de la noblesse et de la haute bourgeoisie, sans dédaigner pour cela les humbles de la ville et dos champs : il s'est complu à reproduire d'honnêtes figures de paysans et de serviteurs. Inspiré par l'esprit qui souffle à la veille de 1789, il tend à rapprocher les classes. Une de ses meilleures scènes est celle où le petit villageois Mathieu se montre supérieur en bon sens, en courage et en bonté au vaniteux Valentin {La vanité punie). Bref la lecture de Berquin ne serait pas sans sans charme si l'abus du sentiment, des sentences et d'une certaine naïveté trop prodiguée ne gâtait parfois ses meilleures pages.
Le xixe siècle semble délaisser une forme illustrée par Racine et Mme de Maintenon. Nous n'avons pas de nos jours de théâtre d'éducation comparable à ceux des deux derniers siècles. Les écrivains attitrés de la jeunesse, les charmants conteurs qu'on nomme Mme Colomb, MM. Jules Verne, Girardin, et d'autres, préfèrent le récit tout simple et tout uni. Le Théâtre du Petil-Chdteau de Jean Macé, Pour la patrie par Mme d'Houdetot, sont des tentatives presque isolées. Il nous semble pourtant qu'en puisant dans l'histoire, en peignant l'enfance des grands hommes, on trouverait matière à de nouveaux tableaux. L'œuvre mériterait d'être essayée.
Ouvrages à consulter : Ehnest Boïssb, la Comédie au
collège (1870) ; — Emond, Histoire du lycée Louis-lc' Grand; — Gaullieub, Histoire de collège de Guyenne (1874); — Adraham Dreyfus, Le théâtre au séminaire (1882) ; — divers auteurs : Monographies de collèges ou universités avant 1789, etc.
[H. Durand.]
THÉRY. — Augustin-François Théry, né à Paris, le 25 octobre 179G, mort le 14 mars 1878, est l'auteur de divers ouvrages d'éducation et d'enseignement, dont la valeur propre et la notoriété lui donnent droit à une mention dans ce Dictionnaire.
Professeur de l'enseignement secondaire et administrateur, Théry a été fonctionnaire do l'Université pendant cinquante-deux ans sans interruption, de 1816 au 12 août 1868, notamment en qualité de recteur dans les académies de Montpellier (1844), de Rennes (1848\ du Calvados (académie départementale, 1853) , de Clermont-Ferrand (1854), et enfin de Cacn, de 1860 à 1868; le 12 août 1868, il fut admis à la retraite et, un peu plus tard, nommé inspecteur général honoraire.
Il était membre de plusieurs sociétés savantes, commandeur de la Légion d'honneur, haut titulaire de plusieurs ordres étrangers.
Dans le cours de cette carrière honorable et brillante, il a publié des ouvrages littéraires dignes d'estime, des ouvrages d'enseignement pour les lycées et les collèges, d'autres enfin qui se rapportent à la pédagogie proprement dite ou à l'enseignement des écoles primaires.
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