UNION CENTRALE —2920— UNION FRANÇAISE
c'est ce que les fondateurs cherchèrent à exprimer dans cette formule inscrite sur Tccusson de l'Union centrale : « le Beau dans l'Utile ». La tâche à remplir se trouvait déterminée ainsi : !<> fonder un musée rétrospectif et contemporain des chefsd'œuvre industriels ; 1^ constituer une bibliothèque d'art ancien et moderne, où les artistes de l'industrie seraient, au besoin, aidés dans leurs recherches ; 3° établir des cours spéciaux, des lectures et des conférences publiques ayant rapport à l'art appliqué, et des entretiens familiers de nature à propager les connaissances les plus essentielles à l'artiste et à l'ouvrier qui voudraient « unir le beau à l'utile »; 4° organiser des concours entre les artistes français et entre les diverses écoles de dessin et de sculpture de Paris et des départements; 5° faire des expositions bisannuelles de collections particulières présentant à l'étude les plus belles applications de l'art à l'industrie.
En définitive, le programme de l'Union centrale des beaux-arts appliqués à l'industrie se composait de deux idées fondamentales : un principe de doctrine : V unité de l'art ; un principe d'action : Vappel à l'initiative privée. Tels étaient les éléments avec lesquels les fondateurs entreprenaient l'agitation féconde qui avait pour objet : 1° de secouer l'indifi'érence du public relativement aux productions de l'art appliqué ; 2* de stimuler le zèle des fabricants et des artistes; 3° de transformer les méthodes courantes de l'enseignement du dessin en méthodes rationnelles, fondées sur la science, proscrivant la copie exclusive des estampes pour y substituer celle des modèles en plâtre ou l'étude directe de la nature, afin de laisser à l'élève sa liberté d'interprétation. C'était presque une révolution, comme on le voit, que rêvait la nouvelle société, et cette révolution, après une lutte acharnée contre l'indifférence du public et contre la routine, elle est parvenue à l'accomplir. La méthode qu'elle préconisait pour l'enseignement du dessin a fini par triompher, elle est aujourd'hui partout en honneur. Cette méthode, un des membres les plus distingués de l'Union, M. Eugène Guillaume, la résumait ainsi : « Nous partons de cette idée que Vart étaiit un, l'on n est pas plus autorisé à mesurer ses vrais principes en vue des professions et selon les conditions, qu'on ne le fait pour la grammaire, les sciences ou la morale. Nous professons cette opinion, que le sentiment de l'art peut être développé conformément à la raison, et qu'il y a dans ses éléments plus de bon sens que de subtilité. Pratiquement, nous pensons qu'il est bon de le considérer par son côté exact et utile, de lier entre eux d'une manière indissoluble le dessin géométral, le dessin d'art et le dessin de mémoire, inséparablement unis dans l'idée générale du dessin lui-même et dans ses applications. Enfin, en considérant que des modèles doivent être aussi parfaits qu'il est possible, nous demandons que l'on mette entre les mains des enfants des chefs-d'œuvre de l'art, comme on met entre leurs mains, pour d'autres études, les chefs-d'œuvre littéraires. » De pareilles idées rencontrèrent tout d'abord une vive opposition. C'était une doctrine nouvelle qu'il s'agissait de faire prévaloir. Soutenue par des hommes ardemment convaincus comme MM. Eugène Guillaume, de Chennevières, de La'olais, etc., elle a pénétré finalement dans les esprits et inspire maintenant nos programmes officiels. La société de l'Union centrale l'applique dans les concours qu'elle organise tous les deux ans depuis 1865 et qui comprennent des concours de composition et des concours d'après des modèles désignés. Des prix assez élevés sont attribués à chacun. On peut dire qu'ils ont créé depuis vingt ans l'émulation la plus salutaire parmi nos dessinateurs de l'in-
dustrie, et qu'ils n'ont pas médiocrement contribué aux progrès accomplis. D'autre part, par ses expositions, organisées d'après un plan spécial conforme aux méthodes qu'elle a fait adopter, la société a exercé une influence indéniable sur le public. Elle s'eff'orça d'en graduer l'intérêt en mettant en relief le côté artistique des objets, plutôt que leur importance commerciale, en montrant séparément l'histoire d'une industrie, en faisant ressortir la maîtrise de l'exécution. C'est ainsi qu'elle ouvrit successivement des expositions consacrées à l'histoire du meuble, des étoffes, dentelles, bijoux, porcelaines, etc. (1865), à l'art oriental (1869), aux arts du costume (1874), à la tapisserie (1876), à l'industrie du métal (1880), aux industries des tissus, du papier et du bois (1882), aux industries de la pierre, de la terre et du verre, comprenant la construction architecturale, la céramique, la verrerie et les émaux (1884). L'éclat qu'ont eu ces exhibitions et le succès qu'elles ont obtenu ont définitivement consacré l'œuvre de la société de l'Union centrale. Celle-ci, reconstituée m depuis 1882 sur de nouvelles bases, reconnue ■! d'utilité publique par le gouvernement, ayant à sa tête M. Antonin Proust, comme président, et, comme vice-président, M. Henri Bouilhet, a été autorisée à émettre une loterie de 14 millions de francs pour la construction et l'établissement d'un musée des arts décoratifs. Le résultat de l'opération, terminée en 1884, donna à la société un produit net de près de six millions, qui doit servir à la fondation définitive de ce musée, en formation depuis plusieurs années dans des locaux provisoires au Palais de l'industrie, mais qui ne pourra être édifié et ouvert au public, avec toutes les collections d'objets d'art qu'il comprendra, qu'après la ratification par les Chambres d'un accord intervenu entre le gouvernement et le comité directeur de la société. [V. Champier.]
UNION FRANÇAISE DL' LA JEUNESSE. — Cette association, fondée quelques années après la guerre de 1870, fait appel à la jeunesse française pour l'œuvre de l'éducation populaire. Elle se recrute exclusivement parmi les jeunes gens : un article de ses statuts a fixé à vingt-cinq ans d'abord, puis à trente ans, le maximum d'âge des membres actifs; au-delà de cette limite, on peut encore rester dans l'Association ; mais on devient alors membre associé et non plus actif, c'est-à-dire qu'on n'a plus le droit d'assister aux assemblées générales et d'y élire les membres du comité, qui sont choisis eux-mêmes parmi les mineurs de trente ans.
L'Union française a fait en onze années d'existence (1875-1886) des progrès considérables et rendu d'utiles services. Au début, sans ressources et sans local, recueillie par l'hospitalière Société de géographie, réduite aux maigres cotisations de ses membres, elle ne pouvait pas même compter, non point sur l'appui, mais sur la neutralité du gouvernement d'alors, qui, malgré la sage obligation qu'elle s'était imposée d'écarter toute question politique et religieuse, voyait en elle une ennemie. Mais bientôt, le pouvoir politique ayant passé en d'autres mains, l'Association vit son budget se grossir de subventions de l'Etat, du Conseil généra et du Conseil municipal de Paris, son nom se répandre, son influence s'accroître, son champ d'ac* tion étendre ses limites. Elle avait commencé par quelques leçons à la mairie du ye arrondissement: aujourd'hui elle a treize sections de cours à Paris, une dans la banlieue, et quatre en province. A Paris, ses professeurs sont au nombre de 160, ci SCS auditeurs se comptent par milliers ; sur la liste de ses membres d'honneur figurent des noms comme ceux de MM. Pasteur, F. de Lesseps, Paul Bort, Goblct, etc. Secondée par les Associations polytechnique et philotechnique, et par la Société