UNIVERSITE
pour l'instruction élémentaire, avec lesquelles elle l'orme une sorte de syndicat, elle a commencé à jeter les bases d'un solide enseignement professionnel à Paris. Par la forte organisation d'une section de tir et d'exercices militaires, elle répond à une des plus vives préoccupations de l'esprit public, qui est de préparer l'adolescent d'aujourd'hui à être le soldat de demain. Citons aussi les cours d'enseignement élémentaire pour les aveugles qui ont commencé au mois de mai 1886, à la section de Plaisance, et dont le succès a décidé le comité à y adjoindre, pour la rentrée, un cours supérieur. Enfin, les heureux résultats obtenus par certaines sections de province et, entre autres, par celle de Lille sont pour l'Union française de la jeunesse un précieux encouragement à pousser plus avant dans cette voie de décentralisation, et à aller chercher, sur tous les points de la France, tant de bonnes volontés cachées, mais réelles cependant, et qui n'attendent qu'un signal pour éclore.
UNIVERSEL,(ENSEIGNEMENT). — V. Jacotot.
UNIVERSITÉ. — C'est au commencement du xii^ siècle que les écoles de Paris, où enseignaient Guillaume de Champeaux et Abélard, acquirent une réputation qui fit accourir en grand nombre les étudiants. Il y avait alors à Paris, outre l'école cathédrale de Notre-Dame, placée sous l'autorité immédiate de l'évêque, et dont l'enseignement était exclusivement thcologique, les écoles de la Montagne Sainte-Geneviève, qui paraissent avoir été indépendantes de toute autorité ecclésiastique ou civile. On y enseignait le trivium et le quadrivium, et surtout la dialectique. « C'est de la réunion des écoles de logique établies sur la Montagne, avec l'école de théologie, qui était dans le cloître Notre-Dame, que s'est formée l'Université de Paris » (Thurot). Au commencement du xiii^ siècle , les maîtres et les étudiants de Paris s'organisèrent sous ce nom en une corporation, qui fut reconnue par deux bulles d'Innocent III, et qui en 1255 reçut d'Innocent IV le privilège d'avoir un sceau à elle. Cette corporation comprenait quatre facultés, celles de théologie, de droit canon, de médecine, et des arts ; la faculté des arts, dont les écoles étaient pour la plupart à la rue du Fouarre, se divisait elle-même en quatre « nations », française, normande, picarde et anglaise. Les grades universitaires, qu'on trouve établis dès le xin^ siècle, sont la déterminance ou le baccalauréat ; la licence, conférée alors soit par le chancelier de Notre-Dame, soit par celui de Sainte- Geneviève ; et la maîtrise ou le doctorat, c'est-àdire l'admission du licencié dans la corporation des maîtres. La plupart des étudiants étaient pauvres, et n'avaient d'autres ressources que des bourses fondées à leur intention ; les boursiers, à partir du xm^ siècle, vécurent en commun dans des maisons appelés collèges. L'une des plus anciennes de ces maisons fut fondée par Robert Sorbon à l'usage des étudiants de la Faculté de théologie; elle prit bientôt une grande importance sous le nom de Sorbonne. Du xiii^ au xv' siècle, cinquante collèges furent créés dans l'université de Paris : les principaux sont, outre celui de Sorbonne, les collèges de Navarre, du cardinal Lemome, d'Harcourt, du Plessis, des Lombards, des Ecossais, etc. Outre les collèges, on créa, dans le courant du xv^ siècle, pour les élèves de la faculté des arts, plus jeunes que ceux des autres facultés, des pensionnats nommés pédagogies *, qui peu à P^^ prirent la place des anciennes écoles de la rue du Fouarre. Les rois protégèrent l'Université de Pans: Philippe le Bel s'appuya sur elle dans sa lutte contre la papauté ; Charles V lui accorda le titre de fille aînée des rois de France.
D'autres universités s'étaient fondées dans les provmccs. Deux datent du xme siècle : Toulouse
(1223), Montpellier (128'Jj; six du xiv* siècle: Avignon (lyO.'ij, Orléans (1.305), Cahors (13;J2), Grenoble (1339; transférée à Valence en .452), Angers (13G4), Orange (13G5); huit du xv» siècle : Aix (1409;, Dôle (1423; réunie à Besançon en lG91j, Poitiers (1431), Cacn (1436), Nantes (1460) , Besançon (1464), Bourges (1469), Bordeaux (1472). Ajoutons-y, pour compléter la liste des universités provinciales, celles plus récentes de Reims (1548), de Douai (1572), de Pont-à-Mousson (1572), de Strasbourg (1G21), de Pau (1772), de Nancy (17G9). On trouvera des indications sur quelques-unes de ces universités dans les articles consacrés aux provinces et aux départements.
Parmi les universités étrangères fondées, les unes à la même époque que celle de Paris, les autres un peu plus tard, nous mentionnerons celles de Bologne (1158) et de Padoue (1222); d'Oxford (commencement du xiii^ siècle) et de Cambridge (1257); de Salamanque (1239); de Coimbre (1279); de Prague (1348); de Cracovie (1400^; d'Upsal (1476); de Heidelberg (1386), Leipzig (1409), Tûbingen (1477), Wittenberg (1502).
Sous le règne de Charles VII eut lieu une réforme des anciens statuts de l'université de Paris ; ce fut le cardinal d'Estouteville, légat du pape, qui promulgua les nouveaux règlements (1452). Mais l'université n'en demeura pas moins le représentant de la scolastique du moyen âge, et lorsque François 1er voulut faire donner dans sa capitale un enseignement qui s'inspirât des idées delaReliaissance, il dut créer un établissement nouveau, le Collège royal (Collège de France). L'université vit de mauvais œil cette création ; mais, n'ayant pu l'empêcher, elle trouva dans la concurrence qui lui était faite l'occasion d'améliorer quelque peu son propre enseignement. Un autre péril la menaça bientôt, la fondation de la Compagnie de Jésus. Les jésuites ouvrirent à Paris le collège de Clermont (^1563), et demandèrent que leur maison fût incorporée à l'université ; celle-ci refusa énergiquement d'admettre les nouveaux venus dans son sein, et leur contesta môme le droit d'enseigner; il en résulta un procès où les jésuites obtinrent gain de cause, et l'université fut forcée de subir l'existence du collège de Clermont à côté des siens.
Une nouvelle réforme de l'université de Paris eut lieu en 1600, sous Henri IV ; elle était nécessitée par la décadence des études, suite des longues guerres civiles. L'enseignement des collèges de l'université resta néanmoins ce qu'il était autrefois, et parut de plus en plus gothique et barbare au milieu d'une société polie, où florissait une littérature nouvelle. Nous avons indiqué, dans les articles consacrés à l'enseignement secondaire (V. Lycées et collèges, Jésuites, Oratoire, Port- Royal, Rollin, etc.), quelles modifications s'y introduisirent peu à peu. Quant aux facultés, elles demeurèrent, au xvii® et au xvine siècle comme au moyen âge, les forteresses de la scolastique et de la routine.
La Révolution, voulant réorganiser l'instruction publique, dut supprimer les universités. Cette suppression eut lieu par la force même des choses, et se trouva accomplie de fait sans qu'un décret formel eût été rendu à ce sujet. On cite, il est vrai, un décret du 15 septembre 1793, où on lit, à l'arlicle 3, que les nouveaux établissements dont la Convention méditait à ce moment la création devront être mis en activité au !•«• novembre suivant, et que « en conséquence, les collèges de plein exercice et les facultés de théologie, de médecine, des arts et de droit sont supprimés sur toute la surface de la République ». Mais ce décret fu* rapporté dès le lendemain. Il est difficile de marquer d'une façon précise le moment où les universités cessèrent d'exister. Elles avaient disparu