‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 475 sur 573 · VINCENT DE BEAUVAIS · texte numérisé non relu

VINCENT DE BEAUVAIS

citations des .grands écrivains. Nous revenions souvent ensemble sur cette riclie littérature anglaise qu'il connaissait si bien et dont il avait d'abord inspiré l'amour à mon père, avant de me l'inspirer à moi-mùme; il s'excusait de bonne grâce de ne pas savoir prononcer l'anglais; malgré cet obstacle, il avait retenu et récitait des passages entiers de Siiakespcare et de Milton. La littérature ancienne lui était si familière qu'il suffisait de prononcer devant lui le nom d'un auteur grec ou latin pour amener sur ses lèvres un flot de souvenirs classiques.

Quoique la politique eût été pour Villemain une source de déboires et qu'il conseillât à ses jeunes amis de n'y jamais prendre une part active, il y était sans cesse ramené par les tendances libérales de son esprit. En Grèce, à Home, en Angleterre, il retrouvait cette liberté politique qu'il avait connue en France pendant trente-six ans, et <|u'il ne se consolait pas d'avoir perdue. L'histoire des litttératures lui offrait ainsi avec le temps présent des occasions de rapprochement ou plutôt de contrastes, qu'il saisissait au vol. Il se dédomma- ;^eait, dans ces échappées rapides, du silence humiliant auquel il était condamné avec tous les Français par la dureté du régime impérial. Si d'autres se désignèrent, il ne consentit jamais à reconnaître la légitimité d'un gouvernement qui avait violé la loi. 11 ne pouvait contenir son indignation lorsqu'il se représentait une assemblée bans tribune, un ministère sans responsabilité, un ])Ouvoir sans contrôle. Un éclair de colère passait dans ses yeux au souvenir de tant de luttes entrcl)rises pour la liberté et terminées par sa défaite. Il comparait avec une tristesse patriotique la longue et heureuse fortune de la libre Angleterre aux douloureuses destinées de sa patrie.

Tel nous avons connu Villemain jusqu'à sa mort, tel nous le retrouvons dans l'ouvrage posthume qui a pour titre La tribune vioderne et que ]\lme Alîain-Targé a publié en 1882 pour honorer la mémoire d'un père dont elle avait gardé le culte.

La première partie du volume est consacrée à la tribune anglaise. Deux orateurs qui ont aimé et défendu la France, Fox et lord Grey, inspirent à l'écrivain de nobles pages dans lesquelles il revient plus d'une fois et, en quelque sorte, involontairement, à ce parallèle douloureux qu'il instituait si souvent dans sa pensée entre le régime libéral de l'Angleterre et les épreuves que traversait en Franco la liberté. Il trouve du moins une consolation dans le souvenir du temps de sa jeunesse, des années où la tribune française était libre et brillante. Il a entendu les plus grands orateurs du commencement de ce siècle, et il parle d'eux, non seulement avec l'admiration qu'ils méritent, mais avec l'intention bien arrêtée d'opposer leur gloire aux débats sans grandeur du parlement impérial. Deux hommes surtout paraissent avoir laissé une trace profonde dans les souvenirs de Villemain, M. de Serre et Royer- GoUard*. Il refait leur biographie avec le plaisir qu'on éprouve à repasser parles émotions les plus pures et les plus élevées de sa jeunesse. On dirait ([u'il les revoit encore et qu'il entend sortir de leur bouche ces paroles qui enseignaient à la Franco, à peine échappée au premier empire, la doctrine de la liberté. La mâle physioncmie de Royer-Gollard était particulièrementMntéressante pour Villemain. Ce n'était pas seulement le libéral qu'il honorait en lui, c'était le chef de l'Université. Ancien ministre de l'instruction publique, prolondoment universitaire, Villemain reconnaissait chez un de ceux qui l'avaient précédé, sous un titre plus modeste, à la tête des conseils de l'Université, des sentiments qui étaient les siens, auxquels il resta fidèle jusqu'à la fin de sa vie.

Si l'on ne relevait ce trait de caractère, il manquerait quelque chose an portrait des dernières années de Villemain. Il aimait l'Université et, plus spécialement, dans ce grand corps, les ceux établissements sur lesquels sa forte parole avait jeté tant d'éclat, l'École Normale etlaSorbonne. Il accueillait les membres de la famille universitaire avec une affectueuse sollicitude, il leur savait gré de conserver dans la société française les saines traditions de la critique et du goût. 11 se plaisait aussi à reconnaître généralement en eux des mérites plu» rares encore que la probité intellectuelle, dans les temps difficiles où il finissait sa vie, la dignité des mœurs, l'indépendance du caractère. Il faisait remarquer, non sans fierté, que beaucoup de ses anciens élèves avaient donné leur démission au coup d'Etat, malgré la modicité de leur fortune, et que, parmi ceux qui n'avaient pas cru devoir abandonner leur carrière, le second empire rencontrait peu de partisans, encore moins de flatteurs.

Villemain. mourut en 1870, un peu avant nos désastres. Les douleurs que nous avons traversées et qu'il eût ressenties si vivement furent épargnées à son âme patriotique. [A. Mézières,

de l'Académie française.]

VILLIERS.— Joseph Villiers (1744-18061,' né à Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire), appartint à l'Oratoire de 1764 à 1782, occupa diverses fonctions publiques pendant la Révolution, et fut professeur à l'école centrale d'Angers de 1708 à 1804. 11 a publié les ouvrages suivants : Racines latines à l'usage des écoles rotjales militaires et des coller) es de la Congrégation de l' Oratoire ^ 1779; Nouveau plan d'éducation et d'instruction publique^ dédié à l'Assemblée nationale, dans lequel on substitue aux universités, séminaires et collèges, des établissements plus raisonnables, Angers, Marne, et Paris. 1790 (publié sans nom d'auteur); Nouveau D ici io?i?iaire français et latin, adopté par la commission des livres classiques pour les lycées et écoles secondaires, Angers et Paris, 1805.

VliNCElNT DE «EAU VAIS. — Vincent dit de Beauvais, moine dominicain, vivait dans la première moitié du xiue siècle. On ignore la date exacte de sa naissance et de sa mort, et l'on ne sait que fort peu de choses de sa biographie. Il paraîf- avoir vécu dans la familiarité do saint Louis, car il se donne quelque part le titre de lecteur du roi. Ge fut sur le désir de ce prince qu'il entreprit son grand ouvrage, le Spéculum ma/us, sorte d'encyclopédie divisée en plusieurs parties, intitulées Spéculum hisloriale (Miroir historique), Spe~ culumnaturale [M'iToir delà nature), et Spéculum doctrinale (Miroir doctrinal). Une quatrième partie, le Specidum morale, paraît être l'œuvre d'un continuateur. La première édition complète du Spéculum majus ou quadruplex est celle de Mentelin, Strasbourg, 1473-1476 ; une autre édition en a été faite à Douai en 1624. Vincent de Beauvais écrivit en outre, sur la demande de la reine Marguerite, un traité d'éducation intitulé De erudiiione filiorum regalium (De l'instruction des enfants royaux). Ge traité a été iniprimé pour la première fois en 1477, sous le titre De libérait ingenuorum institutione pariter uceducatione, sans indication de lieu ; une autre édition on a été faite vers la même époque à Rostock en un volume qui comprend trois ouvrages de Vincent, De mo~ rali principis institutione. De nobilium pueroruyn institutione , et De consolationibus specialibus super morte filii; enfin on trouve aussi cet ouvrage dans la collection des Opuscula de Vincent de Beauvais imprimée en 1481 àBàlechez Jean d'Amerbach. Malheureusement l'exemplaire des Opuscula que possède la Bibliothèque nationale de Paris est incomplet, et il y manque précisément le traité De eruditione filiorum reguliwn. D'après

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