VINET
Daunou {Histoire littéraire de la France, t. XVIII, article Vincent de Beouvais), « une traduction française, restée manuscrite, de cette production, est comprise dans l'inventaire des livres de Charles V : De informatio7ie principwn, translaté en françoys par Jehan Goulein. » Il en existe en outre une traduction allemande, due à Fr.-Chr. Schlosser, imprimée à Francfort en 1819, dont un exemplaire peut être consulté à la bibliothèque du Musée pédagogique de Paris. M. Parisot, auteur de l'article Vincent de Beauvais dans la Biographie Michaud, prétend que l'ouvrage publié par Schlosser consiste simplement dans « la traduction de cinquante et un chapitres du livre VI du Spéculum doctrinale. » Nous avons vérifié, et constaté que les cinquante et un chapitres dont se compose le traité traduit par Schlosser ne se retrouvent point dans le Spéculum doctrinale, en sorte que le De eruditione fdioimm regaliwn forme bien un ouvrage distinct. Voici la table des principaux chapitres de ce traité : 1. De l'éducation des enfants de noble famille ; 2. Du choix d'un maître; 3. De l'exposition; 4. Des obstacles à l'étude ; 5. Des trois conditions essentielles de l'étude ; 6. Des cinq moyens auxiliaires de l'étude; 11. De l'ordre et de la suite des matières d'étude;
15. Gomment toute science doit être rapportée à la théologie, c'est-à-dire à la connaissance de Dieu ;
16. De la lecture des livres païens, et pourquoi un chrétien ne peut se dispenser de les connaître ; 23. De l'éducation des enfants dans les bonnes moeurs; 25. De la discipline et des châtiments; 28. Pourquoi on doit enseigner aux enfants l'obéissance ; 35. De la conduite et de la discipline de l'adolescence; 37. De l'entrée dans l'état de mariage ; 42. Gomment il faut élever les jeunes filles pour une vie retirée et les éloigner des grandes sociétés; 47. Gomment il faut marier les jeunes filles; 50. De l'état de veuve ; 51. Des avantages de la virginité perpétuelle. — Ges brèves indications suffiront pour donner une idée du caractère de l'ouvrage. Quant au procédé de composition de Vincent de Beauvais, il consiste en général à mettre bout à bout des citations empruntées à toute sorte d'auteurs sacrés et profanes, le plus souvent sans aucun commentaire. Nous traduisons, à titre de spécimen, quelques lignes du chapitre xi, De l'ordre et de la suite des matières d'étude :
« Sur l'ordre des matières d'étude, Altorabi dit dans son livre sur l'origine des sciences : La première de toutes les sciences est la connaissance du langage, c'est-à-dire des noms des choses, substances ou accidents. La seconde est la grammaire, c'est-à-dire la science d'ordonner les noms attribués aux choses, et d'en faire un discours suivi. La troisième est la logique, c'est-à-dire l'art de disposer des propositions affirmatives ou négatives pour en tirer des conclusions. La quatrième est la poétique, l'art de faire des vers, de réduire les propositions à la mesure du langage rythmé. G"est pourquoi il est dit ailleurs, au livre de la division des sciences : La première science est la connaissance du langage lui-même ; la seconde est la logique; la troisième, la morale; la quatrième, l'histoire naturelle; la cinquième, la science de Dieu et des choses divines; la sixième, celle des relations civiles. Ici, la connaissance du langage comprend par conséquent aussi la grammaire, et à côté de celle-ci ou de la logique, la rhétorique. Un autre ordre est donné par Richard de Saint- Victor ; il prescrit en effet l'ordre suivant : Avant tout, dit-il, il faut acquérir l'éloquence, et, en vue de celle-ci, étudier la logique ; ensuite il faut éclairer l'oeil de l'âme par la morale ; puis passer à l'étude de la science contemplative. La grammaire est donc le fondement de toutes .les sciences. Il est vrai qu'aujourd'hui les hommes méprisent la grammaire comme une chose trop basse ;
c'est pour cela qu'ils ne font pas de progrès dans les autres sciences. Quintilien dit à ce sujet, au premier livre de ses Institutions oratoires : Il est intolérable d'entendre parler avec dédain de la grammaire comme d'une chose méprisable et basse ; car si ce fondement n'a pas été sûrement posé, tout ce qu'on voudra édifier ensuite croulera. » Etc., etc.
On rencontre cependant quelques rai*es chapitres où l'auteur parle en son propre nom et donne des préceptes empruntés à son expérience personnelle ou aux usages de la société de son temps. Ge sont les seules parties du livre qui offrent quelque intérêt. Nous citerons, par exemple, le chapitre xxxi, où Vincent donne des conseils sur la démarche, l'attitude à observer en parlant et en écoutant, la façon de se comporter à table, etc.
VINET (Alexandre). — Alexandre Vinet est né à Ouchy-sous-Lausanne, le 17 juin 1797, et mort à Glarens le 4 mai 1847. Prédicateur original, moraliste profond, critique littéraire souvent exquis, Vinet est l'écrivain le plus distingué de la Suisse française dans ce siècle. Sans avoir atteint en France ce qui s'appelle la popularité, il y a longtemps cependant qu'il y a trouvé des lecteurs attentifs et des admirateurs. Destiné au ministère évangélique, il fit ses études théologiques à Lausanne, puis céda à son goût pour les lettres, et devint en 1817 professeur de langue et de littérature française au gymnase de Bâle. Le gouvernement vaudois le rappela à Lausanne en 1837, en le nommant, dans l'Académie de cette ville, à une chaire de théologie que Vinet échangea plus tard contre un enseignement littéraire. Ses travaux, d'accord avec cette double vocation, se partagent en deux classes d'écrits : ceux qui traitent de matières ecclésiastiques et religieuses, et ceux qui appartiennent aux lettres. Vinet était entré de bonne heure dans ce qu'on a appelé le réveil protestant, mouvement de pieuse ferveur qui ne fut pas sans porter de beaux fruits de zèle, d'activité, de dévouement, mais qui amena bien des agitations et des divisions dans les églises où il se produisait, et qui, s'étant rattaché sans plus de réflexion aux doctrines de la Réformation, se trouva subitement paralysé lorsque la critique entama cet héritage du XVI® siècle. Vinet, dont les études théologiques avaient été fort imparfaites, mais dont la piété pas plus que la raison ne s'accommodait de la scolastique calviniste, resta toute sa vie partagé, et quelque peu embarrassé de ce partage, entre une foi qui ne savait se passer du dogme traditionnel et une tradition dont il ne parvenait pas à s'assimiler toutes les données. De là, si je ne me trompe, dans ses discours religieux, le manque de sérénité et, pour ainsi dire, de pleine possession qui en altère le charme ; on dirait que l'auteur cherche à ressaisir dans des subtilités psychologiques la croyance qu'il sent lui échapper.
Nous rangerons parmi les écrits religieux de ! Vinet un grand nombre de brochures et d'articles relatifs aux controverses ecclésiastiques du canton de Vaud, ainsi que les ouvrages plus considérables qu'il a consacrés aux rapports de l'Eglise avec l'Etat. Gette question fut de tout temps pour lui un sujet favori de méditation. Il l'avait traitée, ^ dès 1826, dans un Mémoire sur la liberté des cul- Sj tes, couronné par la Société de la Morale chré- ^ tienne. Il y revint, en 1842, dans un volumineux Essai sur la manifestation des convictions religieuses. Il s'en occupait encore, bien peu de temps avant sa fin, dans son écrit Du socialisme conddéré dans son principe. Ce dernier titre indique quelle était l'idée mère de la polémique de Vinet en ces discussions. Le danger, selon lui, était cette notion moderne de l'Etat qui personjialise, pour ainsi dire, la société, qui lui attribue une conscience, qui lui permet, par conséquent, ou plutôt