LAFFORE
le droit de la famille, il est du moins un dos premiers en France qui aient compris que, môme dans ces classes moyennes qui seules le préoccupent, la connaissance des langues anciennes n'est pas également indispensable à tous ; que l'Etat doit donner à chacun l'éducation qui lui convient le mieux, et préparer ainsi, pour tous les intérêts d'un grand paySj des hommes capables de les servir. [Grcard.]
LA CIIKTARDYE. — Le chevalier de La Cliétardye ou La Chétardie est l'auteur d'un ouvrage intitulé Instruction pour un jeune seigneur, ou lldce d'un galant homme, qui fut imprimé à La Haye en 1683, et dont une nouvelle édition parut à Lyon en 1701. Le livre est dédié au roi, et, dans sa dédicace, La Cliétardye s'excuse de n'être pas un lettré : « Quand on a passé une partie de sa vie à la chasse et à la guerre, dit-il, en est d'ordinaire un méchant écrivain ; et à moins d'être né comme Votre Majesté avec un esprit propre à toutes choses, il est bien mal-aisé que le style d'une personne qui asuivy cette profession ne se sente un peu de la rudesso qu'elle inspire. » Le jeune seigneur auquel La Cliétardye s'adresse est un duc et pair, et les conseils qu'il lui donne ont trait, non point aux études qui conviennent à la jeunesse et qui peuvent éclairer l'esprit et former le jugement, mais aux qualités que doit posséder le parfait courtisan. En premier lieu, il faut de la religion : « Ayez un respect à toute épreuve pour les choses saintes. Soyez inséparablement attaché à la religion, et fuyez comme des pestes publiques les libertins (librespenseurs) qui osent s'opposer à ses maximes. » Il faut aussi de l'honneur : « Après Dieu, rien' ne vous doit être si cher en ce monde que votre honneur. Vous devez juger que la perte en est irréparable ; que c'est le monde qui en est juge, et que le monde ne pardonne rien. » Mais ces deux principes posés, La Chétardye ne se gêne pas puur faire à son jeune seigneur toute une série de recommandations qui ne sont pas d'une morale très austère. Qu'on en juge par le titre d(i quelques chapitres : « Que la vie d'un courtisan doit être une continuelle étude de souplesse d'esprit. — Qu'il faut cultiver la protection des ministres. — Qu'il ne faut pas qu'un courtisan se pique des mômes qualités que son maître. — Qu'il ne faut jamais mettre le parti des dames contre soi,» etc. L'auteur d'ailleurs ne manque ni de bon sens ni de finesse ; c'est un observateur sagace, qui con.iaît la vie, et qui estime « que le meilleur de tous les livres ne vaut pas la science du monde ». Quelques-unes de ses pages auraient pu être écrites par Lord Ghesterfield.
La Chétardye a composé aussi une Instruction pour une jeune princesse, ou l'Idée d'une honnête femme (Amsterdam, 1685; réimprimé à Lyon en 1701), dédiée à M"« de Nantes. Les vingt-cinq chapitres de ce petit ouvrage contiennent des précf'ptes de morale, des avertissements sur la conduite à tenir dans le monde, sur les défauts à éviter, etc. Un seul chapitre est consacré à l'instruction proprement dite ; il est intitulé : a De la lecture et du choix des livres que les dames doivent lire. » Voici sur ce point le sentiment de l'auteur : « La lecture n'est pas d'un faible secours. La question est de faire un juste discernement des livres qui vous conviennent. Il y en a d'indifférents, comme peuvent être ceux qui traitent de l'histoire, des voyages, et de certains ouvrages d'esprit que les hommes qui ont de la politesse et de la galanterie ont accoutumé de faire à la louange des dames. Pour ceux-là, vous les pouvez lire ; car je ne prétends pas que vous ne lisiez jamais que des livres de morale ou de dévotion; mais il faut que ce soit plutôt pour vous occuper, que pour vous instruire ; en parler rare-
ment, et vous garder bien do vous ériger en fille savante. Il en est d'autres que je vouî conseille de n'admettre jamais dans votre cabinet. Je mets en ce rang-IJi les livres de philosophie, et les romans ; les premiers sont capables de vous embar rasser l'esprit ; les autres, de corrompre l'innocence de votre cœur. Après tout, croyez-moi, le meilleur de tous les livres ne vaut pas la conversation d'une amie qui a de la vertu, de l'expérience et du bon sens. »
Un autre La Chétardie, oncle du chevalier ot curé de Saint-Sulpice à Paris, a été l'ami et le coopérateur de J.-B. de La Salle; nous lui avons consacré un article ailleurs. V. Chétardie {Abbé de la).
LA FARE. — M. de La Fare, sur lequel nous ne possédons pas de détails biographiques, fut au milieu du xviii* siècle gouverneur des jeunes ducs de Slesvig-Holstein-Gottorp. Il a public h Londres, en 1768, un livre intitule le Gouverneur^ ou Essai sur r éducation, 1 vol. in- 12 de 332 p. Cet ouvrage, dédié à l'impératrice Catherine II, se compose de quatre discours. Dans le premier, l'auteur se demande ce que c'est que l'éducation, et si elle était nécessaire à l'homme avant l'établissement des sociétés; il fait un tableau fantaisiste de ce qu'il appelle l'état de nature, et conclut que «le secours de l'éducation était alors absolument inutile, puisque son objet est de s'exercer sur les passions, de former à la pratique des devoirs généraux et particuliers de l'homme civilisé.» Le second discours contient une critique de l'éducation des collèges, et l'exposé des devoirs d'un bon gouverneur. Les deux derniers discours sont une mauvaise imitation du loman pédagogique de Rousseau (que La Fare, d'ailleurs, semble criter de nommer) : on y raconte les aventures d'un Emile et d'une Sophie qui ont nom Lisimaque et Ernestine. Le livre de M. de La Fare est des plus médiocres ; mais il offre cet intérêt, de montrer l'influence exercée par Rousseau jusque dans les milieux qui semblaient devoir être le moins accessibles à ses doctrines révolutionnaires : le gouverneur des ducs de Holstein-Gottorp plagie V Emile, tout en affectant de ne pas le connaître.
LAFFORE. — M. de Bourrousse de Laffore, avocat à Agen, est Fauteur d'une méthode de lecture à laquelle il a donné le nom de statilégie, mot qui signifie lecture immédiate. En 1827, il vint à Paris, et soumit sa méthode à l'appréciation de la Société pour l'amélioration de l'instruction élémentaire. Comme il faisait un secret de son procédé, la Société nomma, pour l'examiner, une commission dont les membres s'engagèrent à ne pas révéler en quoi consistait l'invention de M. de Laffore; une expérience fut faite sur un jeune homme complètement illettré qui apprit en vingt-huit heures le mécanisme de la lecture ; et Francœur, au nom de la commission, fit un rapport favorable, déclarant que la méthode lafforienne « pouvait être regardée comme portant l'art de lire à son plus haut degré de simplicité ». M. de Laffore prit alors un brevet d'invention, et céda sa méthode à plusieurs personnes qu'il autorisa à l'exploiter dans les départements. Une nouvelle commission, chargée par le ministre de l'instruction publique d'examiner la statilégie, déclara que « cette méthode, simple, courte, à la portée de tous les esprits, et même s'adressant, dans les points principaux, plutôt à l'instinct qui dirige les organes de la parole qu'à l'intelligence, peu dispendieuse, s'adaptant parfaitement à l'enseignement mutuel et aux divers autres modes d'enseignement élémentaire, paraissait digne de la protection du gouvernement ; » sur quoi le ministre, M. de Vatimesnil, autorisa l'emploi d' la méthode lafforienne dans les écoles primaires par une décision du 22 juin 1820.