‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 502 sur 573 · HETZEL · texte numérisé non relu

HETZEL

classe, le second Testait< dêbotrt, te troiftième lisait, le quatrième se lovait, et ainsi de suite jusqu'à ce que toutes les classes fussent en activité. ' .■■■ ' •'' ■ '!' '■'■ '

» La lecture iinicy ceux qui n'étaient point employés à rcnseif^nonient s'occupaient à étudier leurs leçonsj tandis que le maître allait voir si tout était en ordre.

» Ces opérations, exécutées dans le môme local, n'avaient lieu que le matin ; l'aprés-dlnéc était destinée à récriture et à l'explication de la morale. Cette école était dirigée par IlerôauU, dont on ne peut se rappeler le nom qu'avec vénération. 11 était secondé par un sous-maître uniquement chargé de maintenir l'ordre et de veiller à ce que chacun fit son devoir. • i'

)> Cette méthode eut 1© plus grand succèsf tant qu elle fut pratiquée sous la conduite d'Herbault ; mais à sa mort elle fut abandonnée.

» Je me suis plu à en tracer la description telle qu'elle m'a été transmise par un citoyen zélé qui avait été témoin de la réussite constante de cette pratique dans les mains d'Herbault, et qui s'en est servi heureusement dans sa propre famille pour apprendre à ses enfants non seulement à connaître leurs lettres, à composer des mots, à imprimer sous la dictée, mais pour leur donner les principes de beaucoup d'autres connaissances, en disposant dans ce bureau des figures d'arithmétique, de géométrie, de musique, etc. »

Cette page de François de Neufchâteau forme l'unique document qui existe, à notre connaissance, sur Herbault et sur ses méthodes ; c'est la source à laquelle les hommes de l'enseignement mutuel ont puisé en 18 16 tout ce qu'ils savaient du modeste instituteur. Ont-ils interprété comme il convenait le contenu de ce document ? N'ont-ils pas considérablement exagéré la portée des faits relatés par François? On en jugera. Voici en quels termes s'exprime, sur le compte d'Herbault, la préface du Guide des fondateurs et des maîtres, pour l'établissement et la direction des écoles élémentaires de L'un et de l'autre sexe, basées sur l'enseignement mutuel (Paris, Colas, 181G) :

« Vers le milieu du xyiii^ siècle, Herbault înyen^a la méthode d'enseignement mutuel, et il l'appliqua à une école de trois cents élèves, confiés à ses soins en 1747, dans l'hospice de la Pitié à Paris. Soit que l'auteur eût puisé cette innovation dans son propre génie, soit qu'il en eût emprunté l'idée des Indiens, on lui doit en Europe ce grand bienfait, et il mérite un rang distingué parmi les amis de l'humanité. Si les horpmes étaient susceptibles de quelques principes d'équité, le système actuel d'éducation porterait le nom de ce Français.

» Herbault avait connu parfaitement le principe 4'économie, si admirable dans les nouvelles institutions ; lui-même en avait fait l'application dans son école, où, au lieu de livres qui s'usent si rapidement, et qui coûtent tant aux pauvres, il se servait de grandes feuilles imprimées d'un soûl côté, et de baguettes pour indiquer aux enfants l'objet à lire. Enfin, la division si importante d'une école élémentaire en classes lui appartient entièrement ; et il en avait fait sept, graduées d'une manière aussi ingénieuse qu'avantageuse aux enfants. »

On remarquera que le rédacteur de cette préface ne nous fournit aucun renseignement nouveau ; il ne sait d'Herbault que ce que François de Neufchâteau lui en avait appris. Mais les conclusions qu'il se croit autorisé à tirer des faits qu'il rapporte sont-elles justifiées? Herbault mérite-t-il le titre d'inveiiteur qui lui est décerné avec tant d'assurance ? A cette question nous sommes obligés de répondre négativement. L'écrivain de 1816 est la dupe d'une illusion qui s'ex-

plique par l'ignorance oà' il 'était des méthodes applifjuées dans les écoles de France dés le xvii'- siècle, cent ans avant Herba.ilt. L'emploi des élèves les plus avancés comme moniteurs, l'usage des tableaux d'épellation, la division de l'école en classes graduées, tout cela existait dans les petites écoles de Paris que nous décrit le livre si précieux intitulé l Ecole paroissiale, dont la première édition remonte à 1654 (V. Paris, p. 2204}^ dans les écoles organisées à Lyon vers 1675 par Demia* (V. Lecture, p. 15.35), et en partie dans les écoles des frères (V. La S'iHe, p. l't'22).

Herbault fut un instituteur intelligent et dévoué, qui sut employé*" dans son école les meilleures méthodes connues de son temps, et qui eut en particulier le mérite d'y introduire l'ingénieux procédé de Dumas pour l'enseignement de la lecture; il doit certainement occuper une place honorable dans la galerie des instituteurs f|*ancais. Mais il ne fut point un novateur, un'génîe ci*Catcur en pédagogie; et si l'enseignement mutuel, vulgarisé en France sous la Restauration, a eu en effet des précurseurs dans notre pays, s'il est vrai que le système monitorial fût déjà connu chez nous avant que Lancaster et Bell l'eussent mis à la mode en Angleterre, il faut, pour être juste, associer au nom d'Herbault ceux des maîtres plus anciens dont il s'était inspiré et dont il fut l'intelligent disciple. — V. Mutuel {Enseignement;.

ItETZEL. — Pierre-Jules Hetzel est né à Chartres, le 15 janvier 1814; il est mort au mois de mars 1886. Il était de souche alsacienne, et luimôme, après de brillantes études classiques faites au collège Stanislas, et un cours de droit commencé à Paris, fut étudiant à la Faculté de Strasbourg. On retrouve dans son talent si fiançais, à côté de la verve humoristique et de la franche gaîté gauloise, une nuance de sensibilité rêveuse qui ne dément pas cette origine.

De bonne heure associé au libraire Paulin, il lance de belles publications illustrées dont Gavarni, Tony Johannot, Grandville fournissent les dessins, dont Balzac, Georges Sand, Alfred de Musset, J. Janin, Stafd fournissent le texte.

Stahl, c'est le pseudonyme littéraire d'Hcczel, son collaborateur intime pendant cinquante années.

Engagé dans la politique républicaine, porté au pouvoir par la révolution de 1848, démissionnaire après l'élection du 10 décembre, il soutient, pour ses idées, la lutte du journalisme, est exilé par le gouvernement issu du coup d'État de décembre 1851, et se retire en Belgique.

Il y redevient éditeur, publie comme tel une série d'ouvrages ingénieux dont quelques-uns ont fait fortune, mène avec compétence et succès une vive campagne en faveur de la propriété littéraire, dévorée à cette époque par la contrefaçon belge, et atteint de la sorte Tannée 1859.

A cette date, les portes de la patrie sont rouvertes sans condition aux bannis de décembre. Après neuf années d'un exil dignement supporté, Hetzel rentre en France : la première période de sa vie se clôt ici. Les titres de ses ouvrages : Nouvelles et seules aventures de Toni Pouce, Voyage où il vous plaira (en collaboration avec Alfred de Musset), Scènes de la vie publique et privée des animaux (plusieurs collaborateurs), L esprit des femmes et les femmes d'esprit. Pensées de Cham- /br^ (avec une piquante notice), n'annoncent guère l'écrivain qui va se consacrer à l'éducation de l'enfance. La plupart sont des œuvres de haute fantaisie et d'inspiration mondaine. Mais déjà la finesse de l'observation trahit la présence du moraliste.

C'est en 1860, à son retour d'exil et comme dans la joie de la patrie retrouvée, qu'Hetzel réalise un dessein longuement médité et mené à bout avec un rare bonheur et une égale persévérance : il

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