‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 503 sur 573 · HONDURAS · texte numérisé non relu

HONDURAS

s'agit do renouveler en franco la littérature enfantine.

« Son désir, nous dit un confident autorisé de sa pensée, c'était de faire, à côté des livres d'instruction proprement dite, une bibliothèque qui continuât, sur les bancs du collège ou de la pension, l'éducation de la famille; qui, aux heures de récréation, de lecture, fût un adjuvant pour les parents et pour les maîtres. Il voulut être un éducateur à côté des instructeurs, et c'est par où luimême a conquis sa place parmi les pédagogues. »

Le projet réclamait le concours intime d'un éditeur expérimenté et d'un excellent écrivain ; ici, par une rare bonne fortune, les deux aptitudes se trouvaient réunies dans une seule tête : Hetzel et Stahl s'inspiraient, se concertaient, se complétaient réciproquement.

L'innovation porte à la foi? sur la forme et le fond. Hetzel ne veut plus qu'on mette aux mains des enfants ces textes mal imprimés, pauvrement ou sottement illustrés, vrai rebut de la typographie. Puisque le livre sert à l'éducation, il veut que l'outil soit digne de l'œuvre. Des éditions aux belles marges, aux caractères nets et bien sortis, aux lignes claires, espacées, faciles à suivre, encadrées dans d'élégantes bordures, tels furent les premiers fruits de sa réforme.

Joignez-y de belles gravures. L'image fut le triomphe et l'une des forces de cet éducateur possédé de l'amour de son art, et qui réalisait avec grandeur une pensée émise depuis longtemps par Topffer.

Hetzel groupa autour de lui une pléiade d'artistes pris à la France, à la Suède, à l'Allemagne. Contentons-nous de nommer Schuler, Froment, Frœlich et Richter. Les premiers ouvrages décorés par ces crayons illustres furent salués avec enthousiasme. Ils nous ont aidés à mieux connaître, à mieux goûter les grâces enfantines ; on peut dire qu'ils ont porté aux quatre coins du monde le nom, les aventures et la gloire de Mademoiselle Lili et de tout ce petit peuple dont elle est le type expressif et vivant.

La révolution ne fut pas moins radicale pour le fond.

Un livre d'enfants n'eut plus le droit d'être niais sous prétexte d'être simple, vulgaire sous couleur de naïveté, fade et ennuyeux par manière d'innocence. Dans le programme conçu et réalisé par Hetzel, un tel livre s'élève au rang d'une œuvre d'art, laquelle réclame les dons les plus précieux de l'écrivain : élévation de la pensée, pureté de la morale, esprit de finesse et d'à-propos, distinction du style.

Presque simultanément Hetzel fondait une Bibliothèque et un Magasin d'éducation et de récréation (V. l'article Magasin d'éducation et de récréalion), l'un étant comme le réservoir où s'alimentait l'autre. Le Magasin, journal illustré et bi-mensuel, eut pour collaborateurs habituels MM. Jules Verne, Jean Macé et Stahl, auquel il est juste de joindre, pour sa modeste part, un aimable et fin poète, M. de Gramont. Jules Verne tint la curiosité en haleine par ses audacieux Voyages extraordinaires . Son domaine fut celui de l'imagination et de la fiction : c'est le grand amuseur, et l'on sait s'il a fourni longue et brillante carrière. Jean Macé, historien de la Bouchée de pain, prit pour lui l'instruction scientifique, mais une instruction attrayante, facile telle à peu prés que l'eût conçue Fontenelle. Stahl se chargea de l'éducation morale, et il y fut supérieur.

Ce conteur humoristique, ce partner de Balzac et d'Alfred de Musset, se révéla du jour au lendemain moraliste consommé et moraliste tel que le sujet le réclamait. Le jour où ses facultés d'observation se portèrent sur l'enfant, il y vit tout un monde de défauts à extirper, de vertus à culti-

ver. C'est à cette tâche qu'il a consacré les vingtcinq dernières années de sa vie.

Stahl aime les enfants et se plaît avec eux. Nul ne sait mieux que lui le secret de leur parler et de s'en faire écouter. Il a le genre de sagesse qui leur convient, et le genre de gaîté aussi. Point de dissonnance.

Prêcheur, il l'est à son heure et toujours à propos : mais il l'est sur le mode enjoué et souriant. Au sermon direct, il préfère la fable. C'est le roi des conteurs, une sorte de La Fontaine réconcilié avec l'enfance. Ami des fictions, il s'en sert avec art. Il en a d'ingénieuses, de touchantes, et même de raffinées : car un grain de manière ne lui déplaît pas et ne saurait d'ailleurs entamer son fond qui est si naturel et si sain. Il excelle à faire parler les animaux, les plantes, même les pierres. Ce sont des pierres qu'il charge quelque part {Morale familière, p. 390) de faire une belle et grave profession de foi spiritualiste, une de ses meilleures pages, bonne à relire, bonne à faire connaître à notre moderne jeunesse.

Optimiste par inclination, tournure d'esprit et bienveillance naturelle, il peint les enfants tels qu'ils devraient être, tels qu'ils pourraient être; mais il est trop clairvoyant pour ne pas voir leurs défauts, trop sincère pour ne pas les dire. Excellent médecin des âmes enfantines, car il a les deux qualités essentielles de l'emploi : la connaissance et l'amour du sujet.

La Bibliothèque et le Magasin d'éducation et de récréation fondés par Hetzel et ses collaborateurs (sans oublier Stahl) ont donc véritablement créé parmi nous une liltcrature nouvelle ; ils sont le point de départ et le modèle d'un genre parvenu aujourd'hui à son plein épanouissement. Ils ont intéressé les familles aux lectures des enfants, stimulé la curiosité et la réflexion de ceux-ci, provoqué l'émulation des auteurs. Lorsque, feuilletant les volumes accumulés du Magasin d'éducation, on y voit les noms de Jules Sandeau, de Laprade, de Legouvé, d'Hector Malot, de Lucien Biart, d'Eugène MuUer — voilà pour les littérateurs; — ceux de Rouzé, de Candèze, de Van Bruyssel, de Riche, de Cahours, de Grimard,

— voilà pour les savants, — on sent qu'il y a là une œuvre considérable et dont la portée n'est pas mesurée encore.

L'Académie française ne s'y est pas trompée. Elle décernait dès 1867 une de ses plus hautes récompenses à l'œuvre collective des trois fondateurs. Quelques années après elle couronnait la Morale familière (1868) de Stahl, recueil de ses principaux articles d'éducation.

Stahl mit le sceau à sa réputation de conteur et d'écrivain par la publication des Patins d'argent (1875), ingénieuse adaptation à notre langue et à notre esprit d'une gracieuse fiction anglaise ; — de Maroussia (1878), histoire simple et pathétique ;

— et aussi de Max Rigault, épisode détaché des Bofines fortunes parisiennes, l'œuvre la plus originale et la plus parfaite que Stahl ait écrite, celle dont Sainte-Beuve a pu dire : « Ce n'est pas seulement 5on chef-d'œuvre, c'est wn chef-d'œuvre. »

Hetzel (ou Stahl, comme on voudra l'appeler) a donc droit au titre d'Ami des enfants, resté sans maître depuis Berquin.Ila le droit de prendre rang parmi les éducateurs et les moralistes du premier âge qui ont le mieux compris leur tâche, et nul ne s'étonnera du tribut qui lui est payé à cette place.

[H. Durand.]

HONDURAS. — La république de Honduras, un instant réunie au Mexique lors de l'émancipation des colonies espagnoles de la mère-patrie, fit ensuite partie de la confédération de l'Amérique centrale (1824), dont elle se sépara en 1839 pour former un Etat indépendant. Son territoire a une superficie de 60 390 kilomètres carres ; sa popula-

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