Ï^ÉDAGOGIE (HÏST. DE LA) -- 304D - PÉDAGOGIE (HIST. DE LA
div-scplicmc siècle, la pratique suivie, en fait de discipline, est intimement lice aux méthodes adoptées pour renseignement et l'cducatioii intellectuelle. Les institutions et les docti-incs pédagogiques veulent être considérées dans leur ensemble, dans la connexion systématique do leurs divers éléments.
Une autre méthode d'exposition, plus défendable assurément, est celle qui consisterait à classer en un certain nombre de systèmes les opinions et les applications pédagogiques de tous les temps et de tous les pays. De même que Victor Cousin ramenait la diversité des opinions philosophicjues à quatre systèmes, à quatre types, toujours prêts à reparaître, de môme on pourrait rattacher les doctrines pédagogiques à quelques tendances générales et toujours vivaccs. On distinguerait la tendance ascétique, celle des Pères de l'Eglise et des doctrines du moyen âge, et la tendance utilitaire, celle de Locke et de la plupart des philosophes du xviiie siècle ; l'optimisme do Fénelon, de Rousseau, et le pessimisme de Port-Royal, de M^^ Necker de Saussure ; la prédominance du goût littéraire chez les humanistes de la Renaissance, dans les collèges de la société de Jésus, et la prépondérance de l'esprit scientifique chez Gondorcet, chez Herbert Spencer. Une réduction de ce genre aboutirait à une véritable classification des écoles de pédagogie, et aurait l'avantage de dégager nettement, dans les manifestations en apparence si variées de la pensée humaine en matière d'éducation", un petit nombre de principes essentiels, toujours les mêmes, toujours renaissants, et supérieurs aux détails, aux accidents qui parfois les dissimulent. Mais un tel travail, outre qu'il constituerait moins une histoire de la pédagogie qu'une philosophie de cette histoire, tendrait aussi à faire oublier les différences qui séparent même les doctrines les plus rapprochées, à tenir dans l'ombre, au lieu de les mettre en relief, les caractères propres à chaque pédagogue, le tour original et vivant qu'il a donné à sa pensée : enfin il ne répondrait pas au but fondamental d'une étude historique, qui est de montrer à travers les répétitions et les redites, à travers les défaillances et les retours en arrière, le progrès toujours continu et l'acheminement insensible vers les solutions les plus rationnelles et les plus idéales.
La meilleure méthode est donc celle qui consiste tout simplement à suivre l'ordre chronologique, à étudier successivement les pédagogues de l'antiquité, ceux du moyen âge, de la Renaissance et des temps modernes, à interroger tour à tour les grands professeurs ou les grands théoriciens de l'éducation, en demandant à chacun d'eux comment il a résolu pour son compte les diverses parties du problème pédagogique.
Bien entendu, dans cette histoire élémentaire de l'éducation, on laissera de côté les origines lointaines : on n'étudiera pas, comme le fait dans un livre bizarre, récemment paru, la Pédagogie, son évolutinn et son histoire, un matérialiste de notre temps, M. Issaurat, on n'étudiera pas la pédagogie « des luommes préhistoriques et des peuples sauvages ». Après un court aperçu sur les sociétés orientales, on abordera presque d'emblée les peuples classiques, les Grecs et les Romains : on n'insistera d'ailleurs pas longuement sur cette période éloignée, dont l'étude intéresse la curiosité et l'érudition pure plus qu'elle ne répond à un intérêt pratique. De même on pourra passer rapidement sur les premiers siècles du christianisme et et sur le moyen âge, époque véritablement pauvre au point de vue pédagogique. On n'aura à entrer dans le détail, dans l'analyse minutieuse, qu'à partir du xvie siècle, alors que l'éducation s'étend et s'élargit en divers sens, d'abord à raison du nombre de choses qu'elle enseigne, ensuite par le plus
grand nombre d'individus qu'elle appelle à jouir de ses bienfaits, l'idéal étant de plus ?n plus, selon le mot do Goménius, <« que tous apprennent et que tout soit enseigné » {omnes omnia doceantur).
Il ne peut être question à xette place d'écrire une histoire de la pédagogie: nous voudrions seulement, dans un résumé rapide et dans une vue d'ensemble, en marquer les diverses périodes, avec leurs caractères essentiels.
Un écrivain pédagogique, auteur d'une monographie intéressante sur L'Education chez les Hébreux, M. Joseph Simon, a écrit ces quelques lignes : « Chez toutes les nations la direction imprimée à l'éducation dépend de l'idée qu'elles se forment de l'homme parfait. Ghezles Romains, c'est le soldat vaillant, dur à la fatigue, docile à la discipline; chez les Atliéniens, c'est l'homme qui réunit en lui l'heureuse harmonie de la perfection morale et de la perfection physique ; chez les Hébreux, l'homme parfait, c'est l'homme pieux, vertueux, capable d'atteindre l'idéal du peuple hébreu, tracé par Dieu lui-môme en ces termes : « Soyez saints, » comme moi, l'Eternel, je suis saint. » La pédagogie grecque et la pédagogie romaine ont en effet poursuivi tantôt et presque exclusivement l'éducation physique, comme à Sparte, comme dans les premiers siècles de la Républiqueromaine, tantôt, comme à Athènes et aussi à Rome, une fois que Rome se fut mise à l'école de la Grèce, le développement parallèle de l'esprit et du corps, la musique et lagyranasiique. Platon, Aristate ont pédagogisé dans ce sens. De plus, l'éducation antique dans son ensemble a pour idée directrice la cité : elle aspire à former le citoyen plus que l'homme. G'est seulement dans les derniers siècles du paganisme, au commencement de l'ère chrétienne, que, sur les ruines de la cité et de la patrie, dans la fusion des nationalités, s'est élevée et a grandi l'idée de la famille et d'une éducation domestique, avec Plutarque par exemple, l'idée de l'humanité et dune éducation morale universelle, avec les stoïciens
Le christianisme, par ses dogmes, vint proclamer à nouveau, avec plus de netteté et d'éclat, les principes qui étaient déjà contenus en germe dans la doctrine du stoïcisme ; il affirma l'égalité de toutes les créatures humaines, et par là, implicitement, leur droit égal à 1 instruction ; il releva la dignité de la personne et l'affranchit du despotisme de l'État en appelant l'homme à prendre place, non plus seulement dans la cité terrestre, mais dans la cité de Dieu. Mais les idées généreuses du christianisme qui, appliquées, auraient dû modifier profondément l'éducation, ne fructifièrent pas tout de suite. D'abord il fallut lutter pour l'existence, et on n'eut pas le loisir de construire des plans pédagogigues : primo vivere, deindephilosonhari. En outre l'effort du christianisme naissant dut s'employer à lutter contre le paganisme : il fallait rompre avec la société antique, et par suite on fut entraîné à décrier les lettres, les sciences, qui faisaient partie du bagage de l'antiquité. L'ignorance devint en honneur, comme un signe de la I rupture avec le passé, comme un élément de la I sainteté nouvelle. Enfin les tendances mystiques des premiers chrétiens les détournèrent de toute conception d'une pédagogie mondaine et humaine : la vie à leurs yeux devait être le renoncement à la vie, la préparation à la mort. Les Lettres de saint Jérôme sur l'éducation des filles sont un document précieux de cet état d'esprit, de cet ascétisme intellectuel et moral.
Le moyen âge ne doit figurer que pour mémoire dans les annales de la pédagogie. Dans cette époque conluse. troublée par les dissensions intestines et par les guerres étrangères, alors que les langues nationales, véhicules indispensables de l'instruction, n'etaiep* pas encore constituées, alors que la langue populaire n'était pas la même