‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 54 sur 573 · Etat de l'instruotion primaire avant · texte numérisé non relu

Etat de l'instruotion primaire avant

— Voy. Guyenne et Gascogne,

2. Développement de l'instruction primaire depuis 1789 et état actuel. — Nombre des écoles.

— Le tableau ci-dessous indique le nombre des écoles depuis les dernières années du premier empire, mais surtout depuis la Restauration, premier régime à partir duquel on possède des statistiques officielles sur l'enseignement primaire, jusqu'à nos jours :

d'après l'almanach de l'université impériale

d'après l'almanach «le l'université royale

d'après la statistique oflic"» . .

écoles

Écoles

Total

publiques

libres

1 «T6-77 d aprè* la italiilique offic"*.

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f:«olei libres

To'»

On remarquera que la statistique de 1876-1877 donne plus d'écoles publiques que n'en relève celle de I8H0-I881, et cola malgré les augmentations qui se sont produites durant les trois dernières années. C'est le résultat d'une erreur de classement imputable à la statistique de 1876- 1877 et que l'on a redressée dès l'année suivante en faisant rentrer dans la catégorie des écoles libres un certain nombre d'écoles subventionnées qui, autorisées par le Conseil départemental & tenir lieu d'écoles publiques, avaient été indûment comprises dans la catégorie des écoles publiques proprement dites.

En 1876-1877, les 541 écoles publiques des Landes formaient 661 classes ; en 1880-1881, bs â31 écoles publiques forment 658 classes. On voit que, tout en tenant compte de l'erreur signalée plus haut, le nombre de classes, par rapport aux écoles, est plus élevé qu'il ne l'était en 1876-1877. C'est un soulagement apporté à la tâche des maîtres par le dédoublement d'un certain nombre de classes trop nombreuses. Quoiqu'il reste encore quelque cliose à faire sous ce rapport dans le département des Landes, la situation actuelle est bonne, ainsi qu'on peut le voir par l'exposé suivant qui se rapporte aux écoles publiques pour 1881 :

Classes de moins de 50 élèves 411, soit 62.40/0

— de plus de 50 — 98, — 14.9 0/0

— de 60 — 91, — 13. «0/0

— de 70 — 31, — 4.70/0

— — de 80 — 27, — 4.10/0

France sont respectivement : 58.6 0/0, 16.8 0/0, il. 7 0/0, 6.8 0/0 et 6.1 0/0.

En 1877, sur un total de 373 écoles, on comptait 128 écoles de garçons, 183 écoles mixtes, 62 écoles de filles; en 1876-1877 les 578 écoles se décomposaient en 237 écoles spéciales aux garçons, 103 écoles mixtes et 238 écoles spéciales aux filles ; en 1880-1881 , les écoles se répartissent comme suit : spéciales aux garçons, 237 ; spéciales aux filles, 245 ; mixtes, 108. C'est l'enseignement des filles qui a le plus profité des efforts faits pendant la période quinquennale écoulée.

Situation scolaire des communes. — Sur les 333 communes du département des Landes, 326 possédaient (en 1881) au moins une écolo primaire publique de garçons, de filles ou mixte ; 3 étaient réunies légalement à une autre commune pour l'entretien d'une école publique, et les quatre communes ci-dessous ne possédaient aucune école ni publique, ni libre :

Lubbon (431 hab.), circonscription de Moat-de-Marsan. Boôs (191 hab.), — de Uorcenx.

Payros-Cazantets (205 hab.), circonscr. de Saint-Sever. Fccorade (176 hab), — —

Trente-huit communes do 500 habitants et audessus ne possédaient pas d'école publique de filles, savoir : 19 dans la circonscription de Montde-Marsan, 4 dans celle do Dax, 4 dans celle de Morcenx et 11 dans la circonscription de Saini- Sever. Par contre, douze communes appartenant: 1 à la circonscription de Mont de-Marsan, 5 à celle de Dax. 2 à celle do Morcenx et 4 i celle do Saint-Sever, avaient des écoles spéciales pour les filles, quoiqu'ayant une population inférieure à 500 habitants.

LANDES

LANDES

Division des écolox publiques et libres en écoles laïques et écoles congréganistes.

Ecoles laïques

Écoles congréganistes

de garçons ou mixtes

de filles

de garçons ou mixtes

de filles

Tetal

Les 329 écoles laïques de garçons ou mixtes se divisent en 327 écoles publiques et 2 libres ; les 16 écoles congréganistes de garçons ou mixtes se divisent en 13 publiques et 3 libres. On voit par ces chiffres que les congréganistes n'ont qu'une insignifiante minorité dans les écoles de garçons et mixtes : 13 contre 327, soit 2.2 0/0. Les 135 écoles laïques de filles se subdivisent en 119 écoles publiques et 16 libres ; les 110 écoles congréganistes de filles se subdivisent en 76 écoles publiques et 35 libres. La minorité congréganiste est ici considérable : elle représente 38.7 0/0 des écoles publiques de (filles, et dans l'enseignement libre elle devient majorité et forme 86.6 0/0 des écoles.

Voici d'ailleurs le résumé exact de la situation réciproque des laïques et des congréganistes tant au point, de vue des écoles qu'au point de vue des élèves qu'elles reçoivent :

Garçons j Laïques..

ou mixtes. | Congrég.

Filles. Jl^aïques--

Écoles

Élèves

Nombre total d'élèves, et nombre des élèves gratuits dans les écoles primaires de toute nature.

Total des élèves

Élèves gratuits

1832 (année civile).

Manque.

1876-77 (année

scola

le^.. 35 027

Manque.

On remarquera que la statistique de 1880-1881, quoique en •progrès sur celle de l'année précédente, relève moins d'élèves que n'en avait mentionné la statistiqae de 1876-1877. Cette fluctuation des nombres peut être attribuée au peu d'empressement que mettent les habitants du département des Landes à envoyer leurs enfants à l'école , ainsi que cela sera démontré plus loin.

Quant à la gratuité, il y a lieu de distinguer entre les élèves des écoles publiques et ceux des écoles libres. Les élèves admis gratuitement dans ces dernières étaient, si l'on veut bien s'en rapporter à dus déclarations que les autorités scolaires n'ont pas eu à contrôler, au nombre de 2584 sur 3905, soit : 66.2 0/0. Cette proportion, quoique très élevée, n'a rien d'invraisemblable, puisque les deux tiers des écoles libres oont tenues par des congréganistes et que la gratuité était presque leur seule raison dètre.

Dans les écoles publiques la gratuité s'étendait à 41.0 0/0 des élèves en 1833. En 1837 elle était tombée à 33.6 0/0 et ne s'était relevée, en 1860, qu'à 39.1 0/0. En 1863 la gratuité était accordée

à 44.9 0/0 des élèves, et en 1867 à 45.2 0/0. En 1872 on la trouve à 72 0/0; elle y était encore en 1876-1877. Enfin, au moment de la promulgation de la loi du 16 juin 1881 qui a établi la gratuité absolue, le nombre des élèves admis gratuitement dans les écoles publiques était de 23 792 sur 30 730, soit 77.4 0/0. C'est donc 22.6 0/0, un peu moins du quart seulement des élèves des écoles publiques des Landes, qui sont ajoutés à la charge du budget des dépendes ordinaires de l'enseignement primaire.

Les 34 635 élèves du département des Landes peuvent se décomposer : en 30 730 élèves des écoles publiques et 3fi05 élèves des écoles libres ; en 18 392 garçons et 16 243 filles ; en 23 519 élèves des écoles laïques et 11 116 des écoles congréganistes ; en 8559 élèves payants et 26 076 élèves gratuits; en 31 063 élèves des écoles spéciales à l'un ou à l'autre sexe et 3572 élèves des écoles mixtes (tous ces derniers dans les écoles publiques). La proportion des élèves des écoles mixtes par rapport au total des élèves des écoles publiques est de 11.6 0/0, soit 5.3 0/0 au-dessous de la moyenne générale, qui est pour toute la France de 16.9 0/0.

. Les élèves d'âge scolaire figurent dans ce nombre de 34 G35 pour 29 891. D'après le recensement de 1876, le nombre des enfants de cet âge, pour le département des Landes, est de 39 605. D'où il résulterait que 9714 enfants d'âge scolaire ne fréquenteraient pas les écoles primaires. Il convient toutefois de retrancher de ce nombre 419 enfants de 6 ans et au-dessus dans les salles d'asile, et ceux qui reçoivent l'instruction dans un établissement d'enseignement secondaire quelconque (237 en 1876-1877). En admettant que ce dernier nombre ait doublé pendant la période quinquennale écoulée, ce qui est possible, et que quelques centaines d'enfants reçoivent l'instruction primaire dans leur famille, il n'en resterait pas moins plus de 8500 enfants de 6 à 13 ans privés de toute instruction, soit 21.5 0/0 de la population scolaire. Que ce fâcheux état de chose soit imputable à une mauvaise organisation du service de l'enseignement primaire en général, ou à l'impéritie des parent?, il n'en est pas moins grand temps qu'une application énergique de la loi du 28 mars 1882 fasse cesser une si déplorable situation.

Personnel enseignant. — Les instituteurs laïques ont la majorité dans l'enseignement public. Dans l'enseignement libre des garçons, qui ne comprend que 5 écoles, les instituteurs laïques sont au nombre de 4 et les congréganistes au nombre de 8. Les institutrices laïques sont également en majorité dans l'enseignement public et en minorité dans l'enseignement libre.

Nombre d'instituteurs et d'institutrices^ y compris les adjoints et les adjointes.

Instituteurs

Institu

rices

laïques

congrégan.

laïques congrcgan.

On remarquera aussi que le total du personnel enseignant, après avoir été porté à 821 en 1878- 1879, est revenu au chiffre de 805 accusé par la statistique de 1876-1877. Ce fait s'explique par la substitution de l'élément laïque à l'élément congréganiste dans un grand nombre d'écoles publiques. En effet, les écoles tenues par des congre-

LANDES

LANDES

ganistes ont toujours un effectif en personnel qui dépasse les besoins du service, tandis que le nombre des maîtres laïques est limité au strict nécessaire. Mais la situation générale n'a pas été amoindrie par cette réduction sur le total du personnel enseignant, puisque, comme on peut s'en convaincre en examinant le tableau des écoles, il existe douze écoles de plus en 1880-1881 qu'en 1876-1877. ^ . „ .

Pour 1880-1881, les nombres se subdivisent comme suit : les 372 instituteurs laïques, en 308 publics et 4 libres; les 43 instituteurs cowjréganistes en 35 publics et 8 libres; les 154 institutrices laïques en 132 publiques et 22 libres ; et les 236 institutrices congrég artistes en 126 publiques et 110 libres.

Dans le personnel laïque des écoles publiques il n'existe plus que 2 instituteurs-adjoints et 2 institutrices-adjointes non brevetés; dans le personnel congréganiste on en trouve encore 138, dont 20 instituteurs-adjoints, 66 institutrices titulaires et 52 adjointes sur un total de 161 membres, soit 85.7 0/0.

Dans le personnel laïque des écoles libres, sur 26 membres, dont 4 instituteurs et 22 institutrices, on ne trouve aucun non breveté ; dans le personnel congréganiste des mêmes écoles, qui compte 118 membres dont 8 instituteurs et 110 institutrices, on trouve encore 5 instituteurs-adjoints, 30 institutrices titulaires et 63 adjointes non brevetés, c'est-à-dire 88 sur 118, soit 74.5 0/0.

On peut voir par la comparaison de ces moyennes qu'au point de vue intellectuel le personnel laïque de l'enseignement libre offre les mêmes garanties que celui de l'enseignement public, et que le personnel congréganiste au contraire est encore plus arriéré dans l'enseignement public que dans l'enseignement libre.

Recrutement du personnel enseignant. — Jusqu'à présent on avait pu subvenir aux besoins du service en puisant aux diverses sources qu'offre le département, à savoir, pour les instituteurs, l'école normale de Dax, le lycée de Mont-de-Marsan et les écoles primaires publiques ou libres; pour les institutrices, le cours normal de Mont-de- Marsan et divers pensionnats. Ces sources sont devenues insuffisantes :

a Le développement que prend le service de l'instruction primaire, dit dans son rapport au Conseil général (session d'août 1882) M. l'inspecteur d'académie, et l'application de la loi sur l'enseignement obligatoire nous font craindre que nos sources ordinaires soient taries trop vile en ce qui concerne du moins les instituteurs; aussi avons-nous demandé que le nombre des élèvesmaîtres à recevoir à l'école normale de Dax en 1882 fût supérieur à celui des années précédentes. Il est regrettable que cet établissement ne puisse, à cause de l'exigaité de ses bâtiments, contenir un nombre d'elèves-maîtres suffisant pour les besoins du service. L'administration, qui se préoccupe justement de cet état de choses, recherche les moyens de remédier à cette situation. Pour le moment et jusqu'à ce que l'école normale ait été suffisamment agrandie, le moyen le plus simple, et j'ajouterai le seul possible, d'assurer le recrutement des instituteurs du département est d'admettre à l'école normale des élèves externes. Quant au recrutement des institutrices, le moment n'est pas éloigné où il sera assuré par la création et le fonctionnement d'une école normale d'institutrices. Cette question est à l'étude et probablement va recevoir une solution prochaine ; le Conseil général va être saisi, lors de sa prochaine session, d'un projet de construction et d'installation d'une école normale d'institutrices à Mont-de-Marsan. »

Maisons d'école et mobilier scolaire. — Sur 534 maisons d'école que comptait le départemerit des Landes en 1881, 398 appartenaient aux communes, 26 étaient prêtées, 110 étaient louées. Le montant des sommes payées pour location de ces dernières s'élevait à 13 125 fr. ; 1'j3 des maisons appartenant aux communes étaient l'objet d'une demande de réparation ou d'amélioration quelconque.

Pendant les années 1878, 1879, 1880, 1881, il a été construit, dans le département des Landes, 56 maisons d'école : 28 de garçons, 17 de filles, 11 mixtes.

85 maisons ont été appropriées : 37 de garçons, 30 de filles, 18 mixtes.

La dépense totale pour ces constructions et appropriations a été de 678 436 fr., dont 479 9'JO fr. à la charge des communes et 198 500 fr. à la charge de l'État.

l4i mobiliers ont été réparés, complétés ou renouvelés. La dépense de 35 054 fr. qui en est résultée a été supportée par les communes pour 28 300 fr. et par l'ijtat pour 6 754 fr.

Pour mettre les moyens d'instruction à la hauteur des besoins de la population on estime qu'il faudrait encore bâtir 253 écoles, 74 de garçons, 121 de filles, 58 mixtes, et approprier 147 des écoles existantes : 84 de garçons, 38 de filles et 25 mixtes. On évalue les dépenses à faire de ce chef à 3 800 000 fr,, auxquels il conviendrait d'ajouter plus do 200 000 fr. pour mettre le mobilier en bon état. C'est donc une somme ronde de 4 millions qu'il faudrait dépenser pour l'enseignement primaire dans les Landes, afin que la loi du 28 mars 1882 sur l'instruction obligatoire pût être appliquée d'une manière fructueuse.

Il est peu probable que cet énorme sacrifice puisse se faire en une seule fois. En attendant, de nombreux projets de construction et d'appropriation de maisons d'école sont à l'étude sur tous les points du département et témoignent du désir de sortir enfin de l'ornière où l'on est resté jusqu'à ce jour. De son côté l'Ëtat favorise ce mouvement par de larges subventions accordées aux communes pour construction ou réparation de leurs maisons d'école et de leurs mobiliers scolaires, et dont voici le chiffre pour les cinq dernières années :

Nombre des écoles.

SubTcntions

31 100 fr.

ISSO . . .

IbSi

Totaux..

2641Ù0fr.

Enseignement, méthodes et résultats. — « Les méthodes et les procédés d'enseignement s'améliorent après chaque série de conférences pédagogiques, dit le rapport de l'inspecteur d'académie. Les programmes d'études sont mieux arrêtés et suivis, l'organisation des classes est mieux entendue et les procédés gagnent en simplicité et en variété. L'enseignement par la parole du maître et aussi, autant que possible, par l'aspnct, a fait un grand pas dans le plus grand nombre des écoles ; les élèves, dont la sagacité est de plus en plus éveillée et exercée, paraissent goûter ce mode d'enseignement et répondent par une attention soutenue à la sollicitude dont ils sont l'objet.

» Les bons maîtres continuent à préparer leur classe avec soin et ne livrent rien au hasard dans la marche quotidienne des affaires scolaires ; d'autres, et ils sont malheureusement trop nombpcux, n'apportent pas assez de soin à cette préparation immédiate des devoirs et dos leçons dei chaque jour ; aussi n'obticnueut-ils que de médiocres résultats. »

LANDRS

LANDES

Certificat d'études primaires. — L'institution du certificat d'éiudes primaires a été introduite dans le département des Landes en 1868 ; mais elle n'y a pas pris grand développement. En 1872, 43 candidats, dont 38 garçons et 5 filles, s'étaient présentés aux examens : 34 certificats avaient été obtenus par 31 garçons et 3 filles. En 1878, 82 garçons et 9 filles ont concouru pour le certificat : 56 garçons et toutes les filles l'ont obtenu. En 1880-1881, le nombre de ceux qui ont osé affronter l'épreuve est moins restreint: 310 garçons et 118 filles, en tout 428, sur lesquels 217 garçons et 85 filles ont réussi. Quoique ces chifl"res soient plus encourageants pour l'avenir que les précédents, ils ne représentent encore qu'une bien faible moyenne par rapport au total des élèves inscrits dans toutes les écoles primaires. Pour toute la France, cette moyenne est de 1.36 0/0; dans le département des Landes, elle n'est que de 0.87 0/0.

« Le nombre des élèves qui se présentent aux examens du certificat d'études, dit le rapport d'inspection académique, et qui obtiennent ce diplôme, augmente dans de notables proportions. Cette augmentation provient surtout du plus grand nombre de jeunes filles qui ont pris part aux examens Tout fait présumer que l'année prochaine le nombre d'aspirants et d'aspirantes sera encore supérieur. Ces aspirants et aspirantes appartiennent à un nombre d'écoles de plus en plus grand, ce qui permet d'espérer que dans un avenir peu éloigné toutes les écoles présenteront leurs candidats aux examens de fin d'année. En 1881 une somme de 425 francs a été distribuée à titre d'encouragement, en livrets de caisse d'épargne, à des candidats qui avaient obtenu le premier et le deuxième rang dans les épreuves qu'ils ont eu à subir. »

Ecole normale et cours normal. — Le département des Landes possède une école normale d'instituteurs et un cours normal d'institutrices.

L'école normale d'instituteurs, ouverte à Dax en 1831, reçoit actuellement 38 élèves. L'enseignement y est donné par le directeur, quatre maîtres adjoints et quatre professeurs externes. La situation de l'école normale d'instituteurs de Dax, au point de vue du local et de l'installation matérielle, est présentée sous un jour assez triste par le rapport d'inspection académique au Conseil général (session d'août 1882) :

« Les bâtiments sont toujours dans le même état. Leur insuffisance a été bien des fois constatée. Les besoins de l'enseignement exigent des salles spacieuses pour les collections, des locaux sains et bien aérés qui manquent encore. Les collections sont entassées pêle-mêle faute de meubles et d'espace ; les élèves sont à l'étroit dans des pièces exiguës et mal éclairées....

» Le mobilier est, en général, dans un état fâcheux et ne répond pas à ce qu'on peut exiger pour une école destinée à former des instituteurs. Ce mobilier aurait besoin d'être sinon renouvelé, du moins complété et surtout approprié ; ce qui est vrai du mobilier des études l'est aussi pour celui des classes...

» La bibliothèque manque de livres classiques et de livres de lecture. La presque totalité des volumes qui la composent sont des ouvrages sans intérêt ; il y a des lacunes aussi regrettables que nombreuses et qu'il serait urgent de combler au moyen de crédits spéciaux. Il est inutile d'insister sur le caractère d'urgence que cette Question présente.

» Le cabinet de physique est installé au second étage ; il a été récemment pourvu d'un grand nombre d'instruments, grâce à la munificence de l'administration supérieure; de nombreuses et intéressantes collections d'histoire natnrftile ont été

envoyées à l'école, mais il n'a pas encore été possible'de leur afl"ecter une place. Le laboratoire de chimie est très mal installé, et il y a lieu de mettre fin à une situation qui non seulement nuit au progrès des études, mais encore pourrait compromettre la santé des élèves. »

Malgré l'insuffisance des locaux et la mauvaise installation, les résultats de l'enseignement ont été assez satisfaisants en 1881. La plupart des candidats qui se sont présentés aux épreuves du brevet élémentaire à la fin de la deuxième année de leur séjour à l'école les ont subies avec succès.

« Quant aux élèves qui se présentaient an brevet supérieur, deux en ont été jugés dignes. Le but de l'école normale n'est pas, en elfet, de faire arriver péniblement ses élèves au brevet élémentaire, mais bien d'élever leur niveau intellectuel.

» Tous les élèves ont travaillé avec un zèle et une activité soutenus, et nous n'avons que des éloges à donner à leur bon esprit ; la discipline a toujours été régulière, et l'administration n'a jamais eu à nous signaler d'infractions graves au bon ordre et au règlement de l'école. »

Le cours normal d'institutrices a été fondé à Mont-de-Marsan en 1863. Il reçoit généralement une huitaine d'élèves entretenues au moyen de o bourses complètes du département et de 3 bourses complètes de l'Etat. L'enseignement y est donné par un aumônier et deux maltresses-adjointes sous la direction des sœurs de Noire-Dame-de- Lorette.

« Le cours normal des institutrices, dit le rapport d'inspection académique, a donné en 1881, comme les années précédentes, des résultats satisfaisants ; les élèves qui se sont présentées aux épreuves du brevet élémentaire les ont subies avec succès.

» Quelque satisfaisante que soit la situation du cours normal au point de vue du niveau des études et des résultats obtenus, il est appelé à faire place dans un délai peu éloigné à une école normale d'institutrices qui, aux termes de la loi de 1879, doit être ouverte dans le département dans un délai de quatre ans à partir de la promulgation de cette loi. La nouvelle école, qui sera organisée d'après les nouveaux plans d'études et où seront appliquées les mêmes méthodes d'enseignement que dans les autres établissements universitaires de cette nature, assurera dans de meilleures conditions le recrutement du personnel des institutrices du département des Landes. »

Brevet de capacité. — Nous donnons ci-dessous, par nature et par sexe, le nombre des brevets de capacité délivrés dans le département des Landes depuis 1850 jusqu'en 18S1 inclusivement :

Instituteurs.

1851-1867. 319 brevets obligatoires, 57 brevets complets. 1868-1880. 250 — — 37 — facullatifs

ou complets.

1881 47 — élémentaires, 7 — supérieurs.

Institutrices.

1831-1867. 250 brevets obligatoires, 9 brevets complets.

ou complets.

1881...... 64 — élémentaires, 2 — supérieurs.

En 1881, 84 aspirants s'étaient présentés pour l'obtention du brevet élémentaire; 47 l'ont obtenu, soit 56 0/0. Les aspirantes s'étaient présentées au nombre de 84, sur lesquelles 6i ont été admises, soit 68.1 0/0. La moyenne des admissions par rapport aux candidats est pour toute la France

LANDES

LANDES

do 49.9 0/0 pour les aspirants et de 62.2 0/0 pour les aspirantes. On peut voir par ces chiiTres qu'au point de vue de la préparation des candidats aux épreuves da brevet de capacité élémentaire, le département des Landes s'est placé sensiblement au-dessus de la moyenne générale.

Les aspirants au brevet de capacité élémentaire dans le département des Landes doivent être classés en deux catégories : les laïques et les congréganistes. Les laïques hommes ont fait admettre 45 de leurs candidats sur 67, soit 67.2 0/0, tandis que les congréganistes n'ont passé que dans la proportion de 11.7 0/0(2 sur 17).

Il n'en a pas été de môme pour les femmes": la palme est restée aux congréganistes, qui ont passé dans la proportion de 75 0/0(12 sur 16), tandis que les aspirantes laïques n*ont réussi qu'au nombre de Wl sur 78, soit 66 0/0.

Salles d'asile. — Le département des Landes ne possédait aucune salle d'asile en 1837. En 1850, il en comptait 6; 11 en 1863, 14 en 1867, 24 en 1876-1877. Le nombre des élèves reçus dans les salles d'asile était de 235 en 1850; de 1065 en 1863 ; de 1279 en 1867 et de 1990 en 1876-1877. En 1880-1881 le département possédait 25 salles d'asile, dont 14 publiques et 11 libres. 1 salle d'asile publique seulement et 1 libre étaient dirigées par des laïques, et les 23 autres par des congréganistes. Ces 25 établissements avaient reçu 2611 élèves, répartis comme suit :

Salles d'asile publiques, j lf^^^ig[ j g^ô \ * '^*

— libres...

laïques., congrég.

L'état actuel des salles d'asile ou écoles maternelles n'est pas très satisfaisant, ainsi que l'on en peut juger par le passage ci-après du rapport d'inspection académique qui leur est consacré ; « La situation matérielle ne se modifie pas sensiblement; il y a lieu d'espérer que l'enquête à laquelle vont être soumises les écoles maternelles publiques à l'eflFet de rechercher s'il convient de leur donner une consécration nouvelle, aura pour effet d'améliorer leur installation au point de vue des locaux et du mobilier. »

Ouvroirs. — Le département des Landes possède 32 ouvroirs établis dans les principaux centres de population et qui ont été fréquentés par 437 élèves. Ces établissements, que l'on désirerait voir se généraliser, rendent de réels services aux jeunes filles des communes où ils fonctionnent; les résultats obtenus pour les travaux manuels sont très satisfaisants.

Cours d'adultes. — Voici la statistique des cours d'adultes à partir de 1863 :

Nombre des coars

Hommes Femmes

Nombre des aoditears

Uommns

Femmes

Les cours d'adultes ouverts pendant l'hiver 1881- 1882 sont au nombre de 182 avec 4743 élèves pour les hommes, et de 7 avec 83 élèves pour les femmes. Il y a donc une diminution sensible sur l'année précédente, ce qui ferait croire que les résultats donnés par ces cours ne sont pas de nature à encourager ni les auditeurs, ni les maîtres.

bibliothèques scolaires. — Le département des Landes possédait, en 1863, 55 bibliothèques conenant ensemble 4340 volumes. En 1881. il en

comptait 175 avec 14 971 livres de lecture, plus 6647 livres scolaires pour les besoins des élevés. C'est, comme on le voit, une moyenne de plus de 6 bibliothèques nouvelles par an. Le total est encore bien peu élevé pour un département de cette importance, mais le progrès est constant et chaque année y apporte son contingent.

Bihliotlinques pédacjorjiques. — Il en existe 28 (une par canton) dans le département. Elles contiennent 7374 volumes. « Les 28 bibliothèques pédagogiques cantonales, dit le rapport d'inspection académique, s'enrichissent insensiblemeni de publications nouvelles dont les éditeurs le«ir font hommage ; elles comptent en moyenne 27(> volumes, comprenant un très grand nombre d'ouvrages classiques et un nombre plus restreint d'ouvrages pédagogiques proprement dits.

u Ces bibliothèques, dont les instituteurs et les institutrices apprécient toute l'utilité au point de vue personnel, leur ont fourni de nombreux prêts, surtout à l'approche des conférences pédagogiques. Ces prêts seraient beaucoup plus nombreux s'il était possible de confier à la poste la transmission en franchise des volumes des bibliothèques pédagogiques dans un même canton. Il y aurait lieu d'appeler sur ce point l'attention de M. le ministre de l'instruction publique. »

Conférences pédagogiques. — Elles fonctionnent régulièrement, et à part quelques rares exceptions dont il est toujours rendu compte à l'administration, tous les instituteurs et toutes les institutrices publics, congréganistes et laïques, se sont rendus aux deux conférences pédagogiques cantonales de l'année. « Les travaux écrits des maîtres, dit le rapport d'inspection accadémique, marquent un progrès réel dans la préparation de ces conférences. Quant à la leçon orale qui fait régulièrement aujourd'hui l'objet de la deuxième partie de la conférence, si elle dénote de l'indécision, parfois même de l'incorrection, elle témoigne aussi cependant d'efforts unanimes pour une étude consciencieuse du sujet. J'ai assisté à quelques conférences cantonales, et j'ai été heureux de constater par moi-même le soin que tous les maîtres et maîtresses apportent à la préparation des questions qui leur sont soumises. »

Caisses d'épargne scolaires. — L'institution des caisses d'épargne scolaires s'est implantée dans le département des Landes en 1877. Au 1*' janvier 1879, on ne trouvait encore que neuf écoles ayant installé une caisse d'épargne; il y avait 331 élèves épargnants, sur lesquels 163 possédaient le livret de la grande caisse d'épargne. Le total des sommes déposées était de 3143 francs. Au 1" janvier 1882, on retrouve les caisses d'épargne scolaires dans la situation suivante : une caisse ouverte dans 41 écoles, 1016 livrets pour des dépôts dont le total s'élève à 9497 francs. C'est peu encore : mais il paraîtrait que l institution a vaincu l'indifterence avec laquelle elle a été d'abord accueillie et qu'elle va entrer dans une nouvelle phase. On lit en effet dans le rapport d'inspection académique : « Un progrès réel a été obtenu cette année dans la fondation des caisses d'épargne scolaires ; c'était du reste l'objectif que MM. les inspecteurs primaires avaient été spécialement invités à poursuivre pendant l'année qui vient de s'écouler.

» Le nombre de ces caisses d'épargne s'élève à 105 et celui des élèves épargnants, à plus de 2401. Les versements ont dépassé le chitlre de 15 000 francs. ^ , ,

» Nous attendons les meilleurs résultats de cette œuvre, qui est entrée dans les mœurs île nos élèves et à qui elle impose do bonne heure des idées d'ordre et d'économie. »

Caisses des écoles. — Le département des Landes en possède 8, avec un encaisse de 1650 fr.

LANDES

LANDES

(situation au 1" janvier 1882). Il ne paraît pas que l'on puisse attendre de bien grands services d'une institution dont les ressources sont si étroitement limitées.

Société de secours mutuels. — L'absence d'une société de secours mutuel» entre les instituteurs et les institutrices était une des nombreuses lacunes qui existent encore dans l'organisation de l'enseignement primaire dans le département des Landes; cette lacune vient d'être comblée.

« Au 31 décembre 1881, dit le rapport de l'inspecteur d'académie, la société de secours mutuels, dont la fondation ne remontait qu'à une année, comptait 50 membres honoraires et 533 membres participants. A cette même date, les ressources nettes de la société, défalcation faite des dépenses de première installation, s'élevaient au chiffre de 8338 fr., non compris la subvention que le gouvernement accordera à la société pour l'exercice 1881.

» L'espoir que nous avions fondé dans le succès de cette œuvre philanthropique n'a pas été déçu, et nous avons constaté avec satisfaction l'empressement avec lequel tout le personnel laïque du département, à de très rares exceptions près, a adliéréauxstatutsquirégissentcette association...»

Bulletin scolaire. — Le Bulletin de l'instruction primaire des Landes a été fondé en 1867. C'est une publication mensuelle de format in-8". Au début, le prix d'abonnement annuel était de 2 fr. pour les instituteurs et de 3 fr. pour le public. Actuellement le Bulletin est envoyé gratuitement à tous les instituteurs et institutrices du département. Il publie les lois, décrets, arrêtés et circulaires ministérielles, ainsi que tous les documents émanant des autorités scolaires et administratives du département, les sujets de conférences pédagogiques, en un mot tout ce qui intéresse le service de l'enseignement primaire.

Ecole de Morcenx. — La Compagnie des chemins de fer du Midi a installé à Morcenx, en 1864, une école destinée à donner l'instruction primaire aux enfants de ses employés. Les élèves i y sont amenés le matin, par les premiers trains, de toutes les stations des alentours, et rentrent le soir chez leurs parents. Cette école, comprenant deux classes de garçons, une classe de filles, et une classe de petits enfants, a attiré, par l'excellence de ses méthodes et les résultats satisfaisants qu'on y a obtenus, l'attention des amis de l'instruction populaire. M. Ch. Robert, en 1873, et M. le D' Delvaille, en 1875, en ont parlé avec éloges'dans deux intéressantes notices.

Résultats de l'instruction, — Les tableaux cidessous donnent les chiffres des conscrits et des conjoints lettrés .

En 1827-1829 le département des Landes était, pour l'instruction des conscrits, de 12.8 0/0 audessous de la moyenne générale, qui était alors pour toute la France de 44.8 0/0. En 1880 la différence entre la moyenne dans les Landes et la moyenne générale est de 13.1 0/0 (72.5 0/0 à 85.6 0/0). D'où il résulte que malgré l'abondance de la nioisson à faire, le progrès a été plus lent dans les Landes que dans le reste de la France ; aussi après avoir occupé le 64« rang en 1827-1829, et le 66e en 1836-1840, ce département est-il tombé au 81* rang en 1880.

Les opérations du conseil de révision pour la classe de 1881 ont porté sur 2932 conscrits, dont 2195 ont déclaré savoir au moins lire, soit 74.2 0/0. C'est l'arrondissement de Mont-de-Marsan qui empêchs le département des Landes d'atteindre à une moyenne plus élevée, ainsi qu'il résulte des chiffres suivants relevés pour les trois dernières années :

Conscrits sachant au moint lire.

Classe de Classe de 1879 1880

Mont-de-Marsan 66.2 0/0 67.3 0/0

Dax 76.9 0/0 76.2 0/0

Saint-Sever 72.1 0/a 75.). 0/0

Classe de

Nombre de conjoints^ sur 100, ayant sigjié leur acte de mariage.

Années

Sommes

Femmes

Hommes et femme»

ANNÉES

Examines

ONSCRIT

Sachant

au moins

lire

Combien pour 100

Budget de C instruction primaire. — En 1863, première date à laquelle il nous soit possible de calculer la dépense par élève, le département des Landes était au-dessus de la moyenne générale. Chaque élève coûtait alors dans ce département, 10'%95, tandis que pour toute la France le prix de revient par tête était de 9f%47. Il faut dire que le département des Landes ne faisait pas face à cette dépense avec ses propres ressources, et que l'État y contribuait pour plus de 22 0/0, c'est-à-dire près d'un quart.

En 1876 la dépense ordinaire par tête d'élève atteignait pour toute la France 17'S83, et pour le département des Landes elle s'arrêtait à I6''",45, quoique la subvention de l'État eût été portée de 50 603 fr. en 186:5 à 138 788 fr. en 1876, et qu'elle représentât ainsi plus de 26 0/0 des dépenses ordinaires.

En 1863 les dépenses ordinaires des écoles primaires publiques, prélevées sur le budget communal et sur le budget départemental, représentaient pour les Landes, un impôt moyen de 0'S66 par habitant. Pour toute la France cet impôt moyen ressortait à lf'",45. En 1877 les mêmes dépenses portaient l'impôt moyen par habitant à l'%31 dans les Landes et pour toute la France à l"',6l.

En 1881 les dépenses ordinaires communales et départementales s'élèvent à 343 131 fr., ce qui représente un impôt moyen de l'%14 par habitant, et avec la subvention de l'État elles atteignent lo chiffre de 630 632 fr. De ce chef la dépense moyenne par tête d'élève est portée à 2U'',52, dont lOf^ri prélevés sur les ressources communales, 1^^,05 sur le budget départemental, et 9",35 fournis par l'État.

Nous donnons dans le tableau ci-après les chiffres des dépenses ordinaires de l'instruction primaire dans les Landes depuis 1855 jusqu'à 1881 inclusivement :

LANGETHAL

LANGETHAL

RÉTIUBU-

SUBVENTIONS

TION

rv— ^

ANNÉES

scolaire

du

de l'Eut.

A PART

département

LANGETHAL. — Henri Langethal, ne à Erfurt le 3 septembre 1792, fut, avec Middendorff, le dévoué collaborateur de Frœbel et l'un des trois fondateurs de l'institut de Keilhau. Fils aîné d'un cordonnier, il fut destiné par son père à la théologie, et suivit en conséquence les classes du gymnase de sa ville natale. En 1810, à dix-huit ans, le jeune Langethal sortit du gymnase avec la première note (primus omnium)^ et commença ses études théologiques à l'université d'Erfurt. En même temps, il s'occupait de l'éducation de son jeune frère Christian (né en 1806) et d'un autre enfant qui lui avait été confié ; il suivait, racontet-il, la méthode de lecture de Pestalozzi, et obtint avec ses deux élèves de remarquables succès. Mais les leçons des théologiens d'Erfurt lassèrent bientôt la patience de l'étudiant ; il désirait se rendre à Berlin, où enseignaient alors Neander et Schleiermacher. Grâce à l'intervention d'un ami de sa famille, ce désir put se réaliser, et Langethal arriva à Berlin au commencement de ISIl.Ily était depuis deux ans, et se préparait à passer ses examens, lorsque les événements de 1813 interrompirent ses paisibles études. La jeunesse allemande, répondant h l'appel du roi de Prusse, quittait les universités pour courir aux armes. Langethal ^s'enrôla dans le corps des chasseurs noirs de Lûtzow, ainsi que son camarade MiddendorfiT, étudiant comme lui et dont il avait fait la connaissance dans l'auditoire de Schleiermacher. Le détachement dont ils faisaient partie fut envoyé à Dresde en avril 1813: ce fut là que les deux jeunes gens rencontrèrent Frœbel, qui s'était enrôlé comme eux. Une étroite amitié les unit bientôt tous les trois. Ils firent toute la campagne ensemble, furent témoins de la mort héroïque de Kôrner à Gadebusch près de Wôbbelin (26 août), et combattirent vaillamment à Gôhrde (16 septembre); leur corps d'armée se trouvait à Namur au printemps de 1814, lorsqu'arriva la nouvelle de la capitulation de Paris. Les volontaires furent alors licenciés ; Middendorff et Frœbel regagnèrent leurs foyers; Langethal, qui

avait reçu le grade de fourrier, dut retourner à Borlin avec les cadres du corps de Lûtzow. Middondoriï l'y rejoi;>nit bientôt, et tous deux reprirent leurs études interrompues. Frœbel aussi revint à Horlin, où il obtint le poste d'assistant au musée minf^ralogique.

Au commencement de 1815, Langethal entra comme précepteur dans la famille du banquier Bendemann, tout en continuant la prfiparation de son examen. Nous avons raconté ailleurs comment Frcebel, qiii méditait de créer un institut d'éducation, avait jeté son dévolu sur les deux jeunes gens dont il voulait faire ses disciples et ses collaborateurs. Middendorff, nature aimante et poétique, se donna bientôt tout entier à l'homme qu'il vénérait comme le révélateur d'une doctrine destinée à régénérer le monde. Le caractère de Langethal était d'une trempe plus virile, son esprit réfléchi cédait moins aisément aux entraînements de l'imagination et du sentiment : aussi Frœbel n'exerça-t-il jamais sur lui un empire aussi absolu que sur Middendorff. Cependant dès ce moment Langethal subissait à un haut degré l'influence de cet homme extraordinaire. Pendant Tété de 1815, qu'il passa dans une maison de campagne à Gharlottenbourg avec ses élèves, il reçut de Frœbel de fréquentes visites, dans lesquelles celui-ci lui faisait part de ses vues sur l'éducation : ce fut sur son conseil que Langethal adopta, pour son enseignement, le Livre des mères de Pestalozzi et la Formenlehre de Joseph Schmid.

L'hiver de 1815 à 1816 fut pour Langethal une des périodes les plus heureuses de sa vie. Il était rentré à Berlin, où, grâce aux relations du banquier Bendemann, il voyait la meilleure société. Parmi les maisons qu'il fréquentait se trouvait celle du conseiller militaire Klœpper, dont la femme devait plus tard devenir la compagne de Frœbel. D'autre part, la jeunesse universitaire, associée par le gouvernement lui-même à la vie politique du pays depuis les événements de 1813, sétait éveillée à une vie nouvelle, et Langethal prenait une part active à ce mouvement. Une Burschenschaft avait été fondée parmi les étudiants : Langethal et MiddendorfiT y entrèrent; et, une fête patriotique ayant été organisée par les étudiants pour célébrer l'anniversaire du 9 février (date de la proclamation du roi de Prusse appelant aux armes le peuple allemand), ce fut Langethal qui fut choisi pour prononcer le discours officiel. Quelques semaines plus tard, les professeurs de l'université offrirent à leur tour un banquet aux étudiants : Langethal y reçut la place d'honneur à la droite du recteur Schleiermacher, et dut y prendre de nouveau la parole au nom de ses camarades.

C'est vers cette époque que Frœbel fit, par l'intermédiaire de Langethal, la connaissance de celle qu'il devait épouser deux ans plus tard. Miû" Klœpper, dont le mari menait une conduite irrégulière, avait demandé et obtenu son divorce, et depuis ce moment vivait dans la retraite. Langethal, qui était demeuré en relations avec elle, lui proposa un jour, pour la distraire, de lui faire visiter le musée minéralogique ; elle accepta, et c'est ainsi qu'elle vit Frœbel pour la première fois

Lorsque revint l'été, Langethal retourna à Gharlottenbourg avec ses élèves. « Peu de temps après, raconte-t-il, Frœbel m'annonça sa résolution de quitter Berlin. Il me raconta qu'il avait donne sa démission d'assistant au musée minéralogique, et qu'il était décidé à retourner dans son pays natal pour y faire l'éducation des enfants de son frère (mort en 1813). A partir de ce moment, il s'ouvrit à moi plus complètement et avec plus de chaleur; il venait souvent me voir à Gharlottenbourg, et souvent je raccompagnais lorsqu'il repartait. Un jour, nous fîmes trois fois le chemiB

LANGETHAL

LANGETHAL

ensemble de Charlottenbourg à Berlin, puis de Berlin à Charlottenbourg, et de nouveau de Charlottenbourg à Berlin; nous ne pouvions plus nous séparer. Je parlais de la façon dont je comprenais l'union intime de la foi, do l'espérance et de la charité; il m'exposait le plan de l'établissement qu'il projetait de créer, et me pressait de me joindre à lui. Quelque désir que j'en eusse, je dus pourtant lui répondre qu'avant d'avoir passé mon examen de candidat en théologie, je ne pouvais songer à aucun engagement; car la possibilité de me dispenser de cet examen ne se présentait pas même à ma pensée. »

La veille de son départ (en octobre J816), Frœbel alla encore passer la journée à Charlottenbourg; et le lendemain, comme Langethal, en lui faisant ses adieux, lui exprimait l'espoir de le revoir bientôt, Frœbel répondit : a Cela dépendra maintenant de toi. »

Comme on le voit d'après ce récit, Frœbel n'aurait pas disparu mystérieusement de Berlin, sans rien dire à personne de ses projets, ainsi que l'ont écrit plusieurs biographes, et en particulier Wichard Lange. Middendorff et Langethal savaient où il allait et ce qu'il se proposait d'entreprendre. Dans notre article Frœbel, nous avons suivi la version erronée de Lange (V. p. 1122), parce qu'à ce moment les notes autobiographiques de Langethal, qui font la lumière sur ce point, n'avaient pas encore été publiées.

Sur ces entrefaites, Langethal avait procuré k Middendorff une place de précepteur chez le frère du banquier Bendemann, et les deux amis se trouvèrent réunis à Berlin pour y passer l'hiver de 1816 à 1817. Mais leurs préoccupations étaient maintenant de nature bien diverse. Langethal ne pensait qu'à préparer ses thèses, et s'absorbait consciencieusement dans les travaux que nécessitait son examen ; Middendorff, au contraire, tout plein des rêves que Frœbel avait évoqués en lui, prenait en dégoût les sévèreo études, et n'aspirait qu'à lier son existence à celle de l'homme dont il s'était fait le disciple enthousiaste. Au printemps de 1817, renonçant définitivement à la carrière théologique, Middendorff quitta Berlin pour j aller rejoindre Frœbel à Griesheim; Langethal, j qui venait d'achever ses thèses, chargea son ami de prendre, en passant à Erfurt, son jeune frère Christian, pour en faire un des élèves de l'institut naissant. En juillet eut lieu l'examen de Langethal ; il s'en tira avec honneur, reçut les félicitations de Neander, et aussitôt on lui offrit une place d'aumônier dans l'armée. Il refusa ce poste qui ne convenait pas à ses goûts ; il désirait se rendre à son tour auprès de Frœbel, et s'occuper pendant quelques années de travaux pédagogiques, avant d'entrer définitivement dans la carrière ecclésiastique. Mais il s'était lié, depuis le départ de Middendorff, avec quelques piétistes militants^dont l'un, le baron de Kottwitz, avait pris sur lui une grande influence. M. de Kottwita lui proposa d'entrer comme précepteur dans la famille du comte de Stollberg, grand propriétaire de Silésie ; et, après s être recueilli dans la prière, Langethal crut obéir à la volonté céleste en acceptant cette offre. Renonçant donc à son premier projet d'union avec Frœbel, Langethal quitta Berlin et se rendit à Keilhau (où Frœbel venait de transférer son institut), non pour s'y joindre à ses deux amis, mais pour reprendre son jeune frère et l'emmener avec lui en Silésie. On sait le dénouement : lorsque Langethal eut revu Frœbel, il ne put plus se détacher de lui ; et, malgré la parole donnée au comte de Stollberg, il se décida à rester à Keilhau pour seconsacrer tout entier à l'œuvre commencée, dont la grandeur lui parut digne d'un tel sacrifice. Il avait alors vingt-six ans. A Keiihjiu, Langethal fut chargé de l'enseigne-

ment du chant, de l'allemand, de la lecture, de la géométrie {Formenlehré) . Lorsqu'on 1820 l'institut compléta son programme par l'introduction des études classiques, ce fut lui qui donna les leçons de grec. Il était le seul des trois amis qui possédât un fond solide d'instruction, et à ce titre il était pour Frœbel un collaborateur indispensable. L'indépendance du caractère de Langethal rendit parfois leurs relations un peu difficiles, car Frœbel était une nature despotique et ne souffrait pas la contradiction. « Il était si pénétré de l'importance de ses idées, nous dit Langethal, que non seulement il en exigeait l'exécution littérale, mais qu'il restreignait dans le cercle le plus étroit l'activité de ses amis par sa préoccupation excessive de tout garder dans sa propre main. La moindre velléité d'action spontanée pouvait l'irriter au point qu'il restait des semaines et des mois sans parler à celui qui s'était rendu coupable de ce qu'il regardait comme une offense envers lui. J'ai toujours pensé que notre devoir était de nous attacher aux idées de Frœbel en faisant complètement abstraction de sa personne, et sans nous laisser troubler par aucune parole ou aucune action injuste. J'ajouterai que la conduite de Frœbel envers ses amis était en contradiction directe avec ses principes d'éducation, qui prescrivaient un respect scrupuleux de la personnalité et de l'initiative des élèves. »

Nous avons fait à l'article Frœbel l'histoire de l'institut de Keilhau ; nous n'y reviendrons pas. Rappelons seulement que Langethal épousa en 1827 la fille adoptive de M"* Frœbel, et que, lorsque vint la période des embarras financiers, ce fut lui surtout qui, par sa fermeté et son sangfroid, conjura le péril.

En 1831 Frœbel abandonna Keilhau pour aller en Suisse essayer de fonder un nouvel établissement, d'abord au château de Wartensee, puis à VVillisau. Langethal resta chargé avec Middendorff de la direction de l'institut; mais trois ans plus tard, sur l'appel de Frœbel, il alla le rejoindre à Willisan. En 1835, il le suivit à Burgdorf, où le gouvernement bernois avait mis Frœbel à la tête d'un orphelinat. Lorsque Frœbel quitta définitivement la Suisse en 1836 pour retourner en Allemagne, Langethal demeura seul à Burgdorf comme son successeur pendant cinq ans. En 1841, on lui offrit la direction de l'école supérieure des filles de la ville de Berne : c'était le moment où Frœbel venait de créer son jardin d'enfants à Blankenburg ; il eût désiré que Langethal revînt auprès de lui pour l'aider dans sa nouvelle entreprise : mais celui-ci préféra reprendre sa liberté, et accepta le poste qui lui était offert à Berne. Frœbel et Middendorff regardèrent cet acte d'indépendance de leur ami comme une désertion.

Langethal montra dans ses nouvelles fonctions tous les talents d'un véritable pédagogue, et lorsqu'après dix années l'état de sa santé et le désir de revoir son pays le déterminèrent à quitter Berne, il laissa derrière lui les plus vifs regrets. C'était en 1852, et Frœbel venait de mourir. Langethal se rendit d'abord à Keilhau, où il revit Middeodorff, qui n'avait pas cessé, malgré un refroidissement passager, de lui garder son amitié; puis il s'établit à Schleusingen pour y remplir les fonctions de pasteur. Au bout de dix ans (1862), l'affaiblissement de sa vue l'obligea à renoncer à cette nouvelle carrière. Il retourna alors à Keilhau (1863), et y vécut encore seize années, donnant, malgré son grand âge et sa cécité presque complète, des leçons de latin, d'histoire et de re,ligion aux élèves de l'institut. Il est mort le 21 juillet 1879, à lâge de près de quatre-vingtsept ans, un an après Barop, qui l'avait précédé dans la tombe le 5 août 1878.

Pendant son séjour à Berne, Langethal publia

LANGUE MATERNELLE

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un volume intitulé : VHomme et son éducation {Der Mensch und seine Erziehung, 1843); il le compléta vingt et un ans plus tard par un second ouvrage intitulé : le Premier Enseif/nement scolaire {Der erste Schulunterricht, 1864). Le journal Kindergarten, édité par M. Fr. Seidel à Weimar, a publie, en 188*2, des fragments autobiographiques laissés par Langethal, auxquels nous avons emprunté la substance do cette notice. Ce même journal a commencé en 1883 la publication des "lettres de Frœbel à Langethal.

Le frère d'Henri Langethal, Christian, né

nier. Il est mort en 1878, à léna. On a de lui une brochure où il a consigné ses souvenirs d'écolier, sous ce titre : Keilh.au in seinen Ânfangen, léna, 1867. [J. Guillaume.]

LANGUE MATERNELLE. — L'enseignement de la langue nationale est évidemment l'œuvre capitale de l'école primaire. La langue n'est-elle pas le trésor où s'accumulent et se conservent tous les produits de notre civilisation, idées et sentiments, sciences et arts, institutions et découvertes ? n'est-elle pas le moyen par excellence de l'échange et de la transmission de la pensée, dès le jour où notre mère dirige, avec un instinct si sûr, nos premiers bégaiements, puis lorsque la parole vivante du maître nous initie à la science, lorsque surtout le livre, au sortir de l'école, nous permet d'entretenir un commerce suivi avec les grands esprits de tous les pays et de tous les temps? Donner à l'enfant la connaissance de sa langue, non pas seulement de cette langue usuelle qui suffit aux besoins de la vie et à nos rapports journaliers avec nos semblables, mais de cette langue littéraire, qui nous donne accès dans un monde supérieur, c'est lui mettre en mains, avec le goût de la lecture, le plus efficace instrument de l'éducation personnelle. N'est-ce pas, d'ailleurs, une œuvre de patriotisme que de faire comprendre et aimer par tous les enfants de la patrie cette belle et noble langue, « idiome principal de la civilisation qui réunit le monde moderne », dit M. Villemain, consacrée par tant de chefs-d'œuvre, la plus pure et la plus durable de nos gloires, toujours au service des grands principes de justice, de liberté, d'humanité et de progrès ?

L'enseignement de la langue, dont la portée pourrait être si vaste et l'influence si féconde, est trop souvent, par malheur, réduit dans nos écoles primaires à l'étude des règles de la grammaire, étude ou trop abstraite ou trop superficielle, qui ne va pas au cœur de la langue et s'arrête à la forme extérieure des mots et des conventions actuelles de notre orthographe. Que d'instituteurs n'ont pas encore suffisamment entendu l'appel que leur adressait, il y a quarante ans, le P. Girard, pour mettre dans leurs sèches leçons de mots la pensée, l'âme et la vie, pour transformer des exercices purement mécaniques en gymnastique intellectuelle et en culture morale, pour ne pas se contenter d'être des grammairiens, quand ils pourraient être, de plus, des logiciens, des éducateurs et mêm^ des littérateurs! Son beau livre De C enseignement régulier de La langue maternelle^ que l'Académie française a honoré, en 1844, d'un prix extraordinaire, sur un éloquent rapport de M. Villemain, est encore trop peu connu, bien qu'il mérite une place dhonneur parmi nos meilleurs traités de pédagogie.

Tous les exercices de la classe, nécessitant l'emploi de la langue, peuvent et doivent être utilisés, indépendamment de leur but spécial, pour étendre le vocabulaire des élèves, pour les habituer par la pratique à s'exprimer avec clarté et

correction. Le maître ne doit tolérer aucune négligence ; il reprendra les expressions impropre», les tournures irregulières, les constructions vicieuses. En variant l'ordre et la forme de ses questions, il s'assurera que les enfants comprennent bien le sens des mots, et ne fera pas dupe de leur prodigieuse mémoire. Il ne se contentera pas, dans les réponses, de mots isolés, de lambeaux de phrases : il exigera toujours une expression complète de la pensée. Rien ne vaudra 1 influence de ces bonnes habitudes contractées pendant les années d'école pour familiariser les élèves avec l'usage de la langue.

Mais il y a des exercices qui ont plus particulièrement pour objet cette partie si importante de l'enseignement primaire : ce sont la lecture^ la grammaire^ la dictée d'orthographe, et la composition française.

Puisque lire c'est remonter de la forme et des combinaisons des lettres aux sons qu'elles représentent, et des sons aux idées qu'ils expriment, on peut dire que l'enseignement de la langue doit commencer à l'école dès les premiers exercices de lecture. A mesure que l'enfant étudie les voyelles et les consonnes et leurs divers assemblages, il est facile et intéressant de lui faire reconnaître, ou mieux encore, de lui faire trouver ces sons dans des mots à sa portée, dont l'explication égaiera et fécondera l'étude toujours aride de l'alphabet. On vient d'apprendre que B A fait BA : voilà déjà la matière d'un exercice d'application et d'invention. Les élèves, une fois mis sur la voie, trouveront à Tenvi balai^ balance, balançoire, bateau, batelet, batelier, bave, bavard, bavarder, bavardage, bataille, bataillon, batailleur, etc. On reconnaîtra de même les articulations composées BL, GR, etc. dans les mots blé, blouse^ blanchissage, bleu, bluet, craie, crayon, crèmes crier, croix, croûte, crin^ cravache.

L'émulation que ne manquera pas de produire cet appel à l'activité des enfants donnera du courage pour vaincre de nouvelles difficultés et faire de nouvelles découvertes. Il n'y a qu'une seule recommandation à faire, c'est de ne pas se laisser entraîner par l'attrait de ce travail, de ne pas s'égarer dans de longues explications qui fassent trop oublier l'objet môme de la leçon.

A mesure que les élèves, par un progrès continu, arrivent à lire intelligiblement d'abord, puis avec intelligence, enfin avec expression, l'enseignement de la langue doit trouver, dans la lecture, un instrument de plus en plus puissant. L'explication du sens des mots, des phrases, du morceau tout entier offre une mine inépuisable au maître qui s'est mis, par le développement général de son intelligence et par une préparation sérieuse, en état d'en tirer parti. Sans parler de la culture de l'esprit et du cœur, et pour nous borner à l'étude de la langue, on peut affirmer que dans le cours élémentaire surtout, où un livre spécial de grammaire serait prématuré, le texte de la lecture non seulement suffit, mais est de beaucoup préférable à tout autre genre de leçon pour initier les jeunes enfants aux premières notions grammaticales. Qu'importe, en eff'et, qu'ils récitent imperturbablement par cœur les définitions du nom, de l'adjectif, du verbe, s'ils ne sont capables de trouver dans la page qu'ils viennent de lire ni les verbes, ni les adjectifs, ni les noms? Le passage lu en classe et bien expliqué se prête, d'ailleurs, grâce au changement successif des temps, des genres, des nombres, des personnes, à une très grande variété d'exercices oraux, bien préférables à ceux que l'on trouve tout préparés dans les grammaires. Ce travail en commun est autrement vivant et utile que le travail in iividuel sur un livre dont les phrases détachées présentent moins d'intérêt et de clarté.

LANGUE MATERNELLE — loOO

LANGUE MATERNELLE

Dans le cours moyen, surtout dans le cours supérieur, où la grammaire est l'objet de leçons spéciales,' les explications grammaticales ne doivent plus que par exception trouver place dans la lecture. La leçon de lecture ne doit pas plus être une leçon de grammaire qu'une leçon d'histoire, de géographie, etc. Le but de cet exercice est avant tout l'étude générale de la langue, du vocabulaire, du sens des mots, soit propre, soit dérivé, soit figuré. Toute explication qui ne sert pas à mieux faire comprendre le morceau est un hors-d'œuvre : voilà le principe pédagogique dont nos maîtres doivent bien se pénétrer pour éviter tout bavardage inutile et ne pas jeter la confusion dans l'esprit de leurs élèves, en leur parlant de tout à propos d'un sujet particulier. Dans leur ardeur à se conformer aux recommandations instantes qu'on leur a adressées de bien expliquer les mots, quelques-uns n'attendent même pas que la phrase soit terminée et se lancent dans d'interminables questions, dont le tort le plus grave est assurément de faire oublier le sujet de la lecture. « Un jour, dans un hameau... » Qu'est-ce qu'un hameau? Et un village? un canton? un arrondissement? un département? Toute la géographie administrative y passe et entraîne une incursion dans le domaine de l'histoire. Est-ce que la France a toujours été divisée en départements? quelle est l'assemblée qui a opéré ce changement, et pour quelles raisons? etc. Nous voici bien loin de notre texte et fort inutilement.

D'ailleurs les explications ne doivent jamais ainsi couper et morceler un texte. La lecture de l'ensemble du morceau ne doit pas être interrompue, ou le plus rarement possible par la traduction brève et sans commentaire de quelques mots plus difficiles. Toutes les explications de détail doivent être ajournées à la fin de l'exercice. Mais il serait bon, pour faciliter aux enfants l'intelligence du texte, de leur présenter tout d'abord un résumé rapide de ce qu'ils vont avoir à lire.

On ne saurait trop recommander aux maîtres d'expliquer le sens des mots par l'analyse de leur formation et de leur composition, par l'étude comparative des mots appartenant à la même famille. Il est très facile et très intéressant de montrer comment un radical successivement modifié par des préfixes et des suffixes donne une série de mots où l'idée mère se complète par des idées accessoires. Il n'est heureusement pas nécessaire de remonter à l'origine, soit grecque, soit latine, des mots. Un habile rapprochement des mots français permet de rendre sensible aux élèves cet intéressant mécanisme de notre langue, sans la connaissance duquel il est vraiment impossible de comprendre nettement le sens exact des mots quand on lit, et d'employer l'expression propre quand on écrit. J'ai, par exemple, à expliquer en classe le mot circonspection : je me garderai bien d'avoir recours au latin {circum spectare) ; il suffira d'appeler l'attention des enfants sur les mots cirque, circuit, cercle^ circonférence^ etc. , spectateur, spectacle, inspecteur, etc., pour mettre en lumière les deux idées de autour et regarder qui rendent parfaitement compte du mot en question. Le livre de M. Michel, Etude sur la formation et la composition des mois, nous semble devoir être recommandé aux instituteurs comme le mieux approprié aux besoins de l'enseignement primaire.

Pour l'orthographe d'usage, plus difficile à apprendre que l'orthographe de règles, la dérivation est le guide le plus sûr dans la majorité des cas. Quel autre moyen de sortir des difficultés que créent l'imperfection de notre alphabet, les lettres muettes, les sons équivalents? Il est facile de faire comparer aux enfants champ et champêtre, chant et chajiier — sens et sensé, sang etsanguirif cent et centQine ■— legs et léguer, làit et laitière^ laid

et laideur — dos et dossier, dot et doter '•^ mort et mortel^ mors et morsure — faim et famine, fin et finir — bois et boiserie, toit et toiture — verre et verrier, vers et versification, vert et verte — temps et tempête, tan et tanner, tant et tantinet, il tend et tendre — vin et vineux^ vingt et vingtième, vain et vanité, etc. etc.

Pour le doublement des consonnes, le rapprochement des mots suivants : balle et Bâle, trompette et tempête, ville et vile, rosse et rose, homme et dôme, cotte et côte, russe et ruse, butte et chute, rendra sensible cette règle générale que la consonne est double quand la syllabe est brève, et simple quand la syllabe est longue.

Voici un exercice qui nous a toujours complètement réussi, même avec des enfants qui n'avaient jamais fait de dictée, et que nous croyons infaillible pour les familiariser promptement avec l'orthographe d'usage tout aussi bien qu'avec l'orthographe des règles. C'est ce qu'on peut appeller la dictée de mémoire. On choisit dans la lecture une phrase simple et facile, de quelques lignes seulement. Par une série de questions on fait reconnaître toutes les idées, tous les détails du passage, et aussitôt plusieurs enfants sont en état de le réciter par cœur. On reprend chaque mot en particulier, on le syllabe exactement pour faire remarquer, puisque c'est là presque la seule difficulté de l'orthographe, les lettres qui ne se prononcent pas. Là où l'écriture et la prononciation sont parfaitement d'accord, aucune faute n'est vraiment possible. Alors on invite plusieurs élèves à réciter de nouveau ces quelques lignes, et on les envoie au tableau noir les écrire de mémoire, au milieu de l'attention générale de leurs camarades. Quand le travail est terminé et corrigé par la classe elle-même, pour bien assurer les résultats acquis, on appelle un dernier élève qui doit barrer d'une ligne transversale les lettres signalées comme ne se prononçant pas. Cet exercice fréquemment répété amènerait, et de très bonne heure, les progrès les plus rapides dans la connaissance de la langue.

Pour Venseignement grammatical proprement dit, il est toujours à propos de rappeler les sages recommandations de Fénelon : pas de « grammaire trop curieuse et trop remplie de préceptes. Il faut se borner à une méthode courte et facile, ne donner d'abord que les règles les plus générales; les exceptions viendront peu à peu. Le grand point est de mettre une personne le plus tôt qu'on peut dans l'application sensible des règles par un fréquent usage. »

La métaphysique ne convient pas aux enfants. Epargnons-leur les théories abstraites; n'employons pas le temps si précieux de la classe à disserter sur d'inutiles subtilités. Au formalisme sec et aride substituons une étude vivante et concrète de la langue, et, selon l'expression du P. Girard, à la grammaire de mots une grammaire d'idées. En général, pas de définition imposée a priori ; c'est aux élèves à la trouver avec l'aide du maître, sur des exemples donnés. Par cette activité donnée aux facultés de l'enfance, la grammaire devient une véritable logique, au lieu d'un ennui et d'un tourment. N'est-il pas lamentable d'entendre de pauvres enfants réciter mécaniquement une suite de mots qu'ils ne comprennent pas ? par exemple : « les noms en al font le pluriel en aux, excepté cal, chacal, nopal, pal, etc. » Que signifient ces mots ? ils l'ignorent : ils ont seulement à apprendre qu'on ne dit pas : des eaux, des chacaux, des nopaux, des paur! Passent-ils aux exercices d'application ? c'est le môme formalisme inintelligent. Le devoir est indiqué par un numéro ; ils copient un texte et se livrent au travail tout matériel de changer les lettres finales. Puisqu'il s'agit d'apprendre la langue, il faut que lt>

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