‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 57 sur 573 · LA ROCHEFOUCAULD · texte numérisé non relu

LA ROCHEFOUCAULD

n'y en a peut-ôtre pas 10 000 qui entendent le français et pas 2 000 qui le parlent; 3 000 à peine sont capables de le lire. »

Quand on parcourt les cahiers des Etats-généraux de 1789, on est étonné du petit nombre de plaintes exprimées au sujet de l'enseignement primaire. Il ne faudrait pas conclure de ce silence que la situation fût satisfaisante : on a vu ce qui en était. Mais les électeurs des campagnes songeaient d'abord aux abus purement matériels, et, pour comprendre la nécessité de l'instruction, il est nécessaire de n'être pas dans une complète ignorance. Toutefois les cahiers des communautés demandent assez souvent qu'on établisse des écoles pour former des médecins et des sagesfemmes. C'est dans les cahiers du clergé que sont généralement formulées les plaintes relatives à l'enseignement ; et l'on y vise surtout les universités, les collèges et les petits séminaires. Si l'on peut juger des choses par la critique qui en est faite, il est permis d'affirmer que le personnel et les études du haut enseignement laissaient beaucoup à désirer. Quant à l'enseignement du peuple, voici ce que demande le clergé de Toulouse, dont le vœu peut être regardé comme exprimant l'opinion générale de la province :

u Qu'il soit établi dans les paroisses des campagnes et des petites villes des maîtres et des maîtresses d'école pour enseigner les premiers éléments

» Que les maîtres et maîtresses d'écoles ne puissent exercer leurs fonctions que sous l'inspection des curés et avec l'approbation de l'évêque diocésain, révocables à volonté

» Qu'il soit établi des frères des écoles chréliennes en nombre suffisant dans les principales villes de la sénéchaussée. »

Pour terminer, rappelons le jugement émis par Talleyrand en 1791 sur l'état de l'instruction antérieurement à 1789 : « Nous ne chercherons pas ici à faire ressortir les vices innombrables de ce qu'on a nommé jusqu'à ce jour instruction. Dans l'ancien ordre de choses, on ne pouvait arrêter sa pensée sur la barbarie de nos institutions sans être effrayé de cette privation totale de lumières qui s'étendait sur la grande majorité des hommes, sans être révolté ensuite et des opinions déplorables que l'on jetait dans l'esprit de ceux qui n'étaient pas tout à fait dévoués à l'ignominie, et des préjugés de tout genre dont on les nourrissait, de cette déférence aveugle et persévérante pour les usages dès longtemps surannés, qui, nous replaçant sans cesse à l'époque où tout le savoir était concentré dans les cloîtres, semblait encore, après plus de dix siècles, destiner l'universalité des citoyens à habiter des monastères. »

(J.-F. Thénard.]

LANTERNE MAGIQUE. — V. Projections.

LANTHENAS, — François Lanthenas, né vers 1740 dans le Forez, exerçait à Paris la profession de médecin lorsqu'éclata la Révolution. Il en adopta les principes, et publia de 1789 à 1792 quelques écrits politiques, entre autres une brochure intitulée Des sociétés populaires considérées comme une branche essejitielle de l'instruction publique, Paris, 1791, in-8. Il remplit quelque temps, en 1792, les fonctions de chef de division au ministère de l'intérieur, que lui avait confiées Roland; puis, élu à la Convention par le département de Rhône-et-Loire, il devint membre du Comité d'instruction publique. Ce fut 'ui qui^ dans la séance du 18 décembre 1792, eut Ihonneur de présenter, au nom de ce Comité, le rapport sur les écoles primaires, à l'appui du projet de décret que le Comité avait soumis h la Convention le 12 décembre. Nous avons cité, à l'article Convention, les passages les plus importants de cet intéressant document (V. p. 522) . On sait

, que ce premier projet du Comité, qui reproduî- ; sait dans ses traits essentiels le plan proposé par Condorcet à la Législative, fut écarté après les événements du 31 mai. Lanthenas, qui appartetenait au parti girondin, se trouvait sur la liste des députés dont l'arrestation fut demandée à la Convention dans la journée du 2 juin : Marat le fit effacer de la liste, en donnant pour motif que c'était un « pauvre d'esprit ». A partir de ce moment, Lanthenas se tint à l'écart. Néanmoins il fit encore quelques publications, qui n'offrent pas d'intérêt : tout ce qu'on en pourrait dire serait qu'elles semblent justifier le mot dédaigneux de Marat. En voici les titres : Censure publique, ou nécessité de confier à un certain nombre de citoyens instruits et vertueux, choisis et périodiquement renouvelés par la nation, la surveillance (tes mœurs et de la morale de l'instruction publia que, avec un projet de décret {\^^ aoiit 1793); Véducation cotise éloignée et souvent mêine cause prochaine de toutes les maladies, réimpression d'une thèse soutenue à l'école de médecine de Reims en 1784 (septembre 1793); Bases fondamentales de l'instruction publique et de toute constitution libre, on moyen de lier l'opinion publi~ que, la morale, l'éducation, l'enseignement, l'instruction, les fêtes, la propagation des lumières et le progrès de toutes les connaissances au gouvernement national républicain (17^3, réimprimé en l'an III]. Quand la Convention eut terminé sa session, Lanthenas entra aux Cinq-Cents, où il siégea deux ans, jusqu'en 1797. Il reprit ensuite la pratique de la médecine, et publia un dernier ouvrage intitulé '.Religion civile proposée aux républiques, Paris, in- 12. Il mourut en l799.

LA ROCHEFOUCAULD-LIANCOURT. —François-Alexandre-Frédéric, duc de La Rochefoucauld Liancourt, né le 11 janvier 1747, mort le 27 mars 1827, appartient à ce Dictionnaire comme ayant été, d'une part, le fondateur d'une institution qui a donné naissance aux écoles d'arts-et-métiers,. et, en second lieu, l'un des premiers propagateurs de l'enseignement mutuel en France. C'est une bonne fortune de pouvoir, à ce double titre, retracer ici rapidement la vie d'un homme qui a été l'honneur de notre pays au commencement de ce siècle.

La Rochefoucauld-Liancourt débuta comme militaire dans le corps des carabiniers. Son père, le duc d'Estissac, qui occupait auprès du roi les fonctions du grand-maître de la garde-robe, le fit admettre, suivant la coutume du temps, dès l'âge de vingt et un ans, à la survivance de sa charge; mais déjà à cette époque le jeune duc de Liancourt se montra peu courtisan. Accueilli comme un fils par le duc de Choiseul, il lui resta fidèle après sa disgrâce, ne consentit jamais à paraître chez M™* Du Barry, et se montra rarement à Versailles, « où le roi, a écrit son fils, lui montrait un visage sévère et mécontent. » Aussi comprend-on sans peine les sévérités, très piquantes d'ailleurs, d'une relation de « la dernière maladie de Louis XV », que Sainte-Beuve lui attribue.

Comme Paris l'ennuyait et Versailles plus encore, il s'attacha à sa terre de Liancourt en Beauvaisis, héritage patrimonial de la duchesse de Plessis-Liancourt *, qui en avait fait, au milieu du dix-septième siècle, un séjour charmant. Il mit à profit les enseignements agricoles qu'il avait reçus dans plusieurs voyages en Angleterre, et établit à Liancourt une ferme à la façon anglaise. Il fut ainsi le premier à propager la culture des prairies artificielles, pour détruire le système des jachères; il importa de Suisse et d'Angleterre de belles races de bestiaux. D'un autre côté, il changea une ferme qu'il possédait en haut de la montagne de Liancourt « en une école d'instruc-

LA ROCHEFOUCAULD — loOO

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