‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 68 sur 573 · LEFEVRE · texte numérisé non relu

LEFEVRE

La question, on le voit, se trouve bien simplifice, et la difiiculté est résolue.

Pas de cours nouveaux, pas de maîtres nouveaux pour cette science nouvelle. Ce sont les maîtres ordinaires qui l'enseigneront aux enfants avec tout le reste.

Le seul point important est que les maîtres la sachent, que la lecture entre comme étude obligatoire dans les écoles normales primaires. Une fois les instituteurs munis des principes de Tart, fiez-vous à leur oreille même pour les appliquer. Elle sera si blessée, si agacée, cette oreille, par les vices de diction de leurs élèves, qu'ils les reprendront par égoïsme : nous ne combattons jamais si ardemment les défauts des autres que quand ils nous sont désagréables.

Résumons-nous.

L'étude de la lecture doit porter sur tout. Il ne s'agit pas de faire bien lire aux élèves un morceau détaché ; il faut exiger d'eux, impérieusement, qu'ils ne récitent pas une page, qu'ils ne donnent pas une explication, qu'ils ne fassent pas une réponse, qu'ils ne lisent pas un devoir, sans observer les lois primitives de l'art de la lecture.

Nous voilà bien loin de ces exercices publics de récitation qui consistent, le jour de la distribution des prix, à faire monter les enfants sur une estrade, dans leurs plus beaux ajustements de fêtes, et à leur faire réciter avec des gestes appris, des accents appris, des physionomies apprises, quelque fable, ou quelque scène dialoguée. Je ne voudrais pas contrister les parents, dont ces petites cérémonies font la joie, mais je ne puis oublier les moqueries des assistants, qui, en sortant, contrefont, avec mille éclats de rire, les attitudes et les inflexions de ces pauvres enfants. On pense, en les entendant, à ces poupées anglaises qui disent papa et maman ; on croit entendre un phonographe ; ce ne sont pas des êtres humains qui parlent, ce sont des ressorts qu'on pousse.

Laissons là ces jeux puérils où l'enfance même perd son charme, je dirais volontiers sa dignité. Avant tout, ne faisons ni des comédiens, ni des , perroquets. L'enseignement actuel du dessin nous donne, à ce sujet, une utile leçon. Le temps est passé des tê(es de Ramulus bien ombrées, bien estompées, agrémentées de petites hachures bien alignées, le tout s'étalant sur les murailles comme témoins du talent de dessinateur des élèves. Du talent ! pauvres petits ! le crayon désormais va s'appliquer à des œuvres plus sérieuses. Ainsi de la lecture. Des récits simples, des morceaux naturels, des faits et des réflexions à la portée des enfants, voilà la matière de leurs exercices. Ils ne s'agit pas de leur apprendre à danser, mais à marcher. Qu'ils ne lisent rien que ce qu'ils comprennent ou sentent parfaitement. Plus de prose que de poésie. La lecture des vers demande des qualités trop brillantes et trop spéciales. Commencer cette étude parla poésie, c'est commencer Jes classes par la rhétorique. Faisons-leur faire d'abord leur cours de grammaire. Apprenons-leur la correction, la justesse, et surtout apprenons-leur la ponctuation. L'art delà ponctuation est la moitié de lart de la lecture, car ponctuer en lisant, c'est non seulement être clair, c'est se reposer. Les points et les virgules, espacés dans une longue période, ressemblent à ces petits sièges échelonnés dans la hauteur d'un escalier un peu rude : on s'y arrête pour reprendre haleine.

Voilà à quelles conditions l'étude de la lecture entrera dans l'enseignement primaire comme il doit y entrer, c'est-à-dire à titre d'art utile.

III.— Reste la troisième objection, à laquelle je baisse tout son développement : « La lecture n'est oas un art; c'est l'exercice naturel d'un organe

naturel. Il y a des gens qui lisent bien ; il y a de» gens qui lisent mal ; mais le talent des premiers est un don, un charme, une qualité, tuut, excepté un art. Cela ne s'apprend pas. L'exercice de cette qualité naturelle peut donner lieu à quelques préceptes utiles : préceptes d'hygiène, il ne faut ni trop parler ni trop lire, comme il ne faut ni trop marcher ni trop manger ; préceptes de bon sens, il ne faut pas lire trop haut ni lire trop vite ; préceptes de goût, il faut tâcher de comprendre et de faire comprendre ee qu'on lit; mais, en dehors de ces instructions sommaires qui tiendraient en quelques lij^nes, il n'y a pas dans la lecture ces règles précises, claires, qui constituent un art ; l'art de la lecture se compose d'un seul article : // faut lire comme on parle. >)

La réponse, j'ai essayé de la faire dans le Petit traité de lecture composé spécialement, sur la demande de M. le ministre de Tinstruction publique, pour les instituteurs et élèves des écoles primaires. J'ai montré là que si quelques natures exceptionnelles, quelques hommes supérieurs, arrivent à bien lire sans étude, la masse, la majorité, le vulgaire, a besoin d'apprentissage ; j'ai fait voir que cet apprentissage était méthodique, j'ai établi qu'il reposait sur des points précis et des règles déterminées ; j'ai avancé et prouvé par la discussion que ces règles étaient à la fois matérielles et intellectuelles, puisqu'elles ont pour objet le développement d'un organe physique, la voix, d'un organe intellectuel, le cerveau. L'examen de la prononciation, de Y articulation, de la respiration, de \2i ponctuation m'a permis de donner des conseils pratiques qui suppléent, à la rigueur, à un professeur spécial ; et je suis heureux de terminer cet article en disant que, dans le département de la Seine, sept cours de diction ou de lecture, confiés à des maîtres d'élite, initient chaque jour les instituteurs primaires à cet art si utile pour eux. A la fin de l'année, des concours établis entre les meilleurs élèves récompensent indirectement les instituteurs de leurs progrès dans la diction, et je suis autorisé à annoncer un nouveau concours, où les instituteurs eux-mêmes prendront part, et qui complétera dans une certaine mesure l'enseignement de la lecture dans nos écoles primaires. [E. Legouvé.]

LliFÈVUE. — A. Lefè^Te, Instituteur français, débuta dans la carrière de l'enseignement primaire comme moniteur dans l'école d'adultes ouverte en 1821 par M. Sarazin. Sept ans plus tard, il reçut la direction de l'école d'adultes créée rue Saint-Antoine par la Société élémentaire en 1828 (V. Adultes, p. 24). a Cette école, dit M. Pompée [Rapport du jury international de l'Exposition de J867, t. XIII, p. 194), fréquentée par une moyenne de cent vingt-cinq élèves, avait lieu même le jeudi. Ce grand nombre d'adultes et la diversité des matières d'enseignement exigeaient, pour rendre les résultats plus fructueux et plus appropriés aux besoins des élèves^ des divisions, à la tête desquelles le directeur plaçait, comme moniteurs, d'anciens élèves de l'école du jour. Dès le premier trimestre de 1829, on y ajouta un cours de géométrie pratique, suivi par une trentaine d'élèves, (.ui se réunissaient le dimanche, de dix heures à midi. Le succès de ceite fondation fut complet. La Société y attachait une grande importance, et M. Taillandier qu'elle avait chargé de lui rendre compte de cet essai, et qui le suivait avec une grande exactitude et un grand intérêt, put affirmer que le problème des cours d'adultes, par le mode muti;cl, était résolu. » Le dévouement et le zèle de M. Lefèvre furent récompensés, en 18 iô, par la croix de chevalier de la Légion d'honneur; nous ferons observer à ce propos qu'il ne fut pas, comme l'a

LÉGION D'HONNEUR — \oU — LÉGION D'HONNEUR

cru M. Pompée, le premier instituteur qui ait obtenu cette distinction ; elle avait déjà été accordée auparavant à trois autres membres du personnel enseignant primaire (V. Décoration de la Léyion d honneur). M. Lefèvre, qui devint plus tard directeur d'une des écoles de la ville de Paris, prit sa retraite en 1867, après quarante-cinq ans de services. Il est mort en 1875.

LÉGENDES. — On trouve aux mots Légendes et Superstitions (II" Partie) tous les développements désirables sur la genèse des légendes, leurs avatars successifs à travers les âges et le rôle qu'elles ont joué dans la vie intellectuelle de l'humanité. Quant à la part à leur faire dans l'éducation, ce n'est là proprement qu'un détail d'un problème plus large et de haute portée, à savoir quelle place il faut faire, dans la pédagogie, aux choses d'imagination. Ce problème a déjà été traité en maint endroit de ce Dictionnaire, notamment aux mots Contes, Fables, Fictioyi^ Imagination, et nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer le lecteur à ces divers articles. Nous nous bornerons ici à le rendre attentif à la distinction qu'il convient, selon nous, de faire au point do vue pédagogique entre les légendes historiques et celles de pure mythologie. Les premières ne sont que les grands faits d'histoire, dont les contours, aperçus par l'imagination populaire à travers les brumes des âges écoulés, ont pris une ampleur et un éclat fantastiques. Elles composent une sorte d'histoire, de fond réel, de forme héroïque ou épique, qui peut être exploitée utilement pour l'éducation du premier âge, à l'époque où l'enfant a besoin d'être saisi par l'imagination pour être alléché à l'étude du vrai, de la réalité. On y puisera, mais non sans choix, comme dans une mine où le métal précieux est mêlé parmi des matières inutiles ou malsaines, et on en tirera la substance de récits dramatiques, pleins d'une poésie saisissante. Quant aux autres légendes, à celles qui ne sont que l'expression, tantôt grossière, tantôt charmante, des superstitions nationales ou locales, contes bleus, contes de fées, histoires de revenants, de sorciers, de Dames bleues, blanches ouvertes, de Meneurs de loups, dé Korriganes, de Farfadets, etc., etc., on les proscrira impitoyablement. Si discrètement qu'on en usât, on ne serait jamais certain de n'être pas pris au sérieux par l'enfant. La superstition est encore si loin d'être déracinée de l'esprit du peuple, elle a encore tant d'empire sur les habitants des campagnes, qu'il serait dangereux de jouer avec elle sous prétexte d'animer ou de dramatiser l'enseignement.

LÉGION D'HONNEUR (Décoration de la). — V. Décoration de la Légion d honneur.

LEGION D'HONNEUR (Maisons d'éducation de la). — L'institution des maisons d'éducation de la Légion d'honneur se rattache à la victoire d'Austerlitz. Napoléon, dans un premier décret daté du champ de bataille (IG frimaire an XIV — 7 décembre 1805) avait adopté tous les enfants de généraux, officiers et soldat» français morts à l'ennemi, et décidé que ces enfants seraient élevés à ses frais, les garçons dans le palais de Rambouillet, les filles dans le palais de Saint-Germain. Mais, quelques jours auparavant (9 frimaire an XIV — 30 novembre 1805), le Conseil d'État avait été saisi d'un projet préparé par M"* Campan *, qui demandait qu'il fût créé cinq établissements pour les filles des membres de la Légion d'honneur, — une maison principale payante établie à Saint-Germain, et quatre maisons gratuites à répartir dans les départements, — et il avait proposé de restreindre aux filles l'adoption de l'empereur et de réduire à trois le nombre des maisons indiquées par M™* Campan. C'est la base qu'avait finalement adoptée l'empereur dans un

second décret signé à Schœnbrunn, le 24 frimaire an XIV— 15 décembre 1805.

Historique des maisons. — La maison principaledut d'abord être établie à Saint-Germain, suivant le vœu de M"* Campan, dans l'hôtel d'Harcourt ; — puis à Versailles, dans le couvent fondé par Marie Leckzinska, lequel, comme Saint-Cyr, avait servi jusqu'à la Révolution à l'éducation des officiers attachés au service des princes et que l'empereur avait affecté à un lycée. Après le décret de Schœnbrunn, ce fut à qui, dans les circonscriptions régionales des seize cohortes entre lesquelles avait été partagée l'institution de la Légion d'honneur, obtiendrait un des deux autres établissements. Des demandes furent adressées de toutes parts au grand-chancelier. On proposa la maison de M™^ d'Oraizon, à Aix, le couvent des Récollets, près Bruhl, l'abbaye du Bec, près Pont-Audemor, la Chartreuse de Moulins, l'abbaye des Bénédictines, près Saint-Maixent, le château de la Trémouille, près Thouars, le château de Bayonne, etc. L'empereur avait désigné lui-même Chambord (décret du 2 mai 1806) et quelques mois après Ecouen (décret du 10 juillet 1806); et c'est Écouen qui fut en définitive la première maison d'éducation de la Légion d'honneur. M™* Campan en eut la direction (décembre 1807).

Deux ans après, une seconde maison était créée à Saint-Denis, et les deux maisons recevaient une organisation commune, le 21 mars 1809.

Enfin, le 15 juillet 1810, un nouveau décret organisait six succursales, qui devaient être desservies par la congrégation de la Mère de Dieu; et le 2 septembre de la même année, l'empereur désignait les emplacements sur lesquels devaient être établies les quatre premières, savoir :

La première, à Paris, dans la maison Corberon, rue Barbette;

La seconde, au Mont-Valérien, dans les bâtiments du Calvaire (ce fut la seule des quatre qui ne fut pas ouverte) ;

La troisième, près Fontainebleau, dans l'ancienne abbaye des Barbeaux ;

La quatrième, forêt de Saint-Germain, dan& l'ancien couvent des Loges.

Toutes ces maisons formaient un institut dont Napoléon avait nommé protectrice, d'abord l'impératrice Joséphine, puis la reine de Hollande (décret du 16 novembre 1809).

La haute direction était entre les mains de M™® Campan. Intendante d'Écoucn et de Saint- Denis, Mme Campan, dit M. Gréard (De renseignement secondaire des filles), « avait également action sur les maisons préparatoires où les jeunes filles attendaient leur tour pour entrer dans les deux grandes maisons. Ses vues allaient même beaucoup plus loin. Elle avait demandé à l'empereur la création de plusieurs établissements^ publics pour élever les filles « de certaines catégories des serviteurs civils ou militaires de l'Etat » et elle voulait que le gouvernement prît sous sa surveillance tous les établissements privés d'éducation ouverts en faveur des jeunes filles. Elle rêvait pour les femmes une Université qui remplaçât les abbayes et les couvents. Elle voyait déjà les maisons mères essaimer dans tout l'empire, à Naples, à Munich, à Milan. Si elle ne pouvait se flatter de donner à ces établissemenisla dernière main, elle espérait au moins vivre assez pour avoir le temps de tout monter. Mais,, après avoir adopté son plan, le gouvernement impérial n'en avait pas suivi l'exécution. » Puis, étaient venues les vicissitudes de la fin de l'empire et les commencements de la Restauration qui avaient profondément modifié l'institution.

Une première ordonnance (19 juillet 1814)

réunit Ecouen à Saint-Denis et ferma les établis-

I sements de Paris, des Barbeaux et des Loges..

LÉGION D'HONNEUR

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Quoique temps après (27 septembre) les établissements fermés furent rouverts. Le 14 avril ISir», le château d'Kcoucn avait été à son tour rendu à la Lésion d'honneur par Napoléon revenu de l'île (l'KIbe. Le 3 mars ISIO, Louis XVIII avait ordonné de nouveau la réunion dEcouen à Saint- Denis. Kn môme temps, l'existence des établissements de Paris et des Loges avait été confirmée. Aucune décision n'avait été prise pour les Barbeaux. Ils furent définitivement supprimés le 3 avril 1817.

Cette dernière situation subsista jusqu'en 1851. Saint-Denis était devenu la maison-mère. Les deux succursales étaient, l'une à Paris, rue Barbette, au Marais, l'autre aux Loges. En 1851, en vertu d'une loi datée du '20 juillet 1850, la succursale de la rue Barbette fut transférée au château d'Ecouen, déclaré propriété de l'État après 1(! décès du prince de Condé, par jugement du 11 juillet 1858; et tels sont aujourd'hui encore les cadres de 1 institution.

Organisation générale des établissements. — La création des maisons de la Légion d'honneur témoigne du premier effort fait par l'Etat depuis 1789 pour organiser l'enseignement secondaire des jeunes filles. Voici en quels termes M. Gréard en établit l'origine :

« Quatre jours après le 9 thermidor, raconte M°>"' Campan, je pensai qu'il fallait vivre et faire vivre une mère âgée de soixante-dix ans, mon mari malade, mon fils âgé de neuf ans et une partie de ma famille ruinée. Je n'avais plus rien au monde qu'un assignat de 500 francs. J'avais signé pour 3(»,000 francs de dettes de mon mari Les monastères étaient fermés, les religieuses dispersées. Je choisis Saint-Germain pour y établir un pensionnat. Je n'avais pas le moyen de faire imprimer mon prospectus, j'en écrivis cent et les envoyai aux gens de ma connaissance qui avaient survécu. Au bout d'un an j'avais 60 élèves, bientôt après 100. L'année de la paix avec l'Angleterre, j'en ai compté jusqu'à 115 payant pension ; j'en ai toujours, depuis ce moment, élevé dix gratuitement. Cette année, j'eus 20,000 francs de bénétice ; mais la guerre fit partir 10 Anglaises de Saint-Germain ; 10 autres qui étaient déjà arrivées à Boulogne et à Calais se rembarquèrent ; les villes maritimes n'envoyaient plus d'enfants; les pensionnats se multiplièrent à l'infini, les couvents se rouvrirent, et les années 1805, 180G et 1807 furent très désavantageuses à mon établissement. » Ces pensionnats multipliés à l'infini étaient sans doute plus nombreux que florissants, et ce n'est point par la gravité de la direction qu'ils cherchaient, pour la plupart, à gagner la confiance des mères. L'enseignement était pris comme un métier facile à exercer : on se faisait maîtresse de pension ; plus d'une femme, rapporte un écrivain du temps, avait passé sans transition d'une boutique à une école. D'autre part, les établissements les plus sérieux cédaient aux entraînements de la mode. L'éducation séculière n'avait pas encore de règle, comme le disait plus tard l'une de celles qui ont contribué à la fonder, M™c Le Groing LaMaisonneuve*; elle avait emprunté ses disciplines et ses usages à ces couvents mondains contre lesquels Fénelon s'élevait de son temps avec une si pénétrante éloquence. Les représentations scéniques, le jeu, la danse, y tenaient une grande place, la plus grande peut-être. M^e de Genlis, qui s'était fait ouvrir les portes de tous les établissements de Paris, même de ceux que son titre ne lui donnait pas le droit de visiter, « en prenant le prétexte, dit-elle, d'avoir des enfants à y placer, » se félicitait publiquement des mesures de réforme sévère qu'elle avait provoquées par ses rapports. Les familles le plus souvent étaient complices des abus qu'elles

auraient dû être les premières àréprimer : le goût du luxe, do la frivolité, du plaisir emportait tout le monde, o L'éducation, disait M™' Campan (juillet 1810;, est en ce moment livrée à des dévots exagérés ou à des femnîes sais mœurs; les exemples nombreux sont aisés à trouver. Les maires des arrondissements de Paris, jusqu'à ce jour, ont laissé prendre l'état de maîtresse de pension à qui l'a voulu prendre. » Un décret avait dû intervenir pour faire cesser le désordre et un grand nombre de maisons fuient fermées. Les mieux tenues, d'ailleurs, avaient à compter avec la dépense. La profession rapportait peu. M™* Campan déclare qu'il lui fallait cent élèves à 1200 francs pour se payer de ses frais. Ses quatorze années d'exercice ne lui avaienr donné quo a le moyen de vivre sans le secours d'autrui ».

C'est dans cette situation que Napoléon vint faire appel à son exj>érience pour fonder la maison d'Écouen. Dans sa défiance de ce qu'il appelait les écoles de raisonneuses, l'empereur avait lui-môme posé les bases générales de l'organisation de l'établissement :

« L'emploi et la distribution du temps, écrivaitil de Finkenstein au grand-chancelier (15 mai 1809), sont des objets qui exigent principalement votre attention... Je n'ai attaché qu'une importance médiocre aux institutions religieuses de Fontainebleau (école militaire), et je n'ai prescrit que tout juste ce qu'il fallait pour les lycées. C'est tout le contraire pour l'institution dEcouen. Il faut que les élèves fassent chaque jour des prières régulières, entendent la niesse et reçoivent des leçons sur le catéchisme. Cette partie de l'éducation est celle qui doit être la plus soignée. Jl faut ensuite apprendre aux élèves à chitTrer, à écrire, les principes de leur langue, afin qu'elles sachent l'orthographe. Il faut leur apprendre un peu de géographie et d'histoire, mais bien se garder de leur montrer ni le latin, ni aucune langue étrangère. On peut enseigner aux plus âgées un peu de botanique et leur faire un léger cours de physique et d'histoire naturelle, et encore tout cela peut-il avoir des inconvénients. Il faut se borner, en physique, à ce qui est nécessaire pour prévenir une crasse ignorance et une stupide superstition, et s'en tenir aux faits, sans raisonnements, qui tiennent directement ou indirectement aux causes premières. On examinera s'il serait possible de donner à celles qui sont parvenues à une certaine classe une masse pour leur habillement. Elles pourraient s'accoutumer à l'éconoujie, à calculer la valeur des choses et à compter avec elles-mêmes. Mais, en général, il faut les occuper toutes, pendant les trois quarts de la jiurnée, à des ouvrages manuels : elles doivent savoir faire des bas, des chemises, des broderies, enfin toute espèce d'ouvrage de femme... Je ne sais s'il y a possibilité de leur montrer un peu de médecine et de pharmacie, du moins de cette espèce de médecine qui est du ressort d'une garde- malade. Il serait bon aussi qu'elles sussent un peu de cette partie de la cuisine qu'on appelle ïo/'/ice... Jû n'oserais plus, comme j'ai essayé pour Fontainebleau, prétendre leur faire faire la cuisine; j'aurais trop de monde contre moi ; mais on peut leur faire préparer leur dessert, et ce qu'on voudrait leur donner, soit pour leur goûter, soit pour leurs jours de récréation. Je les dispense de la cuisine, mais non pas de faire elles-mêmes leur pain. L'avantage de tout cela est qu'on les exerce à to*ut ce qu'elles peuvent être appelées à faire, et qu'on trouve l'emploi naturel de leur temps eu choses solides et utiles. 11 faut que leurs appartements soient meublés du travail de leur*: mains, qu'elles fassent elles-mêmes leurs chemises, leurs bas, leurs robes, leurs coitTuros. Tout cola es; une grande afl'aire dans mon opinion. Il faut dans

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