‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 71 sur 573 · LEGS · texte numérisé non relu

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Les élèves reçoivent des leçons de lecture, d'écriture, d'arithmétique, de grammaire, d'histoire, do Kéograpliie, de cosmographie et de botanique usuelle, et les leçons de danse nécessaires à leur maintien et à leur santé. Elles peuvent aussi, suivant leur aptitude, recevoir des leçons de musique et de dessin.

Les élèves font leurs robes, leur linge et celui de la maison. On leur enseigne tout ce qui peut être utile à une mère de famille, comme la préparation des aliments et les travaux de buanderie. »

Le caractère du décret du 30 juin 1 881, contrairement à celui dn décret du U août 1857, est d'approprier l'enseignement de chaque maison aux besoins des élèves qui en suivent les cours, sans établir toutefois entre les maisons une ligne de démarcation absolue. On y trouve enfin la préoccupation que nous marquions tout à l'heure : celle de de faire de l'enseignement proprement dit un instrument d'éducation.

« L'éducation des maisons de la Légion d'honneur, y lisons-nous, a pour but d'inspirer aux élèves l'amour de la patrie et les vertus de famille.

Les élèves y reçoivent une instruction et y acfluièrent des talents qui puissent, au besoin, leur fournir des moyens d'existence.

L'enseignement est réglé ainsi qu'il suit :

Aux trois maisons, dans le cours des sept années : préparation au brevet de second ordre.

Aux Loges, enseignement professionnel pour les élèves qui, après les premières années, ne montrent pas des dispositions spéciales pour l'étude ; elles continuent néanmoins de recevoir l'instruction primaire.

A Saint-Denis, une classe supérieure pour la préparation au brevet de premier ordre ; et pour les stagiaires, préparation au brevet de l'enseignement secondaire.

Les élèves des trois maisons qui auront obtenu le brevet de deuxième ordre, et qui seront signalées comme aptes à acquérir en un an le brevet de premier ordre, seront admises à suivre pendant ce temps la classe supérieure de Saint-Denis, même après l'âge de dix-huit ans (art. 11).

Le bénéfice des travaux manuels exécutés aux Loges par les élèves leur est remis à leur sortie de l'établissement.

Les élèves, à leur entrée, sont réparties dans les diverses classes suivant le degré de leur insirnction.

Les élèves font leurs robes, entretiennent leur linge et celui de la maison.

On leur enseigne tout ce qui peut être utile à une mère de famille, comme la préparation des aliments et les travaux de buanderie.

Pendant les deux premières années, les élèves ne reçoivent que des leçons élémentaires de musique vocale et de dessin.

Pourront être exceptionnellement autorisées à prendre, dès leur entrée, des leçons de piano, celles qui en auraient déjà fait une étude sérieuse.

A partir de la troisième année, les élèves qui montreront des dispositions particulières pour le piano ou le dessin pourront commencer à en prendre des leçons spéciales, sans interrompre toutefois le cours régulier des études classiques.

Après la quatrième année, les élèves des trois maisons qui montreront de grandes dispositions pour la musique ou la peinture pourront être dispensées, avec l'autorisation de leur famille, de certaines parties des études classiques, et consacrer plus de temps à des cours spéciaux établis pour ces arts d'agrément dans la maison de Saint- Denis, où les élèves des succursales seront tiansférées. »

LÉGISLATION SCOLAIRE. — V. Lois.

I LÉGISLATION USUELLE. — On entend par II: l'ensemble des lois qui sont le plus généralement et le plus fréquemment appliquées. Nul n'étant réputé ignorer la loi, on peut s'étonner à bon droit que, pendant si longtemps, 'e législateur n'ait pas songé à faire de cette fiction une réalité. C'est la loi du 21 juin 18G5, due à l'initiative de M. Duruy, qui, la première, a introduit dans les programmes de l'enseignement secondaire spécial quelques notions de législation usuelle. La loi du 28 mars 1882 est venue achever de combler la lacune en plaçant dans fes matières de l'enseignement primaire les éléments du droit usuel. Bien que cette loi eût déjà suffisamment indiqué, par ces mots: a quelques notions usuelles de droit », les limites étroites dans lesquelles il convient de renfermer cette étude, le ministre de l'instruction publique a tenu à préciser davantage, dans le programme annexé au règlement d'organisation pédagogique du 27 juillet 1882, les matières qui, seules, doivent être effleurées à l'école primaire : « Notions très élémentaires de droit pratique. L'état civil, la protection des mineurs ; la propriété, les successions ; les contrats, les plus usuels : vente, louage, etc. »

[Ernest Cadet.]

LE GROING DE LA MAISONNEUVE. — La comtesse Le Groing de La Maisonneuve, éducatrice française, née en 17G4, s'était fait connaître avant la Révolution par quelques essais littéraires. Emigrée en 1791, elle rentra en France sous le Directoire ; en 1799, elle publia un ouvrage intitulé : Essai sur le genre d'instruction le plus analogue à la destination des ftmmes, Paris, 1 vol. in -18 (3* édition. Tours, 1841, sous ce titre: Essai sur rinstruction des femmes). Liée avec Joséphine Bonaparte, elle reçut de l'empereur Napoléon, lorsqu'il fonda les maisons d'éducation de la Légion d'honneur, l'offre du poste de surintendante ; elle, refusa, parce qu'elle aurait dû partager ce titre avec M«n« Carapan, et que celle-ci, nous dit un biographe, « ne pouvait avoir ni sa confiance ni son estime ». Mais elle ouvrit elle-même un pensionnat qui bientôt attira de nombreuses élèves et obtint une grande réputation. MDie Le Groing delà Maisonneuve est morte en 1837. On trouvera ci-dessus (p. 1556), une analyse des principaux chapitres de l'Essai sur l'instruction des femmes, « livre longtemps resté classique, dit M. Gréard, pour les établissements déjeunes filles. »

LEGS. — Le mot legs signifie toute espèce de donation faite par testament, et la personne qui est appelée à en profiter se nomme légataire.

Tout ce qui concerne le mode et les conditions de l'autorisation d'acceptation des legs faits soit aux communes, soit aux congrégations ou associations religieuses enseignaiites, a été exposé à l'article Do7is et Legs. Il suffira donc ici de donner une indication générale et sommaire des diverses sortes de legs, des causes de leur révocation ou de leur caducité.

Les legs peuvent être ou universels, ou à titre universel, ou à titre particulier.

Le legs universel est la disposition par laquelle le testateur donne à une ou plusieurs personnes l'universalité des biens qu'il laissera à son décès. Ce qui le caractérise essentiellement, c'est le droit éventuel pour le légataire de recueillir toute la succession. Quoique légataire universel, en efl"et, on peut ne recueillir qu'une portion minime des 'oiens, souvent moins qu'un légataire particulier ; on peut se trouver en présence d'héritiers ayant droit à une réserve et être tenu, en outre, d'acquitter des legs particuliers. Mais si les héritiers réservatoires du défunt, si les légataires particuliers ne lui ont pas survécu, ou s'ils répudient, les premiers la succession, les seconds, les

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libéralités qui leur ont été faites, rien ne s'opposera à la réalisation du droit éventuel accordé au légataire universel.

Lorsque le testateur a laissé des héritiers réservatoires, le légataire universel est obligé de leur demander la délivrance des biens : il est. au contraire, saisi de plein droit des choses léguées, s'il n'y a aucun héritier à réserve. Toutefois, si le testament était olographe ou mystique, comme il n'a point force exécutoire par lui-même, le légataire universel devrait.se faire envoyer en possession par ordonnance du président du tribunal du lieu de l'ouverture de la succession.

Le legs, à titre universel est celui par lequel le testateur donne une quote-part de ses biens, soit une moitié, un quart, ou tous ses immeubles, ou tous ses meubles, ou une quotité fixe <ies uns et des autres.

Jamais le légataire à titre universel n'est saisi de plein droit. Il doit demander la délivrance de son legs à ceux qui sont saisis de la succession, c'est-à-dire aux héritiers réservatoires s'il y en a, à leur défaut au légataire universel, et s'il n'y en pas, aux héritiers appelés dans l'ordre de la succession.

Comme le légataire universel, le légataire à titre ■universel est tenu, pour sa part et portion, des dettes et charges de la succession.

Le legs particulier est celui par lequel le testateur donne des objets déterminés, une somme •de 10 000 francs, telle maison, etc. Le légataire particulier, devant recevoir une chose déterminée, n'est pas tenu des dettes ; mais il va de soi qu'il n'y a lieu à l'acquittement des legs qu'après le paiement de toutes les dettes.

Les legs deviennent caducs, c'est-à-dire tora- J>ent d'eux-mêmes, si le légataire n'a pas survécu au testateur, s'il répudie la libéralité dont il a été l'objet, si la chose léguée a totalement péri du vivant du testateur.

Gomme les donations, les legs sont révocables •pour inexécution des conditions. L'action en révocation pour ce motif peut être exercée par -toute personne y ayant intérêt, par exemple par l'héritier légitime contre le légataire universel gre-vé de conditions et charges, par le légataire universel contre les légataires particuliers qui n'auraient pas satisfait aux charges à eux imposées, et par les légataires particuliers contre ceux /le la part desquels ils profiteraient en cas de ca- <3acité.

C'est aux tribunaux ordinaires qu'il appartient de se prononcer sur les demandes en révocation de legs pour cause d'inexécution des conditions. Cette révocation n'a jamais lieu de plein droit.

Aux termes des articles 954 et 1046 du code ci- Til, dans le cas de révocation pour cause d'inexécution des conditions, les biens rentrent dans les uiains de» ayants droit libres de toutes charges et hypothèques du chef du légataire, et les ayants <iroit ont contre les tiers détenteurs des immeubles tous les droit» qu'ils auraient contre le légataire lui-même.

Une circulaire du ministre de l'intérieur, en date du 10 août 1878, a prescrit la tenue, dans chaque préfecture, d'un registre des dons et legs attribués^ au département, aux communes et aujt •établissements reconnus d'utilité publique. Ce registre comprend non seulement les donc et legs dojit l'acceptation a été autorisée par décret ou p^ar arrêté préfectoral^ mais .èncpre ceux au sujet desquels le Conseil général et le* coiïseils munipaux ont statué définitivement en yertii de l'artiele4&§ 5 de i;a loi du 10 aoiit 18>1 et de l'article r^ de* la loi du 24 juHlet 1867.

[Ernest CadoL]

LEIBNITZ. — Godefroy-Guîllaume, baron de Leibniiz, est un des ^vants et des philosoplics

les plus éminents que le xvii^ siècle ait donnés à riiumanité. 11 naquit à Leipzig, en 1646, d'une famille dont l'origine paraît avoir été slave. Il perdit son père de très bonne heure. Ses études furent faciles et des plus brillantes. A quinze ans, il se distinguait dans les concours académiques et étudiait avec succès les mathématiques et la philosophie. A dix-huit ans, il rêvait de concilier Platon et Aristote. A vingt ans, il était docteur en droit et commençait une série de voyagps, qui l'amenèrent d'abord à Nuremberg, ville où il s'occupa de chimie au milieu d'une société d'alchimistes. Nous insistons sur cette période préliminaire de son existence, parce que le seul document pédagogique considérable qui nous reste de lui date de sa jeunesse; et il n'est pas improbable, comme on en pourra juger, que la liberté et le bonheur de ses premières études aient influé dès lors sur sa manière de comprendre l'éducation.

Leibnitz visita deux fois Paris et passa jusqu'en Angleterre, se mettant partout en relations avec les hommes les plus distingués du pays. Protégé par les ducs de Brunswick, il fonda les Acta eruditorum, qui furent comme le « Journal des savants » de l'Allemagne. Tour à tour et tout à la fois juriste, historien, diplomate, géologue, natui raliste, théologien, il a songé le premier à donner à la France un empire colonial africain ; il a poursuivi, dans une intéressante correspondance avec Bossuet, le projet de réunir les protestants aux catholiques et de reconstituer l'unité chrétienne. Il est le créateur et fut le premier président de l'Académie de Berlin. Pierre le Grand le consulta pour donner des lois à son peuple et lui marqua par de grands honneurs toute la reconnaissance qu'il eut de ses avis. Philologue, il tenta le premier la voie féconde des comparaisons et la reconstitution des idiomes disparus. Ses travaux, comme philosophe proprement dit et comme métaphysicien, lui assurent une gloire impérissable. Il aurait voulu que tout fiit démontré par une sorte d'algèbre, applicable à l'universalité des choses. Il a inventé le calcul de l'infini. 11 est mort en 17 12, à Hanovre, où il résidait déjà depuis assez longtemps.

Le document pédagogique dont nous parlions plus haut est constitué par la première partie de sa Nouvelle méthode pour apprendre et pour enseigner le droit (édit. Dutens, tome IV, p. 169). L'ouvrage est en latin. Leibnitz nous raconte luimême qu'il fut écrit eu 1665 (l'auteur n'avait donc pas vingt ans), en voyage, à la hâte et sans livres. C'est plutôt, nous dit-il, une improvisation qu'un écrit. Tel quel, il est de la plus grande importance. Leibnitz, en elîet, ne l'a jamais désavoué. Il déclare bien, plus tard, assez négligemment (lettre à Vincent Placcius du 10 mai 1676 ; Dutens, t. VI, p. 4), qu'il abandonne cet opuscule, rejetant certaines des maximes qui y sont renfermées, en retenant aussi, il est vrai, certaines autres. Or, il semble que parmi ces dernières, les doctrines pédagogiques de la première partie ne sont pas celles qu'il a continué de voir de l'œil le moins favorable. Si l'on veut bien, en effet, consulter sa correspondance avec Bierlingius, correapondaHce qui s'étend de 1709 à 1712 (Dutens, t. V, pp. 353-399), on constatera que, syr l'invitation de ce dernier, il songea un moment à reprendre le plan d'éducation qu'il avait esquissé si longtemps auparavant. Les années ne lont pas rendu tendre pour les pédants, qu'il trouve tristes et grondeurs. Il sjb fait une idée fort élevée de la culture intellectuelle d un pays, et proteste de l'utilité de ces sciences ou de ces arts qui ne passant que pour de simples curiosités : l'algèbre, la poésie, la critique, l'histoire littéraire. Il sèuîe en passant une foule de jugements intéressants sur 1-es œuvres antiq.ues sur tous les objet*

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d'étudo, sur los matières d'une instruction encyclopcdiquc. Au surplus. Leibnitz ne paraît pas avoir éprouve de cliangemcnt notable dans ses opinions pédagof^iques, puisqu'il se borne à prier liierlingius de lui indiquer obligeamment les modifications ou les développements à introduire dans une révision de l'ouvrage de 1G65. L'officieux correspondant appelle l'attention de Leibnitz s«ir l'enseignement de l'histoire. Le défaut d'agrément est la plaie de l'instruction. Des pédants moroses et renfrognés engendrent la paresse des écoliers. Ils n'ont ni habileté professionnelle, ni hauteur de jugement. Leur métier est avili, et cela malgré l'importance capitale de la première éducation, dont les traces sont ordinairement indélébiles chez les hommes. Le mal vient en grande partie de ce que les maîtres ne sont pas assez payés. Leibnitz ne relève pas ces indications, et la correspondance tourne à d'autres sujets. Il n'en reste pas moins que, d'accord avec de bons esprits de son temps, il a songé à reprendre ses premières vues pédagogiques et à les étendre, précisément parce qu'il y trouvait encore, même à la fin de sa vie, de la justesse et de l'intérêt. Nous sommes donc en face d'un écrit qui, sauf quelques points, faciles peut-être à assigner, nous donne la pensée durable du maître et qui appelle par conséquent l'analyse et la critique.

Si l'on s'étonne de trouver une sorte de traité d'éducation en tête d'un ouvrage sur l'étude du droit, c'est que Leibnitz est un esprit éminemment logique, déductif; et dès sa jeunesse, sous une influence à la fois mathématique et cartésienne, il ne veut rien avancer sans démontrer en remontant aux premiers principes. Il rattache ^ionc sa méthode d'apprendre et d'enseigner le droit à une méthode générale d'enseignement ou d'étude, et il expose celle-ci la première pour en tirer l'autre ensuite, comme par voie de théorè- «les. Nous demandons la permission d'en user assez librement avec le canevas un peu raide du Texte latin ; il passera encore dans notre interprétation quelque chose du caractère géométrique de i'exposition de Leibnitz.

Et d'abord, les animaux eux-mêmes sont susceptibles de recevoir une éducation.

Les enfants, dans leurs premières années, diffèrent peu des animaux sous le rapport delà raison.

Comment s'y prend-on pour dresser les animaux? on leur donne à manger, quand ils obéissent ; on leur refuse toute nourriture, quand ils «ont indociles.

Il y aurait peut-être lieu d'user de ce str^agème avec les petits enfants. — Leibnitz entend tsans doute qu'on pourrait l'approprier à leur édux^ation ; et il n'est pas très éloigné de Rousseau, <iui se sert de l'innocente gourmandise de son pupille pour en obtenir certains efforts. — ■ D'ailleurs cette méthode ne doit pas être appliquée longtemps. Dès que l'esprit s'élève et s'ennoblit, il faut lui proposer, pour l'animer, non plus la nouniture du corps, mais l'honneur, qui est comme le pain de l'âme. De là l'institution des récompenses et des distinctions scolaires.

La science peut être infuse ; elle a alors deux sources possibles : Dieu ou le diable.

Elle peut au contraire résulter d'une acquisition et comme d'une accoutumance de l'esprit; voilà le domaine de l'enseignement.

Leibnitz fait remarquer à cet égard la puis&ance an temps. Partant de ce principe, on ne craindra pas de diviser les difficultés et de les faire aborder successivement ; régl-er ainsi sa piarclie* c'est gagner du terrain. On aura même sJin de revenir &ur ses pas, afin d'assurer ses conquêtes ; leur durée et leur solidité eti dépendent. Il faut procéder à de fréquentes révisions de ce qu'on a ap-

pris. Notre auteur conseille de revoir chaque soir le travail des heures précédentes, chaque semaine le travail des jours écoulés, chaque mois le travail des semaines, chaque année le travail des mois. Dans les écoles, on ne récapitule nu'à la fin de ^ l'année les acquisitions qu'on a faites; c'est dif- ' fûi-er trop lon^itemps.

Quant à la division des difficultés, Leibnitz cite Wilhelmus Schickardus qui, ayant à enseigner la grammaire à des enfants, leur en avait distribué les diverses parties pour être apprises par cœur. Il en fit autant avec le dictionnaire. Il paraît que les élèves apprirent ensuite facilement, en s'écoutant les uns les autres, ce que chacun d'eux savait particulièrement. Leibnitz semble admirer sur parole cette étrange méthode, dont les résultats sont au moins douteux, et pense qu'on pourrait distribuer ainsi les leçons dans les classes.

II recoinnnande de commencer par les éléments des choses, pour s'acheminer graduellement à leur complète intelligence. Ainsi on enseigne d'abord aux enfants les lettres, puis on passe aux syllabes et aux mots, qui composent les phrases. — Est-il besoin de faire remarquer que tout cela n'est pas le dernier mot de la pédagogie?

L'enseignement est à l'âme ce que la médecine est au corps. Il doit remplir une triple condition : solidité, rapidité, agrément.

La solidité des connaissances s'obtient par la multiplicité des impressions, destinées à les fixer dans notre esprit.

La rapidité de leur acquisition résulte de la grandeur de l'impression qui nous les inculque.

Quant à Tagrément de l'instruction, c'est un point sur lequel Leibnitz a l'extrême mérite d'insister. Il remarque qu'il a déjà montré l'efficacité du plaisir et de la douleur en cette matière, en appelant l'attention sur les effets opposés du jeiine et des friandises. L'enseignement sera pleinement agréable, s'il l'est à la fois dans sa fin et dans ses moyens. Ceux-ci seront agréables à leur tour, si l'on apprend en se jouant. C'est à quoi servent merveilleusement les comédies, les fables, les cartes géographiques, astronomiques, historiques, les dés et les tablettes qui portent les lettres de l'alphabet, les jeux de mots, les épigrammes, les tableaux, les vers, les moyens mnémoniques. Leibnitz cite comme modèles quelques ouvrages, par exemple un tableau de la morale, peint pour le jeune prince d'Altenbourg ; une politique emblématique ; une théologie où, comme au jeu d'échec, on voyait des cases blanches et noires occupées, les premières par les * vertus, les secondes par les vices.

Nous arrivons à une partie plus psychologique du travail de Leibnitz. Il divise sous trois chefs les opérations de l'esprit humain : la mémoire, l'invention et le jugement, A la mémoire corres^ pondra une éducation mnémonique, à l'invention ce qu'il appelle l'éducation topique, au jugement l'analytique. Ces deux dernières éducations relèvent en commun d'une même science et d'un même art, qui peut se nommer d'un mot : la logique.

Le fondement de la mnémoniqte on culture de la mémoire, c'est quelque chose de sensible et qui soit remarqué. Et qu'on ne l'oublie pas, l'ouïe n'est pas seule capable de retenir un signe ; la vue est encore bien plus apte à faire ce genre do remarques. — Voilà l'idée de l'enseignement par l'aspeet.

Le fondement de la topique, ou culture de l'inventiow, ce sont les « lieux communs » et comme les diverses catégories que la pensée peut parcourir, pour y tro.uver des points de vue i»»veaux.

Enfin, l'analytique est renfermée tout j»iitièr"« dans les deux règles qui suivent : expliquer

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