‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 73 sur 573 · LETTRE D'OBÉDIENCE · texte numérisé non relu

LETTRE D'OBÉDIENCE

LEXICOLOGIE

premier des livres, afin que son impatience d'exercer les forces qu'il sent en lui ne l'entraîne pas à des recherches pour lesquelles il n'est pas encore mûr. »

Que de profondes réflexions suggère à Lessing cette éducation de l'humanité par l'action providentielle, dont l'art plus modeste de nos pédagogues pourrait tirer un très grand profit !

[D. Nolen.]

LETTRE D'EXEAT. — Aucun maître ne peut renoncer à la direction d'une école publique ou changer de résidence sans avoir préalablement obtenu une lettre d^exeat destinée à garantir que l'administration préfectorale a été prévenue à temps de ce changement et qu'elle se trouve dès lors en mesure d'y pourvoir. En rappelant cette règle, une circulaire du 30 juin l838 a décidé que, lorsqu'un instituteur communal aurait abandonné son poste sans s'être muni de l'exeat, l'institution lui serait refusée pour le nouvel emploi auquel il aurait pu être appelé. Les instituteurs congréganistes sont tenus, comme les autres instituteurs communaux, d'obtenir une lettre d'exeat avant de quitter leur poste. « L'infraction à cette règle ne saurait être couverte par leur vœu d'obédience à leur supérieur. » (Décision du Conseil royal de l'instruction publique, de mars 1837, visée dans la circulaire du 13 mai 1861.) [Ernest Cadet.]

LETTRE D'OBÉDIENCE. — Ordre donné à une religieuse, par sa supérieure, de se rendre dans une commune pour y prendre la direction de l'école.

La loi du 15 mars 1850 (article 49) avait disposé que les lettres d'obédience tiendraient lieu de brevet de capacité aux institutrices appartenant à des congrégations religieuses vouées à l'enseignement et reconnues par l'Etat. Le décret du 21 mars 1855 (article 20) avait également admis que la lettre d'obédience tiendrait lieu du certificat d'aptitude à la direction des salles d'asile.

Il est à remarquer que l'ordonnance royale du 23 juin 1836, en déclarant applicables aux écoles de filles les dispositions de la loi organique du 28 juin 1833, n'accordait pas aux congrégations, comme le fit la loi du I5 mars 1850, le droit à la dispense du brevet de capacité. Elle statuait seulement (article 13) que les institutrices appartenant à une congrégation religieuse dont les statuts, régulièrement approuvés, renfermeraient l'obligation de se livi er à l'éducation de l'enfance, pourraient être autorisées par le recteur à tenir une école primaire élémentaire, sur le vu de leurs lettres d'obédience et sur l'indication, par la supérieure, de la commune où les sœurs seraient appelées. Pour ouvrir une école primaire supérieure, le brevet de capacité du degré supérieur demeurait obligatoire pour les religieuses comme pour les laïques (article 14).

Ainsi, sous l'empire de l'ordonnance de 1836, la dispense du brevet de capacité admise en faveur des congréganistes avait un caractère essentiellement facultatif, temporaire et local ; le recteur pouvait la refuser aux postulantes trop incapables.

Cette simple tolérance fut érigée en un véritable droit par le législateur de 1850, et la lettre d'obédience équivalut au brevet de capacité.

Il ne faut pas s'étonner si, grâce à un tel privilège, les écoles congréganistes de filles se multiplièrent rapidement, au grand préjudice des institutrices laïques brevetées auxquelleo ne furent guère laissés que les postes de rebut, et aussi au grand préjudice de l'instruction des jeunes filles.

S'il existait, en effet, des communautés chez lesquelles la lettre d'obédience équivalait de fait au brevet, d'autres congrégations se montraient beaucoup moins exigeantes pour dos novices, et il n'était pas rare de rencontrer leurs maîtres se

peu capables, ignorant même les règles les plus simples du calcul, de la grammaire et de l'orthographe. A de rares exceptions près, selon le témoignage des autorités préposées à l'inspection, leurs classes étaient mauvaises, quelquefois nulles. Le dévouement ne peut suppléer au manque d'instruction.

On a constaté également que les sœurs les plus intelligentes, qui étaient pourvues du brevet, étaient, de préférence, employées dans les pensionnats, dans les classes payantes, tandis que les classes gratuites étaient abandonnées aux moins capables.

Depuis longtemps ce privilège excessif accordé aux congréganistes, privilège contraire à la fois à l'égalité, à la liberté de l'enseignement sainement entendue et au progrès de l'instruction, donnait lieu à de vives et justes réclamations. Ou les religieuses, disait-on, sont en état de subir l'examen du brevet, et pourquoi ne les y soumetori pas? Ou elles manquent de l'instruction et de l'aptitude spéciales, et alors pourquoi leur laisser ouvrir une école qu'on devrait faire fermer si elle était tenue par une laïque dont la capacité n'aurait pas été constatée à la suite d'un examen? Même sous l'Empire, il ne se passait pas d'année sans que les Conseils généraux fissent entendre à ce sujet leurs doléances.

Lors de la discussion de la loi qui fut promulguée le 10 avril 1867, MM. Jules Simon, Eugène Pelletan, Havin et quelques autres membres du Corps législatif avaient présenté un amendement tendant à la suppression de la lettre d'obédience. Cet amendement fut écarté par le motif qu'il aurait eu pour résultat de rendre à peu près impossible le recrutement des institutrices, au moment où la loi nouvelle allait doter le pays de plusieurs milliers d'écoles de filles.

La loi du 16 juin 1881 a fait enfin disparaître, comme le voulait la justice, le privilège accordé aux institutrices congréganistes par la loi du 15 mars 1850, et les a replacées dans le droit commun. La suppression de la lettre d'obédience et la création, dans chaque département, d'une école normale d'institutrices auront, pour le développement de l'instruction des jeunes filles, les plus heureuses conséquences

[Ernest Cadet.]

LETTRES. — V. Littérature.

LEXICOLOGIE. — Ce mot a été, croyons-nous, employé pour la première fois par Butet*(de la Sarthe), en 1801, en vue de désigner cette partie des études grammaticales qui considère les mots en eux-mêmes par rapport à leur valeur, à leurs flexions et à leur étymologie. Boniface ( 1 825) l'a ensuite pris dans un sens plus restreint, la classification grammaticale des mots, et pour lui les exercices sur la lexicologie n'étaient autre chose que ce qui s^'est appelé plus habituellement analyse grammaticale. Mais c'est surtout Pierre Larousse (1851) qui a donné à ce terme une certaine vogue en l'employant pour désigner une forme particulière de l'enseignement de la langue.

Il voulait détourner l'attention des maîtres du seul point qui les avait jUsque-là préoccupés, l'orthographe, pour la porter sur ce qui est beaucoup plus important : la signification exacte et par suite le bon emploi des mots. « Avec la méUv'de lexicologique, dit P. Larousse, l'élève apprendra, non plus seulement à orthographier les mots, mais aussi à en peser la valeur, à en reconnaître l'étymologie, à distinguer le sens propre du sens figuré, à déterminer les rapports d'opposition et de synonymie, etc. Et cette double étude sera le fruit d'une règle de grammaire, qui n'avait eu jusque-là pour conséquence qu'un devoir de dictée ou d'analyse. >> (Préface de la Grammaire élémentaire lexicolvgique.)

LEXICOLOGIE

LEXICOLOGIE

On conçoit ce que ce plan a d'étendu : il touche aux études sur la formation des mots, à l'analyse du thème ou radical, à celle des préfixes et des suffixes, et va jusqu'à la comparaison historique du sens des mots, à ce que Littré a appelé la pathologie verbale. Cela suppose des lectures variées, un jugement exercé, à moins qu'on ne s'en tienne à un froid dogmatisme, ce qui serait une véritable surcharge sans aucun profit, La lexicologie est ce que le Père Girard recommande sons le nom d'étude du vocabulaire, et 00 que L.-C. Michel a tentésur un plan plus large, à l'école Turgot, sous le titre d'Etuda de la signification fies mots et de la propriété de l'expression (1858). Le difficile, en cette matière, c'est de se faire un programme qui ne soit pas trop ambitieux et de suivre une méthode qui s'adapte aux jeunes esprits des écoles primaires.

Nous n'hésitons pas à donner la préférence aux idées du Père Girard. Il place, au premier rang des exercices de lexicologie, le classement des mots par famille d'après leur thème ou radical, afin d'en faire comprendre beaucoup au moyen d'un seul. Les élèves doivent en même temps être invités à faire entrer chaque fois les mots dans une proposition ou dans une phrase de leur choix. « Ce n'est, dit-il, que de cette manière qu'ils feront voir s'ils en saisissent le sens ou non, et que l'instituteur pourra le leur apprendre au besoin... Dans cet exercice le maître n'est pas seulement le dictionnaire vivant qui attache aux mots leur signification, mais il redresse les pensées qui ne seraient pas exactes, ainsi que les mauvaises expressions. Il a soin d'animer ce travail €t d'y intéresser tous les élèves. Lui-même donne toujours le ton, afin qu'il soit suivi, et qu'une de «es pensées en éveille d'analogues dans les jeunes têtes. »

Tandis que P. Larousse met les élèves en présence d'un livre et leur demande de placer dans une pin-ase toute faite le terme qui s'adapte au contexte, le Père Girard ne veut qu'un cahier fait pour le maître seul, et renfermant les pensées à exprimer sur les mots de la série qui est à l'ordre du jour.

« C'est la dérivation qui forme le fond du vocabulaire. Le maître cherche à conduire les' élèves du connu à l'inconnu, en rapprochant les dérivés du radical. Ceci se fait d'abord en petit avec les différentes espèces de mots, pour s'étendre dans la suite à des familles entières. Chemin faisant, l'écolier apprend à connaître les initiales (préfixes) et les finales (suffixes) qui servent à la dérivation et qui modifient la signification du simple. Dans cette longue série viennent se placer à distance les homonymes. A la fin, il y a un choix de synonymes. C'est ainsi que l'on passe en revue, pour le sens et pour l'orthographe d'usage, une grande partie du matériel de la langue. » (De l'eiiseignement régulier de la langue maternelle, liv. II, ch. III.)

Ajoutons que, contrairement à ce qui résulte de l'usage des livres de P. Larousse, le Père Girard entend que ces exercices sur le vocabulaire se feront de vive voix, a Le travail de vive voix, outre qu'il ouvre un concours utile, est incomparablement plus expéditif, et il active et multiplie les productions de l'esprit. D'un autre côté, la présence de l'instituteur qui dirige les exercices assure aux élèves, et au moment même, le corrigé de leurs pensées, si elles devaient être défectueuses, et en môme temps un prompt secours, dès qu'ils se trouveront embarrassés. Toutes ces mesures sont bien favorables au but que l'on se propose. » {Ibid., liv. II, ch. iir.)

Les exercices qu'indique 1». Larousse ne sont pas toujours, comme on l'a vu à l'article consacré à ce

faire trouver par l'élève le mot juste. Ils ont l'inconvénient de tout ce qui contraint d'entrer dans un cadre étroit, ou de s'adapter à un mécanisme. Les mots, à l'exception des termes techniques, ne sont pas des produits manufacturés d'une valeur fixe, mais des formes vivantes qu'il faut examiner sur la plante qui leur a donné naissance. De là l'avantage des analyses lexicologiques faites sur dçs textes suivis, comme dans la C/irestoniathie de Vinet, plutôt que sur des phrases détachées. Le sens d'un mot ne se reconnaît jamais mieux que dans une phrase complète : la lumière se répand sur tous les termes et donne à chacun son véritable sens.

On ne saurait admettre qu'un devoir comme le suivant apporte dans l'esprit de l'élève une idée exacte de la valeur de chaque mot :

« Les élèves assigneront à chaque substantif celui des compléments qui lui convient :

» L'odeur, le parfum, la saveur {du miely de la rose, du tabac) ;

» La bravoure, l'habileté {du général, du soldat) ; » Bout, morceau, tranche {de cigare, de sucre, de melon) ;

» La cime, le comble, le faîte, le sommet {d'un arbre, des grandeurs, d'une maison, de la lête). » Le Cours lexicologique de style de Larousse commence par l'étude des synonymes; or il ne semble pasquel'élève puisse aborder tout d'abord les nuances de mots comme finesse, ruse, — arracher, ravir (P* leçon), ou d'éloigner, écarter, — génie, esprit (2' leçon) : il y a là des délicatesses qu'on ne saisit qu'après s'être familiarisé avec les racines. Plus faciles sont les exercices qui suivent sur les acceptions diverses d'un même mot et sur les contraires ; ils supposent cependant déjà bien des lectures. Quant aux périphrases, nous ne les croyons pas propres à des exercices élémentaires de lexicologie.

Ce qui nous paraît plus facile, c'est l'étude du sens particulier qu'apportent les préfixes ab, ad, cou, dis, mé, sur, dans abjurer, adjoin'he, conjoint, disjoint, méconnaître, ou les suffixes ion, aire, et, ment, âge, if, eux dans destination, destinataire, jardinet, blanchiment, blanchissage, effectif, nuageux. Il suffit alors de rapprocher des mots de formation analogue, d'un sens connu, et de s'avancer pas à pas vers ceux qui sont d'un usage moins courant. Ces explorations excitent l'attention des élèves en piquant leur curiosité.

La lexicologie embrasse, par les flexions, l'étude de la conjugaison, et c'est là que l'abus se montre dans nos écoles primaires. On y conjugue des verbes presque depuis le premier jour jusqu'au dernier, et cela sous toutes les formes. Il serait bien temps d'abandonner la classification des verbes en quatre conjugaisons, qui est passée de la grammaire latine dans la grammaire française, l'étude des temps du subjonctif venant dès le commencement avec ceux de l'indicatif, la distinction de temps primitifs et de temps dérivés, enfin le classement arbitraire des verbes dits irréguliers. Nous ne reviendrons pas ici sur ce qui a été si bien établi par de savants linguistes, comme Littré, Brachet, Chabaneau, etc., sur les formes régulières des verbes modernes en er et en ir {issatit), et sur les formes irrégulières des verbes archaïques en ir {ant), oir, re, et sur la nécessité de ranger ceux-ci par groupes pour en étudier la conjugaison. Il y a bien des années que dom Devienne disait à propos de la grammaire de Restant : « Prendre et croire ont la même terminaison et ne se conjuguent pas de la même manière. M. Restant a cru résoudre cette difficulté, en distinguant des conjugaisons régulières et des conjugaisons irrégulières, mai> il aur.iit fallu dire en quoi la conjugaison de tvoiV»?

mmairien. d'une forme qui soit bien propre à .est plus irregulière que celle de prendre > » {Pré-

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