‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 74 sur 573 · LHOMOND · texte numérisé non relu

LHOMOND

face de la Nouvelle Méthode pour apprendre ta lau que française. Paris, Maire-Nyon, 1782.)

Rien n'est plus juste que les indications du Père Girard sur les exercices de conjugaison. Il les divise en deux degrés. Au cours élémentaire il s ;igit d'apprendre à discerner les formes des verbes régulier» et des verbes irréguliers le» plus usités, mais seulement à l'indicatif et à l'impératif, pour exprimer les idées les plus simples. Au cours moyen la conjugaison embrasse le conditionnel et le subjonctif, et se fait par phrases pour former les élèves par l'habitude à la concordance des temps.

Tous ces exercices de lexicologie doivent tendre à ce but essentiel : la syntaxe ou la construction régulière de la phrase pour l'expression de la pensée^ «Le vocabulaire etlaconjugaison travaillent dans son intérêt; le premier lui fournit les mots dont elle compose les propositions et les phrases, l'autre lui donne les formes diverses du mot par excellence, du verbe, de leur emploi pour exprimer les personnes, les temps et les modes, ou les inflexions particulières qui rendent la certitude, le doute, le désir, etc. » [De l'enseignement régu' lier de la langue maternelle, liv. II, ch. m.)

Nous n'avons pas parlé encore d'un des exercices lexicologiques les plus employés» de l'analyse grammaticale. C'est encore là un des points sur lesquels la réforme, en nos écoles primaires, s'opère lentement. L'analyse telle qu'elle se pratique généralement est fastidieuse et sans utilité réelle. Sa véritable raison d'être est d'apprendre h. discerner la nature et le rôle des mots dans la phrase et par suite d'en faire déterminer l'orthogr.'iphe. Cela peut se faire sans les monotones formules qu'on emploie d'ordinaire, et les signes au tableau noir seraient plus propres à marquer l'espèce des mots et surtout leurs rapports que les longues énumérations écrites. Ce doit ôtre^ dans tous les cas, un exercice oral et d'une application restreinte : il doit viser tels ou tels mots et non prendre machinalement tous ceux de la proposition.

On ne saurait trop recommander aux instituteurs de se tenir en garde contre tout ce qui tend au mécanisme en matière de leçons sur la langue. Le meilleur procédé sera toujours une lecture choisie avec intelligence, servant de texte à des exemples appropriés à l'âge des élèves pour leur faire saisir le sens des mots, les formes qu'ils revêtent en divers cas; tout cela donnant lieu à des phrases d'abord très simples, puis se chargeant progressivement d'accessoires, et se combinant avec d'autres pour arriver à l'expression complète de la pensée. C'est bien le cas de dire avec le Père Girard : Les mots pour la pensée, la pensée pour le cœur et la vie. [B. Berger.]

LEZAY-MARNÉSIA. — V. au Supplément.

LIIOMON». — Charles-François Lhomond naquit à Chaulnes (Somme) en 1727. Elève du collège d'Inville à Paris, il en devint principal; puis il passa de cet établissement au collège du cardinal J.emoine, en qualité de professeur de sixième. Tel était son dévouement pour ses jeunes élèves qu'il n'aspira jamais à des fonctions plus élevées : il refusa même l'avancement légitime qu'on lui proposait. Lhomond, qui avait reçu les ordres, consacra plus de vingt années de sa vie à l'enseignement public; et, quand il fut devenu professeur émérite de l'Université de Paris, il employa les loisirs que lui donnait sa retraite à composer ])lusieurs ouvrages élémentaires, inspirés par les doctrines pédagogiques de Rollin. Enfermé à Saint- Firmin, en 1792, il ne tarda pas à recouvrer sa liberté, grâce à la protection de Tallien, son élève, qui avait conçu pour son ancien maître une vénération profonde. Lhomond n'avait encore que soixante-sept ans, quand, le 31 décembre 1794, la oiort vint terminer sa carrière, toute d'honneur et de dévouement.

Si modestes qu'aient été les ouvrages de cet homme de bien, ils devaient illustrer sa mémoire. En 1860, la ville de Chaulnes, lière de l'avoir vu naître, lui éleva une statue ; et Paris, sa patrie d'adoption» en donnant le nom de Lhomond à. l'une de ses rues, récompensa glorieusement une vie si modeste, mais si utile.

Les livres que Lhomond a composés sont au nombre de sept. Ce sont : 1* le De Viris illustribus urbis Rom se; 2' les Elémens de la langue latine; 3° les Elémens de grammaire franchisa (1780); 4" l'Epitome historiée sacra; b° la Doctrine chrétienne; 6® VHistoire abrégée de l'Eglise^ T VHistoire abrégée de la Religion avant JésuS' Christ (1791).

Les éditions qui furent publiées en France des quatre premiers de ces ouvrages sont innombrables, et il est particulièrement à remarquer que le De Viris et VEpitome se réimpriment encore aujourd'hui à l'étranger (Stuttgart : 1856, 59, 64» 68, 71, 74, etc.; Brixen : 1844, 70, etc.: Einsiedeln : 1864, etc.; Trieste : 1856, etc.). En 1844^ on donnait à Milan et à Vienne une 12* édition des Eléments de grammaire française^ et ce ne fut sans doute pas la dernière.

Cette grammaire, petit volume de 89 pages, fut peut-être celui des livres de Lhomond qui eut, en son temps, le plus de succès. Elle fut placée, en l'an IV, au nombre des livres élémentaires approuvés par le Corps législatif à l'usage desécoles primaires. Voici les titres et les principales divisions des onze chapitres qui la composent; ils en indiqueront suffisamment le plan :

('h. I. Le Nom. — Ch. ii. L'Article /e, la, les. — Ch. III. L'Adjectif. — Ch. iv. Le Pronom. — Ch. V. Le Verbe (verbe auxiliaire avoir; verbe^ auxiliaire être; 1'», 2*, 3*, 4» conjugaisons; verbes irréguliers; accord du verbe avec le nominatif ou sujet; régime des verbes actifs; conjugaison des verbes passifs; régime des verbes passifs; verbes neutres; régime des verbes neutres; verbes réfléchis; verbes impersonnels). — Ch. vi. Le Participe. — Ch. vu. La Préposition. — Ch. viii. L'Adverbe. — Ch. ix. La Conjonction. — Ch. X. L'interjection. — Remarques particulières SUR chaque espèce de mots: des lettres; des noms composés ; noms de nombre ; noms partitifs ; pronoms ; remarques sur les verbes, sur les prépositions, sur les adverbes, sur le régime. — Ch. xi. De I'Orthogbaphe (orthographe des noms : noms en ace ou en asse; en ance ou ence; en ece ou esse; en ice ou isse; en sioyi, tion, xion, ction; orthographe des verbes: présent de l'indicatif; imparfait de l'indicatif; prétérit de 1 indicatif; futur de l'indicatif ; conditionnel présent; présent du subjonctif; imparfait du subjonctif. Remarques sur l'orthographe des pronoms, adverbes et autres mots.). — De l'apostrophe. — Du trait d'union . — Du tréma. — De la cédille. — De la parenthèse. — De la ponctuation.

Tel est le plan de ce petit ouvrage. Quant à. l'esprit dans lequel il a été conçu, on en jugera facilement par cet extrait de la préface :

« Nous avons de bonnes grammaires fran-

çoises, mais je doute que l'on puisse porter un jugement aussi favorable des abrégés qui en onc été faits pour les commençans. Les premiers éléments ne sauroient être trop simplifiés. Quand on parle à des enfans, il y a une mesure de connoissances à laquelle on doit se borner, parce qu'ils ne sont pas capables d'en recevoir davantage. Il est surtout important do ne pas leur pré- S'^nter plusieurs objets à la fois ; il faut, pour ainsi dire, faire entrer dans leur esprit les idées une à une, comme on introduit une liqueur goutte t'i goutte dans un vase dont l'embouchure est étroite : si vous en versez trop en môme temps, la liqueur se répand et n'entre point dans le vase.

LliOMOND

UANCOURÏ

Il y a aussi un ordre à garder; cet ordre consiste principaliMiiont à no pas supposer des choses que vous n'avez pas encore dites, et à commencer par les connoissances qui ne dépendent point de celles qui suivent. Enfin, il y a une manière de s'énoncer, accommodée à leur faiblesse : ce n'est point par des définitions abstraites qu'on leur fera connoître les objets dont on leur parle, mais par des caractères sensibles, et qui les rendent faciles à distinguer »

N'est-ce point là un langage inspiré par la raison pure, et ne trouve-t-on pas résumées dans ces quelques lignes les solides vérités de la plus saine pédagogie? Mais, il faut bien le dire, si cette sage sobriété de faits, cette remarquable simplicité d'exposition, cette clarté lumineuse doivent être données en exemple aux jeunes maîtres, le fond même du livre, malgré toutes ces émincntes qualités, parait aujourd'hui bien insuffisant. L'étude de la grammaire comparée, la découverte des lois qui ont présidé à la formation (lu français, la connaissance du développement historique et des évolutions de notre langue, en nu mot l'esprit vraiment scientifique du siècle où nous vivons, nous rendent plus exigeants que Lliomond et ses contemporains sur l'exactitude d'S faits et la rigueur des définitions, môme quand il s'agit des livres les plus élémentaires de nos écoles. Nous demandons aux jeunes intelligences de plus sérieux efforts, et nous ne croyons pas surcharger leur faiblesse en les invitant à réfléchir et à comprendre. Ce principe, qui domine aujourd'hui noire enseignement, et dont l'application inspirait à Lhomond trop de défiance, est en opposition formelle avec les procédés empiriques du vieux maître. Nous n'accepterions plus comme suffisants ces semblants de définitions : « On connoît un verbe quand on peut y ajouter je, tu, il, nous, vous, ils... — On appelle verbes réfléchis ceux dont le nominatif et le régime sont la môme personne .. — Les adjectifs verbaux.,. lie sont pas des participes, parce qu'ils n'ont pas de régime... — La préposition est un mot qui sert à joindre le nom ou pronom suivant au mot qui la précède... — On appelle verbe actif celui après lequel on peut mettre quelqu'un, quelque chose. ■

Cette simplicité, cherchée et trouvée, a pu avoir autrefois de nombreux approbateurs : aujourd'hui, elle nous paraît nue et stérile ; et l'on s'expliquerait difficilement l'immense succès d'un ouvrage où le jugement n'a aucune raison de s'exercer, si l'auteur ne l'avait composé spécialement pour servir d'introduction à des études plus larges et plus fécondes. C'est uniquement aux élèves des collèges que ce livre était destiné, et 1 on y sent déjà comme un avant-goût du rudiment latin. On y voit figurer un nominatif français, un gérondif français, un participe futur français ; les adjectifs y ont un régime, comme en latin; et, en prévision de certaines difficultés qui se présenteront un jour dans les thèmes, l'écolier y apprend à tourner l'actif par le passif, comme s'il y avait pour lui quelque peine à le faire dans sa propre langue. D'ailleurs, l'intention de Lhomond est nettement indiquée au commencement de sa préface : et C'est par la langue maternelle que doivent commencer les études, dit M. Rollin. Les enfants comprennent plus aisément les principes de la grammaire, quand ils les voient appliqués à une langue qu'ils entendent déjà, et cette connoissance leur sert comme d introduction aux langues anciennes qu'on veut leur enseigner. »

11 ressort clairement de ces lignes que Lhomond, en composant ses Elémens de grammaire fra?içoise, se proposa surtout de pourvoir aux premiers besoins de futurs latinistes. A co

titre, on pout excuser les lacunes de son oiryrag«;. Mais il est un autre point, bien autrement important pour nous, quo révèle la lecture du début de sa préface : c'est l'utilité qu'il voyait à commencer la culture des jeunes esprits par l'étude de notre propre langue. Cette idée, qui nous parait aujourd'hui si naturelle, était à l'époque de Lhomond une conception hardie; et ce modeste professeur, en inaugurant une doctrine aussi nouvelle, devait heurter de puissants préjugés : on le voit au soin qu'il prenait de s'abri» ter sous l'autorité de Rollin. Cette tentative, qui eut un succès si brillant, ajoute sinj^ullèrement à l'estime que mérite l'œuvre du vieux j^rammairien ; et l'on peut dire que, si par les hautes qualités de son cœur et de son esprit, Lhomond est pour nos jeunes maîtres un modèle qu'il faut suivre, ils doivent encore saluer en lui le fondateur de l'enseignement élémentaire du français.

[Georges Edon.]

LIANCOURT (Ecole de). — L'école de Liancourt, qui a été en France le berceau de la première école d'arts et métiers, fut fondée dans les dernières années de Louis XV par le duc de La Rochefoucault-Liancourt, pour les enfants pauvres des militaires de son régiment. On trouvera des détails à ce sujet dans l'article La Roche foucault- Liancourt. Lorsque le duc de La Rochefoucault eut émigré, la Révolution conserva l'école qu'il avait créée, et y transféra successivement les élèves de l'école de Popincourt, fondée par Herbault*et par le chevalier Pawlet *, quelques élèves de l'école de Mars, licenciée en octobre 1794, puis ceux de l'Institut des jeunes Français, qu'avait dirigé de ni)2 à 1795 Léonard Bourdon*. L'établissement formé de la réunion de ces divers éléments reçut le nom d'Ecole nationale de Liancourt, et Crouzet *' fut placé à la tête de cette institution ; il conserva ces fonctions difficiles de 1795 à 1799. Il a retracé Ihistoire de sa laborieuse administration dans un mémoire intitulé Observations justificatives sur l'école de Liancourt; un des élèves de l'établissement, B. Wilhem *, a de son côté publié de curieux souvenirs dans un écrit qui a pour titre L'élève de Liancourt. En ISOO, un arrêté des consuls, réorganisant le Prytanée français *, avait placé à Compiègne l'une dos sections du Prytanée: c'était un simple collège où l'on enseignait \qshumanités ; mais trois ans plus tard, par un arrêté du 25 février 1803, le premier consul transforma ce collège en une école d'arts et métiers, et on envoya à Compiègne les élèves de Liancourt, dont l'école cessa d'exister. M. de La Rochefoucault- Liancourt, qui était rentré en France, fat chargé de la surveillance du nouvel établissement, avec le titre d'inspecteur (I80G). La même année, l'école fut transférée de Compiègne à Châlons sur- Marne, où elle existe encore aujourd'hui. (V. Ecoles nationales d'arts et métiers.)

LIANCOURT (M^o de). — Jeanne de Schomberg, duchesse de Liancourt, est l'auteur d'un petit livre d'éducation assez peu connu, et qui mérite toutefois une mention dans ce Dictionnaire.

C'était la fille du maréchal de Schomberg, grand-maître de l'artillerie et surintendant des finances, et la sœur du second maréchal de ce nom.

Née en 1600, elle reçut une éducation sérieuse et forte ; son père, homme instruit et de goûts distingués, l'initia même aux affaires publiques; il lui dictait des dépêches de négociations et de traités, et lui en faisait faire pour l'exercer.

Toute jeune encore, elle avait été destinée à un fils de Sully; mais le maréchal reprit s-\ parole après la mort de Henri IV, et, d;ins toute la force du terme, il força sa fille à épouser François de Cessé, fils du maréchal duc de Brissac, qui lui répugnait. Il lui répugnait môme si bien que,.

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