‹ Dictionnaire de phrénologie et de physiognomonieChapitre 104 sur 257 · HUMANITÉ. ADAM · texte numérisé non relu

HUMANITÉ. ADAM

La science de l'homme se divise nécessairement en deux branches. L'étude de l'individu considéré en lui-même et dans sa relation avec l'univers; et l'étude de l'homme, comme espèce, considéré dans la succession de sa vie collective, dans les phases de son développement. La première est la science naturelle , qui embrasse toutes les manifestations physiologiques et psycologiques. La se-

conde est la scienee historique qui doit expliquer toutes les transfigurations de l'Humanité.

L'ensemble des phénomènes qui s'opèrent dans l'homme depuis le commencement de la conception jusqu'à celui de sa mort , constitue la nature de l'homme.

Jusqu'ici 5 il y a eu deux sciences de l'homme considéré comme individu , la physiologie et la psycologie. correspondant a la division dualitaire, corps et âme, physique et moral. De là , les naturalistes et les métaphysiciens , les matérialistes et les spiritualistes. Cette manière d'envisager l'homme sous deux faces . n'est qu'une abstraction nécessaire peut-être à notre infirmité intellectuelle , mais incomplète et impuissante. Le fond et la forme sont une même chose, comme la pensée et l'expression. Tout ce qui est, existe à l'état d'unité. La nouvelle philosophie doit donc étudier l'homme au point de vue de l'unité, et c'est en cela que la phréno*logie est la véritable science antropologique.

L'homme est le sommaire et le centre de toutes les forces, de toutes les vies du globe. C'est le lien sensible de tous les êtres créés. Chaque grain de sable est une immensité, chaque feuille un monde, chaque insecte un assemblage d'effets incompréhensibles où la réflexion se perd. Et qui pourrait compter les degrés intermédiaires depuis l'insecte jusqu'à l'homme? L'homme peut dans le même instant agir et souffrir infiniment plus qu'aucune autre créature. C'est de tous les êtres le plus flexible et le plus capable de résistance, et il n'en est point qui l'égale dans la multitude et l'harmonie de ses puissances.

Mais pour comprendre cette admirable harmonie, notre faiblesse est obligée de diviser, d'analyser et d'abstraire; c'est ce qui a donné lieu aux différens systèmes physiques ou métaphysiques. On a cherché à classer les manifestations multiples et diverses de l'homme. On a distingué en lui des sentimens , des idées et des actes. Lavater, reconnaissant ces trois aspect?, abstraits de l'unité humaine, leur a assigné un siège dans l'organisation corporelle :

« Quoique la vie physiologique, intellectuelle et morale de l'homme avec toutes les facultés qui leur sont subordonnées et tout ce qui constitue leur essence, se réunissent merveilleusement pour ne former qu'une seule et même vie, quoique ces trois espèces de vies ne soient pas logées, comme trois différentes familles, chacune dans un étage particulier du corps humain, mais coexistent en chaque point et forment un ensemble par leurs concours, il est cependant vrai que chaque espèce de ces formes vitales a un siège particulier dans le corps humain , où elle s'exerce et se manifeste de préférence. La vie animale, la plus basse et la plus terrestre, placée, dans le ventre, s'étendrait jusqu'aux organes de la génération, qui seraient son foyer. La vie moyenne ou la morale, résiderait dans la poitrine et aurait le cœur pour centre et pour foyer. La vie intellectuelle, comme la plus relevée trouverait son siège dans la tête et l'œil serait son foyer. Ajoutons que le visage est le représentant ou le sommaire de ces trois divisions : le front jusqu'aux sourcils 5 miroir de l'intelligence : le nez et les joues, miroir de la vie morale et sensible; la bouche et le menton, miroir de la vie animale; tandis que l'œil serait le centre et le sommaire de tout. Quoiqu'on ne puisse trop répéter que les trois vies se retrouvant dans toutes les parties du corps , y ont aussi partout leur expression. »

La phrénologie a admis dans le cerveau une division à peu près analogue, seulement la vie morale est la plus élevée, et son appareil domine les deux autres. (Voyez phrénologie.) Il nous semble aussi, en bonne philosophie, et pour continuer ses abstractions , que le sentiment est supérieur à la raison. Mais, h bien dire, lhomme n'est jamais a l'état pur de sentiment , d'intelligence ou d instinct. Sa vie est en même temps une inspiration, une réflexion, et un acte. Il ne faut pas croire cependant que ces spéculations, en apparence vaines et subtiles 5 soient étrangères à l'application et a la réalité. La vie individuelle et la vie sociale tout entières découlent des systèmes admis sur la nature de l'homme comme nous allons le voir dans le second paragraphe.

ir.

Le mot Progrès , qui est le drapeau de ce temps-ci , a été, suivant nous, assez mal expliqué. Progrès, ne veut pas dire nécessairement perfectibilité. Nous sommes, quanta nous, fermement convaincus de la perfectibilité de tout ce qui est, mais, pour la vérifier, il faudrait connaître ce que Dieu seul connaît, le but de l'univers. Prenons donc le mot progrès dans le sens de transformation successive et éternelle.

L'histoire de l'humanité est l'histoire de ses transfigurations. De même que l'homme est une partie par rapport a l'humanité, de même l'humanité est elle-même une partie par rapport a notre planète, comme notre planète est une partie par rapport à notre tourbillon, notre tourbillon par rapport au monde, le monde par rapport à Dieu. C'est ainsi que tout s'enchaîne, et cette solidarité est le véritable lien religieux. L'histoire de l'humanité est donc intimement liée à l'histoire du globe et an sentiment de Dieu* Aussi les religions seules ont-elles rendu compte de la Vie humaine dans toutes ses analogies et ses corrélations.

Quand l'humanité est-elle apparue sur la terre? quel est ce mythe d'Adam et d'Eve? la création de l'homme étonne la pensée la plus hardie ; mais pourtant le même problème ne se représentet-il pas à chaque être, a chaque chose que nous voyons surgir : la feuille ou l'enfant qui naît, sont un mystère aussi incompréhensible que la création primitive de l'homme. Un peu plus tôt. un peu plus tard , il faut bien se résigner à admettre un commence* ment a l'humanité. Autrement, on serait forcé de conclure que l'univers est immuable, invariable, éternel, dans une même forme. L'univers est éternel, mais sa forme est incessamment transfigurée. Quel est le but de cette métempsycose du grand Tout? où tend cette activité merveilleuse? elle part de Dieu pour arrivera Dieu. On peut bien dire quelle est la destination temporaire d& l'humanité: mais quelle est sa destination finale? Une fois là, la science s'arrête. Car ça revient a demander quelle est la vie de Dieu? Qu'est-ce que l'éternel et l'infini ? le comment est l'objet des sciences, les religions seules donnent une solution relative du pourquoi.

11 est probable que l'humanité n'est pas depuis très-longtemps sur la planète. La géologie et toutes les cosmogonies semblent le prouver. On trouve les traces de plusieurs grandes évolutions du globe qui ont fait passer successivement la Vie a un degré supérieur. Le noyau de la terre semble être consacré exclusivement à la minéralité; puis on voit la végétalité apparaître ; puis les degrés inférieurs de l'échelle animale, les colosses fossiles antédiluviens ; puis, de degré en degré, des races plus développées, jusqu'à ce qu'enfin on arrive à l'homme. L'humanité fut divisée en deux sexes, comme la minéralité, la végétalité et l'animalité. Tout ce qui existe est soumis a la condition de sexualité. Les acides et les alcalis ne sontils pas mâles et femelles ? la forme implique la sexualité. Dieu seul , ou l'Unité , est androgyne.

Quelle était donc cette nouvelle race mâle et femelle, Adam et Eve , qui venait se superposer comme une magnifique synthèse à la création antérieure? qu'est-ce que ce dogme de la chute qui suit aussitôt la création ? pourquoi l'humanité aurait-elle été créée parfaite , si elle devait subir une dégradation? n'est-ce point au contraire un enseignement, pour nous apprendre le point d'où nous sommes partis, et nous faire tendre incessamment à la perfectibilité? le dogme an péché originel, du rachat par le travail, et de la réhabilitation , n'est-ce point, sous une autre forme, le dogme du progrès? pour nous , il nous semble voir la première humanité, l'homme adamique , comme un hercule commençant sa route au travers de la nature encore sauvage et inculte, ayant pour mission d'émonder le globe , de dompter les êtres et les élémens. Cette période primitive fut consacrée surtout a la force , à la lutte extérieure. l'Egypte continua cette œuvre. Le paganisme en fut l'expression. Qu'on passe de l'Egypte a la Grèce, de la Grèce à Rome; c'est toujours la même religion de la Matérialité. Chez les Romains, Virtus voulait encore dire courage ; on mesurait la valeur des hommes a la force. Cependant déjà la Grèce manifestait, par Pythagore, Platon et Socrate, des symptômes de protestantisme contre le culte du corps. L'humanité avait atteint le terme de sa première évolution ; elle allait se transfigurer. L'époque chrétienne est une phase nouvelle où l'humanité développe en soi des tendan-

ces et d«îs virtualités a peine annoncées. Ce qui avait été a l'état de germe chez la race payenne prit un accroissement considérable. La vertu , devient la foi , l'espérance et la charité. L'association spirituelle ouvre les ailes de l'intelligence. La vie s'aggrandit de tout un monde inconnu jusque là.

Et si Ton regarde l'avenir, quelle immense et glorieuse carrière devant nous! Le Paganisme n'avait compris qu'un des aspects, qu'une des personnes de Dieu, la force, la beauté; le Christianisme , que l'intelligence, le Verbe. Le Panthéisme futur embrassera Dieu tout entier dans son Amour.

Il est curieux de suivre, parallèlement à cette rapide esquisse historique, le développement progressif de la tête humaine. La tête de l'homme adamique, primitif, herculéen, payen , est aplatie et déprimée. Le cerveau rampe et s'élargit a la base du crâne. Les penchans sont immenses , comme l'Amativité, le courage, l'Alimentivité, les facultés perceptives, etc. (Voyez fîg. 10).

La tête chrétienne s'élève à la partie antérieure et supérieure. On peut comparer la tête du Christ à celle de l'Apollon ou du Jupiter, et l'art du moyen âge à l'art de l'antiquité. (Voyez beauté — tête. ) Les différentes races qui vivent aujourd'hui sur le globe a différens degrés de civilisation , depuis le sauvage jusqu'au Français, présentent aussi une échelle d'organisation tout à fait harmonique avec leur développement physique, intellectuel et moral. ( Voyez races. )

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