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grands hommes qui nous ont précédés dans les temps antiques, chez les Arabes, au moyen âge, è la renaissance, nous avons accusé leur physique, leur zoologie générale, leurs connaissances sociales et anthropologiques, parce que nous connaissons peu leur langue et que nous déQsurons leurs doctrines. £n les attaquant indistinctement sur tous ces points, nous faisons preuve de grandes préventions et d'une science fort légère : s'ils revenaient parmi nous, ils auraient le droit de se plaindre des arrêts peu consciencieux dont nous les avons frappés, et nous donneraient d'utiles leçons. Sous ce rapport, tout est à revoir et à reprendre sur des bases nouvelles, non pas seulement pour satisfaire une curiosité légitime, mais pour apprendre des principes propres à donner aux sciences une puissante impulsion. Pour n'en citer qu'un exemple, nous pouvons dire que la grande mission accomplie par la Grèce, n'a été que très-incomplétement saisie. Ainsi dans ce vaste mouvement si profond et si harmonique, nous savons fort peu ce qu'ont faits les beaux génies helléniques; nous avons des notions peu précises sur le rôle qu'ont rempli l'école de Cos et la médecine, qui ont si largement contribué à l'impulsion que l'humanité a reçue dans cette période mémorable. On parle beaucoup de socratisme, de platonisme, d'aristotélisme, d'hippocratisme, de galénisme; on célèbre Thucydide, Démosthènes, Xénophon, Plutarque, Lucien, les tragiques et les divers poètes de la Grèce, mais dès que l'on veut aborder le fonds de leurs doctrines et le but caché de leurs œuvres, on discute et l'on se perd souvent dans des considérations aussi vagues qu'incertaines; et pourtant, nous trouverions dans cette étude le secret des transformations politiques qui ont préparé la rénovation de l'ancien nionde, sous la direction des actes providentiels que le Christ avait cfîrigés et qu'il est venu accomplir. Le génie d'ensemble de l'esprit hellénique a presque entièrement échappé ; lui seul peut illuminer toutes ces ténèbres, mais aussi, quand on l'aura pénétré, l'on aura une admiration plus grande, plus vraie, plus juste pour ces suaves et brillantes clartés. La plupart des maîtres qui, dans nos études premières, nous enseignent les beautés de la littérature et de la science hellénique, s'arrêtent à des détails superficiels, et nous livrent une lettre presque morte, séparée de l'esprit qui la vivihe. Pour savoir quelque chose, il faut oublier d'abord, en grande partie, ce qu'ils nous ont appris. Notre éducation première a besoin de se relever. Si vous n'avez qu'une admiration froide et stérile pour l'antiquité, c'est qu'on n'a point ouvert les sources où vous devez puiser pour savoir admirer; c'est que l'on n'a pas mit vibrer les fibres puissantes qui vibrent sans cesse dans de leunes cœurs, et qui, malgré la maturité de l'âge, sont toujours chez nous-mêmes promptes à se réveiller. Quand vous aurez vécu avec les textes admirables de nos maîtres helléniques; quand vous aurez analysé la profondeur de leurs pensées; quand ils vous
Ils
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DICTlOîS^NAIRE LEO :
auront révélé les secrets de ces in>iin;>i,, ardentes qui les transportent au-des.sih .j terre, au delà de leur siècle, et les font m avec nos progrès et notre civilisaiinn n derne dont ils ont prévu et chanté les n, veilles dans une langue si riche dat ressources inépuisables, dans ses foi i touchantes mélodies, votre pensée s.i.
dira, vos intelligences et vos cœurs s'm seront du feu sacré : vous sentirez se r.iiti en vous cet enthousiasme qui seul umvivre, qui nous rend capables de tout »
{)rendre et de tout accomplir. Il se n < ! èra au lieu de s'éteindre, même snih souffles impies ou glacés, etvouscon:
drez ayec les poètes inspirés de la G:i de l'Orient, que vous avez en vous ceit celle céleste, cette flamme immort' i nous fait hommes, nous emporte au m ; la Divinité, et devient la source de ton actions héroïques, de tous les siiii généreux, de toutes les hautes el firt ^ sées. Cette œuvre de restauration scv^ qui doit éclairer l'histoire du nm ses replis les plus profonds et rem r qu'à nos premières origines si ol>^i':
core et qui brilleront un jour des plu-^ dides clartés, sera l'mne des grandi > j l'une des grandes gloires des hounij Heure qui se pressent autour de non à leurs efforts réunis, les ténèbres m
f)ent, la lumière se fait chaque jour; l 'humanité pourra lire sans hésitali' ii toire entière de son passé, et cnni' avec elle les hautes destinées que lui i l'avenir.
Je ne puis point m'occuper ici de teurs, des guerriers, des artistes, d teurs, des historiens, des poètes, dv^ soplies, des savants dans tous les iriin^ illustrèrent la Grèce et son grand sin ' ; : je dois vous parler un instant d'un 1; qu'inspira le génie hellénique au mou sa plus grande puissance, et qui sut « l'un des premiers rangs dans celle in telle phalange; je dois vous enlreleiiir art, de ces institutions, de cette sciein dicale qui se plaça la première pan .
d'arts, d'institutions, de sciences qu ■ n'estimons point encore assez, et au\i nous aurions beaucoup à emprunter. A i lieu de tant d'hommes si justement i'i grands, Hippocrate s'élève comme u plus grands maîtres, par une grandi .:
est à lui. Il est maître par sa métlio lo, i doctrine, par ses actes ; il est maîti»' ; vigueur et la sûreté de sa pensée, aui i par son étendue, sa force et sa profunest maître par la netteté, la conn>inii. gancc, la vigueur, la souplesse, réla>i:^ style : il a enseigné l'art d'écrire, c<'fi enseigné l'art de méditer et d'ajiir. ^ Aristote, Platon, etc., sont bien gr ui \pocrate est au moins aussi grand «[^ forme avec l'école de Cos, comme ri' • Aristote avec l'Académie et le Lyc« e. '"troncs principaux de cette science hu oCi circule partout une sévc féconde. ' des esprits supérieurs qui ont illustré *t :
rie i\'' Périclès a un mérite qui lui est pro- [«; mais Hippocralé les surnasse peut-être m: Veijfldue et la justesse de ses concep- L n^ : il doit cet avantage à la tradition qu'il i THMie et à Tobiet de ses études. Nous fer'cv en dehors de ce cours, des études spéfti.^pour vous montrer qu'il résume en ^ r) qualités les plus éminentes de l'esprit W nique, et qu'il constitue un type auquel Mi5 «Ji'Tons comparer ses prédécesseurs , it r-mlemporains et ses successeurs, pour pHii comprendre leurs œuvres et le génie Bhi.' qui les a inspirés. Itons tous les pays, É^ toutes les époques , tous les grands kL::e< sont imprégnés d'un génie com- 0. celui de leur époque et de leur pays; Kr»^ leurs œuvres, tous leurs actes en porlii. empreinte. Ce sont, ainsi qu'on i'a dit k|^< longtemps, des fleurs et des fruits dim par leur nature , différents par le sol où bv«oot développés, mais semblables par «Mrsctère commun; ils sont mûris par le thr soleil. Les fleurs et les fruits des ré- £;( tropicales ne ressemblent point à ceux > ^^ons glacées : c'est une des idées a^- ùe l'hippocratisme. Ce soleil, c'est le Or >. chaque siècle , de chaque peuple : <,:o les hommes qui appartiennent à ». l'tt période, à une môme nation, il «cM;ai expriment plus fortement que les »^Mv- génie vivifiant; leur influence, par pUM, se fait le plus profondément sentl;'(»ocrale est en première ligne parmi ces hs>: c'est la plus haute expression du fc hellénique dans le siècle de Périclès, eXapoleon est l'expression la plus haute Niècle.Cetavantage^Hippocrate le puisa i truis sources : dans son génie , dans sa ' , dans son siècle, dans son école, dans x^ience. Pour faire ce qu'il a fait , il a juil fût lui-môme, qu'il vécût en Grèce ID lem))s de Périclès , qu'il naauit parmi (Aviépiadcs de Cos, qu'il fût médecin. On («•uiparé à Homère : on a dit qu'il fut le kcf des médecins, des philosophes et des IRLS comme le chantre de Ylliade fut le '^t des poètes. Cet éloge est çrand , sans ic. [liais il ne dépasse pas les limites de la le : Hippocrate a été, en effet, un des plus t^^ législateurs des sciences. Les esprits i^|^ éniinents l'ont appelé le père de la [j-me et le premier des philosophes; mf^m, ces deux titres, surtout le se- ■ !ui ont été contestés. Des historiens de .'•-«jrs sont venus, après beaucoup d'au- Nter de diminuer sa gloire : ils ont fait ^^♦'r qu'il a été précédé par beaucoup de "^»phes illustres, dont il a dû connaître ^'^ls; ils ont répété qu'avant l'école de Mu en même temps qu'elle, Cyrène, W-s, Cnide, Crotone, Agrigente, avaient 'du ou répandaient encore de vives res sur la médecine; et qu'au siècle de '-î'$ il existait, sur les diverses branches ' O'tre art, une foule d'ouvrages impor- ^*. etc. Nous acceptons tous ces faits ; ^ pourrions en ajouter d'autres du même ^^.que nous n'avons pas vus mentionnés, ^^pendant nous maintenons notre propo-
sition tout entière. Nous conserverons à Hip« .
Focrate le premier rang dans la médecine et un des premiers dans la philosophie. Nous sommes d'accord en cela avec les autorités les plus imposantes, dont nous vous citerons les témoignages; nous vous exposerous les faits positifs sur lesquels reposent ses droits; nous verrons quelles en sont l'étendue et les limites.
Parmi les témoignages si nombreux qui s'élèvent de toutes parts en faveur du vieillard de Cos, il en est beaucoup qui émanent do savants et de philosophes peu familiers avec les études médicales, et qui ont été frappés de la grandeur hippocratique dans son ensemble , sans pouvoir saisir toute la profondeur intime de ses principes. La plupart des médecins eux-mêmes connaissent superficiellement sa doctrine, et ne jugent qu'imparfaitement les résultats de sa pratique. Nous ne pénétrons point assez dans cette richesse de détails obtenus par une merveilleuse finesçe d'analyse, et coordonnés par une synthèse supérieure qui les ramène à une féconde unité, et donne à son œuvre une valeur spéciale que nous n'avons pas encore bien comprise et que nous ne parvenons pas à égaler. Portés au contact de la nature, que personne n'a observée et interprétée mieur que lui ; mis en rapport avec les principes de la haute philosophie, où il est toujours notre maître; comparés et éclairés les uns par les autres et par ceux de Platon et d'Aristote, qui sont ses disciples, suivant la remarque de Galien,ses textes s'illuminent d'une soudaine et brillante clarté. Ils nous paraissent d'abord obscurs, parce qu'ils renferment moins de mots que de pensées, et que le sens des uns nous échappe souvent, comme la portée des autres nous dépasse; mais alors ils s'animent dune vie nouvelle, et répandent h flots la lumière dont ils sont eux-mêmes pénétrés.
Telle est l'impression qu'ont éprouvée fous ceux qui ont consacré leur vie à étudier Hij>pocrate en présence de l'homme réel et do tous les objets qui l'entourent : on conçoit leur enthousiasme , quand on a fait tous ces efforts pour s'en rendre compte et qu'on a pu le partager.
Nous examinerons successivement l'idée mère de l'hippocratisme , sa méthode, ses doctrines.
Ces considérations préliminaires étaient indispensables pour vous montrer l'étendue, les difficultés, l'importance actuelle du sujet que nous aborderons d'abord dans le cours consacré à une étude complète du génie législateur. Vous comprendrez maintenant pourquoi nous devrons lui consacrer plusieurs entretiens. Etudier Hippocrate, ce n'est pas étudier seulement la médecine : c'est aussi embrasser la philosophie et la science entière, c'est se placer à une des plus vastes sources de la méthodologie et des principes législateurs de toutes les sciences, car l'école de Cos peut être regardée, même aujourd'hui , comme l'une des premières parmi les écoles méthodologiques, comme
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l'une des plus grandes parmi les écoles législatrices; elle peut nous rappeler bien des principes du premier ordre, oubliés, mécon* nus ou négligés. « Etre médecin , dit le divin vieillard, c'est être Traimeut philosophe; car on ne peut être philosophe sans être un vrai médecin. La médecine est la racine et le fondement de toute science, et le médecin philosophe est la plus belle image humaine de la Divinité. » Ce mot, inspiré ^>ar l'enthousiasme professionnel et le sentiment profond de la dignité médicale > est plein d'orgueil, mais il est aussi plein de vérité : répété par les philosophes et les médecins les plus éminents, il est confirmé par l'histoire. G est ce que nous espérons vous démontrer.
J'aurai donc, Messieurs, à vous entretenir en même temps de quelques principes législateurs établis par Hippocrate, et qui dominent la science moderne, comme ils ont dominé la science antique. Ne vous y trompez point : dans le xvn* siècle, dont nous sommes si fiers; dans Bacon et Descartes, que nous regardons comme les réformateurs et les maîtres de la science; dans les sciences physiques, dont nous subissons le joug comme nos maîtresses, il y a peut-être moins de génie législateur propre que dans le génie hellénique, dans le siècle de Périclès, dans la médecine , dans Hippocrate. Notre supériorité moderne tient moins à notre génie même qu'à des cii^constances spéciales, h l'accumulation des travaux, à la tradition, et surtout à une cause supérieure : TinOuence de l'esprit chrétien. 11 importe de déterminer la valeur de chacun de ces éléments par une analyse exacte et consciencieuse.
Pourq^uoi ne rendons- nous point encore une justice suffisante à l'antiquité, et ne retirons-nous pas de son étude tous les fruits qu'elle peut donner, quoique les plus imposantes autorités leur aient rendu hommage» et que de nombreux commentateurs se soient efforcés de nous livrer leurs trésors? C'est tout simplement parce cfu'une grande lumière vue de loin paratt petite, et qu'une lumière plus petite vue de près paraît plus grande; c'est que nous attnbuons è cette dernière tout ce qu'elle a emprunté; c'est gu'on regarde volontiers les objets les plus voisins, dont i'œil embrasse sans effort 1 ensemble et le.s détails, tandis qu'on néglige des objets d'Qne valeur supérieure, mais moins à notre portée, et qui exigeraient de plus longs travaux. BaDon et Descartes sont sous nos mains; Hippocrate, Platon, Aristote, etc., sont loin de nous; ils ont écrit en grec; ou ne connaît pas exactement la valeur des mots dont ils font usage, comparés à ceux dopt nous nous servons; les sciences physiques sont plus aisées que la médecine; enfin, les
(^76) Ce cours sera bientôt rédigé dans son entier el pourra être publié.
(9.77) Une des plas ktelles œavres de l'enlendement, n^esc d'avoir créé la logique, c'est-à-dire, l'art el la science qui dirigent ses facultés dans la recherche el Texposition de la vérité. Considérées dans ses rapports avec l'entendement, la logique et la méthode entrent donc, de droit, dans la physio-
mCTIONNÂlRB LOG
causes fondamentales de la supériorité il <leme sont difficiles à découvrir : Yoilâ secret de nos faiblesses et de nos erreur^ ces maux il y a un remède : c'est la y)er<r' rance, c'est le courage, c'est l'amour ârj de la vérité. Ce sont les qualités de n; époque, de notre France» ae notre scku de notre école, de l'hippocratisme, dont n cherchons à nous montrer les dignes h tiers. Toutes les questions que nous a^ soulevées ensemble dans ce rapide ai* sont des^ questions vitales pour nous : il dra donc les aborder et les résoudre suci sirement.
Voici le plan que nous avons suivi à St bourg, et que nous adopterons dans nos n telles leçons :