Ab9orpH9n des matières graues
Les physiologistes et les micrographes alleaands se sont occupés de l'introduction dans (économie de la graisse à l'état d'émulsion. HsoDt cherché à connaître les voies naturelles qui pourraient permettre une semblable absorption. Hais avant d'en parler, il est bon de jeter un coup d'œiî sur les organes qui exercent cette absorption. Nous savons que la
muqueuse intestinale est composée d'un derme et d'un épiderme, contenant dans son intérieur des glandes, des vaisseaux et des nerfs, et qu'elle n'a pas partout le même aspect extérieur. Elle orésente un aspect lisse à rœsophage et dans le gros intestin , plissé dansl'estomac ; lesplissont si développés dans Tintestin grêle, que lé nom de valvules leur a été donné. Galien leur attribuait la faculté de pousser et de faire progresser le chyle , et Fallope supposait que leur action avait plutôt pour effet de le retenir. Aujourd'hui on admet que leur action est bien plutôt d'augmenter les dimensions de la muqueuse» et de favoriser par là l'absorption. U y a encore dans l'intestin grêle, à la surface de la mugueuse et des valvules conniventes , de
f>elits prolongements crue l'on a comparés à 'herbe d'un gazon. Bicnat leur attribuait une fonction de sensibilité spéciale, et Béclard, dans son Anatomie générale, décrit le passage ' de ces organes de la forme papillaire qu'ils ont à la langue et à rœsophage, à la forme de villosité qu'ils revêtent aans l'intestin grêle , pour s'adapter à de nouvelles fonctions. Ces villosités sont constituées par une masse celluleuse continue au derme muqueux , dont elles ne paraissent qu'un prolongement conique ou foliacé. La substance des villosités est pénétrée par des capillaires sanguins : l'existence des nerfs y est supposée, mais jusqu'ici il n'y a pas eu de démonstration à cet égard.
La surface est recouverte par le même épithélium cylindrique gue le reste de la muqueuse, et dans le voisinage de cet épiderme les vaisseaux sanguins forment le réseau su** perficiel dont nous avons déjà parlé.
Goodsir, Béclard , Brescbet , Lacauchie , M. Sappey, prétendent que les vaisseaux lymphatiques se ramifient dans la villosité ou à sa surface, comme aux autres parties du corps. Henle, Millier, Kôlliker, Funke, ont observé au centre de la villosité un canal uniaue et non ramifié, terminéîencul-de-sac^. et n arrivant pas à la surface de la villosité. Ce canal a été vu vide ou plein de chyle, et admis comme étant l'origine des vaisseaux chylifères. Funke a publié sur ce sujet un mémoire qui rend bien compte des apparences diverses que l'absorption de la sraisse peut donner aux voies par lesquelles elle pénètre; nous ne faisons ici que mentionner ce fait, qu'il serait trop long de détailler.
Dans tous les cas , on ne peut s'empêcher d'admettre l'existence de ce canal, en ajoutant que sa paroi est d'une ténuité excessive. Ce-
Î>endant ce canal n'est pas visible dans toutes es villosités, et certains auteurs expriment une opinion qui consisterait »n ce qu on doit regarder ce canal comme accompagnant surtout» une forme spéeiale de ces villosités. Partant de celte idée , on pourrait supposer que, dans les autres, les lymphatiques se ra^ mifient , comme dans les portions planes de la muqueuse et dans le gros intestin, où ces vaisseaux sont aussi aptes à l'absorption.
Nous n'avons rien de certain sur la manière dont les ^obules de graisse arrivent au canal
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central. Plusieurs observations deFunkenous montrent directement Tabsorption de la graisse par les cbylifères.
D'un autre côte, les analyses chimiques
I)rouyent que la graisse est abondante dans e chyle ; il n'en est pas de même dans la ▼eine-porte, où elles sont insignifiantes, ainsi que dans les autres veines, d'après les expériences de M. J. Béclard. M. Colin admet qi^e tout est égal entre les deux systèmes. ît qu'ils en absorbent autant Tun que l'autre. M. Claude Bernard suppose que le rôle des cbylifères se borne à Tabsorption de la graisse et que le chyle n'est que de la graisse émulsionnée. Dansson étu«ie sur le chyle, M. le professeur Bouisson dit: «Dans la plupart des expériences instituées pour étudier l'absorption par les cbylifères, on fait avaler à un animal des quantités notables d'aliments gras. La graisse passe dans ses vaisseaux en de telles proportions, qu'elle peut masquer tout autre produit ; mais on ne peut pas conclure de là que des éléments azotés, albumine, fibrine, ne soient pas absorbés en de certaines proportions , dissous dans l'eau h la faveur du pptncipe alcalin qui donne au chyle celte réaction. »
Le chyle est aussi extrait du chyme sans y être tout formé ; il faut reconnaître ici un travail de séparation d'éléments semblable à celui des glandes. MM. Sandras et Bouchardat ont avancé que le chyle ne devait plus être considéré comme produit par la transformation et l'absorption des aliments , mais bien par une sécrétion véritable, qui irait se môler au sang et neutraliser par son alcalinité l'acidité du suc gastrique. D'après M. Bouisson, le chyle serait contenu dans le chyme, comme les éléments d'une sécrétion sont contenus dans le sang. M. Longet est du même avis, M. le professeur Benoît, dans son Cours (Tanatomie , a fait remarquer les rapports si évidents entre l'action des villosités et celle des glandes.
Le mécanisme de cette absorption est des plus obscurs ; autant d'hypothèses, autant de contradictions. Citons cependant M. Bouisson, qui admet la contractilité des cbylifères comme un des agents les plus influents de la progression du chyle. Cette action des chylilères, dont nous renfermons la portée dans de justes limites, nous paraît incontestable.
Nous ne terminerons pas cette question sans mentionner une opinion admise par M. J. Béclard dans sa Physiologie, et qu'il formule ainsi : L 'absorption ne s'opère que iur les substances dissoutes. Corpora non agunt nisi soluta. On voit , par ce que nous avons dit plus haut, que nous ne pouvons accepter d'une manière aussi exclusive une semblable doctrine, bien qu'elle soit défendue par des physiologistes très-recommandables.
Pour nous résumer nous pouvons ajouter les considérations suivantes aux lignes qui précèdent. Il est hors de doute aujourd'hui que les veines jouent un rôle des plus importants dans l'absorption , comme leslvmphatiques. Ou sait que leur usage est d'abord de ramener vers le cœur le sang distribué aux
organes par les artères ; ensuite elles servent à puiser, dans la profondeur des tissus e>b h la surface des membranes, une partie des matériaux qui , exhalés par les capillaires artériels, doivent rentrer dans les voies circulatoires. Ne sont-ce pas des radicules veineuses- (celles delà veine ombilicale), dit M. Longet^ qui absorbent, dans le placenta, les matériaux nutritifs apportés par le sang de la mère, matériaux indispensables à la nutrition du fœtus, comme au développement de ses organes rudimentaires? Il en est de même du système veineux abdominal dansrabsor))tioii incessante de tous les liquides organiques, tels que la salive, la bile, les sucs gastrique, pancréatique, intestinal, si abondamment versés dans les voies digestives, et destinés presque tous à la résorption. Les aliments albuminoïdes, féculents ou sucrés sont absorbés en plus grande quantité parles veines intestinales que par les lymphatiques correspondants. Le contraire a lieu dans l'absorption des matières grasses contenues dans les aliments. Des expériences nombreuses et concluantes viennent appuyer ces faits.
Les sels ordinaires del'ahmentalion, l'eau, les boissons, s'engagent encore plus spécialement dans les veines. (MM. j. Béclard , Bouchardat et Sandras.)
C'est surtout par les veines de l'intestin, et presque à l'exclusion des lymphatiques correspondants , que les poisons , les matières colorantes , odorantes , certains sels solubles autres que ceux de l'alimentation, s'introduisent dans le sang.
Notons en passant que c'est le foie qui le premier reçoit, à 1 aide des veines intestinales qui forment la veine-porte, la presque totalité de la substance vénéneuse.
Enfin , les lymphatiques généraux et les veines concourent à puiser les matériaux qui, exhalés par les capillaires artériels, doivent rentrer dans les voies circulatoires. Remarquons seulement que les Teines s'eniparent plus spécialement des matériaux qui doivent être rejelés comme inutiles par les diverses excrétions, tandis que les lymphatiques absorbent plutôt ce qui peut encore devenir fluide nutritif.
L'expérience démontre que rabsorption des matières introduites dans le tube digestif s'efl^ectue à la fois et par les veines, et par les cbylifères, qui sont plus actifs que les lymphatiques proprement dits.
Nous connaissons maintenant les voies par lesquelles les substances absorbées pénètrent dans le système vasculaire, et nous allons jeter un coup d'œil rapide sur deux liquides fondamentaux, la lymphe et le chyle.
Dé la lymphe.
La lymphe est un fluide transparent, un peu jaunâtre, dans lequel on découvre, h l'aide du microscope, des globules sphériques et présentant un aspect lisse ; ils oiffèrent des globules du sang non-seulement par leur nombre qui est bien moins considérable, mais encore par leur aspect incolore; de plus les globules du sang, comme nous sa-
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n)BS,ont la forme de disques aplatis. La lymphe esl coagulable, et la fibrine qu'elle contjeot hiî donne cette propriété. Divers expériiDeolateurs ont anaivsé la lymphe, et ce
fil T a de remarquable, c'est le chitfre peu é des globules. La lymphe prend nais* fioee dans le sein même des organes, et elle est introduite par absorption au travers àt^ parois des vaisseaux lyronhatiaues.
5ous ne parloDS pas de l'analyse cnimique de ia lymphe ; les travaux faits jusqu'ici dans et bol, nous ayant paru souvent erronés et eoititdietoires (6) : nous y reviendrons d'aillears.
Sachant ce que c'est que la lymphe, nous dirons maintenant quelques mots sur le chyle qui a été mieux étudié.
Dm dufU.
Le chyle est la matière nutritive modifiée, traittformée dans le tube digestif et absorbée par les vaisseaux lymphatiques de ce dernier. Cesl sons cette forme première que se présente la substance alimentaire destinée à réparer les pertes de l'organisme : cette forme est permanente chez les animaux inférieurs, dont le chyle ne diffère pas du sang propre- Q^ni dit, mais elle est temporaire!chez lesaninauL f^ élevés, dont le chyle ne tarde pas ï se oontettiff en sang.
Comment se procure -t- on du chyle T V. Boaisson (1 qui nous faisons ici de nombreux emprunts ) a obtenu du chjle en quantité convenable pour l'observation, en tnndtmt subitement la tète de jeunes animua, an moment de la digestion et en iUait ï la recherche des veines sous-clanére et jugulaire ; l'incision de ces vaisseaux bile a?ec précaution conduit à l'embouchure do canal tnoracique, d'où on voit le chyle l'écouler avec assez d'abondance, quand on exerce une pression sur Tabdomen.
Sa couleur est blanchâtre et semblable à relie du lait. Les premiers observateurs furent t&'hioent frappés de l'analoçie, qu'ils appelefent vaisseaux lactés les vaisseaux qui renferment le chyle.
Cependant cette couleur n'est pas permanente ; des variations assez nombreuses lui sont imprimées, soit par la nature des sub* sUnces alimentaires, soit par la période de la digestion à laquelle on le recueille. Le divie diffère encore sous le rapport de sa eooleur, suivant les divers points de son
trajet, suivant les espèces animales qui le fournissent.
Sa coloration blanchâtre est particulièrement évidente quand on l'observe au moment où la digestion est le plus active, après l'ingestion de substances animales et particulièrement d'aliments gras ; enGn quand on l'extrait du réservoir de Pecquet.
La saveur du chyle est un peu salée, sen* siblement alcaline; son odeur est analogue à celle du sang. Sa consistance au moment où on l'extrait de ses réservoirs est comparable à ce liquide : il produit la même impression au toucher.
Sa pesanteur spécifique est un peu plus consiaérable que celle de l'eau, à laquelle il est en partie miscible. Des particules ténues, graisseuses, paraissent è la surface du liquide. Il pèse moins que le sang ; cette pesanteur d'ailleurs varie suivant la proportion de ses matériaux composants.
Le chyle extrait de ses vaisseaux, et soumis au contact de l'air, présente deux phénomènes à noter : sa coagulation et sa colo* ration en rouge.
Ainsi le chyle se transforme en une masse solide, nK)IIe, tremblotante comme de la gelée, qui adhère aux parois du v^se où il a été reçu. En même temps la masse coagulée laisse suinter une portion liquide et trouble, d'une nuance blanchâtre et qui persiste è l'état liquide. Il en résulte le sérum et le caillot.
Le phénomène de la coloration rouge indique une grande analogie entre le chyle et le sang. La couleur rouge du chyle ne s'effectue pas instantanément : elle n'apparaît qu'au bout de quelques minutes, et lorsque la coagulation est en voie d'accomplissement.
Soumis au microscope, on voit que le chyle est constitué par un liquide transparent au milieu duquel sont suspendus, en Quantité considérable, des globules. Ces globules sont sphériques, obscurs sur les bords, et de dimension variable. Il existe beaucoup d'analyses du chyle : mais il en est peu qui se ressemblent, et il est probable que les variations de composition dépendent de l'époque de la digestion et de la nature de Tahmentation.
Le chyle se distingue surtout de la Ivmphe qui est transparente, par son opacité et sa lactescence, et en outre par les matières grasses qui y sont plus abondantes.
(S) MM. Gttbler ei Qpévenne résument ainsi les réMiitau de leurs observations microscopiques sur h lymphe : < La lymphe lient en suspension, dans •1 liquide aéreux : 1* des corpuscules hématiques lUMîoars d*nn diamètre inférieur à ceux du sang), k» ms lenlicataires comme les corpuscules sanpias praprement dits, les autres trèt^tits, sphémdaax et lisses; 2* des globules pâles, ou à peine ealorés, me Ton désigne habituellement si>us le aMi 4e glolMiles de lymphe et dont quelques-uns éé^ÊÊÊcai le volume aes slobules rouges du sang, laaAs <|iie la plupart, réduits pour ainsi dire à un •onu, B*atleignent que la moitié de celle dtmen- (iM , > enfin des granules moléculaires de matière
c Les premiers éléments paraissent être des mo* difications des globules sanguins, dont ils offrent Taspect et les réactions chimiques. Les seconds ont Tapparence des globules blancs du sang : ce sont les véritables corpuscules de la lymphe cour la plupart des auteurs ; enfin les derniers sont identiques aux corpuscules graisseux du chyle. >
MM. Guliler et Quévenne ont étudié, chez une femme, celle lymphe, qui, à la partie antérieure ei supérieure de la cuisse gauche, à deux centimètres au-dessous du pli de Faine, s*échap|>ait de dilatations anipuUaires du ^réseau lymphatique subKlermique de cette région. (Caxette médicalt de Parts » 1854.)
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Nous considérons le chyle comme une sécrétion opérée sur le chyme par les parois organiques des vaisseaux lactés, de même
9ue les sécrétions ordinaires sont opérées aux épens du sang par les origines des vaisseaux excréteurs des glandes.
L'acte intrinsèque de l'absorption , dit M. Bouisson, est réductible en un acte dé sécrétion, lorsqu'il y a simultanément pénétration de la paroi organique par un corps, et apparition d'un produit différent au delà de la paroi. Ici, comme dans les sécrétions ordinaires, on constate le passage de matériaux inaltérés, de matériaux légèrement modifiés, et de matériaux réellement transformés.
L'eau est dans le premier cas, les corps gras sont dans le î% les matières azotées dans le 3*. En môme temps, il y a une sorte d'action élective exercée sur les éléments du chyme, puisqu'il est certaines matières qui sont gé* néralement absorbées par le système veineux, et que l'on ne retrouve pas dans le chyle. Les matières alimentaires sont au chyle ce que le sang est aux produits sécrétés.
De tout ce qui précède nous pouvons conclure qu'il est impossible de ne pas admettre une élaboration propre è l'absorption (7). Adelon adopte cette opinion qui nous parait la seule bonne, car, dit-il, le chyle et la lymphe étant toujours homogènes dans leurs vaisseaux respectifs ont dû nécessiter de la part de l'organe absorbant un acte vital sur les matériaux disparates qu'il a puisés, soit dans le chyle, soit dans les tissus, pour les identifier. Quand on recherche, dit M. Bouisson, les modifications dont le chyle présente des traces graduellement croissantes, on ne tarde pas à reconnaître que ce liquide est le siège d'un travail vital, intime et profond, qui change la proportion etjusquà un certain point la nature de ses éléments.
Ainsi il résultera de ces faits que nous sommes loin d'admetxre la théorie antique des bouches absorbantes. Cette opinion fut adoptée par Bichat qui donna à ces ouvertures des propriétés vitales spéciales. Disonsen quelques mots.
^ Les partisans de cette théoHe admettent à l'origine des lymphatiques et des veiues de prétendues bouches absorbantes, qui, agissant à la manière de sangsues intelligentes, seraient douées de la faculté de choisir et de
1)omper les matières qui doivc^nt entrer dans e torrent circulatoire. Cette faveur était même étendue aux plantes. Des expériences nombreuses et concluantes chez les animaux comme chez les plantes, sont venues mettre à néant le pouvoir de ces bouches absorbantes, qui depuis longtemps n'a plus cours dans la science.
^ Après avoir fait connaître notre manière d'expliquer les phénomènes de l'absorption, nous devons parler des diverses théories
1) L'absorption peut être regardée comme une véritable séciéUon qui s'eiécute du dehors en dedans, à rinverse des autres sécrétions gui ont lieu du dedans en dehors. U faut donc considérer celte
proposées par les physiologistes pour en expliquer le mécanisme.