Différence de la substance et de Tes
sence.
Aristote et saint Thomas ont échappé une grande erreur que l'on a commise avai et après eux; on a cru que nous connais sionsla substance delà matière, canfoiuJai la substance avec l'essence.
1"* retendue n*est pa$ l'essence de la mn tière, — Descartes a affirmé que l'étenduL* e l'essence de la matière, équivaut à lamatit même. C'est une erreur analogue à celle sensualisme, à laquelle les Cartésiens no pas échappé. L'étendue n'est paslamalie!
pas plus que la couleur, l'odeur, etc. Ce n • est qu'une forme sensible qui n*a pas de [u| vilége sur les autres (75). Si ces aulM avaient vécu dans le même temps que s^i Thomas, celui-ci leur aurait dit : Si VéU\\ due est l'essence de la matière, et a forit si elle est sa substance, nous saisissons di la matière ou du moins le principe unitm de ses qualités avec nos sens, tandis que, d.i la réalité , nous percevons seulement an les formes sensibles dépourvues de la m tière. Lorsque Descartesse demande : « Cni ment se fait-il que moi, sujet inétendti, saisis l'étendue physiaue? » le docteur A gélique aurait dit : Cela vous étonne pai que cela n'est pas , et voilà pourquoi vou> 1 pouvez l'expliquer. Vous saisissez la f^i^ sensible de l'étendue ou la sensation dï*t« due, mais vous ne saisissez pas retenu physique ou matérielle elle-même, La fur représente la matière, mais elle n'est cette matière. L'étendue a deux facteurs i vous ne séparez pas : c'est un effet, un a produit par la matière étendue sur ii< âme qui n'a point d'étendue. La maliùru une cause active, notre Ame est un prini sur lequel agit cette cause. La sensii d'étendue ou l'étendue sensible est un < résultant de l'action de la matière sur n sensibilité. Vous voyez un effet plac6 c deux agents, et vous pouvez remom^i l'effet à ces deux agents qu'il unit (76).
L'étendue, disent les scolastiqucs, cm un corps coloré, n'est point fuod ri du mais quo vidimtu, La lorme sensihlt* point le corps, mais l'intermédiaire pa quel nous sentons ce corps. En un mo\. i ne voyons pas, nous ne touchons pas In tière, mais nous voyons et nous touchoi forme sensible ; nous percevons la sensa Il y a donc, comme le disait déjà Platon, choses dans la sensation : Le corps *i produit l'impression, l'impression qu] reçue et l'âme qui la perçoit. A cela n i dent les mots de formes impresses et (i<. mes expresses. La forme impresse est pression sensitive; la forme expresse < perception de cette impression et ce q découle. L'âme reçoit 1 impression son:
divers articles sur ce sujet, entre autres Ana P esprit humain (sens du toucher), etc.
(76) Il y a une étendue sensible el une é intelligible, répondant chacune à une 'n\ci\ représentation), Tune sensible, Taulre iniell
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elle la perçoit et s*assure ensuite qu'elle 1*a prue; elfe sent et s'aperçoit au'elle a senli. Demandez à Descartes quelle est cette étendue qui constitue la substance de la matière. Est-ce i*étendue tangible ou retendue n-^ibleT Si c'est une même substance, elle doit être identique. Or retendue sensible estelle la même chose que retendue visible? Ftîtes cette question a un aveugle. Il conun lune/ il ignore l'autre; et cependant s'il s'a^l de substance, doit-on admettre que h matière en ait deux? Evidemment ce sont éf> qualités et non pas des substances. On D forait pas dû oublier ce mot si profond de Platon: « Nous ne connaissons pas la substance ou la matière de rien ; nous n'en coniiafS50Qs que les formes et les qualités, d
â ce sujet Leibnitz a laissé échapper une ^Dde férité : de son temps on se moquait def formes substantielles ; Descartes en était cause ; il trouvait seulement que ses élèves allaient trop vite en les attaquant.c Vous vous pressez trop, disait-il à Régis, de poursuivre les formes substantielles de la scolastique; elles peuvent être ridicules, mais il faut enci)re les respecter.» A cela Régis répondit : traiâfflé ces formes, et on les a siffléesaprès tVH.! leibnitz se demanda tout simplement 9\\n&UWtlpas les rétablir. Il dit aans ses Doufeiui £saai> sur V entendement : « Vous èIRrwn que retendue est l'essence de la matière. Pourquoi donc l'étendue toute seule? Les tiÉns qualités sensibles ne sont-elles pa* ëbsi des essences ?» Il veut rentrer te5ia doctrine scolastique, mais il ne la scsit pasen entier. Pour saint Thomas, l'es- Mare est une chose que Tentendement per- A4f. c'est le principe qui contient l'ensemb'r lies qualités d*une substance ; ces qualité apparaissent par l'action sur nous de la fubNtance en acte. Eipliquons-nous : La malice-, aruns-nous dit, est ce quelque chose , rd être inconnu dans sa substance qui a la Isrulté d'exciter en nous les impressions senpi»le$. Lorsque je touche un corps solide, les q^tlités tactiles de ce corps se mettent en ;r3 au contact de ma main, elles se révèlent pir leur impression sur moi, et ces qualités Urtiles me sont connues par cette impression c^me ; je constate aussitôt que j'ai sous la Lain un corps dur, poli, etc. De même lors* (pjvje goûte un corps sapide et que ma lanfie est buoiide, cette humidité met en jeu îotMTultés sapides du corps, et je reconnais ^ saveur. Pour que la sapidité soit en acte, i* faut une condition : l'humidité. Lorstpie je roDtemple un corps coloré, s'il est exposé à î! limiiëre, j'aperçois sa couleur ; la condi- ^."^^ de la lumière est indispensable pour c*'ttre la couleur en acte. Ainsi la vision vippose deux choses : une faculté visible "0 susceptible d'être vue dans le corps, une faculté visible ou plutôt voyante dans mon c»i uni h mon âme. Le mot visible est ce «fu'Aristole et saint Thomas appellent un mot Croque; il a deux sens et réclamerait
deux mots. On dit k tort cju'un corps est visible et que nous jouissons de la visibilité ou de la vue. Un corps visible est un corps susceptible d'être vu, et non pas un corps que 1 on voit. Il est visible dans l'obscurité comme à la lumière, il n'est vu qu'avec cette dernière. Dans le premier cas , il est visible en puissance; dans le second, il est visible en acte. La pauvreté de la langue a forcé Aristote à employer ces mots pour faire comprendre ces distinctions.
Quand saint Thomas dit que l'esprit, que Tentendement saisit les essences des choses, il sait fort bien que ce n'est point leur substance. L'entendement connaît l'essence de la matière, puisqu'il connaît la propriété qu'elle a de développer en nous telles ou telles sensations. Cette propriété se constate lorsque la matière est en acte de cette propriété , c'est-à-dire quand les sensations ont lieu. Cette essence, c'est la faculté de produire les formes sensibles ; ces dernières entrent donc dans la connaissance de cette essence.
Ainsi l'essence de la matière, ce n'est ni l'étendue, ni la couleur, ni l'odeur, c'est seulement la faculté de provoquer en nous les sensations d'étendue, de couleur, etc. Voilà vraiment ce qu'on pourrait appeler l'essence de la matière ; cette définition même ne suffit pas, et l'entendement le reconnaît en partant des actes ou des actions de cette dernière sur notre sensibilité.
2^ La pensée n'est pas Fessence de renten^ dément. — De même l'essence de Tentenderoent ne serait point la pensée qui est en acte, mais la faculté de produire cet acte ou de penser. Tant que 1 Arne ne pense pas » elle ne saisit point son essence , car elle ne s'aperçoit pas penser. Mais dès qu'elle pense, que son essence pensante ou sa cogitativité entre en acte, elle aperçoit qu'elle pense et que par conséquent elle a la faculté de penser. Elle saisit ainsi son essence et non point sa substance : du reste, la pensée n'est point toute son essence, mais seulement un de ses modes. Les cartésiens ont commis ici la même erreur que pour la matière. Ils ont pris la pensée pour une substance, tandis qu'elle n'est qu'un acte ; c'est une forme intelligible, comme l'étendue sensible est une forme sensible. L'âme se voit dans sa pensée comme dans un miroir, de même qu'elle voyait la matière dans la sensibilité.
Kant a eu un soupçon de tout cela , lors-
Î|u'il a dit que l'étenclue ou l'espace est une orme de notre sensibilité , c'est-à-dire une qualité de notre sensibilité. Pour lui l'étendue D'est guère que subjective (77), l'4me la voit en elle et ne sait pas au juste si elle a quelque réalité extérieure. Mais il est facile de voir que l'étendue correspond à la fois à une réalité externe , et à une réalité interne ou sensitive. L'étendue matérielle ou sentable est quelque chose de très-positif, comme l'étendue sensible ou sentie. Cette dernière se manifeste à l'occasion de l'autre. Il y a là un
rm IhBs h doctrine première de Kant retendue duit à la regarder comme ime réalité plus po«< «i pQieoient subjective ; plus lard il. a été cou- tive.
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DICTIONNAIRB
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principe objectif et un principe subjectif coordonnés. Si retendue sentable, yisible ou sensible est une réalité, l'étendue sentie ou la sensation en est aussi une autre, absolument comme le portrait et la personne qu'il représente sont aeux choses également réelles; elles sont pourtant d*un ordre différent, bien que l'un rappelle Tautre. Les formes sensibles de Kant ne sont donc pas vides comme il se le figure, elles s'appuyent sur la réalité extérieure. S'il ne Ta pas vu, cela tient à ses habitudes d'abstraction ; il a toujours séparé la sensibilité du corps matériel où elle réside et du milieu qui 1 environne. Saint Thomas répète au contraire que les formes sensibles dépendent de l'union de l'âme avec le corps et des rapports de cet être complexe avec lemonde extérieur. L'Ame sent le monde à travers son corps ; les sensations qui s'accomplissent s'ont le résultat de lois primordiales qui se rattachent à la création. Expliquer ce mystère, ce serait remonter à un détail de la création elle-même, détail que nous ne pouvons pas saisir par l'observation et que l'on ne nous a pas enseigné. C'est comme si Ton demandait avec Îuelle substance Dieu a créé la matière, les mes sensitives, les âmes spirituelles ; quelles sont ces substances, quelle est la substance de Dieu î '
Nous ne saurions trop le répéter. Cette illusion singulière , que « nous connaissons les substances, » ce principe général si faux, « le semblable n'agit que sur Te semblable, » ont été et sont encore la source d'une foule d'erreurs. C'est ce que Bacon appelle un fantôme de race et de caverne. L entraînement est si grand qu'une foule d'excellents esprits n'ont pu s'y soustraire. Le sensualiste dit : La matière n'agit que sur la matière ; nos sensations et nos idées nous viennent des sens et du monde extérieur: or ces derniers sont matériels ; donc les sensations et les idées sont matérielles aussi ; donc l'Ame qui les reçoit est une matière. De là à un Dieu matériel il n'^ a pas loin. Les idéalistes à leur tour s'écrient : Les sensations et les idées sont immatérielles ou spirituelles; donc elles ne peuvent venir ni du monde externe ni des sens qui sont matériels ; il faut alors qu'ils viennent d'un esprit. C'est donc Dieu qui nous donne immédiatement nos sensations et nos idées; de là est venue la doctrine des causes occasionnelles et de l'harmonie préétablie. Ce système, aussi faux que l'autre, a du moins un avantage , c'est qu'il reconnaît Dieu et ses rapports avec nous, mais il les exagère. Les actes de la vie future sont ainsi reconnus et deviennent plus aisés à expliquer. Si nous communiquons directement avec Dieu, môme pendant cette vie, par les sensations qu'il nous donne, la communication sera plus facile encore quand la vie aura cessé. Elfe sera plus intime, et voilà tout. Mais cela conduit aussi au mysticisme. Nous pouvons rendre dès à présent cette communication aussi grande que possible , et nous arrivons par l'extase à nous mettre en rapport avec Dieu m6me. Saint Thomas prend
un milieu qui est la vérité. L*Ame» dit-il, est faite pour être unie à un corps plus ou moins épure; ce sera son état définitif dans l'éternité. Le corps n'est pas nécessairement une prison, une chaîne qui nous retient et nous empêche de nous élever vers Dieu. Il nous a été donné comme une sorte de complément utile : nous devons le sanctiBer, le purifier, le dominer et non pas le maudire sans cesse. n est inexact de dire que nos sensations soient matérielles, parce qu'elles ont pour point de départ la matière, et qu'elles traversent les organes matériels aussi. Dans une action, l'agent produit sur le patient un etlet analosue à la nature de ce dernier. Le patient, l'Ame sensitive est d'une nature spéciale, c'est pour cela que la sensation a aussi la même nature. Pourquoi ne pas admettre ceit(î substancesensitive à côté de la substance matérielleT N'esl-elle pas démontrée par les faits? Si l'on ne voit point ce qu'est une sensation, c'est parce qu'on ne tient pas compte de ces faits mêmes. Nous ne connaissons maintenant ni la matière corporelle ni la matière sensitive , mais nous les connaissons l'une et l'autre par leurs effets réciproques ; la sensation. Quels sont les rapports de la force sensitive avec la force intellective dans noire Ame? C'est une question qu'on doit tout au moins réserver.
La matière n'est donc pas purement passive, elle jouit d'une certaine activité ; c'est ce que l'on voit surtout pour la couleur, pour le son. 11 faut qu'elle vibre pour que ces qualités se manifestent. Mais cette activité lui est-elle propre, ou lui vient-elle d*ailleur^? Le corps sonore vibre sous une percussion extérieure, il en est de même du corps coloré. On suppose aujourd'hui que la lumière, l'électricité, etc., ne sont que des vibrations d'une matière très-subtile admise déjà par les anciens comme un cinquième élém< r.t, Téther. Mais cet éther lui-même, qui le ili-i vibrerT Qui a imprimé à la matière ce mouvement î L^ctivité ne tient-elle pas à vm principe étranger qui n'est pas la maliei > même ? Les anciens et saint Thomas supposaient que la matière primitive est passive, et que son activité lui vient d'un autre princi[>o qui constitue sa. forme. « Omnis potentia passiva et omnis passio est per materiam, omnis actio per formam. » (Saint Thomas, Commentaire du Traité d'Aristote De générations et corruptione^ t. ID, p. 50.) Mais le principe matériel et le principe formel soiuils des choses distinctes et indépendantes? Dans l'origine et dans l'esprit de Dieu, c'eslà-dire avant la création, oui; depuis la création, non. En créant les corps. Dieu leur a donné tout à la fois leur matière et leur forme, leur passivité et leur activité. Le^ corps réels matériels sont donc composés h la fois de matière et déforme, c'est-à-dir»i d'un principe passif et d'un principe actif. Tantôt l'activité se montre, tantôt elle semble en repos. Le mot forme est donc pri< comme on le voit dans deux sens. Dans un cas, il indique l'action ; dans l'autre, la cau^e qui la proQuit.