Relation et subordination des facultés 4t
(/frtd., art. 7.) « Une puissance de l'âme procède-t-elle d'une autre?» Conclusion:
« L'essence ou la nature de l'âme étant par rapport à ses facultés le principe actii et final qui les produit et le principe qui les reçoit, il faut que ces facultés soient ordonnées entre elles de manière que les plus parfaites soient le principe des autres, quand on les envisage selon le mode de leur production, et que les plus imparfaites soient le principe des premières, quand on les consiaère selon l'ordre de leur évolution. Ainsi, l'âme considérée dans sa puissance sensitive est, par rapport à rintelleel, un principe subordonné et une chose instrumentale. Les sens sont faits pour l'intelligence plutôt que l'intelligence n est faite pour les sens. L'action de ceux-ci exrite l'action de l'autre, mais elle est loin de la constituer ; car l'action intellectuelle est infiniment supérieure. »
Pour bien comprendre ces distinctions , il faut savoir que samt Thomas, comme Aristote, regarde toute faculté inférieure comme étant une sorte de matière instrumentale pour une faculté supérieure. Celle-ci donne à la première une perfection qu'elle n'avait pas, mais elle en reçoit aussi une certaine influence. Elle se comporte, par rapport à cette faculté de deuxième ordre, comme une forme ou unprincipe actif relativement à sa matière. Ainsi, le principe intellectuel, se réunissant à un principe sensitif, influence ce dernier en le perfectionnant, mais en reçoit aussi des matériaux et une excitation qui lui servent pour ses actes.
Cette doctrine très-simple et très-féconde établit dans le monde et dans la science une grande unité, elle se tient très-près des faits. En la portant dans les sciences modernes qui se sont enrichies de tant de détails précieux, elle deviendrait la source des plus grands progrès. Tout être, toute faculté se trouve placée entre deux êtres ou deux facultés dont l'une est au-dessous, l'autre au-dessus d'elle et auxquels elle sert de lieu. On retrouve là cette chaîne continue, dont parlaient les anciens, qui unit le ciel à la terre. Le dernier chaînon est dans la main de Dieu auguel l'univers entier est ainsi suspendu. Il ne faut pas croire, comme le disait Leibnilz, qu il n'y a pas de vide d'une classe à l'autre. Les divers règnes de la nature sont unis, mais ils ne se confondent jamais. Les sutetanciS
^itsappanieiuieai, comme le veut Sialil, à la vie psjcbo-corporelle.
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inorganiques ne deviennent tivantes qu'en passant par un corps vivant. La plante et l'animai sont séparés par un espace infranchis-* jsablô. Une espèce ne produit point une espèce différente; tout se lie, tout s*enchaîne, et cependant rien ne se confond, tant sont admirables les lois oui ont été établies. Les essences, dit saint Tnomas, sont touiours immuables, à moins de l'intervention d'un miracle. Ainsi l'homme dans l'état de béatitude ne devient point un ange; il a des attributs qui lui sont propres.
Nous avons vu de quelles facultés se compose l'ftme humaine .les facultés intellectives sont en rapport avec les facultés sensitives supérieures, celles-ci avec la sensibilité externe qui anime les sens. Ces derniers à leur tour nous font communiquer avec le monde extérieur. Voyons maintenant comment s'opère la connaissance.
42, —De la connaissance.
Celle-ci est de plusieurs ordres: nous connaissons ou nous pouvons connaître l"* les êtres qui nous sontinférieurS) règnes inorganiques, végétaux, animaux, etc.; 2** notre flme et les antres hommes; 3"* les êtres qui nous sont supérieurs et Dieu lui-même. Nous pouvons arriver à la détermination de certaines lois physiques , zooiogiques, intellectuelles. Par quel procédé parvenons-nous à ces connaissances, à l'aide de nos facultés?
!• (Art. l", quest. 84') : Comment l'ftme unie au corps comprend-elle les choses corporelles qui lui sont inférieures?
Ici trois divisions se présentent : 1) Far quel moyen l'ftme les connatt-elleT 2) Comment et dans quel ordre? 3) Que connaît-elle en euxT Examinons chacun de ces points principaux.
L'Ame connatt-elle les corps par l'inteliect? (Voy. Lâchât, t. III, p. 315 et suiv.)
L'ftme connaît parl'intellect les corps, d'une connaissance immatérielle, universelle et nécessaire : les premiers philosophes n'adnaettaientau monde que des corps, et comme ils les voyaient soumis à des variations continuelles, lis pensaient que nous ne pouvions avoir de certitude sur rien. Platon survint eti pour montrer que l'intellect arrivait à des connaissances certaines, il supposait que, indépendamment des êtres corporels, ify avait des êtres fixes et séparés qui en constituaient le tjpe ou l'essence. Ainsi tous les hommes individuels étaient des espèces de copies du type homme oui en constitue l'essence. Ces copies n'en différaient que par des circonstances particulières. Ces essences fixes étaient ce qui lormenos définitions; en les saisissant on sait ce qu'est l'homme en générai. Les divers hommes ne sont que des modes de cette idée générale. Or l'homme par son intellect parvient il l'idée abstraite d'homme. Il voit des minéraux, des végétaux, des animaux isolés, et cependant il a l'idée d'un minéral, d'un végétal, etc., considérés d'une manière générale. Platon supposait que l'in-
tellect voit distinctement ces idées ou essence séparées et que c'est ainsi qu'il les connii Il est évident que ce système est faux (bi 1° parce que ces espèces étant impaatériellos immobiles, si nous ne connaissions qu'cll' nous n'aurions pas d'idée de la iri(3ti( qui les diversifie et du mouvement : et pou tant c'est l'objet propre des sciences n<ii relies ; 2' parce qu il semble ridicule quepoi arriver è fa connaissance des chosesqui ivn sont manifestées extérieurement, nous ay.i recours à d'autres êtres qui n'en fonnn point la substance. C'est pourquoi la connu sance de ces essences ne nous permeUidii }> de juger des objets qui tombent sous m sens. C'est par un autre procédé nue r;ii! parvient à connaître par 1 intellect les cui d'une manière immatérielle, universelle i nécessaire.
L'ftme comprend-elle toutes choses p des espèces (représentations) nalurelleui- : innées T (Art. 3.— Foy. Lâchât, p. 322.)
L'ftme ne connaissant qu'en puissance pt dant un temps ce qu'elle connaît ensuite i acte, Û est impossible qu'elle connaisse 1 objets corporels par des idées innées, l forme étant le principe de l'action, unech ^ est à la forme ce qu'elle est à Taclion il même (les rapports avec un principe d ^ tion sont les mômes que ceux de celle cli i^ avec l'action mêmej; or, quelquefois l'hoiun ne connaît qu'en puissance tant à l'égard ii sens qu'à regard de l'intellect. Il passe ei suite de la puissance à l'acte. Il sent par 1 a< tion des choses sensibles, il comprend y l'étude ou les découvertes de son génie. D sons donc que l'ftme d'abord est purem. : cognitive en puissance tant à l'égard des m ges sensibles qu'à l'égard des idées qui
les principes de la connaissance. Aussi tote a-t-il établi que l'inteUect n'a po
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représentations (sensibles ou intelligib lui soient naturellement innées, mais qu début il a la faculté d'acquérir toutes ce^^i pèces.
Platon a supposé au contraire que 1 ini; lect vient au monde, rempli de toutes espèces intelligibles. Ce sentiment ne pat pas raisonnable, parce que si l'âme a ui connaissance toute faite de toutes choses, ne paraît pas possible qu'elle ne sache } qu'elle la possède. Ce système répugne ^' tout quand on admet qu'ail, est naturel à 1 cd'être unie au corps. Pourquoi Taction n^i ' relie de l'ftme serait-elle entravée par ^^ union avec un corps qui doit lui être nMun lement uni ? 2* Quand on manque d'un si n on est privé de la connaissance des oij* qu'il perçoit. (Saint Thomas, comme on voit, n^admet point qu'il y ait des idées inn< toutes faites, ainsi que le voit Descarles,
aue les sensations ou les idées se lonii' •elles-mêmes dans l'ftme, comme le souiiei Leibnitz ; il ne veut pas non plus avec les ^ef sualisles que les sensations produites ni<;''' riellement jpar les corps extérieurs oeM^^ nent dans llime des idées particulières ou h
<80) Saint Thomai dit ailleurs» qfie ce n'est peut-éKra pour Platon qu*une expo^iiioii métaphonii^
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Déraks. Il établil seulement que l'âme par ces rapports avec le monde extérieur et avec tllf-oéme, parvient en vertu de ses facultés innées à eitraire des sensations et de l'examen 6i M propre nature toutes les idées qui en dêrivenl.J
t iiW.,ari. 5. - LACHAT, p. 33.) L'âme TÈteUecure Cûnnall-elle les choses immalé- Ttdlis par ei dans les raisons éternelles, telles Titlb sont en Dieu même?
kittiDiThomas combat une opinion que Htî^nnche a adoptée et dans laquelle on ^wûmt que c'est en Dieu et par les idées des cbj««s qui sont les choses elles-mêmes que ■otts^ojonsles corps avec leurs propriétés. Toj.AKfcercfcede/o vérité, liv. m, chap. 7.) Skûi Thomas montre ce que Ton peut tirer d exact de eette opinion : « Remarquons que i=> rabom éternelles ne sont que des idées, w saint Augustin dit (83 Quœst., qu. 46.) lue les idées sont les raisons immuables des <fK>s.»s qui existent dans l'intelligence divine. En adoptant l'opinion que nous venons d'indiquer OQ retomberait dans la doctrine de Platon q«i roulait que toute science provînt tifc ces idées. • Dans Tétat présent, Tâme ne ojûMlipisioules choses ODjectivement dans k* ttfiooitemelles, mais elle les connaît ainsi WBBKJins leur cause. D*après saint AiigusliOlAdicMno Christiana, lib.ii,cap.
3i.j°s philosophes ont dit quelque CM» de Trai qui soit en harmonie avec l^ ««peiDents de notre foi, nous devons 0005 wropner ce bien et le leur reprendre «^7'Wes possesseurs. Mais il y a ^/[ c?™® ^^8 fictions superstitieuses (fi'B m wigneusement éviter. C'est pourgucasifltilugustin, qui s'était épris delà phivmfbi^kflâlon, en a conservé ce qui lui a f«ii conforme à la foi tout en moditiant ou {/usTormaot ce qui lui était contraire. Aussi sut ^ugu^lin substitue aux idées de Platon ie5rsi500sdes choses, et dit que ces raisons ObteoidansTentendemenl divin, que c'est (f*;ràelles que tout a été formé, et que c'est ibÂi par elles que Tâme humaine connaît IMJ. /koiaodez si l'âme humaine connaît tout àulesraisoDséternelles, et répondez: Qu'on ^al connaître une chose dans une autre de ^Ji manières, 1* objectivement ou spéculaiftaeol, comme Ton voit dans un miroir les f'Mîes dont il reflète les images. L'âme en f'Ccîie ne peut pas tout voir de cette ma- ^^ dans les raisons éternelles. Ce bonheur : A réservé qu'aux bienheureux qui dans ji'it vie voient Dieu et voient tout en lui. ''Q dit qu'une chose est connue dans une ' -s quand celle-ci est le principe de sa '^ikisâaace; c'est ainsi que nous disons ' 'A voit dans le soleil les choses que l'on ' • >^r la lumière solaire. Dans ce sens on - ' dire que Tâme humaine connaît tout ;'^ les raisons éternelles. C'est par une par- ^•iiioo à la lumière divine que nous ob- '^'ibnos connaissances. La lumière intel-
^ *^ Amsi lesîdées universelles qui sont en nous, Mfiott déreloppons* en vertu de nos faculté», * iKir coBsiâiolion primitivCi de leuri lois, aopt
lectuelle qui est en nous est une participation, une ressemblance de la lumière increée qui renferme les raisons éternelles. Aussi, le Psalmiste dit : Beaucoup demandent : Qui n(m$ montrera ce qui est bien ?c* est la lumière dont nous portons l'empreinte sur notre vi^ sage, Seigneur! {Psal, iv, 6, 7.) Comme s'il disait : Tout nous est dévoilé par le sceau de la divine lumière dont l'empreinte est gravée en nous (81). Cependant comme indépendamment de cette lumière intellectuelle nous avons besoin d'espèces intelligibles empruntées aux choses pour connaître les objets matériels, il $*ensuit que nous ne connaissons pas la matière seulement suivant que nous participons aux raisons éternelles, et qu ilfautquelquechose de plus pour produire la science. Aussi saint Augustin ajoute-t-il {De Trinitate, lib. iv, cap. 16) : « Quoique les philosophes aient établi par les preuves les plus certaines que toutes les choses temporelles ont été faites par et d'après les raisons éternelles, ont-ils pu, pour cela, découvrir dans ces raisons elles-mêmes ou déduire de leurs donnéesgénérales combienil y avait de genres d'animaux, quel était le mode de reproduction de chacun d'eux? N'ont-ils pas dû a cet égard interroger l'histoire des temps et des lieux T II ajoute ailleurs {Qwest, 83, quaest. 66) que ce n'est pas toute âme raisonnable ni tout esprit quelconque, mais Tâme sainte et pure qui est apte à voir les raisons étemelles comme le font lésâmes des justes. »
Dans ce passage remarquable, saint Thomas reconnaît tout à la fois Ta nature et la puissance de l'intellect, sa ressemblance avec l'intellect divin qui devient d'autant plus
S grande qu'il est plus épuré par le triomphe de a raison sur les passions , par une vie sainte et méditative, mais il établit aussi le rôle de la science et de l'observation. Il montre en même temps que son opinion diffère peu de celle de saint Augustin, et que l'on ne doit pas s'appuyer sur ce dernier pour défendre d'une manière absolue la doctrine de Malebranche qu'on a peut-être exagérée.
Saint Tnomas veut que Thomme s'occupe tout à la fois de son corps, de son esprit et de son âme ; du monde dans lequel il vit aujourd'hui et de celui dans lequel il vivra un jour ; du passé, du présent et de l'avenir, en prenant ces mots dans toute leur étendue. Il donne à chacune de ces choses l'importance
3ui leur appartient. Les choses éternelles oivent fixer nos méditations plus que les choses passagères, les universelles plus que les particulières, mai» le passager et le particulier ont aussi leur valeur. Ils s'éclairent et s'influencent réciproquement; en un mot, saint Thomas embrasse la connaissance dans son entier. Il examine tous les éléments du progrès futur et les prépare. C'est vraiment le christianisme considéré dans sou esprit véritable. Dans le paganisme, dans les religions qui avaient précédé l'ère chrétienne, on avait
rimage des idées universelles diaprés lesquelles Dieu a tout créé : c>st par elles -que nous posoirs les principes fondamentaux de toutea lea acieuces.
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