X. — Des pasiioM
Les passions n'appartiennent pas exclusivement a la vie raisonnable et intellectuelle, elles se rattachent aussi à la vie corporelle ; si elles se rapportent aui actes raisonnants et sensitivo - rationnels , elles exercent de même une influence évidente sur les fonctions vitales les plus générales et les plus spéciales. Celte influence des passions présentes n'est point superficielle ou précaire, car elle produit la défaillance ou les plus graves excès dans les mouvements vitaux, comme le prouvent les variations du pouls dans la joie, la terreur, etc. Les esprits les plus simples, les enfants, les femmes, les nommes dont la raison manque d'exercice ou de' fermeté, nous montrent cette action de la manière la plus manifeste.
La vie corporelle, à son tour, les fonctions vitales agissent vivement sur la vie intellectuelle, sur les mouvements de l'ftme, de telle sorte que Tesprit est plein de vigueur ou languit suivant les dispositions du corps. L'intelligence subit des troubles en harmonie avec fa nature et la gravie des lésions corporelles, ainsi qu'on le voit dans les divers délires, surtout dans les délires maniaaues.
J'éprouve de la répugnance à rappeler les fables misérables au moyen desauelles nos modernes ont voulu expliquer ces laits remarquables : ainsi, l'on a dit que les objets physiques externes, au moyen de rayons lumineux, de vibrations sonores» de chatouillements sensitifs, mettaient en jeu les esprits (vitaux et animaux) qui imprimaient mécaniquement sur le cerveau, comme le feraient un cachet ou un poinçon, des images visuelles, sensitives, olfactives, etc., représentant les qualités de ces objets mêmes» et l'on a fait reposer là-dessus toute la théorie des sensations et desactes psychologiques.
J'examinerai seulement, en passant, la doctrine de ceux qui soutiennent que les effets des passions sur les actes vitaux s'expliquent aisément par la perturbation des esprits : l'Âme troublée et chancelante imprime, suivant eux, des mouvements désordonnés et tumultueux aux esprits intellectuels, qui répandent une perturbation correspondante dans la légion entière des esprits (vitaux, animaux» etc.), et ceux-ci altèrent de même toutes les fonctions auxquelles ils président. Cette théorie, spécieuse quand on se borne à un examen superficiel et général, tombe d'elle-même en ruines dès qu'on essaye de l'appliquer aux faits particuliers, aux détails. Dans le désordre même des passions, on découvre encoie certaines lois, certaines tendances de l'Ame qui, sous leur influence pathétique, cherche à imprimer à ses actes et à ses mouvements une direction synergique en rapport avec les sentiments dont elle est agitée (99).
(99) Cette théorie que Stabl combat a servi de moule à Thypothèse du fluide nerveux et à celle de plusieurs auteurs eontemporains qui font des sen-
Dans les passions, l'ftme travaille rd{)i<j. ment et sans une élaboration droite et ( oi venable sur les impressions sensitives ou mi les souvenirs qu'elle puise dans son iniauir: . tion : de là des conclusions intempesiiv.jN . prématurées qui ne sont point accomi i gnées d'une appréciation convenable r. toutes les circonstances, ou du moins d circonstances fondamentales qu'il îmU.^ examiner et peser par une estimation rai»^. i, née et morale , plutôt que par un st i,i ment et un jugement brusc^ue et pu:
ment sensuel. De ces conclusions bmi»^ précipitées résultent des intentions ou d volontés intempestives, qui entraincnl d mouvements réellement volontaires coir»
pondant à ces intentions et offrant le mh'. caractère. Ainsi, dans la colère, nous voy i^ des efforts impétueux pour saisir, repou>v arracher, dompter ; le sang se porte vers : parties extérieures, vers les muscles, doni. trépidations toniques de plus en plus im santés et rigides préparent le^corps au dt\ loppement d'une force et d'une vigueur i
{grandes pour exécuter les mouvements \ ontaires les plus énergiques et les p violents; les mouvements convulsifs >* parfaitement en rapport avec ces luttes iuî tueuses que les hommes entratnés par n: vive colère soutiennent contre ceui qui ^^ i lent les retenir ou s'opposer à leurs etî. :' La colère assouvie selon les désirs de l\ii < quand elle n'est pas suivie de repeniir, nuit point au corps ; s'il arrive, au contr»' qu'elle soit comprimée sans être saiisj.. elle laisse dans Tesprit, lorsqu'elle e^t a: lente, un long ennui, une longue inimiii-^ entraîne dans le corps des actes digi ^l ^ nutritifs vicieux, des langueurs et du mmi dans les fonctions vitales, du délire et convulsions. Ces exemples» et cent autn? même genre, démontrent l'accord et l'h •: nie des intentions, des tendances moi et vitales, ainsi que le lien qui les unit.