Chapitre premier. — Des sensations
Les sensations, en prenant ce mot dans un sens étroit, sont les effets des impressions produites sur nos sens par Taclion des objets extérieurs, combinés avec l'activité propre de l'agent interne qui les reçoit. Ces impressions externes sont très -souvent modinées par d'autres impressions qui résultent des fonctions et de Tétat des organes intérieurs. Ces impressions internes ont une très -grande influence sur les opérations de l'esprit; mais comme elles sont ordinairement confuses et vagues, nous en apercevons souvent les effets sans sentir la liaison directe de ceseffets avec les causes qui les produisent : c'est sans doute la raison pour laquelle elles ont échappé aux regards ci'un grand nombre de métaphysiciens. Les sensations externes sont les seules dont nous traiterons en ce moment (204).
On compte ordinairement cinq sens : le toucher, la vue, l'ouïe, le goût et l'odorat. La solidité des corps et la résistance de leurs
fiarties, la dureté et la mollesse, le chaud et e froid , la sécheresse et l'humidité , le poli et la rudesse, etc., appartiennent au toucher ; la lumière, les couleurs, etc., è la vue; les sons, à l'ouïe; les saveurs, au goût; et le» odeurs, à l'odorat. Chacun de ces sens a un organe, un instrument qui lui est affecté, et dans lequel il s'exerce. Ainsi je ne vois» instrumentalement, que par mes yeux; je n'entends que par mes oreilles, etc. On distingue donc autant de classes de sensations externes qu'il y a d'espèces dé sens; ces classes peuvent se subdiviser en un nomb're presoue infini de genres et d'espèces.
< On pourrait, » dit d'Âlembert, « réduire tous les sens à une espèce de toucher. Ce toucher s'exerce ou d'une manière immédiate, comme dans le goût et le toucher proprement dit, ou d'une manière médiate» par le moyen de quelque matière invisible et très-subtile que le corps lumineux, sonore ou odoriférant , envoie ou fait agir sur nos orga nés (205). » Cette observation de d'Âlembert n'est pas sans doute dénuée de fondement.
porte à notre sensibilité soit vitale (si l'on veut admettre celle-ci), soit animale, soit intellectuelle et morale.
(204) Nous nous occuperons dans divers articles des sensations internes (Faim, Soif, Besoins jf^nitaux^ etc.).
(205) On admet généralement aujourd'hui que la lumière, la chaleur, etc., sont dues aux vibrations d*un fluide spécial qu*on nomme éther ; nous aurons occasion de nous occuper de cette théorie, dans plusieurs parties de notre Dictionnaire.