‹ Dictionnaire de physiologie (volume 2)Chapitre 11 sur 212 · LE LE · texte numérisé non relu

LE LE

des 2 bouts centraux du maxillaire supérieur et du nerf optique ne donne aucun résultat : ce qui s’explique, car le bout du nerf optique attenant au cerveau est en réalité un bout périphérique.

Entin, quand on suture ensemble les bouts périphériques d’un nerf mixte et d’un nerf moteur, le nerf sensilif excité à quelque distance de la suture provoque une contraction dont le mécanisme est discuté.

b) Transplantation. — Lorsqu'on interpose un segment de nerf entre les 2 bouts d’un nerf sectionné, on pratique une transplantation, et FRossman a réussi à transplanter dans ces conditions des nerfs de lapin sur le lapin (homotransplantation). La greffe échouait quand on transplantait un nerf de poulet ou de grenouille chez le lapin (hétérotransplantalion). Huger à confirmé les faits de FrossMax.

MerrzBAcHer (1905) et MariNesco ont repris l'étude histologique de ces transplantations.

Dans l’auto- et dans l’homotransplantation, on observe sur le transplant des phénomènes de dégénérescence wallérienne qui sont parfois suivis d’une régénération. Des neurofibrilles y apparaissent au bout de 7 jours, tandis que les neurofbrilles ne sont pas différenciées, au bout de 20 jours, sur un segment de nerf transplanté sous la peau.

L'hétérotransplantation ne réussit pas. Le transplant se tuméfie, prend une couleur grise ou ocre, une consistance plus ferme. Il est envahi par des leucocytes : sa myéline se fragmente et ne réduit plus l'acide osmique de la même façon qu’à l’état normal, le cylindre-axe se résout en granulations, et cela sans que les noyaux de la gaine de ScHwann prolifèrent. En un mot, il se produit une dégénérescence de nécrose et non une dégénérescence wallérienne.

20 Faits cliniques. — Si les observations de suture des nerfs sont légion, le faits de greffe nerveuse sont exceptionnels. Ils ont donné, d’ailleurs, les résultats les plus variables. .

Avec TizLmanns, nous distinguerons les greffes proprement dites et les transplantations.

a) On pratique une greffe quand on suture le bout périphérique d’un nerf sectionné avec un nerf voisin complètement intact (DENONVILLIERS, LETIÉVANT).

BALLANCE, KENNEDY, J. L. FAURE, etc., ont pu ainsi obtenir la guérison de plusieurs paralysies faciales (suture du facial au spinal).

Est encore une greffe la suture par croisement qui consiste à réunir deux à deux les bouts opposés de deux nerfs voisins et parallèles. Pareille greffe est une application de la loi de conductibilité indifférente.

b) La transplantation consiste dans l’interposition d’un segment de nerf entre les deux bouts du nerf sectionné.

ALBERT, de Vienne, pratiqua, des premiers, la transplantation (1878). Il préleva sur un membre amputé un segment du nerf tibial et le transplanta entre les extrémités d’un nerf médian, réséqué pour névrome. Sa tentative échoua : la conductibilité ne reparut point.

P. Vocr tenta, sans plus de succès, de transplanter 12 centimètres de sciatique de chien entre les bouts du radial d’un homme.

Lanperer fut plus heureux. Il eut l’occasion d'opérer une paysanne de 18 ans qui, depuis 9 mois, présentait une section du radial. Les deux bouts du nerf ne purent être suturés l’un à l’autre, et l’auteur interposa, entre les deux tronçons du radial, un segment de sciatique, long de 4 centimètres et demi, qu'il préleva sur un jeune cobaye. Trois semaines après l'intervention, l'excitation électrique du nerf déterminait un mouvement d'extension de la main. Au bout de dix semaines, la malade relevait sa main au-dessus du plan horizontal, et elle pouvait même opposer une certaine résistance quaud on tentait de lui fléchir la main.

LANGENBECK aurait eu un résultat analogue dans un fait que nous n’avons pu retrouver.

Mayo Rogson (1889) transplanta le nerf tibial postérieur d’un amputé entre les deux bouts du médian qu’il avait dû réséquer, sur une longueur de deux pouces et demi, chez une fillette de 14 ans. La greffe fut pratiquée quarante-huit heures après l’ablation de la tumeur qui siégeait sur le médian. Trente-six heures plus tard, la sensibilité était revenue ; cinq semaines après l'opération, la sensibilité du médian était parfaite, mais on constatait une atrophie légère des muscles de l’éminence thénar.

Le même chirurgien eut l’occasion (1896) de transplanter une moelle de lapin sur le médian de l’homme. |

Interprétation des faits. — Les recherches de WazLer, de VuLpiAN, de RANVIER ont établi que la réunion immédiate du nerf est impossible. Le segment périphérique de tout nerf sectionné devient rapidement inexcitable. En quatre ou cinq jours, ce segment dégénère; sa myéline se fragmente en boules et se résorbe; ses cylindres-axes se détruisent ; le protoplasma et les noyaux de la gaine de Scawan remplissent complètement cette gaine.

Ultérieurement les cylindres-axes du bout central bourgeonnent vers le bout périphérique; ils l’atteignent quand ce bout périphérique n’est pas éloigné de plus de 5 à 6 centimètres, et pénètrent dans son intérieur. Dès lors la régénération du nerf est assurée.

Toutes les fois que la greffe ou la transplantation nerveuse sont praliquées immédiatement après la section, toutes les fois que la sensibilité ou la motilité réapparaissent rapidement, on est en droit d'expliquer le retour de la sensibililé par les suppléances collatérales, par la récurrence périphérique, par des anomalies nerveuses. Les anomalies nerveuses, la contraction vicariante des muscles voisins peuvent nous rendre compte également de tout retour rapide de la motricité. A. Ricuer n'a-t-il pas vu (1867), après une section complète du médian, la sensibilité persister avant toute tentative de réunion, dans l’étendue du territoire innervé par ce nerf? Et ne sait-on pas que l’absencé de toute paralysie a été observée, après la section du médian au bras?

Quand une section nerveuse de date ancienne est accompagnée d'impotence et d’anesthésie, quand à la suite d’une greffe ou d’une transplantation on voit réapparaître la sensibilité et le mouvement, quand le retour de la fonction se montre graduellement, après un temps compatible avec la régénération du nerf, on est en droit de penser que la greffe ou la transplantation ont servi de support aux jeunes fibres nerveuses qui, du bout central, ont bourgeonné dans le bout périphérique.

La théorie de la dynamogénie et de l’inhibition, formulée par BRowN-SéQuaRD, permet d'expliquer certains retours fonctionnels incompatibles avec une régénération nerveuse (retours fonctionnels rapides, survenus dans les sections anciennes, à l’occasion 2e Ja suture). (Voir Nerfs.)

Quelque espoir qu’on ait pu fonder sur elles, la greffe ou la transplantation nerveuse sont incapables d’assurer la réunion immédidte du nerf sectionné. Elles n’ont qu’une utilité : elles favorisent le processus de régénération en ce sens qu’elles servent de guide aux cylindres-axes multiples qui proviennent du bout central (régénérateur) et ne dans le bout périphérique (dégénéré) du nerf sectionné. :

Greffe et surtout transplantation sont d’ailleurs des procédés de laboratoire qui ne trouvent guère d’application en chirurgie. Les résultats qu’on est.en droit d'attendre de ces procédés ne sont pas supérieurs à ceux de la suture à distance, de technique autrement simple.

En un mot, les nerfs sectionnés ne peuvent se réunir. Ils échappent aux processus de la greffe, en raison même de leur valeur morphologique; ils représentent une expansion du neurone, c’est-à-dire un prolongement cellulaire; la physiologie générale nous apprend que de tels prolongements ne vivent qu'à une condition expresse : ils doivent rester en continuité avec la portion du cytoplasme qui renferme Le noyau. Une fois séparés de ce cytoplasme nucléé, les prolongements cellulaires se détruisent (dégénérescence), mais la

cellule tente de réparer cette perte de substance en émettant un prolongement nouveau,

capable d'assurer son intégrité (régénération).

Cette régénération du nerf, grâce à l'intervention de la cellule d’origine, constitue l’un des fondements de la théorie du neurone. ;

Des faits anciens et nouveaux ont été publiés qui tendent à ruiner cette conso ne et la greffe des nerfs a fourni des arguments solides contre la doctrine défendue par His et Cayar.

Déjà en 1850 Paizipegaux et VoLrian avaient nolé que le bout périphérique d’un nerf sectionné se régénère sans que le bout central participe à cette régénération. Cette constatation fut confirmée par Hocawarr, v. BUNGUER, HoweLz et HuBEr, WIETING, et surtout par BETHE. :

Chez les jeunes poulets, cette régénération est complète, anatomiquement et physiologiquement, Elle ne persiste toutefois qu'à une condition: c’est que le bout périphérique arrive au contact du bout central. Sinon, ce bout périphérique s’atrophie et perd la conductibilité qu’il avait récupérée.

Chez le lapin adulte, la régénération peut aussi s'effectuer complètement, quand le

bout périphérique entre en connexion avec le bout central.

Faut-il donc conclure que la cellule nerveuse a une action sur le bout périphérique,

qu’elle maintient la différenciation du nerf en maintenant son activité ?

Berne ne le croit pas, et il a institué pour le montrer une curieuse expérience.

Sur un chien de six semaines, il résèque les cinq racines motrices du sciatique sur une longueur de cinq à dix millimètres, Vingt jours plus tard, le nerf est mis à nu et excité ; on observe des phénomènes douloureux et point de contraction. Le sciatique est alors sectionné : on en résèque un fragment qui contient des fibres normales (fibres sensilives) et des fibres dégénérées (fibres motrices), et on suture les deux bouts. Au bout de trois mois, on constate le retour de la sensibilité seule; au bout desix mois, un névrome s’est développé au niveau de la suture, et le nerf excité provoque des contractions. Les fibres motrices des deux bouts du sciatique se sont régénérées et fusionnées, et cela sans avoir récupéré de connexions avec leurs cellules d’origine.

Braus (1904) a confirmé ces faits : il a excisé sur une larve de Bombinator les moignons des pattes antérieures, quirenfermaïent des rudiments de nerfs, et il a transplanté ces moignons à la base de la queue. Au bout de trois semaines, les nerfs étaient identiques sur la patte normale et sur la patte greffée. Sur cette dernière, ils étaient reliés au névraxe par trois filets nerveux trop grêles pour avoir servi de passage à toutes les fibres que contenait le moignon.

III. GREFFES D'ORGANES. -— Il nous faut maintenant examiner des cas plus complexes, c’est-à-dire les greffes des organes, qui sont, on le sait, formés de plusieurs tissus.

A. Greîffes de peau. — Comme nous l’avons vu, les greffes pratiquées à la manière de ReverDiN sont des greffes superficielles : elles n’intéressent guère que l’épiderme. Ces greffes sont petites, leur taille ne dépasse guère 4 à 6 millimètres. Et compensant la taille par le nombre, ReverniN préconise les greffes multipliées et répétées au besoin. Vingt greffes et davantage sont déposées sur une perte de substance, d’étendue moyenne. En faisant ainsi, l’auteur semble chercher avant tout un résultat rapide.

Ce résultat, on ne l’oblient pas toujours. Lacsey dut, pendant trois ans, pratiquer 2 600 greffes sur une jeune fille qui avait perdu le cuir chevelu, et une partie du tégument de la face (front, sourcil et joue droite) et Scaœrer n’employa pas moins de 4 500 greffes pour guérir une femme scalpée par un accident de machine.

On a reproché de divers côtés aux greffes de ReverniN de donner naissance à une cicatrice irrégulière, déprimée et fragile, susceptible de s'ulcérer à la moindre occasion, De là sont nées les tentatives de greffes cutanées.

Ces greffes sont empruntées à l’espèce humaine (auto et homogreffes) ou à d’autres espèces zoologiques (hétérogreffes, zoogreffes). Nous passerons successivement en revue ces deux variétés de la greffe.

I) Greffes de peau humaine. — On à coutume de distinguer dans les greites cutanées de ce type : a) les greffes dermo-épidermiques d’Ozuiër et de Tarerscu; b) les greffes de larges lambeaux cutanés; c) les autoplasties.

a) Greffes dermo-épidermiques. — En préconisant la greffe dermo-épidermique, OLLIER (1872) cherche à recouvrir les pertes de substance d’un morceau de peau véritable. Une telle greffe est épaisse, souple, résistante. Elle protège efficacement la région sur laquelle elle est appliqüée. Elle n’a pas de tendance à s’ulcérer. Elle a l’avantage de se pratiquer en une seule séance.

La greffe dermo-épidermique se détache parfois et disparaît. « Dès 1874, TuiersCH expliquait ces échecs par les hémorrhagies et les exsudats provoqués par les causes mécaniques les plus légères » dans la couche superficielle des bourgeons charnus (Forqug et RecLus). Pour obvier à pareil accident, Taiersca détruit à la curette la zone

superficielle du tissu de granulation. Puis, il réalise une hémostase exacte, en compos un instant la surface cruentée qui doit recevoir la greffe.

Cette greffe, longue de 10 à 25 centimètres, large de 10 à 20 millimètres, est alors nn et immobilisée sous un pansement aseptique qu’on renouvelle aussi rarement qu’il est possible.

Processus histologique des greffes dermo-épidermiques. — Les travaux de KarG (1888), de GarRe (1889), de Juncencet, de Diarsaninsrko (1890), les recherches plus récentes de GoLpmann, nous ont fait connaître Le processus histologique des greffes d’OLLrer-THIERSCH-

La greffe et le tissu porte-greffe sont appliqués l’un sur l'autre par leurs surfaces vives. Entre ces surfaces, il existe tout d’abord une couche intermédiaire, plus ou moins épaisse, formée par un réticulum fibrineux qui contient dans ses mailles du plasma sanguin et des globules rouges. Plus cette lame résultant de l’hémorrhagie des bourgeons est mince, plus l’adhésion des greffes est sûre. De là l’utilité d’une exacte hématose.

Aux premières heures, on observe du côté de la surface greffée une prolifération active des cellules conjonctives et des cellules endothéliales des vaisseaux, et, du côté de la greffe, des cellules migratrices. La greffe, à ce moment, est peu vivace. Cependant, dès la neuvième heure, GARRE avait vu des cellules à noyaux multiples y pénétrer en suivant les anciens vaisseaux. Ils y arrivaient de la plaie après avoir traversé le réticulum.

Puis la couche cornée des lambeaux se ramollit, se soulève. Par points, des phlyctènes le détachent. Il ne reste plus alors que la partie superficielle du derme,recouverte par quelques cellules de la couche malpighienne.

Aux deuxième et troisième jour, les éléments fibroplastiques sont abondants. Les globules sanguins disparaissent.

Vers le quatrième jour, les vaisseaux de nouvelle formation abordent la face profonde de la greffe qui est le siège d’une prolifération assez marquée, aboutissant à la formation de bourgeons moules sur la surface ouverte de la plaie, pendant que l’exsudat intermédiaire se résorbe.

Peu à peu, la couche cornée se sépare, les vaisseaux anciens disparaissent par place. Ceux de nouvelle formation arrivent jusqu'aux papilles. Une lame de tissu conjonctif ferme remplace la couche intermédiaire. Dès ce moment la greffe est nourrie par ces néo-capillaires.

Vers les quatrième et cinquième mois, l’exsudat intermédiaire a complètement disparu. Ces délais toutefois se subordonnent à son abondance, et, comme il fait place à du tissu conjonctif, on conçoit que, moins il a été abondant, moins la peau nouvelle est menacée de rétraction. Une double indication pratique en résulte : assécher avec soin la couche avivée de DUAL et, pendant les premiers mois, épargner toute irritation à la jeune cicatrice.

« Les transplants demandent en général une vingtaine de jours pour prendre et vivre. Sur les plaies fraîches, cette prise s’accélère. On reconnaîtra à leur couleur jaunâtre les lambeaux flottants, qui ne se greffent point. Ceux qui sont viables sont rosés et adhérents. Dès le quatrième jour, cette adhérence est capable de résister à une légère friction. Sous le protective, vous trouverez aux premiers pansements la couche cornée sous

la forme de détritus blanchätre. Si les greffes n’ont point été exactement juxtaposées, .

ou pour mieux dire imbriquées, des espaces linéaires, rougeûtres, les séparent. Ils correspondent à des granulations intercalaires qui retardent la réparation. D'ailleurs, même dans le cas d’une greffe parfaite, les lignes tangentes des transplants forment des traînées plus colorées, surtout apparentes dans les premiers jours, car, à mesure que l'organisation se fait, elles pâlissent et s’effacent, mais la peau nouvelle montre longtemps des rayures qui lui correspondent, et tranchent sur le tégument-voisin par sa coloration pâle et par son aspect vernissé. La sensibilité y met longtemps à apparaître. La résistance de ce nouveau tissu est variable. Il est solide sur les plaies fraîches; il demeure fragile, après la greffe des vieilles brûlures, dans les régions exposées à des frottements ou des contusions, sur les jambes des variqueux, mais, dans tous ces cas, c’est au terrain lui-même qu'il faut s’en prendre. » (ForGuE et REcLuS.) -

b) Greffe de larges lambeaux de peau. — Cette transplantation de larges lambeaux

cutanés diffère de l’autoplastie en ce sens ‘que, d'emblée, la greffe est complétement séparée du territoire cutané qu’elle recouvrait. On ne conserve pas un pédicule destiné à nourrir transitoirement la greffe, comme dans les autoplasties.

Cette greffe était connue dans les Indes, et elle y était pratiquée journellement (ArmarGNac). Quand un coupable a eu le nez coupé, des médecins ou des prêtres appartenant à la caste des Koomas (ou potiers) recueillent le nez et le remettent en place aussitôt (greffe par restitution). Pour s'opposer à ce subterfuge, les juges ordonnent de jeter au feu le nez du criminel. Mais de leur côté, les Koomas imaginent de fabriquer un nez nouveau, à l’aide de la peau de la région fessière. Et voici comment Durrocner (cité par ArRmAIGNAC) nous raconte la pratique des Indiens.

« Un-sous-officier des canonniers de l’armée avait été pris en haine particulière par un officier supérieur. Celui-ci profita d’une faute légère qu'avait commise le sous-officier pour lui faire couper le nez. On était alors en campagne, et ce malheureux mutilé fut obligé de continuer son service sans pouvoir faire restaurer son nez. Ce ne fut qu'un certain temps après que la plaie commençait à se cicatriser, qu’il lui fut possible de faire pratiquer cette restauration par des Indiens en possession de ce procédé. Les opérations débutèrent par rafraîchir la peau du nez. Ils choisirent ensuite un endroit de la fesse qu’ils frappèrent à coups redoublés de pantoufle jusqu’à ce qu’il fut bien tuméfié. Alors, ils coupèrent en cet endroit un morceau de peau et de tissu sous-jacent, de la grandeur et de la forme de ce qui manquait au nez. Ils l’appliquèrent et l’y fixèrent solidement. Cette espèce de greffe animale réussit à merveille. J'ai eu longtemps à mon service cet homme, après l’opération. Il n’était point défiguré et il ne lui restait d’autre trace de mutilation qu’une cicatrice visible autour de la greffe. »

Cette méthode a été soumise à de nouveaux essais. En 1893, HirsCHBERG et KRAUSE ont publié des résultats obtenus par la transplantation de peau doublée (HrrscBErG) ou détachée (Krause) de sa nappe de tissu cellulaire. J’emprunte à ForGuE et Reczus les résultats observés par les auteurs :

« Pendant les premiers jours, le lambeau a une teinte pâle et livide. REveRDIN a bien observé ces modifications. L’épiderme se fronce, se ternit, prend une teinte brunâtre. Bref, il meurt et se détache en un ou plusieurs morceaux. Au-dessous de lui, le derme apparaît comme une surface mollasse, assez semblable à la pâte d’un camembert bien

fait. Il semble que cette masse va subir une fonte complète, et l’on s’attend à ne pas le

retrouver le lendemain.

« Il n’en est rien. Le lendemain, elle présente à sa surface un ou deux petits points rouge vif.

« Le surlendemain, ces points se sont étendus, et bientôt la greffe entière a pris une coloration rosée de bon augure. Si l’on suit pas à pas la marche du phénomène, on s’aperçoit que ces transformations sont dues à de petits vaisseaux qui ont pénétré la greffe par sa profondeur, pour l’alimenter. La guérison et l’adhérence complète du lambeau demandent de trois à six semaines.

« Sur cent lambeaux empruntés aux différentes régions du corps, dont quelques-uns mesurent de vingt à vingt-cinq centimètres de longueur sur six à huit centimètres de largeur, KrAUSE n’a constaté que quatre fois le sphacèle. KouzxercHorr a'pu combler par la transplantation de neuf lambeaux une perte de substance de cinquante-huit centimères de long sur quinze de large. » QuÉNU (communication orale) a greffé sur la tête d’un adulte, qu’un accident de machine avait scalpé, le euir chevelu d’un enfant nouveau-né. L'opération fut couronnée d’un plein succès, mais des cheveux n’apparurent jamais à la surface de cette greffe.

c) Autoplastie. — La transplantation de larges lambeaux cutanés marque la transition entre les greffes dermo-épidermiques et les autoplasties. Ces autoplasties se rapportent à trois méthodes qu’on qualifie de méthode francaise, méthode hindoue et méthode italienne.

Je me borne à rappeler que, dans la méthode française (méthode de CeLse), on se borne à mobiliser le territoire cutané qui borde la perte de substance; la peau, libérée de la sorte, glisse aisément à la surface de la solution de continuité.

Dans la méthode hindoue, une incision en V ou en G circonscrit un lambeau, au voisinage de la plaie qu'il s’agit de combler. Ge lambeau est rabattu sur la perte de sub-

stance. Il reste attaché aux parties environnantes par un pédicule tordu sur luimême.

La méthode italienne est due à deux chirurgiens ambulants qui vivaient en Sicile, au milieu du xv° siècle. Les Branca, le père et le fils, pratiquèrent les premiers la rhinoplastie, et PAvANE, VIANE, BAJANO, Tacziacozzi les imitèrent sans grand succès, puisque leur méthode d’autoplastie tomba dans l’oubli. Gragre et FaBrizz1 tentèrent de rajeunir cette méthode, Il était donné à la chirurgie contemporaine (BERGER, 1880), (Maas, 1885) de montrer sa valeur, de fixer sa technique et d’en généraliser l'emploi. Je me borne à rappeler que la méthode italienne prélève le lambeau (avant-bras) à distance de la perte de substance qu’il s’agit de recouvrir (nez). Elle conserve à ce lambeau une large bande d’implantation qu’on sectionne secondairement, et pour assurer le contact de la greffe et de la région porte-greffe, elle a recours à des attitudes contraintes qu’on maintient à l’aide d'appareils variés (plâtrés, etc.).

Il) Zoogrefftes. — Les zoogreffes ne sont plus une simple curiosité.

On a greffé chez l’homme de la peau de chien (] (Mans, de cobaye (Dusrevizx, LerrévANT), de poulet (REpARp).

Les greffes de peau de grenouille ont donné des succès à ALLEN (1884), à PETERSEN (1885). Elles ont été employées pour guérir les pertes de substance déterminées par les brûlures (Vincenr, 1887), par les ulcères variqueux (DuBousqueT-LABORDERIE, 1887), par la rhinite ulcéreuse (BARATOUXx, 1887).

Les zoogreffes empruntées à un animal aussi éloigné de l’homme que la grenouille ne sont pas détruites et n’ont pas un rôle provisoire de protection comme l’a soutenu BErezowsky. Elles vivent pour leur propre compte (ReveRDIN, PETERSEN) ; elles donnent une cicatrice souple et mobile, parfois légèrement pigmentée. Pariant d’une de ses z00greffes, ReveRDIN écrit : « En comparant ce résultat à ceux que je connais, je me demande si, mettant autant de peau humaine que j'ai mis de peau de grenouille, j'aurais eu une réparation aussi rapide et aussi bonne. J’en doute, car j’ai fait beaucoup de greffes dans des circonstances fort variées et jamais je n’ai vu de cicatrisation marcher avec une telle vigueur. »

B. Greffe des productions cornées.— a) Poils et plumes.— Nous savons qu’en semant, sur une plaie bourgeonnante, des poils arrachés avec leur gaine épithéliale externe, on peut obtenir (ScHwEenINGER) l’épidermisation d’une perte de substance. L’ectoderme du phanère joue le rôle de l’ectoderme tégumentaire.

Mais les poils arrachés peuvent-ils être greffés ? Dzonpr aurait transplanté des cils sur une paupière qu'on avait dû restaurer avec la peau de la joue; DigrrenBACH dit avoir greffé des plumes sur le tégument externe des mammifères. P. Berr a répété, sans succès, les mêmes expériences. Il est donc prudent de ne point encore formuler de conclusion ferme sur ce sujet.

b) Ergot. — D’autres productions cornées ont été greffées avec un plein succès. Tel l’ergot de coq qui fut transplanté à diverses reprises sur la crête du coq (DunameL, 1746, Hunter, P. Bert) ou sur l'oreille du bœuf (MAnTeGazza, 1865). Dans cette dernière expérience, l'ergot prit un développement considérable : il atteignit en longueur 25 centimètres et 1l arriva à peser 396 grammes.

C. Greffe des dents. — à) Faits expérimentaux. — Hunrter semble avoir été l’un des premiers à pratiquer la greffe dentaire. 11 transplanta la dent d’un homme sur la crête d’un coq, et une injection lui permit ultérieurement de constater qne les vaisseaux de l'oiseau avaient bourgeonné jusque dans le phanère pour le vasculariser. Une incisive de cobaye de 8 mm., greffée par Puarcrppeaux (1853) sur la crête d’un coq, continua à vivre, et au bout de 10 mois, elle atteignait 13 mm.

C’est surtout aux recherches de Lecros et MAciTor que nous sommes redevables d’expériences suivies sur la greffe dentaire. Ces deux auteurs ont pratiqué 78 expériences. Ils ont emprunté les dents qu'ils transplantaient à des chiens nouveau-nés ou à de jeunes chiens (chiens de 22 à 58 jours). Pareille greffe ne réussit pas sur le cobaye. Elle prend sur le chien dans les conditions bien déterminées. Tandis que les follicules dentaires greffés avec des fragments de mâchoire,se résorbent ou se détruisent par suppuration, tandis que l’organe de l’émail disparaît à la suite de sa transplantation, le germe dentaire se greffe facilement, et il est capable d'évoluer. Dans trois cas (sur 16 expériences)

Lecros et Macrrot ont vu la dentine se former; jamais cependant ces auteurs n’ont vu l'émail se différencier.

b) Faits cliniques. — Depuis longtemps on sait transplanter la dent qui a été extirpée; on la greffe dans l’alvéole qu’elle occupait (greffe par restitution, par réimplantation), dans un autre alvéole du même sujet (greffe par transposition) ou dans l’alvéole d’un autre sujet (greffe par transplantation, homogreffe).

La réimplantation simple est attribuée à ArBucasis (1122). A. PARé en rapporte t un exemple. « Une princesse ayant fait arracher une dent s’en fit mettre une autre d’une sienne demoiselle, laquelle reprint, et quelque temps après elle machait comme sur celle qu’elle avait fait arracher ; cela ay-je ouy dire, mais je ne l’ai pas veu. » Cette réimplantion simple fut pratiquée 380 fois par Léczuse (1755), et étudiée par Joxx Hunter, JouRDAIN, BourDer, FaucHARD, au xvin® siècle. Elle eut ses détracteurs (Dronrs, Porraz, BEL) et cela se conçoit sans peine : la réimplantation ne saurait réussir sur des

dents atteintes de carie ou dé périostite.

Aussi a-t-on tenté la réimplantation après résection radiculaire simple (DELABARRE, ALQUIÉ, CoLEmaAN et Lyons, PrETkIEWICZ) ou accompagnée de drainage alvéolaire, d’excision pulpaire, d’obturations, de résection alvéolaire. Un grand nombre de dentistes ont

publié leurs observations et leurs statistiques.

De ces faits on peut conclure que la dent réimplantée s’est solidement fixée en trois ou quaire semaines ; dès lors elle offre une grande résistance à l'extraction.

Il s’en faut que la greffe réussisse toujours; et, s’il est des dents transplantées qui persistent dix, treize et vingt ans après l'opération, on a vu parfois, au bout de quelques mois, les racines des dents greffées se résorber et la dent tomber.

Ajoutons qu'on a greffé aussi avec succès des dents sèches et stérilisées et des dents dont la racine avait été superficiellement décalcifiée.

Les phénomènes histologiques de la greffe dentaire sont encore mal connus.

Quant à la valeur de la greffe dentaire, elle varie avec l’âge du sujet, et son état de santé ; elle varie aussi avec la dent qui, selon son siège, peut être plus ou moins traumatisée par les mouvements de la mastication. Encore faut-il compter avec la facon dont la greffe a été pratiquée. La simple réimplantalion d’une dent saine a plus de chance de succès qu’une réimplantation d’une dent altérée par résection radiculaire. Les réimplantations des dents sèches paraissent donner moins de succès lointains que les réimplantations des dents fraîchement extirpées. (Voir GErson. Greffe dentaire, Thèse de Paris, 1907.)

D. Greffe des séreuses. — Les greffes péritonéales ont été étudiées autrefois par Kiriac et par REDARD.

Renan», en transplantant de l'épiploon de mouton sur des pertes de substance du tégument externe, aurait pu obtenir une greffe véritable.

Rappelons enfin que les greffes péritonéales (autoplasties par glissement) sont devenues une pratique courante de chirurgie. Employée pour la première fois par CHROBAK (1891), la péritonisation a été généralisée par Quénu (1896), par BARDENHEUER, SNÉGUIREFF et Durer. Elle est utilisée à la suite des diverses opérations pratiquées sur l’abdomen pour recouvrir les moignons d’hystérectomie, les pédicules de tumeurs, etc., toutes surfaces cruentées au niveau desquelles pourront s'effectuer des adhérences péritonéales, source de dangers (étranglement interne) et de douleurs. -

Tout récemment Corniz et Caror ont repris l’étude des greffes d'épiploon. Quand on incise l’uretère, le cholédoque, la corne utérine, la vessie, la vésicule biliaire, quand on excise des canaux et des réservoirs, un caillot sanguin obture bientôt la perte de substance. Si l’on fixe sur ce caillot un lambeau d’épiploon, ou si cet épiploon s’appliqne spontanément sur la perte de substance à l’aide d’adhérences fibrineuses, un canal est reconstitué, qui fonctionne parfaitement. La greffe épiploïque assure tout d’abord l’occlusion de la plaie expérimentale; plus tard, elle constitue le tissu de soutien à la surface duquel les épithéliums cavitaires glissent, se divisent et se greffent par décalque.

Dès la 5° heure après l’incision, on voit, loin de la plaie « les cellules superficielles de l’ancienne muqueuse se détacher et se soulever, le plan de clivage étant sans doute déterminé par une sécrétion liquide. Puis, la couche superficielle étant ainsi désagrégée,

< AS DAME A A PONTS ENT CRU RS N x PR TE en 2 Dire

ses cellules vont s’accoler à la fibrine qui constitue la nouvelle paroi. L’on voit aussi

toute une série des cellules épithéliales qui, d’abord indépendantes, s’appliquent à l’autre

bord. En face d’elles se trouvent des vides apparents laissés à la partie supérieure de l’an-

cienne muqueuse. La couche ainsi constituée est rarement uniforme. Elle manque par

places et n’occupe jamais toute l’étendüie de la nouvelle paroi. Les jours suivants, : les cellules transplantées paraissent aussi vivantes qu’au premier jour, et bientôt chacun

des centres ainsi constitués se multiplie et s'accroît à son tour. » (Carnor.)

E. Greffe des muqueuses. — Les muqueuses ont été utilisées avec succès pour combler les pertes de substance de l'ectoderme cutané ou de ses dérivés.

Houzé pe L'AuLNoit trausplante la muqueuse buccale du lapin et du bœuf sur le derme cutané. Il a eu cinq succès sur 1# tentatives.

Czery et Dsarscæinsxo ont fait des constatations analogues, et ce dernier auteur insiste sur ce fait que la greffe doit être pratiquée sans faire usage de liquides antiseptiques.

Wozrcer a transplanté des muqueuses humaines (muqueuse reclale, muqueuse utérine) au cours d'interventions pratiquées contre le rétrécissement de l’urèthre, et malgré : | leur origine blastodermique, bien différente de celle de l’urèthre,ces muqueuses se sont greffées sans peine. :

Pour montrer la grande vitalité dont sont capables des muqueuses, je rappellerai seulement l'expérience de Bizz07ER0. Cet auteur introduisit sous la peau un fragment de muqueuse buccale de grenouille; 29 jours après la greffe, le mouvement des cils vibratiles persistait encore dans la greffe. ,

Mais cette vitalité des muqueuses est fonction de conditions multiples. Elle varie sans doute avec la muqueuse considérée et avec le milieu au sein duquel cette muqueuse est transplantée.

Un fragment de pituitaire, transporté dans la chambre antérieure de l’œil, perd très vite son mouvement vibratile (Suzzer), et ce mouvement vibratile persiste cependant vingt-quatre heures sur la muqueuse conservée dans la chambre humide.

D’autre part, RiBBEerT, en transplantant dans un ganglion lymphatique un lambeau de conjonctive ou de trachée, a vu les cellules caliciformes entrer les premières en régression. Au bout de six mois, toute trace de la greffe avait totalement disparu du ganglion.

P. Carnor a étudié récemment la greffe de diverses muqueuses (muqueuses vésicale, intestinale, stomacale, de la vésicule biliaire). Des fragments de muqueuse, greffés sous le péritoine soulevé, donnent rapidement naissance à des kystes simples ou multiloculaires dont la paroi est parfois revêtue de végétalions luxuriantes. Le liquide qui distend la cavité n’a jamais les propriétés du suc gastrique si la greffe est pratiquée avec la muqueuse stomacale, et ceci s'explique : les glandes disparaissent ; les éléments haute- E ment différenciés qui les constituent disparaissent : à leur place on trouve des cellules muqueuses (Archives de médecine expérimentale, 1906). Ajoutons que l’autogreffe réussit beaucoup mieux que l’homo ou l’hétérogreffe ; elle paraît mieux réussir quand on greffe la muqueuse sur l’organe qui a fourni le transplant.

F. Greffes viscérales. — Lorsqu'on pratique une entéro ou une gastro-entéroanastomose, lorsqu'on établit une bouche stomacale ou un anus contre nature, lorsqu'on transplante les uretères dans l'intestin ou un morceau de peau dans la vessie (Bryant) on pratique encore une greffe. Comment s'établit donc, en pareil cas, la continuité des tissus ?

Dans le cas de l'anus contre nature, par exemple, j'ai montré avec Quénu que les épithéliums gardent leur structure et leurs caractères originels. À la dernière cellule de revêtement intestinal, disposé sur un seul rang, succède brusquement l’épiderme cutané, de type stratifié; mais la région épidermique qui borde l’orifice anal subit une adaptation fonctionnelle qui se traduit par une modification de structure. Sans cesse baignée par les sécrétions intestinales, qui hâtent sa desquamation, elle prend le type de l’ectoderme muqueux, et son derme, que surmontent des papilles, ne contient ni glande, ni phanères, ni lobules adipeux.

Au niveau de la zone de raccord, tout au contraire, le derme cutané se prolonge en quelque sorte dans le chorion de la muqueuse et dans la tunique musculaire; ils’établit donc une fusion entre ces deux tissus.

G. GREFFE DES GLANDES CUTANÉES. — Quand on greffe dans un ganglion lymphatique des glandes sébacées (RiBserr), on constate que l’épithélium sébacé perd ses propriétés spécifiques dans l’espace de deux mois.

Transplantée, dans d’autres conditions, il est vrai, la mamelle se comporte tout autrement. Chez de très jeunes cobayes, RiBBerT a greffé une mamelle entière sous la peau de chacune des deux oreilles. A l’occasion d’une grossesse, l’auteur constata qu’une des mamelles transplantées de la sorte se tuméfia et laissa sourdre du lait. Rigserr pratiqua son ablation : la glande avait gardé sa structure normale, bien qu’elle eût été greffée loin de son territoire originel, bien qu’elle eût perdu ses connexions nerveuses. Une seconde grossesse survint, mais la seconde mamelle transplantée ne présente aucune des modifications qui caractérisent la lactation.

H. Greffes de pancréas. — Les recherches physiologiques de ces dernières années ont établi que le pancréas se comporte à la fois comme une glande à sécrétion externe et comme une glande à sécrétion interne.Quand le canal pancréatique est lié ou réséqué, la glande s’atrophie et fonctionne seulement comme glande à sécrétion interne. Aussi l’animal ne devient-il point glycosurique. Il semble qu’il en doive être de même quand on pratique une greffe de pancréas.

Mourer a eu l'occasion (1895) d'examiner 16 greffes pancréatiques, pratiquées par Hépow, dans le tissu cellulaire sous-cutané. Mourer a vu les canaux excréteurs se dilater et se transformer en kystes; l’épithélium des acini se desquame et les acini sont étouffés par la sclérose conjonctive. Maïs desîlots de LaNGERHANS, qui sont les organes de la sécrétion interne (LaGuEssEe) l’auteur ne nous dit rien.

Tout récemment, LAGUEsSE a montré (greffes de 3 mois et 2 jours) ce fait intéressant que la sécrétion endocrine persistait dans les greffes pancréaliques. Elle se localisait, non plus dans des îlots, mais sur des éléments « disséminés le long des tubes pancréatiques primitifs persistants » (LAGUESSE).

I. Greffes de glandes salivaires et de foie. — Au dire de ZiEGLER, les greffes de foie seraient vouées à l’atrophie. RigBerr a pratiqué des greffes de glandes salivaires et de foie. L’épithélium sécréleur de ces organes disparait (foie) ou prend les caractères de l’épithélium qui revêt les canaux excréteurs (salivaires). Quant aux canaux excréteurs, ils prolifèrent (foie) et prennent un aspect identique à celui qu’on observe au cours de certaines cirrhoses. D’autres expérimentateurs sont arrivés aux mêmes résultats.

J. Greffes de rein. — En transplantant de petits fragments de rein dans des ganglions lymphatiques, Rissert a noté que l’épithélium des tubes contournés perd rapidement sa forme et sa striation. Au bout de quelques semaines, le rein est complètement résorbé.

P. CarnoT, R. MARIE ont vu la greffe donner naissance à de pelits adénomes; mais ces faits sont, disent-ils, exceptionnels.

K. Greffe de corps thyroïde. — La greffe de corps thyroïde à pris un intérêt de premier ordre du jour où l’on a connu la physiologie da corps thyroïde et la pathogénie du myxædème. On à vu dans la greffe un procédé commode pour enrayer et faire disparaître les accidents de la cachexie strumiprive.

La greffe de corps thyroïde a été pratiquée chez l’homme par LANKELONGUE (1890), par Berrencour et SerRANO, par MerkLen et WaLrHer. Elle a été étudiée chez les animaux par de nombreux auteurs (Scmirr, GARLE, FANO, Fanpa, Zuccaro). On sait aujourd’hui que l’autogreffe (EisezBerc, 1892), que l’homogreffe (expériences de Scogso et Lamart chez le chien (1892), de Canozzaro (1892) chez le chien et le chat, que l’hétérogreffe (Ucnerri, peuvent donner des succès.

Les recherches anatomiques de Cristian ont établi que pour le corps thyroïde, greffé dans la cavité péritonéale du rat, les cellules se tuméfient, puis entrent en prolifération. Un corps thyroïde se reconstitue du centre de la greffe vers la périphérie; sa régénération est complète, au bout de 3 mois. La glande ainsi greffée ne s’atrophie point. Zuccaro, tout au contraire, aurait vu la glande transplantée sous la peau dégénérer peu à peu et laisser finalement, à sa place, un nodule fibreux.

Mais la greffe est-elle capable de fonctionner comme le corps thyroïde lui-même et de le suppléer, physiologiquement parlant ? Une expérience d’EiseLBERG (1892) démontre qu'il en est bien ainsi. Cet auteur extirpa les deux lobes de la glande et greffa l’un d'eux

entre le péritoine et l’aponévrose profonde de l’abdomen. Il ne constata aucun trouble sur l’animal en expérience. La greffe avait donc les propriétés du corps thyroïde luimême,comme le prouva une contre-expérience. EisezBerG pratiqua l’ablation de la greffe qui s'était vascularisée, et instantanément éclatèrent les accidents bien connus du myxædème.

Fait intéressant, la greffe semble entrer en fonction très rapidement, bien avant même qu’elle ne soit pénétrée par les vaisseaux du porte-greffe. Des malades qui avaient subi la greffe thyroïdiene ont vu l'amélioration de leur état se manifester le lendemain du jour où le chirurgien avait pratiqué sur eux la transplantation de la glande.

L. Greffes des capsules surrénales. — Depuis CanaLis (1887), quelques auteurs ont tenté de greffer les capsules surrénales dans le sac lymphatique dorsal de la grenouille, (LanGLois), dans le péritoine, daus la musculature du dos ou de la paroi abdominale, contre la dure-mère, sous la peau, dans le rein. Les expériences ont été pratiquées chez les animaux les plus différents (grenouille, rat, lapin, cobaye).

Souvent la greffe s’est résorbée (GourFEIN, BoiNET, HULGREN et ANDERSON, STREHL et O0. Weiss).

D’autres fois elle a persisté. C’est ainsi que Porc (54 observations) à vu dans 23 cas une petite partie de la substance corticale se conserver ou se régénérer. Dans tous les cas, la substance médullaire était détruite et remplacée par du tissu conjonctif (1899).

ScxmiepEN (1902) a obtenu des résultats favorables de la greffe surrénale, et H. Curis- TIANI, en collaboration avec Mme A. CarisriAnt, a repris l’étude histologique d’une pareille transplantation; il a vu que « les capsules surrénales du chat transplantées soigneu= sement dans la cavité abdominale reprennent toujours, mais la substance corticale seule se régénère d’une façon apparemment parfaite ; la substance médullaire s’atrophie, dans la règle, complètement. Cependant, dans les greffes fractionnées, cette atrophie n’est pas toujours totale : on peut suivre pendant quelque temps l’évolution de quelques groupes de cellules de substance médullaire ». Malheureusement, ces auteurs ne donnent point une description cytologique de leurs observations : les réactifs dont ils se sont servis (bichromate) ne sont pas de ceux qui permettent une étude suffisamment précise d’un organe aussi délicat que la surrénale. |

Examinons maintenant le rôle de la greffe capsulaire, ABecous (1892) a détruit au bout d’un mois les capsules surrénales de 8 grenouilles auxquelles il avait pratiqué, au préalable, la greffe capsulaire. Les grenouilles survécurent. Quinze jours plus tard, il détruisit les greffes. Six de ses huit grenouilles moururent en 3 ou 4 jours; une septième mourut au bout de 12 jours, dans un état d’amaigrissement considérable; la dernière s’échappa. De celte série d'expériences, il résulte que la greffe suppléa la capsule surrénale absente, au moins durant 15 jours.

Pour CHrisriAni, tout au contraire, la greffe de capsule surrénale n’assure jamais la survie du rat qui a subi la capsulectomie totale.

M. Greffe du testicule. — C’est Hunter qui le premier tenta de greffer le testicule. Il transplante la glande sexuelle du coq dans la cavité abdominale de la poule, et déclare que le testicule continue à vivre sans atrophie apparente.

Mais les recherches de GogeLr, de RigBerT, celles d’ALessanpri, les travaux récents d’'Hercitzka (1899) et de Foa(1901) nous ont appris que le testicule ne peut être greffé sans voir son tissu dégénérer, qu’on s'adresse aux Vertébrés inférieurs, au Triton (HerurrzrA) ou aux mammifères. Le testicule se transforme en un bloc de tissu conjonctif plus ou moins bien vascularisé.

RigBerT, en transplantant des fragments de testicule dans des ganglions lymphatiques, a vu les spermatozoïdes et les cellules de Serrou disparaître au bout de six jours. Les mitoses devenaient de plus en plus rares; la lignée séminale perdait sa disposition stratifiée. Les tubes séminipares étaient revêtus de quelques spermatogonies et surtout de cellules, que l’auteur qualifie d’ « indifférentes » ; certains canalicules étaient oblitérés ou transformés en kystes (17 jours); d’autres avaient perdu leur épithélium; ils étaient réduits à une paroi propre plus ou moins revenue sur elle-même.

L'épididyme, greffé avec le testicule, perd sa fonction, mais, à l'inverse du testicule, il garde sa structure normale. Pareil fait n’est pas isolé. Nous avons eu l’occasion de montrer, FÉtIZer et moi, que le testicule ectopique présente des phénomènes dégéné-

ratifs, de tous points comparables à ceux qu’on relève dans le testicule transplanté: mais là encore le tractus épididymaire ne subit aucune altération régressive. Il continue à élaborer ses grains de sécrétion, bien que cette sécrétion paraisse désormais inutile.

En réalité, la greffe du testicule est complexe. Le testicule n’est pas seulement l’organe au niveau duquel s’élaborent les spermatozoïdes ; c’est encore une glande à sécrétion interne, puisqu'il est pourvu, comme l'ovaire, d’une glande interstitielle.

Que devient la glande interstitielle d’un testicule greffé ? Persiste-t-elle, comme le fait s’observe sur les testicules séparés de leurs voies d’excrétion ? On l’ignore, et je ne sache pas que des recherches suivies aient été entreprises sur ce sujet.

Quant aux tubes séminipares du testicule transplanté, ils dégénèrent, nous l’avons vu. On a pourtant essayé d'éviter cette dégénérescence. MaucLAIRE, sur un sujet qui avait dû subir l’extirpation de l’épididyme et du déférent, a avivé les deux testicules et a suturé leurs surfaces d’avivement. Il espérait que les sécrétions spermatiques du testicule sans épididyme pourraient se déverser dans les canalicules du testicule sain. Deux ans après l'intervention, le malade mourut de tétanos. MAUGLAIRE put recueillir le corps du délit et me le confia. Les canalicules des deux testicules, bien qu’accolés, ne communiquaient pas ; ceux du testicule sans épididyme n'avaient pour tout revêtement que des cellules de SerroLr, ceux du testicule opposé possédaient une lignée séminale absolument normale.

N. Greffe des ovaires. — La greffe des ovaires a donné d’intéressants résultats à KwauEr (1896), à GRÉGORIEV (1897) et à RIBBERT.

KnauER a transplanté les deux ovaires d'une lapine sous le feuillet postérieur du ligament large. Par une laparotomie, il s’est assuré, 13 mois plus tard, que la greffe ne s'était pas résorbée. Trois mois après cette constatation, la lapine mit bas deux petits, qui tous deux étaient à terme et normalement développés.

L’autogreffe réussit donc aisément, comme l’a également constaté HErLITzKA (1900).

L'homogreffe est plus sujette aux insuccès. Dans 40 expériences, HERLITZKA à vu 39 fois l'ovaire greffé dégénérer soit en totalité, soit en partie. Foa cependant s’était appliqué à rechercher (1901) les conditions qui favorisent la greffe ou lui font obstacle.

Il a constaté que l’ovaire fœtal de Ia lapine peut être greffé chez le lapin; il se développe un moment; il entre secondairement (3 à 6 mois) en régression.

Quand l'ovaire est transplanté chez une lapine, sa destinée varie. Quand le portegreffe est jeune ou pubère, la greffe prend le type de l'ovaire jeune ou pubère; quand le porte-greffe est vieux, la greffe se résorbe (Foa) après avoir dégénéré. Cette dégénérescence s'effectue de plus en plus vite; elle atteint successivement l’ovule, les cellules folliculeuses et le stroma. Elle frappe en dernier lieu la zone médullaire de la glande. (HERLITZKA.)

Quant à l’hétérogreffe, elle a donné des succès à Fiscx.

LourAcHEevitCx (1901) a pu greffer l’ovaire des carnivores sur les herbivores, et l'expérience inverse a également réussi dans ses mains. En s’entourant de précautions minutieuses, en fixant l’ovaire par son méso, sans passer de fils dans l’épaisseur de la glande, Louracnevircx à noté que la glande fonctionne. Toutefois il n’a jamais vu de grossesse survenir, malgré des rapports fréquents, quand les animaux avaient été ovariotomiés avant de subir la greffe ovarique. Plus ou moins vite, parfois seulement au bout de 3 ans, la greffe s’atrophie ou s’infiltre de sels calcaires.

La greffe ovarique a encore été étudiée expérimentalement par Mac CONE, MARCHESE, PREOBRACHENSKY, KATSOH, SCHULTZ, avec des résultats variables.

Somme toute, en négligeant les faits négatifs qui sont peut-être imputables à des fautes de technique (suppurations, etc.), il semble que l’ovaire se greffe. Que la greffe ait été pratiquée dans la paroi abdominale ou dans l’utérus, les follicules et les ovules y persistent plus ou moins longtemps.

Notons encore un fait intéressant : quand la greffe ovarique se fixe bien, l’utérus demeure normal ; dans le cas contraire, l'utérus s’atrophie (RoBinsrein), et cette constatation confirme les examens publiés antérieurement sur l’état de l’utérus après l’ablation des annexes. En d’autres termes, l'intégrité de l’utérus est fonction de l'intégrité de l'ovaire. Les choses en étaient là quand l’étude du corps jaune est venue donner un regain d'actualité à la greffe de l'ovaire.

Des travaux récents sont venus montrer que l'ovaire n’est pas seulement l'organe où sont déposés les ovules qui doivent assurer la continuité de l'espèce; c’est encore une glande à sécrétion interne dont les recherches de Sogsorra, Limon, BouIN, FRAnNkEL ont élucidé la structure et le rôle fonctionnel. Et Limon s’est spécialement occupé de la glande interstitielle dans les ovaires transplantés. (Journal de physiologie et de pathologie générale, 864-874, 1904.) Ses résultats peuvent se résumer d’un mot : la glande interstitielle dégénère dans un premier temps, puis se régénère secondairement,

Les troubles variés consécutifs à la castration ovarienne sont bien connus des chirurgiens, et CroBak, pour y remédier, eut l’idée de pratiquer des greffes ovariques.

Ce fut Morris (1895) qui les pratiqua le premier. Successivement, on a greffé l'ovaire sous le péritoine (Morris, MARTIN, TurriEr, GLass); dans la trompe avivée (Frank, Mornis, DELAGENIÈRE) ; dans l’utérus (Dupzey); sous la peau (MaucLaiRe, Turrier). L'examen des observations montre que les malades semblent avoir bénéficié largement de la greffe ovarienne (disparition des phénomènes douloureux, réapparition des règles). En un mot, la sécrétion interne de l'ovaire, restituée à l'organisme, à amendé ou fait disparaître les troubles consécutifs à la castration.

Mais les ovaires transplantés sont-ils capables de concourir à la reproduction de l'espèce ? On l’ignorait, jusqu’au jour où R. Morris publia un fait décisif :

Le 11 février 1902, chez une femme de 21 ans, qui n’avait pas eu ses règles depuis deux ans, il opéra l’ovariotomie double, et, à la place des ovaires sclérosés, il greffa des lambeaux d’ovaires sains prélevés sur une femme qu'il venait d'opérer pour un prolapsus utérin. Quatre mois après l’opéralion, les règles apparurent; la malade demeura cinq mois sans être menstruée, puis la menstruation s'établit régulièrement. Le 15 mars 1906, la jeune femme accouchait d’une fille.

0. Greffes cérébrales. — W. G. THompson (1890) a pratiqué des greffes cérébrales.

Deux chiens, A et B, furent trépanés dans la région occipitale; l’auteur excisa un morceau de substance cérébrale; il combla la perte de substance que présentait le chien A avec le morceau de cerveau du chien B, et inversement. Au bout de trois jours, les greffes adhéraient au cerveau à l’aide d’un exsudat fibrineux.

THomPsox a également pratiqué des greffes hétéroplastiques. Il a greffé du cerveau de chien sur le cerveau du chat, et du cerveau de chat sur le cerveau du chien.

Il a enfin pratiqué l’examen des greffes qu’il avait pratiquées. Un chien qui avait subi, dans la région occipitale, la. greffe d’un morceau de cerveau de chat, fut sacrifié 7 semaines après l'expérience. L’encéphale fut durci dans le liquide de Müzcer et débité en coupes. La pie-mère était réparée. La greffe cérébrale était unie par du tissu conjonctif et par des vaisseaux au reste du cerveau. Et dans cette greffe, à côlé de cellules en dégénérescence granuleuse, il existait des cellules absolument normales. |

P. Greffes oculaires. — a) Greffes de segments de l’œil. Quand on greffe sous la peau le corps vitré ou la choroïde (ZAHx), on voit ces deux membranes disparaître : toutefais la choroïde laisse sa trace sous forme d’une tache pigmentaire.

La transplantation de la cornée a été tentée depuis longtemps. L'historique de fa question est exposé dans le travail de Ficx, et il commence à Mosner (thèse de Tubingen, (1823). Les greffes cornéennes ont donné des succès opératoires (HiPPEL, Power, etc.). Voici ce que nous apprend l'étude histologique de pareilles greffes (Ficx). L’épithélium cornéen se continue de la greffe sur le porte-greffe, mais au niveau de la greffe il est considérablement épaissi ; il peut être stratifié sur 15 ou 20 couches. Le tissu cornéen de la greffe est d'aspect variable ; il est séparé de la cornée du porte-greffe par une ligne de démarcation nette ; les fibrilles qu’on y trouve sont flexueuses et non plus disposées parallèlement à la surface de la membrane. Ce tissu se montre enfin fréquemment envahi par des cellules géantes, par des cellules pigmentaires et même par des vaisseaux. La membrane de Descemer et l’épithélium qui la double font parfois défaut au niveau du lambeau transplanté. Dans d’autres cas, la basale postérieure et son revêtement ont l'aspect d’une bandelette irrégulièrement plissée. Elle se perd dans le tissu qui relie La greffe à l'iris.

Les transplantations de la conjonctive du lapin sur l’œil humain ont donné un certain

nombre de succès. Elles ont été étudiées par Heizserc, Posr, Wozr, de Wecxer et de GRAMMONT.

LR ESS

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