‹ Dictionnaire de physiologie (volume 2)Chapitre 12 sur 212 · LA · texte numérisé non relu

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b) Greffes de l'œil embryonnaire. FéRé, en transplantant sous la peau des oiseaux des yeux d’embryon de poulet, a vu la greffe, mobile tout d’abord, se fixer, et donner au tégument une coloration noire (pigment choroïdien). La greffe se résorbe quand elle est isolée ; quand on transplante au contraire plusieurs yeux, on voit la greffe doubler ou tripler de volume ; un certain nombre des yeux greffés se résorbe (3 sur 8 dans une observation de FéRé), mais la greffe persiste longtemps (16 mois et davantage): elle est devenue kystique, et souvent elle s’est réduite à une masse dont la structure est celle de la sclérotique des oiseaux.

Greffes de l'œil adulte. La greffe oculaire a été tentée chez l’homme sans succès {Bara- BAN et RœHMEr). Pareil résultat n’est pas fait pour nous étonner. En supposant qu'il trouve sur le porte-greffe les vaisseaux capables d'assurer sa nutrition, le globe oculaire a des connexions nerveuses si importantes qu’elles ne peuvent être suppléées.

Baragan et Rœumer ont suivi l’atrophie de la greffe oculaire pratiquée dans le péritoine du cobaye. Ils ont constaté que sclérotique, choroïde et cornée ne dégénèrent pas d'emblée : elles gardent quelque temps leur vitalité. La cornée ne tarde pas à se vasculariser et à s’opacifier.

Buzcor et Loz ont repris les expériences de BaraBan et de RœHmer; la cornée s’épaissit et s’opacifie, disent-ils, quand son épithélium est conservé. Elle reste transparente et mince quand cet épithélium fait défaut. Dans le premier cas, la membrane de Descemer et son endothélium disparaissent; dans le second, ils gardent leur intégrité.

Q. Greffes d'organes sensoriels. — L’oreille, le nez (GARANGEoOT), détachés de leur point d'implantation, ont pu être greffés à la place qu’ils occupaient.

R. Greffes de segments de membres. — Les greffes de phalanges et de doigts, séparés de la main, ont été pratiquées avec succès. De telles transplantations ne se comptent plus. Elles ont été observées par les anciens (LeuwENHŒCK, FioravenTI, etc.). Caprar, dans son article du dictionnaire de DEcrauBre, relate une série de faits de cet

ordre et apporte une observation personnelle : dans un article très documenté,

BéRANGER-FÉRAUD a pü compulser 224 observations de ce genre (Gazette des hôpitaux, 1870).

Pauz Bert a dénudé l'extrémité de la queue chez le rat; il l’a introduite dans une boutonmère pratiquée dans la peau (sur le nez, par exemple) et l’a fixée dans cette position (greffe par marcotte). Quelques jours plus tard, P. Bert! sectionna, à sa base, la queue de l'animal en expérience. Cette queue, alors insensible, à pu réagir quelques mois plus tard; l’animal sentait quand on pincçait sa queue, et le siège de l’excitation finit par être exactement localisé. De cette expérience, BErr a conclu que la conduction nerveuse s’est rétablie et qu’elle se fait dans les deux sens; il n’existe aucune différence de nature entre les nerfs moteurs et sensitifs. Les deux ordres de conducteurs ne sont caractérisés que par leur cellule d’origine.

Une autre expérience de P. Bert montre assez que la greffe est capable d'évoluer pour son propre compte. Vient-on à amputer la queue d’un jeune rat, à l’écorcher, puis à l’introduire sous la peau, la queue continue à s’accroître et présente les phénomènes d’ossification dont elle est normalement le siège. Il ÿ à plus : quand cette queue, greffée sous la peau, vient à être fracturée,elle se répare comme à l’état normal.

Baronio a réussi à greffer l’aile d’un serin et la queue d’un chat sur la crête d'un coq.

S. Greffe de la rate et des vaisseaux. — PaiLiPPEAUx (1898) à pratiqué des homogreffes de rate sur le rat albinos. Au bout de trois mois et six jours, il trouva la rate qu'il avait fixée augmentée de volume.

D’autres organes vasculaires se prêtent également à là greffe : tels les artères et les veines : en greffant ainsi l’un sur l’autre des artères et des veines, on peut invertir le sens de la circulation sanguine.

IV. GREFFE D'ORGANISME. A. Greffe d'œufs. — On peut regarder comme une gretfe le curieux phénomène qu’on observe chez le Pipa. «Les œufs sont placés

1. La greffe échappe donc à la loi de polarité : la queue est greffée, non plus par sa base, mais

par son extrémité; elle à alors une situation diamétralement opposée à celle qu'elle occupe dans l'organisme normal. |

par les mâles sur le dos des femelles aussitôt après la ponte; et, la peau de cette partie du corps se gonflant, ils se trouvent logés en autant de poches dans lesquelles ils se développent. » (M. Duvar.)

B. Greffes de blastodermes. — En transplantant un blastoderme sous la peau du flanc chez le coq, FÉéRÉ a vu la greffe demeurer parfois un an sous la peau avant de se résorber.

C. Greffes de larves et d’embryons. — Les greffes de cet ordre ont été rarement pratiquées.

Chez les invertébrés, CramPron (1878) a pu greffer les chrysalides de lépidoptères d'espèces différentes, et, dans un cas, il aurait vu la coloration du tégument se transporter de l’un des individus sur l’autre.

Chez les vertébrés, Born, après VuLpian, a récemment publié les résultats de curieuses expériences entreprises sur des larves de grenouille comestible, longues de trois millimètres.

Il a obtenu la greffe des deux moitiés d’une larve sectionnée tantôt en travers, tantôt en long, etla greffe de deux larves différentes. Il a greffé la moitié postérieure d’une larve à la moitié antérieure d’une autre larve; et, en pareil cas, le segment antérieur commandait les mouvements de la queue. Borx à pu souder 2 larves par leur face ventrale; il a pu souder entre elles les moitiés antérieures de 2 larves et la même expérience a réussi sur les moitiés postérieures de 2 autres larves. Sur la face ventrale d'un tétard, il a obtenu la réunion de la moitié antérieure ou de la moitié postérieure d’une autre larve.

Des expériences du même ordre ont été également réalisées avec des larves d’espèce et de genre différent (Rana, Bombinator, Triton), mais les monstres qui proviennent de la greffe de deux animaux de genre différent vivent moins longtemps (3 semaines) que les monstres issus de la greffe d'individus de même espèce (4 semaines).

Je me borne à rappeler que toute trace de soudure disparaît très vite entre les 2 individus greffés de la sorte. Quand la section intéresse l’ébauche d’un des yeux, Born a vu se développer 2 cristallins aux dépens de cette ébauche unique. En revanche, les deux moitiés sectionnées d’un cœur se réunissent pour former un cœur unique. Notons encore un fait intéressant : quand l’animal fusionné possède 2 cœurs, ses 2 cœurs fonctionnent indépendamment l’un de l’autre; leurs battements peuvent n’être pas être synchrones, et même ils peuvent être de nombre différent.

Pauz BErT, reprenant une idée de GraTiocer, sur la genèse des monstres doubles, tenta sans succès la greffe d’embryons renfermés dans les cornes utérines.

Enfin ZaHn (1877), LéoPozn (1882), FÉRÉ et ses élèves ont greffé sous la peau de vertébrés, des embryons de même espèce (voir ÉLias, thèse de Paris, 1899), et certains des tissus de ces embryons peuvent se développer pendant quelque temps,

D. Greffe d'animaux adultes. — Les groupes zoologiques les plus différents se prêtent à la greffe.

Les greffes ont été réalisées entre autres chez les protozoaires (myxamibes, ciliés, rhizopodes, ProwAzex), chez les hydraires (ENGELMANN, Nusspaum, IscHiRkAwWA, WETzeL), chez les astéries (Kinc), chez les lombrics (RaBes, Jœsr, Korscuezt) et chez les mammifères (P. BERT).

a) Hydres. — Énasue Darwin (1810) rapporte que BLumENBAcE put obtenir la greffe des hydres. Pour ce faire, il coupait en deux morceaux des hydres de couleur différente ; il enfila alors sur un tube de verre le segment supérieur d’une des hydres et le segment inférieur de l’hydre d’espèce différente.

La possibilité de faits de cet ordre a été mise en doute dans ces dernières années; .

mais G. WeTzez a démontré l'exactitude des observations anciennes. Il a pratiqué des auto et des homogreffes (greffes légitimes de WETzEL); il a vu la soudure s'effectuer, sans cicatrice apparente, entre les 2 moitiés de l’animal, et cette soudure qui commence par l’ectoderme et par l’endoderme, finit par les tissus de soutien.

Dans les hétérogreffes (greffes illégitimes de Werzez) WerTzez a eu des résultats variables. Hydrea grisea et H. fusca peuvent se greffer, mais la zone de soudure est marquée par un rétrécissement. L’ectoderme et l’endoderme de lun des individus s'unissent aux feuillets homologues de l’autre individu, mais tissus de soutien et élé-

ments ganglionnaires ne se greffent pas. L’excitation portée sur l’un des individus ne se transmet pas à l’autre individu. En revanche Hydrea viridis et H. fusca, H. viridis et H. grisea ne se soudent jamais d’une facon durable. Quand la fusion a pu se produire, les individus se séparent spontanément l’un de l’autre, au bout de 2 ou 3 jours.

Après avoir greffé entre les deux extrémités d’une hydre retournée la partie moyenne d’une hydre non retournée, WerTzeL, comme ENGezuaun, Nusspaum et [scHikAawa, n’a pu empêcher l’hydre de se « retourner » malgré l'emploi d’ingénieuses techniques. L’hydre se contourne de mille façons : la soudure ne s’effectue jamais qu'entre feuillets de même nature.

b) Lombrics. — Joesr a réalisé sur le lombric d’intéressantes expériences. Il à pu obtenir des auto, des homo et des hétérogreffes. En utilisant les anesthésiques, qui suppriment la tendance qu'a le lombric aux amputations spontanées, en conservant ses sujets dans du papier à filtre humecté d’eau, pendant trois ou quatre semaines, et plus tard dans la terre, Joesr a montré que :

Si l’on soude, par leurs surfaces vives, les extrémités opposées de deux lombrics; la greffe réussit. Si les parties greffées appartiennent à des lombrics d’espèce différente, les segments coaptés gardent leurs caractères spécifiques.

Si la réunion est effectuée de telle façon que la face dorsale de l’un des individus soit dans le prolongement de la face ventrale de l'autre lombric, l’animal se tord sur lui-même, au niveau de la zone de ERRAR de manière à ramener vers le sol toutes ses soies locomotrices.

D'autre part, ici, comme dans eos de cas, la greffe n’est pas soumise à la loi de polarité.

On peut réunir par leur surface de section deux extrémités céphaliques : on obtient de la sorte un ver à deux têtes; le lombric se nourrit par l’une et l’autre tête; mais, comme il ne peut évacuer les produits de sa digestion, il meurt au bout de quinze ou seize jours.

Enfin Jorsr à établi que la greffe échoue quand elle donne naissance à un animal plus long que l'individu normal; elle réussit quand l'individu, PAQGUIE de la sorte, est plus court qu’un lombric normal.

c) Mammifères. — Enfin, chez les mammifères, PAUL BERT à réussi à greffer l’un avec l’autre deux organismes adultes.

Il a pu voir se souder, en 5 ou 6 jours, deux rats sur lesquels il avait pratiqué, au niveau des flancs, deux larges pertes de substance. Et cette greffe « siamoise » a montré des faits importants : des communications vasculaires et nerveuses se sont établies entre les deux organismes. L’atropine injectée à l’un des rats détermine sur les deux animaux greffés la done de la pupille.

Pauc Bert a également tenté la greffe du rat et du cobaye, celle du rat et du chat; des débuts d’adhérences ont pu s'établir, mais ce physiologiste n’a jamais obtenu un

succès complet, en raison, dit-il, de la « difficulté à maintenir tranquilles des animaux si peu propres à fraterniser! ».

En somme, la plupart des cellules, des tissus, et des organes, peuvent se greffer, si l’on table sur les expériences positives, les plus probantes de toutes. Sans doute, la greffe à donné des résultats contradictoires ‘aux divers expérimentateurs. A cela rien d'étonnant. Nombre de greffes ont été tentées à une époque où Pasepsie était inconnue. Nombre d'entre elles ont été pratiquées dans des conditions trop différentes pour qu'on puisse en comparer les résultats. La plupart des examens histologiques qu’on a publiés autrefois demanderaient à être repris.

Quant à la physiologie de la greffe elle-même, son histoire mériterait d'être complétée sur nombre de points.

1. Nous laissons ici de côté la question des greffes de tumeurs et des tissus pathologiques.

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