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TRAITEMENT DES HÉMORRAGIES

Une fois l’hémorragie arrêtée par un des nombreux moyens dont dispose la chirurgie, un premier soin auquel on a pensé depuis longtemps consiste à remplacer le sang perdu. — Cela peut se faire, soit par une transfusion de sang pur, soit par l’injection d’une solution saline, soit enfin par un mélange de cette solution et de sang.

La description qui va suivre sera très sommaire. Le lecteur trouvera à l’article Transfusion les détails concernant l’historique de la question, la technique à suivre et les indications de ce moyen thérapeutique.

!) La transfusion de sang pur peut être immédiate ou directe, quand on relie une artère de l’animal qui fournit le sang à une veine de celui qui doit le recevoir. Cette transfusion a été pratiquée pour la première fois par Lower (1665) sur des animaux, et sur l’homme par Denys (1667). |

À cause des nombreux accidents occasionnés par cette opération, elle a été prohibée en France en 1668. — BLunpeL l’a reprise en 1818 et à partir de cette époque de nombreuses recherches de physiologie expérimentale ont mieux précisé les conditions qui doivent être réalisées dans la pratique de la transfusion sanguine.

Parmi ces conditions il y en a deux qui sont essentielles :

a) Le sang transfusé doit provenir d’un animal de la méme espèce, vu que les élements figurés du sang, et spécialement les globules rouges, d’un animal peuvent être détruits par le plasma d’un autre animal d'espèce différente. — Ainsi le plasma du chien possède une propriété globulicide très intense pour le sang du lapin. — En dehors de cette action sur les globules rouges, le plasma peut contenir différentes substances (ferments, antiferments, anticorps), qui sont toxiques d’une espèce à l’autre. —Il ya cependant des cas où la transfusion a pu être pratiquée sans danger entre des organismes d'espèces différentes. Ainsi Domintier à fait une transfusion directe de la carotide du chien dans la veine d’un homme atteint de phtisie. Immédiatement après l’opération, le malade a manifesté quelques malaises, vertige, frissons, etc., qui ont disparu assez vite. — Une certaine amélioration dans l’état du malade a pu être constatée.

b) Dans la transfusion directe, il faut éviter la formation de caillots dans les tubes qui relient les vaisseaux. — Les moyens dont on dispose actuellement pour empêcher cette coagulation sont insuffisants, et on compte encore beaucoup plus sur la rapidité de l’opération que sur tout autre dispositif.

2) La transfusion de sang défibriné a été conçue justement dans le but d’écarter les dangers de coagulation intravasculaire. Mais, dans ce cas, il faut d’abord s’assurer que le sang transfusé est entièrement dépourvu de particules de fibrines ou de bulles d’air.

Bizz0ZER0 et Saxcurrico ont démontré que les globules rouges résistemt très bien aux actions mécaniques nécessaires pour défibriner le ‘sang. Ainsi, sur un chien de 23 kg,

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ces auteurs ont pratiqué 8 saignées de 935 grammes environ chacune. Le sang défibriné après chaque hémorragie était réinjecté dans les vaisseaux de l'animal. L'opération a duré environ 3 heures, la fibrine à diminué progressivement, et la huitième saignée n’a fourni qu’une quantité insignifiante de fibrine.

L'animal a survécu, et l’examen de son sang a montré à Bizzozero et SANcurrico que les globules rouges étaient assez bien conservés malgré les manipulations auxquelles ils avaient été soumis. Ces recherches prouvent, contrairement à l'opinion de Havyem et de Orro, que la transfusion de sang défibriné peut être pratiquée si l’on prend les précautions nécessaires.

En cas d’hémorragie surtout, cette transfusion, comme les injections de solutions salines, rétablit vile la masse du sang et par suite la pression artérielle. Elle offre sur les injections salines le gros avantage d’apporter à l'organisme des globules rouges qui peuvent fonctionner au moins jusqu’à la rentrée en fonctions de nouvelles hématies produites par les organes hématopoïétiques.

Après les travaux d’Arraus et PAGÈs sur la décalcification du sang au moyen de l’oxalate de potasse, WriGxr s’est servi de cette méthode pour empêcher la coagulation du sang qu'il devait transfuser. Il a vu que le sang rendu ainsi incoagulable est très bien supporté après l’hémorragie et que les globules rouges ne subissent pas de modifications appréciables.

3) Transfusion des mélanges de sang défibriné et de solutions salines isotoniques. — MaArsHaL a eu l’idée de mélanger le sang défibriné à une solution de chlorure de sodium à 0,6 pour 100 dans la proportion de 1 vol. de sang pour 9 vol. de ‘solution saline. Les expériences ont été faites sur le lapin, et la saignée a varié entre 1/3 et 3/7 de la masse totale du sang, celle-ci étant calculée à 1/19 du poids du corps.

Cette pratique offrirait un double avantage : d’une part, ce mélange suffirait aux besoins urgents de la circulation et, d’autre part, il exercerait une action stimulante sur les organes hématopoïétiques, de sorte que la durée de la régénération des hématies serait abrégée.

Malgré la grande dilution de ces mélanges, ils contiennent encore une certaine quantité de sérum sanguin, et nous avons vu plus haut que la toxicité du sang défibriné est due en grande partie à son sérum. Pour enlever tout ce sérum, HÉDON a pratiqué un vrai lavage des globules rouges au moyen d’une solution de NaCI à 9 0/00 ou NaCI et PO*Na?H. On sépare par centrifugation les globules de la solution saline qui les contient et on peut ainsi renouveler plusieurs fois le liquide de lavage. Finalement on a des globules sanguins en suspension dans la solution saline : la transfusion d’un pareil mélange est de beaucoup supérieure à la simple solution de sel.

Quand il s’agit de globules provenant d’un animal de la même espèce, ils se conservent très bien, une fois introduits dans l'appareil circulatoire. Les expériences de Hépow, faites sur le lapin et sur le chien, prouvent que les animaux peuvent être sauvés ainsi, même après des hémorragies tout à fait déplétives. On démontre de la même manière qu’on peut transfuser à un animal des globules rouges provenant d’une espèce différente sans que la mort s’ensuive. Cette innocuité s’observe entre les espèces dont le sérum ne jouit pas de la propriété d’agglutiner les globules rouges étrangers que l’on vient de transfuser.

4) Transfusion de solutions salines. — Une analyse plus détaillée des effets de l’hémorragie prouve que le peu de globules qui restent dans l’organisme après une grande perte sanguine pourrait suffire au strict nécessaire de l’hématose à la condition qu'ils pussent circuler comme à l’état normal. Les anémies dues à la destruction des globules rouges viennent à l’appui de cette opinion. Ce n’est donc pas le manque de globules qui fait péricliter la vie. Ce qu'il faut de toute nécessité, c’est un volume de sang minimum, absolument indispensable pour que la circulation puisse se faire. On comprend alors que la transfusion d’un liquide sans globules rouges, mais jouissant de la propriété de conserver ces éléments, peut très bien remplacer la transfusion sanguine. En effet des recherches ultérieures ont amplement démontré que les solutions salines ayant la même composition et la même concentration moléculaire que le plasma sanguin suffisent à sauver Les animaux après les plus fortes hémorragies.

On savait, depuis les travaux de KüaNe (1859) et de CouxxeIm, que le sang de la gre-

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nouille peut être remplacé dans sa plus grande part par une solution de NaCI de 0,5 à 1 p. 100, et l’animal continue à vivre.

Krowecker et SriRLixG ont montré plus tard que le cœur de la grenouille se conserve bien dans une solution de NaCl à 0,6 p. 100. Il suffit d'ajouter quelques gouttes de sang à cette solution pour provoquer des contractions dans ce cœur. Pour les mammifères, on doit à Jouver et Laronr (1878) la preuve que, dans l’anémie post-hémorragique, même très grave, l'animal (chien) peut être sauvé par la transfusion d'une solution de NaCIl à 0,5 p. 100 en quantité suffisante. L’année suivante, KRoNECKER et SAnper ont apporté de nouveaux documents expérimentaux sur l’action salutaire de cette transfusion saline. A partir de cette époque, la méthode a été adoptée par les cliniciens, et ScawarTz le premier a obtenu de nombreux succès en pratiquant la transfusion de solutions salines chez l’homme dans les:cas d’anémie post-hémorragique. Cependant des recherches ultérieures de physiologie expérimentale ont montré que le NaCI tout seul est quelquefois insuffisant, d’autres fois nuisible, et cela suivant l’état de l'organisme et suivant la concentration moléculaire de la solution. Ces recherches ont pu être mieux poursuivies sur les organes isolés du corps; et à ce point de vue les - cœurs de grenouille ou de tortue sont les réactifs les plus sensibles. Ainsi nous avons vu plus haut, dans l’expérience de KRONECKER et STIRLING, comment un cœur de grenouille reste inactif dans une solution de NaCI à 0,5 p. 100. GAuLe a trouvé quil suffit d'ajouter à cette solution une petite quantité de NaOH, 0 gr. 005 p. 100, pour provoquer des contractions rythmiques dans ce cœur. RiNGErR a montré plus tard que le CaCP à une action excitatrice des plus manifestes sur le cœur de la grenouille.

Toutes ces recherches ont prouvé que les solutions salines sont capables d’entretenir la

vie des organes isolés du corps, comme du cœur, par exemple, à la condition qu’elles aient une composition et une concentration moléculaires déterminées. De là, il n’yavait qu’un pas à faire pour trouver la solution saline la plus favorable à la vie des organes. Locke a résolu le problème en introduisant dans ces solutions tous les sels et dans les mêmes proportions où ils se trouvent dans le plasma sanguin. De plus, il ajoute le glucose en proportion de 1 p. 100, et la solution est saturée d’oxygène. Avec un pareil liquide, Locke, KuzraBko, etc., ont pu faire fonctionner le cœur d’un mammifère (lapin, chien, homme), en dehors de l’organisme, et cela durant un temps assez long. On peut considérer cette expérience sur le cœur des mammifères comme la meilleure preuve que le liquide de Locke est, par sa constitution, le plus rapproché du milieu organique, surtout quand on sait combien était compliquée la technique employée par LanNGENDorrr, NEWELL-MARTIN, etc., pour étudier le fonctionnement du cœur des mammifères en dehors du corps. Mais l’enseignement qu’on doittirer de ces recherches sur le cœur isolé est encore plus précieux, quand il s’agit de choisir, parmi les nom-

breuses formules de solutions salines, celle qui peut le mieux convenir à la

transfusion. Le liquide de Locke, ayant fait ses preuves, doit être préféré à tous les

autres. Nous allons donner les principales formules des solutions salines employées

pour la transfusion.

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