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FORMES ET DEGRÉS DE L’'HYPNOSE

On a imaginé tant de classifications, que l’analyse complète dépasserait les bornes de cet article. Elle serait, d’ailleurs, de peu de profit pour le lecteur, et voici pourquoi: Dans aucun domaine physiologique, la diversité des phénomènes réunis sous un

même nom n'atteint ce degré de complexité. BerNHEIM dit avec raison : « Chaque dor-

meur à, pour ainsi dire, son individualité propre, sa manière d’être spéciale. » Et il faut ajouter que cet auteur admet une quantité des sujets « hypnotisés » qni ne dorment pas du lout, et qui se comportent aussi chacun à sa manière. C'est très exact. Il est regrettable qu'après cette constatation profonde le chef de lPécole suggestionnisle retombe dans l'erreur commune. Suggestionné par LiéBEAuULT, il se fait l’image person-

nelle d’une hypnose quasi complète, puis la coupe en morceaux et essaie de nous faire croire que ces morceaux constituent les degrés. Il y en avait huit dans son pre-

mier livre, 1l y en a neuf dans le second. La plupart des auteurs (Forez, Mo) les ont réduits à rois, et c’est plus raisonnable, quoique toujours artificiel. Jamais aucune classification hypnotique ne répondra à l’idée d’une classification naturelle, car, pour

cela, il faudrait une certaine stabilité et une généralilé suffisante des caractères, et

4, Josepx WaintEwsKi. Hypnotyzm u rwicerzat. Warsawa, 1890.

c’est précisément leur mobilité, leur diversité, leur transformabilité qui caractérisent l'hypnose. Et comme la vie psychique tout entière, consciente et inconsciente, participe à ces changements, on voit d'ici la complexité qui en résulte. Ce qu'il y a de stable dans l'hypnose, c’est l’individu. Chaque sujet a son hypnose à lui. Cette hypnose, de forme particulière, se répète, en principe, continuellement chez le même sujet. Elle dépend plus ou moins des méthodes employées, des dispositions momentanées du sujet, de la personnalité du magnétiseur, de ses idées et désirs, des conditions extérieures, mais elle reste, en principe, ce qu’elle est : une manifestation individuelle. Le sujet donne ce qu’il peut donner, ni plus ni moins. La plupart présentent toujours la même phase et le même degré; d’autres sont capables de plusieurs phases et de plusieurs degrés qui leur sont également personnels; ils entrent dans ces états, ou directement, ou graduellement par des phases intermédiaires, mais il est tout à fait inexac de croire que ceux qui présentent l’état hypnotique « Le plus élevé » doivent nécessairement présenter aussi tous les degrés précédents.

Et puis, qu'est-ce que le degré le plus élevé? Qu'est-ce encore qu'une hypnose complète? Est-ce celle qui s'accompagne d’une insensibilité absolue? Je connais des somnambules dont le sommeil est amnésique à un degré suprême, et qui gardent la même sensibilité avant, pendant et après l'hypnose. Est-ce l’amnésie la plus complète qui caractérise ce degré suprème ? Relativement, oui; mais il y a des sujets amnésiques à l’élat de veille, et ceux qui ont une tendance à l’automatisme commettent beaucoup d'actes tout à fait inconscients sans être pourtant endormis. Est-ce la suggestibilité maximale ? Certainement, si l’on considère que « tout est suggestion »; mais d’abord la suggestibilité n’embrasse jamais tous les sens, ni toutes les divisions de la vie organique au même degré; et puis les meilieurs sujels « magnétiques» ne sont presque pas suggestionnables. Est-ce la possibilité des contractures au plus haut degré? Assurément, si l’on appuie sur les phénomènes musculaires plutôt que sur les autres; mais 11 y à des sujets qui présentent ce phénomène à l’état de veille, et qui ne se laissent pas endormir.

Berne rattache les plus hauts degrés de l'hypnose à l’hallucinabilité. Au septième degré, absence d’hallucinabilité ; au huitième, hallucinabilité pendant le sommeil ; au neuvième, hallucinabilité pendant le sommeil et après le sommeil. Par conséquent, pour lui, le summum de l'hypnotisme c’est un symptôme d’aliénation mentale provoqué à l’état normal. Heureusement, les huit premiers degrés en sont privés. Que veut dire alors ce caractère appartenant au premier degré : « sensations diverses, telles que chaleur, engourdissement, par suggestion »? Une sensation de chaleur quand il fait froid, n’est-ce pas une hallucination ? Pour moi, l’hallucinabilité, même post-hypnotique, est un phénomène relativement banal, et je crois qu’il serait beaucoup plus juste de considérer comme les plus profonds ces états de l’hypnose dans lesquels il n’y a plus de pensée, hallucinatoire ou non, où l’inertie, l’anesthésie et l’amnésie atteignent leur point culminant.

Mais BERNHEIM ne connaît pas ces états. Manipulant uniquement avec la suggestion, il n'obtient que ce qu’il suggère, et il ne suggère qué ce qu’il connait.

« Quant à la léthargie, c’est-à-dire l’inertie complète, l'organisme réduit à la vie végétative, je ne l’ai pas observée », dit-il dans son premier livre (Sug., p. 202), et c'était un aveu correct, auquel il n’y avait rien à reprocher. Malheureusement, dans son second livre, publié quelques années plus tard, l’auteur ne garde plus la même réserve; il ne dit plus : « Je ne l’ai pas observée », il dit : « Cela n’existe pas. »

« Cette idée d’inconscience pendant l’état léthargique existe encore chez beaucoup d’observateurs. Elle a été la source de toutes (?) les erreurs qui ont été commises. Le sujet est conscient, il l’est à toutes les périodes, à tous les degrés de l’hypnose(?), il entend ce que je dis, son attention peut être dirigée sur tous les objets du monde extérieur. L'inconscience hypnotique, le coma hypnotique n'existent pas. A son réveil, 1l ne se souviendra dé rien, mais je pourrai évoquer le souvenir de tout ce qui s’est passé en lui et autour de lui (p. 100). »

I est bon, pour un hypnotiseur, d’être sûr de lui-même. Malheureusement, cela ne suffit pas toujours. L'assurance de l’auteur prouve seulement qu’en 1891, pas plus qu'en 1886, il n’a observé l'hypnose très profonde, avec amnésie complète et difficulté du réveil, en dehors d’une attaque d’hystérie. Ce qu’il décrit, c’est une léthargie appa-

rente, mais non une vraie aïdéie. Et puis, il confond deux choses tout à fait disparates : l'aidéie ou le coma hypnotique, qui est sans pensées et, par conséquent, sans souvenir, même inconscient, et l’inconscience hypnotique qui comporte des images, des émotions, des désirs, des pensées AREAS lesquels peuvent être remémorés dans un 'état analogue, ou même différent, à l’aide d’une association suggérée. Ces deux phénomènes sont absolument TA OS le coma hypnotique peut ne pas exister, et l’inconscience hypnotique peut rester un fait acquis, et inversement. On peut admettre le coma, l’aïdéie, et nier l’existence des phénomènes psychiques inconscients. Il y avait des psychologues (ignorant l’hypnotisme) qui, comme J. Sruart-Mrzz, niaient l'existence de la vie psychique inconsciente, La considérant comme phénomènes physiologiques, et non psychologiques. C’est un point de vue comme un autre; faux, d'après moi, et qui ne se laisse plus défendre ; mais, du moins, ces psychologues étaient conséquents; tandis que BERNHEIM supprime l'inconscience hypnotique en général, et admet ies «autosuggestions inconscientes » (Sug., p. 195). Il faudrait se décider; car des deux thèses sont inconciliables.

Vouloir comprendre l’hypnotisme sans admettre la vie psychique inconsciente, ce serait une tâche un peu difficile.

LiéBeauLT, dont la psychologie ne fut pas de beaucoup supérieure à celle de son éminent disciple, distingue cinq degrés principaux : 1° somnolence ; 2° sommeil léger; 3° sommeil profond; 4° sommeil très profond ; 5° somnambulisme. Il ne savait même pas, ce que savait déjà Mesmer, que le somnambulisme ne peut pas constituer le plus profond état de l'hypnose, pour cette simple raison que c’est un état mixte, un réveil partiel, une veille dans le sommeil : autrement ce mot n’aurait pas de sens défini, Inutile de dire que cette classification est purement artificielle. N’était ce dernier mot « somnambulisme », on ne se douterait même pas qu'il s’agit d’une classification de l’hypnose, tellement elle est vague. Et malgré ce caractère vague, qui rend les subdivisions élastiques, on ne sait pas où placer l’état de fascination, la catalepsie, les contractures, les phénomènes hypnotiques à l’état de veille, l’extase, l’automatisme, la léthargie sans rapport, la transe, etc.

Par une classification encore plus vague et plus réduite en mème temps, on peut éviter une partie des objections. On pourrait, par exemple, distinguer trois classes :

1° Phénomènes à l’état de veille, avec souvenir ; 2° Phénomènes dans un état différent, avec souvenir dans un état analogue ; 3° Phénomènes dans un état différent de la veille, avec amnésie complète. Car c’est encore la possibilité ou l'impossibilité du souvenir qui rend le mieux compte du degré de l’hypnotisation réalisée,

Une autre classification analogue pourrait être faite au point de vue de la sensibilité cutanée ; une troisième au point de vue de la suggestibilité ; une quatrième au point de vue de la difficulté du réveil, etc. Mais ce serait toujours une schématisation partielle, non générale : et le profit de pareilles classifications restera excessivement relatif.

Mais voici ce qui est possible, et même nécessaire

Après avoir reconnu l'impossibilité d’une classification naturelle complète, il faut faire une classification volontairement artificielle, mais utile, non pour embrasser toutes les phases de l'hypnose, ce qui n’est pas réalisable, mais pour faciliter une description

aussi exacte que possible des hypnoses individuelles.

J’ai un sujet intéressant, et je veux publier les phénomènes qu'il présente; il s’agit seulement de bien analyser tout ce qui le concerne, de bien faire comprendre au lecteur quelles sont les conditions de chaque phénomène. On est tellement porté, par la nature même de l’intellligence, à une imduction du particulier au général, qu'il vaut mieux, au lieu de chercher une nivellation, une unification prématurées, sinon impossibles, tâcher de bien faire, ce qui est plus facilement réalisable, une bonne monographie hypnotique, Monographie dans le sens biographique et dans le sens phénoménal. Ces dernières seront plus difficiles, mais encore possibles ; tandis que les traités de généralisation, avec leur prétention d’englober tout dans une doctrine, sans appuyer sur les côtés obscurs ou tout à fait incompréhensibles pour le moment, sur les diitérences individuelles, sur l'application relative de chaque théorie, sur les phénomènes

les plus contraires aux théories régnantes; de pareils es dis-je, font plutôt du tort à la science.

C'est dans cet ordre d'idées que je fus conduit, il y a une trentaine d'années, à imaginer une classification artificielle, en complétant les ‘observations de Brain, classificalion purement psychologique qui embrasse trois états théoriques :

4° Le polyidéisme; 2° Le monoïdéisme ; 3° L’aïdéisme.

Notre vie psychique est une suite d'idées (dans le sens le plus large de ce mot, c’est-à-dire non seulement d'idées proprement dites, mais d'images, de sentiments, de désirs, de sensations, de volitions, de souvenirs. C’est un flux plus ou moins rapide et plus ou moins large; il se ralentit et s'accélère, se concentre en se rétrécissant, et s’éparpille en s'étendant. Il y a un obstacle naturel qui lui assigne des limites. Est-ce le cerveau ? Est-ce une autre cause ? Peu importe, puisque nous n’en savons rien. Ce qui est certain, c’est que ces limites existent; à un moment donné, nous ne sommes capables que d'un nombre limité d'idées. Wunor, le grand maître des schématisations scientifiques, a même calculé ce nombre : nous pouvons nous imaginer douze idées à la fois, au maximum. Pour ma part, je ne saurais fixer un chiffre, mais Je sais qu'il est limité. Il change d’après les individus et les moments; les uns peuvent jouer plusieurs parties d'échecs par cœur, conduire un orchestre ou une armée avec une présence d'esprit extraordinaire ; les autres perdent la tête dès qu'il s’agit de penser à deux choses. à la fois. Je erois donc que le nombre maximum peut être de vingt pour les uns, et cinq pour les autres. Et encore quelques personnes peuvent compliquer leurs pensées dans une direction, et non dans une autre, suivant leurs aplitudes individuelles, et le degré de l’habitude. La question est tout à fait relative, car elle dépend encore de la définition + une idée simple, et de l'unité de temps dont on se sert, et qui a toujours une

duré | Mais, en schématisant pour notre but spécial, nous pouvons nous servir des approximations. S

Les idées, limitées dans leur nombre, se contre-balancent réciproquement ; plus elles sont nombreuses, plus il est difficile de les avoir toutes conscientes ; les plus fortes prenuent le dessus sur les plus faibles, et les autres restent demi-conscientes ou inconscientes. Je n’entrerai pas dans les détails d’une analyse psychologique, nécessaire pour élucider la question de la conscience, opposée à l'inconscience, et qui n’estepas si obscure qu'on le croit généralement. Je me bornerai à ce qui est nécessaire pour la: compréhension de divers états hypnotiques.

L'état normal de l’homme, l’état de veille consciente, c’est un état polyidéique au maximum. À chaque moment de notre activité consciente, nous recevons une foule de. sensations provenant en partie de l'entourage, en partie de la superficie de notre corps, en partie enfin de son intérieur. Aux sensations s'ajoutent les souvenirs, les traces plus ou moins nettes des sensations précédentes. De sorte que ce grand nombre d'éléments psychiques coexistant à chaque moment donné constitue, d’un côté, une limi-. tation de la conscience des idées présentes, et, de l’autre, une condition sine qué non. de la conscience d’un certain nombre d’entre elles. Mais, en somme, il y a polyidéie, el la largeur du champ psychique se rapproche plus ou moins du maximum. Dans le somnambulisme, au contraire, il y a toujours un rétrécissement notable du champ. psychique. C’est encore un état polyidéique, mais à un degré beaucoup plus faible. Les idées sont plus claires, parce qu'il y en a moins (MESMER) ; et, parce qu'il y en a moins, elles sont plus ou moins inconscientes. Comme critère du degré de l’inconscience, nous n’en avons qu'un seul, mais suffisant : la plus ou moins grande difficulté de remémo-. ration à l’état normal, pris comme type, comme terme de comparaison. Plus un acte. est conscient dans tous ses détails, plus-il se grave dans la mémoire, et plus sa reprodaction est facile. Cette facilité diminue graduellement avec Le temps et avec l’afflux des sensations nouvelles ; elle est maximale immédiatement après l'acte. Lorsque cet acte eut lieu dans un moment de distraction, il n’est plus remémorable, même immé-. diatement ; nous l’appelons inconscient lorsque cette remémoration est tout à fait im-

possible.

Le somnambulisme est une distraction, une inconscience ent et isolée plus. ou moins de la vie normale. Le champ psychique étant rétréci, un grand nombre d'anneaux d'association manquent, et, par conséquent, la remémoration devient détec tueuse, ou même impossible. à

Quoique les rapports de ces changements psychiques avec le cerveau nous soient absolument inconnus, nous pouvons nous représenter, pour faciliter la compréhension, que, dans le somnambulisme, il n’y à que certaines parties du cerveau qui sont actives, tandis que le reste de la substance grise est plus ou moins paralysé. A la suite d’une pareille concentration, les idées peuvent être beaucoup plus claires, plus ou moins hallucinatoires, tout en restant inconscientes, c’est-à-dire non remémorables à l’état normal. Cependant, par suggestion, c’est-à-dire par une association artificielle avec un groupe quelconque psychique de l’état de veille, la reproduction peut être effectuée en proportion inverse des différences qui caractérisent les deux états. Lorsqu’elles sont trop grandes, la suggestion post-hypnotique peut manquer.

Le rétrécissement du champ psychique s’accentuant de plus en plus, le sujet cesse de comprendre la plupart des mots usuels, et quelquefois le désir de s’entendre avec l’entourage le détermine à forger des uoms nouveaux. En dernier lieu, nous arrivons à un état où (théoriquement) il n’y a plus qu’une seule idée. Elle devient, par cela même, plus forte que jamais, plus claire, plus hallucinatoire, plus irrésistible comme tendance, comme idée-force de Fourzrée, plus persistante enfin, fout en étant absolument inconsciente, c'est-à-dire irreproductible à Tétat normal.

C’est la Hohoïidéte! Dans cet état, chaque idée devient régnante, chaque image est une hallucination; chaqué tendance, un acte; et, une fois réalisé, cet acte persiste et dure jusqu’à ce qu’une nouvelle tendance ou impulsion le remplace. C’est la monomanie hypnotique, l’attraction irrésistible fascinatoire, l’hallucinabilité excessive, l’écholalie, la catalepsie. Cette dernière ne constitue pas un état spécial ; elle n’est qu’un des symptômes particuliers de l’état monoïdéique, qui, suivant les individualités, prend différentes formes, actives ou passives. La catalepsie des muscles en est une forme passive.

L'état monoïdéique est le nœud de l’hypnose. C’est autour de lui qu’elle oscille; c’est lui qui conditionne ses phénomènes les plus extraordinaires, tant au point de vue de la perception que du mouvement, l’idée n'étant qu'une création intermédiaire entre les deux (MESMER).

L’inhibition du cerveau, s’élargissant encore, amène l’état aïdéique, le plus profond, le plus inerte de tous. Il constitue la léthargie de CnarcoT, moins les caractères particuliers et artificiels qu’il lui attribua, et qui ne présentent pas de valeur générale. Théoriquement, c’est un état simple, toujours ie même. En réalité, il présente encore une gamme de nuances individuelles, puisque l’aïdéie, absolue pour nous observateurs, réste relative pour le sujet. Si ce n’est pas un état pathologique provoqué par un épuisement nerveux excessif, il est encore maniable, et il peut même être actif à sa facon dans l’extériorisation de la motricité, suivant l’ingénieuse expression de A. bE Rocuas. Il s'appelle alors transe profonde, dans laquelle par moment le monoïdéisme, et même le polyidéisme, peuvent faire éclosion.

Il va sans dire que tous ces états se combinent aussi dans l’hypnose simple, et, si je ne voulais pas effrayer le lecteur par la complexité des phénomènes qui en résultent, j'aurais ajouté que l’état de veille lui-même, tout en restant en apparence toujours polyidéique, est, en réalité, combiné par moments avec des états passagers mono et aïidéiques. De même, l’état monoïdéique peut être plus ou moins accentué dans la direction de l’activité ou de la passivité, et dans différentes régions, tant sensorielles qu’émotives ou kinésiques. On trouvera dans mon livre sur la suggestion mentale quelques précisions à ce sujet, les autres attendent leur tour dans d’autres mono-

graphies.

Cette classification théorique en trois états est er quoique insuffisante, pour

Ja compréhension des phénomènes. Même pour une simple description de l’état dans lequél se trouve un sujet donné, elle doit être complétée par une étude des conditions extérieures, somatiques. On dira par exemple que le sujet se trouve dans un état d’aïdéie tétanique ou paralytique, ou simplement anesthésique, suivant l’état de ses muscles et de sa sensibilité. On dira qu'il se trouve dans un état de « polyidéie active esthésique » lorsqu'il agira spontanément, en conservant ses relations avec le monde extérieur, ou bien de « polyidéie passive anesthésique » dans Les cas de passivité insensible, avec rapport, comme dans le sommeil magnétique proprement dit, ou sans rapport,

comme par exemple dans l’extase.

L’état de fascination sera caractérisé comme un monoïdéisme passif, dont les particularités pourront encore être indiquées par les adjectifs : dynamogénique, hyperesthésique, paralytique, et ainsi de suite, suivant les cas.

C'est tout ce que nous pouvons obtenir d’une classification double, combinant d’un côté les caractères psychiques, et de l’autre les caractères physiques. ne classification simple restera toujours insuffisante.

Moyens d’hypnotisation. — Nous pourrons maintenant préciser, au point de vue purement psychologique, en quoi consiste la sensibilité hypnotique. Elle consiste en une tendance vers le monoïdéisme, ou rétrécissement du champ psychique. Où cette tendance naturelle constitutive existe, l'hypnose pourra être provoquée facilement; elle sera impossible où cette tendance fait défaut. Mais, objectera peut-être le lecteur, dans ce cas il n’y aurait pas de différence entre l'hypnose et le sommeil ordinaire? Ce dernier, lui aussi, tend vers une aïdéie (sommeil sans rêves), et manifeste quelquefois des traces certaines de monoïdéisme (vivacité des rêves, hallucinations hypnagogiques d’ALrRED Maury)? Cela est exact, en partie; l’analogie existe. Mais : 1° ce monoïdéisme joue dans le sommeil normal un rôle beaucoup moins marqué; 2° il ne se manifeste qu’à la suite d’une fatigue normale du cerveau; il n’existe pas in potentià à l’état de veille; il ne constitue, chez les non hypnotisables, qu’un phénomène accidentel, passager, relativement rare et sans tendance à persister; tandis que, chez les hypnotisables, il est toujours prêt à se manifester, indépendamment de la fatigue, et d’une façon constante, souvent irrésistible. La moindre secousse psycho-physique le réalise, ou, du moins, provoque des oscillations marquées, et relativement persistantes, entre le polyidéisme normal et l’aïdéïe complète. Enfin 3°, — et c’est la différence principale — cette tendance psychique ne va pas de pair (chez les non sensitifs) avec une tendance somatique analogue aux changements brusques et persistants dans la sensibilité, dans la motricité, fans les réflexes, dans la circulation capillaire, dans l échange des matières, dans lé tat allotropique du cerveau. Je m’arrête, sans avoir épuisé les! différences essentielles, pour ne pas paraître trop hypothétique.

Bref, cette sensibilité particulière étant donnée, on comprend qu’un moyen quelconque, insignifiant pour les autres, pourra amener un trouble marqué dans la vie psycho-physique d’un sujet, et, parmi ces troubles, les différents états de l'hypnose.

Les moyens de l’obtenir, indiqués par différents observateurs, ne sont pas moins nombreux que les essais de classification. Ils sont intéressauts à ce point de vue qu'ils s'unissent d'habitude dans l’idée de leurs défenseurs à une conception personnelle des causes plus propres qué les autres à amener le sommeil artificiel, et par conséquent, qui doivent jeter plus ou moins de lumière sur la nature physiologique des phénomènes qui s’y rattachent. Cela parait juste théoriquement : dans un domaine moins nouveau, moins rebelle aux rapprochements physiologiques, le raisonnement serait peut-être suffisant, ou du moins justifiable. Il n’en est rien cependant. Les moyens ou méthodes, qui, dans certaines circonstances, amènent l'hypnose avec une facilité extrême, ne jettent aucune lumière physiologique sur la nature intime de cet état. En effet, quelles indications théoriques pouvons-nous tirer par exemple de ce fait, que LasèGuE provoquait la catalepsie par une pression des globes oculaires, CHARCOT par un coup de tam-tam, Luys par son miroir rotatif, et HEIDENHAIN par le tic lac d’une montre? Une seule, qui d’ailleurs n’étonnera plus le lecteur, à savoir que, malgré les apparences, tous ces moyens sont peu de chose vis-à-vis de cette condition subjective essentielle : la prédisposition. Avec un‘sujet prédisposé, tous les moyens sont bons : avec un sujet réfractaire de nature, ils sont tous également mauvais. J’exagère un peu pour être plus clair; mais cette exagération relative ne se rapporte qu'à des circonstances d’ordre secondaire, qui n’ébranlent pas le principe. Malgré son évidence pour moi et, j'ose l’espérer, aussi pour mes lecteurs, ce principe, entrevu déjà par BaümLer, est loin d’être connu. On croit toujours faire des progrès, en découvrant des moyens d'hypnotisation de plus en plus efficaces, et avec le manque d’une préparation philosophique et faute d’une connaissance suffisante des méthodes exactes d’observation, on arrive tous les jours à des « découvertes » tout à fait 1llusoires.

P. Lapaue, auteur d’un livre à titre étrange : (La névrose hypnotique ou le magnétisme dévoilé, élude de physiologie pathologique sur le système nerveux, Neuchâtel et Genève,

ERP NOTISME: 175

1881, connaît les différences individuelles. Il cite Prever, qui les a observées chez les cochons d'Inde et les lapins; il mentionne les mérites à ce sujet de BEarD, mais il croit toujours que tout ie monde est hypnotisable en principe, et qu’il faut seulement trouver le moyen qui lui convienne le mieux pour l’hypnotiser. Par conséquent, il individualise, ce qui est juste, mais il appuie toujours sur limportance des BASE, en dénigrant l'importance du terrain.

« Lorsqu'on veut pratiquer l’hypnotisme, dit-il, il faut varier ses moyens d'action pour produire le sommeil. Srrog, qui a une grande expérience des procédés d’hypnotisation, fait depuis quelques mois (!) des essais avec un fil de platine rougi par l’électricité. Les personnes les plus réfractaires résistent difficilement à ce puissant moyen, et l’on peut espérer que les recherches sérieuses (?) qui se font actuellement de tous côtés sur cette question nous doteront tôt ou tard d’un procédé simple et facile, pour produire l’hypnotisme toutes les fois que le médecin désirera son emploi dans le traitement des maladies nerveuses (p. 152). »

Vain espoir! Les « recherches sérieuses » qu'on a faites depuis 1881 n’ont abouti à la découverte d'aucun moyen supérieur, comme efficacité, aux moyens employés aux temps de Puysécur et de l’abbé Farra. Ce qui malheureusement à fait des progrès réels, c'est la confusion entre les phénomènes magnétiques et hypnotiques, qui augmenta énormément le nombre des personnes « hypnotisables » à la suite d’une observation défectueuse. On n’est pas arrivé à augmenter le nombre des somnambules, comme on n'est pas arrivé à donner une oreille musicale à celui qui n’en avait pas.

Inutile d’ajouter que depuis 1881 nous n’avons plus entendu parler du fil de platine rougi par l'électricité, et que ce « puissant moyen » doit être placé sur le même rang que le bouchon de carafe de Brain, le disque hypotaxique de Duran» DE Gros, le miroir rotatif de Luys, les pentagrammes droits et renversés de Papus, la pression sur le vertex de Caarcor, la plaque chauffée de BEerGER, la machine électrostatique avec faradisation unipolaire de Weinxozp, le courant galvanique de ÉULENBURG, l’aimant caché dans la poche de Macciorant et les applications iso et éthéronomes de Durvizze. Toutes ces méthodes se valent; la plus savante ne donne rien de plus que la plus bête, car l'efficacité des moyens (en dehors de la prédisposition innée et du dressage individuel) consisté uniquement dans l’assurance, dans la foi et la volonté de l'hypnotiseur. La meilleure est celle dans laquelle on a le plus de confiance.

CH. Ricuer disait déjà en 1880 : « Toutes les causes que nous indiquons peuvent échouer et échouent, lorsqu'on veut rigoureusement en adapter l'application à tel ou tel individu, qui n’a jamais été endormi. Au contraire, chez les individus sensibles, tout réussit, et la difficulté est inverse. Au lieu de chercher un moyen qui réussisse toujours, il s’agit de trouver un moyen qui échoue toujours, el on n’en trouve pas. » (Somn. prov., Rev. phil., 475.)

Je n'ai qu’une objection à faire à ce passage, c’est que l’auteur y oppose les sujets sensibles aux individus qui n’ont jamais été endormis, il faudrait dire : réfractaires.

Cu. Ricuer conclut que « dans l’état actuel de lé science, ce qu'il y a de mieux, C est d'admettre que plusieurs causes agissent simultanément et concurremment ». Ajoutons que l’une d'elles peut prévaloir sur les autres, dans un cas donné ou à un moment donné, sans pour cela constituer une preuve de son exclusivité spécifique.

Cu. RicHer résume les suppositions qui ont été émises à ce sujet en huit hypothèses suivantes :

1° L'hypothèse de l'éclat d’un objet brillant ; 2° l'hypothèse de la fixation du regard (avec plus ou moins de strabisme et de spasme de l’'accommodation); 3° l'hypothèse de la frayeur; 4° l'hypothèse de l'attention expectante; 5° l'hypothèse d’un fluide particulier au magnétisme animal; 6° L'hypothèse d’excitations monotones, faibles et répétées; 1° L'hypothèse des courants électriques faibles et répétés ; 8° l'hypothèse de l’absence d’excitations extérieures.

Aujourd’hui il faudrait ajouter encore : 9° l’hypothèse de la polarité sans fluide; 10° l'hypothèse des points hypnogènes; 11° l'hypothèse de la suggestion, ou de la concentration de l'attention sur l’idée de sommeil ; 12° l'hypothèse de e volonté pure et simple.

Après avoir énuméré les huit hypothèses, Cx. Ricaer les fait suivre de quelques remarques, qui s'appliquent à toutes les douze :

« Aucune de ces causes ne peut être considérée comme définitivement démontrée. Ce sont des mots dont on se paye, quand on ne connaît pas la véritable cause, et pour ma part, j'accorderais volontiers que la cause du somnambulisme nous est encore tout à fait inconnue... » Il considère comme probable le concours de plusieurs causes, et il ajoute : « L’atténtion expectante est favorisée par des excitations visuelles et auditives, qui vont, par leur monotonie et leur répétition, ébranler le système nerveux prédisposé. L'influence de la volonté se traduit peut-être par ce fait, que l’état électrique de la main du magnétiseur se modifie sous l'influence des émotions qu’il ressent et des : mouvements qu'il fait. Tout cela, certes, est bien hypothétique, et nos conclusions sont: toutes négatives : mais c’est quelque chose que de savoir reconnaitre qu’on n’a que des solutions négatives. »

Pouvons-nous, après une trentaine d’années, dire quelque chose de positif?

Faisons observer tout d’abord que l’idée d’une « cause » des phénomènes hypnotiques, d’une cause simple et spécifique, doit être définitivement abandonnée. L'hypnose n'étant pas toujours la même, la cause de cet état variable et compliqué ne peut également être simple. Et puis, la notion scientifique d’une cause ne doit jamais être simple, car ce que nous nommons cause n’est qu’un ensemble des conditions dont on choisit parfois les principales sous le nom de causes, mais qui, sans le reste des conditions complémentaires, sont en elles-mêmes insuffisantes. Dans une étude expérimentale, nous pouvons seulement avancer pas à pas dans la connaissance des conditions, de plus en plus complète. Lorsqu'elle est complète, notre tâche est finie. La philosophie pourra en tirer d’autres conséquences plus générales, plus profondes, en rassemblant les inductions des différents groupes expérimentaux, mais l'étude expérimentale proprement dite ne peut donner rien de plus.

Résumons donc, ce qui est possible en ce moment, à savoir eu quoi consiste la principale condition subjective psychologiqué de l'efficacité d’une méthode quelconque d'hynotisation ?

«Tous les moyens, et toutes les méthodes capables d'amener un rélrécissement du champ psychique, avec oscillations relativement persistantes, entre la polyidéie normale et l’aïdéie, peuvent déterminer l'hypnose. » Et cetle dernière sera d'autant plus complète ou profonde, que ces oscillations s’éloigneront plus de la polyidéie normale et se rapprocheront plus de l’aïdéie.

Nous pouvons en même temps faire une contre-épreuve logique et répondre à la question posée par Cu. RicHer : Le moyen qui échoue toujours n’est pas introuvable. Le voici :

« Toutes les influences qui, par leur nature, soutiennent et raniment la ane maximale, sont absolument anli-hypnotiques.

HAE un exemple. Voici un sujet facilement hypnotisable ; mais il est animé par un sentiment qui préoccupe toute son intelligence, éveille des souvenirs, amène les désirs, augmente le nombre des sensations vives et le force à réfléchir sur les déterminations à prendre. Il se trouve dans un élat de polyidéisme actif, plus prononcé que d'habitude : il est devenu réfractaire.

Imaginons une foule, présente à une rare solennité patriotique ; on est tout œil, tout oreille ; on éprouve des sensations, les unes plus fortes que les autres, on en a de tous les côtés. Dans cette foule, il y a environ 5 p. 100 des sujets qu’un rien hypnotise à l’état normal, ils sont peut-être plus enthousiastes que les autres, plus absorbés par ce qu'ils voient, à cause de leur tendance au monoïdéisme, mais, en même temps, ils restent dans un état polyidéique accentué, et aucun magnétiseur au monde, par sa volonté ou son fluide, aucun hypnotiseur, par ses suggestions, ne pourra les hypnotiser. Il y a donc des influences qui échouent toujours, celles qui maintiennent le polyidéisme maximal.

Nous comprendrons maintenant que des excitations faibles, monolones, aussi bien qu’une sensation unique très forte, peuvent déterminer un état hypnotique, car toutes concourent au même but: elles rétrécissent le champ psychique, tantôt en diminuant le nombre des sensations possibles, tantôt en étouffant celles qui existent. Les autres conditions, telles qu'’immobilité, passivité, silence, lumière faible, occlusion des yeux ou strabisme artificiel, ne sont que des rapprochements aux conditions qui accompagnent l’état hypnotique déjà établi.

Jusqu'à ce moment nous n’avons parlé des moyens propres à provoquer l'hypnose qu'au point de vue de leur efficacité. Il est une autre question, c’est de savoir si ces” moyens, à peu près efficaces, sont également bons à d’autres points de vue, et surtout au point de vue de leur utilité pour les malades.

Sous ce rapport les différences sont énormes.

La méthode de Braïp, qui a donné de si bons résultats entre les mains du promoteur, grâce à son influence personnelle, est aujourd’hui presque abandonnée: elle est fatigante, souvent nuisible pour le sujet, et toujours dangereuse, parce qu’elle lui crée l'habitude de tomber en hypnose à la suite de la fixation d’un objet quelconque.

La méthode suggestive, la plus répandue encore, présente également plusieurs inconvénients : si elle est moins préjudiciable aux sujets, c’est uniquement grâce aux croyances de ces derniers, que la personne qui endort possède un pouvoir particulier, en dehors de la suggestion; autrement, ils prendraient l’habitude de subir l'influence d'une parole, d’une affirmation quelconque. En même temps, la méthode suggestive n’est qu'une imitation du traitement symptomatique ordinaire, dans lequel la suggestion remplace le médicament. Elle néglige, ou même contrarie, les réactions salutaires de l'organisme, en supprimant, sans discernement, les symptômes critiques.

La méthode des anciens magnétiseurs, la moins répandue, est cependant la plus

utile pour les malades. Malheureusement elle est la plus fatigante pour l'opérateur, et tout le monde ne peut pas l’exercer avec profit. Considérée dans ses détails, elle n’est pas sans objection; surtout la fixation du regard, ulile quelquefois, quand il ne s’agit que de maîtriser un aliéné, présente presque les mêmes inconvénients que la fixation d’un. objet inerte. Aussi peut-on l’éviter dans la plupart des cas, en ordonnant au sujet de fermer les yeux dès le commencement de l’action. L’imposition des mains et les passes sont au contraire toujours utiles, et, dans la plupart des cas, inoffensives. __ La méthode excitante de Mesmer lui-même demande cependant une prudence particulière, une connaissance approfondie de la part du magnétiseur et une confiance exceptionnelle du malade. Il est donc préférable de ne pas l’appliquer dans des cas où les méthodes plus douces de ses élèves ont suffisamment prouvé leur utilité.

Et maintenant, pour terminer, ajoutons quelques mots au sujet du rapport qui existe entre les méthodes d’hypnotisation et les causes de l’hypnose.

La nature des différents états que l’on réunit sous ce nom nous est encore absolument inconnue. Il vaut mieux le dire franchement que de perdre son temps à analyser ou combiner les différentes hypothèses arbitraires, plus ou moins ingénieuses, plus ou moins anatomiques, et plus ou moins invérifiables, qui ont été émises à ce sujet. Surtout psychique dans son essence, le phénomène de l’hypnose ne pourra pas être compris physiologiquement, avant une compréhension approximative de Ja vie psychique générale, du sommeil, de la pensée, de l'activité nerveuse, de la nature psychologique de l’homme, nature qui, d’après les dernières découvertes médiumniques, encore non vérifiées par la science officielle, paraît beaucoup plus compliquée qu’on ne l'avait cru jusqu'à ce moment. Aussi nous bornerons-nous à indiquer aux chercheurs un seul point, qui, suivant nous, présente certaines chances de réussite, ou du moins pourra servir de point de départ à une étude plus approfondie.

Il faut distinguer nettement entre une première manifestation de l’hypnose et les répétitions de cet état.

L'étude des causes nous oblige nécessairement à cette distinction. Les causes d’une première provocation de l'hypnose peuvent être fort différentes : celles des répétitions sont essentiellement toujours les mêmes. Quels que soient les premiers agents déterminants, une fois l’hypnose provoquée, il se forme entre les influences, manœuvres, signes, paroles, d’un côté, et l’état hypnotique de l’autre, une association idéo-organique, plus forte que les associations psychologiques ordinaires à cause de la tendance plus grande vers l’aïdéie, et cette association devient indissoluble. Toutes les fois que les influences données (ou leurs images seulement, car psychologiquement cela revient au même) se présentent, il s’ensuivra la production de l'hypnose ou du réveil, absolument comme le nom : Pierre X provoque l’image connue de Pierre X; avec cette différence toutefois que dans ce dernier cas l’association est purement psychophysiologique ou même physico-physiologique. L'idée s'associe, non pas avec une autre

TRS HYPOGLOSSE (Nerf grand).

idée, mais avec un état organique qu’elle provoque. La possibilité de pareilles associations est absolument certaine, et l’on s’apercevra tôt ou tard de l'immense utilité de cêtte application inattendue d’une théorie purement psychologique, mais qui a fait ses preuves depuis plus d’un siècle, à la physiologie, qui s’obstine encore à être purement anatomique, malgré la valeur très relative des hypothèses correspondantes, qui changent continuellement.

Et il ne faut pas croire que la théorie des associations idéo-organiques n’est qu'une consécration pure et simple de la théorie de la suggestion. Elle le contient et l'explique, mais elle nous donne des vues plus larges et en même temps plus profondes. C’est elle qui, en outre, nous rend compte de l'habitude, des idiosyncrasies enracinées, mais non primordiales, des résistances et des aptitudes spéciales envers beaucoup d’influences et d'actions, tantôt favorables, tantôt défavorables à l'organisme donné, et qui ne se laissent pas justifier par une suggestion proprement dite.

Telles sont, rapidement esquissées, les conditions subjectives des phénomènes hypnotiques.

L'étude des conditions objectives, embrassant la question physique du magnétisme animal, et qui devrait compléter les deux parties de cet article, n'est pas encore assez mûre, pour être exposée dans un dictionnaire de physiologie. ‘

Quant à la bibliographie complète de l’hypnotisme, elle est trop vaste pour pouvoir être donnée. D'ailleurs on trouvera dans le cours de cet article plusieurs indications qui. permettront de recourir aux sources. Dessorr a donné une très bonne bibliographie (1888).

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