HARVEY
les chirurgiens avaient, à coup sûr depuis l’époque du siège de Troie, fixé leur attention sur le mécanisme des hémorrhagies tant artérielles que veineuses; Homère nous parle des héros « dont l’âme s’épanche avec leur sang ». Maïs on n’en continue pas moins à croire que les artères sont remplies d’air! L’anatomie enfin, arrivée, depuis VÉsALE, à un haut degré de perfection, avait permis de suivre toutes les ramifications vasculaires, à l'exception toutefois des capillaires, sans rien révéler du cours réel du sang. Et jusqu'au xvie siècle cette ignorance se maintient.
C’est par les vivisections qu'Harvey est arrivé à la connaissance de la circulation du sang. Sur ce point le doute n’est pas possible. Ouvrons son livre!'. Au chapitre premier, il débute par ces mots:« Ayant eu l’occasion de faire de nombreuses vivisections, « j'ai été amené d’abord à étudier les fonctions du cœur et son rôle chez les animaux, « en observant les faits, et non en étudiant les ouvrages des divers auteurs !. »
Le chapitre II traite des mouvements du cœur « d’après les vivisections » et dans tous les chapitres qui suivent c’est toujours sur les résultats de ses expériences et de ses vivisections que l’auteur s'appuie pour établir le bien-fondé de la nouvelle doctrine : les arguments expérimentaux reviennent sans cesse, les citations d’auteurs sont rares, si rares que l’on a reproché à Harvey de n'avoir pas cité ses prédécesseurs.
Dans son Histoire de la découverte de la circulation du sang?, FLourexs, parlant du livre de Harvey, dit : « Ce petit livre de cent pages est le plus beau de la physiologie*. » Nous devons à CHarLes Ricer une excellente traduction qui permet à chacun d'apprécier toute l'exactitude d’un jugement aussi élogieux *. Nous puiserons en grande partie dans ces deux livres, non point les éléments de l’histoire de la découverte de la circulation du sang, mais tout juste ce qui est nécessaire pour établir la part qui revient à HARvEY dans cette découverte.
HARvEY avait passé cinq années à Padoue où il avait recu les enseignements de FABRIGE D'ACQUAPENDENTE ; On sait que c’est à ce maître qu'est due la découverte des valvules des veines, découverte qui datait déjà de vingt-cinq années au moment où Harvey étudiait à Padoue; la disposition anatomique de valvules des veines était une preuve du retour du sang venant de la périphérie par les veines et allant vers le cœur; mais FABRICE D'ACQUAPENDENTE ne vit pas cette preuve... HARvEY, au contraire, en saisit toute l'importance : « Le sang des veines, dit-il, ne peut passer dans les artères qu’en traversant le cœur et les poumons”. »
CésaLpin avait observé ce qui se passe dans les veines lorsqu'on enserre le bras dans une ligature; il avait eu de la circulation du sang une vue parfaitement nette, il l'avait formulée en disant: Ex vend cava intromissio fit in cordis ventriculum dextrum, unde patet exitus in pulmonem ; ex pulmone præterea ingressum esse in cordis ventriculum sinistrum, ex quo patet exitus in arteriam aortam. Sic enim perpetuus quidam motus est ex vend cavä per cor et pulmones in arteriam aortam.
Quant à la circulation pulmonaire, d’autres que CésazriN l’avaient découverte et décrite longtemps auparavant: Micnez Server, dans son livre Christianismi restitutio imprimé en 1553, rejette l’idée de la communication interventriculaire et montre le cours du sang passant du ventricule droit à travers les poumons. Fit autem communicatio hæC non per parietem cordis medium, ut vulgo creditur, sed magno arlificio a dextro cordis ventriculo, longo per pulmones ductu, agitatur sanguis subtilis; a pulmonibus præparatur, flavus efficitur, et a vend arterios& in arteriam venosam transfunditur.
On peut admettre, avec Cu. Ricaer, que la Christianismi restitutio, imprimée en 1553, existait déjà manuscrite en 1546; que sans doute Server, dans ses voyages, surlout à Padoue, dut montrer le manuscrit à ses amis et à ses maîtres en anatomie; on a donc les meilleures raisons de mettre en doute l'affirmation de Coruuso, qui s’attribue le mérite d’avoir le premier reconnu l'existence de la circulation pulmonaire. Dire, avec FLOURENS : « il est sûr que SERVET a découvert la circulation pulmonaire ; maïs il est éga-
1. Exercitatio anatomica de motu cordis et sanguinis, Francfort, 1628. 2. Deuxième édition, Paris, 4851.