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HÉMOLYSE PAR L'EAU DISTILLÉE

L'hémolyse la plus simple à étudier est sans contredit celle qui se produit sous l'influence de l’eau distillée. Quand on ajoute quelques gouttes de sang à de grandes quantités d’eau distillée, on constate un laquage immédiat du mélange. Le milieu se colore uniformément et il paraît presque transparent. Si on le soumet à l’action de la force centrifuge, on provoque le dépôt de quelques débris leucocytaires. Mais ladjonction au liquide surnageant d’un peu de chlorure sodique ou d’un autre sel, ou le pas-

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sage de CO, provoque l'apparition d’un précipité constitué des nucléo-protéides constitutifs des globules rouges. Dans ces conditions, l’eau distillée a donc produit la dissolution presque complète des hématies. Il n’en est plus ainsi, si l’on se contente d’ajouter au sang la quantité d’eau strictement nécessaire pour provoquer la diffusion de l’hémoglobine. Dans ce sang laqué par des minimes quantités d’eau, les stromas décolorés restent entiers, et on les retrouve au microscope sous la forme de sphères très pâles, à peine visibles.

De nombreux travaux (HamBurGEr, Mosso, GALLERANI, ZANIER, LAPICQUE, LESAGE, Borrazzi, etc.) ont eu pour but de déterminer les concentrations salines auxquelles corréspondent le début de l’hémolyse et son état de complet développement. IL ressort des résultats concordants de ces auteurs, que les hématies des mammifères commencent à abandonner un peu de leur hémoglobine dans des solutions de chlorure sodique de 0.5 à 0.6 p. 100 et que tous les globules sont décolorés à 0.3 à 0.4 p. 100.

Chez l'embryon de mamraifère, la limite supérieure d’hémolyse est la même que chez l’adulte, mais la limite inférieure s’abaisse encore (ZaAnier, LesaGe, HAMBURGER, etc.). Jl résulte de cette constatation que les hématies ne sont pas toutes identiques entre elles, qu'elles ne forment pas un matériel homogène, que de l’une à l’autre il existe des différences assez considérables dans leur résistance aux forces de dissolution.

Cette inhomogénéité d’une émulsion d’hématies permet de comprendre certains laits qui ne s'expliquent pas autrement. C’est ainsi que Nozr a constaté (1900) que la dose toxique limite, celle qui produit un début d’hémolyse, de l’alcool, de l’acétone est très légèrement plus faible pour les émulsions riches que pour les émulsions pauvres. Or, ces substances étant de celles qui s’accumulent dans les globules, c’est l’inverse que l’on devrait constater, si l’émulsion était parfaitement homogène.

Dans certains états pathologiques, la limite supérieure de cette hémolyse en milieu salin dilué peut être abaissée ou élevée.

MazassEz (1872) avait cherché à mesurer, par une autre méthode, les variations que peuvent présenter les hématies humaines dans différents états pathologiques. Au lieu d'utiliser plusieurs concentrations salines, il employait toujours la même, et il mesurait la vitesse avec laquelle leshématies d’un échantillon de sang s’y décoloraient. L’emploi même d’une pareille méthode prouve que l’hémolyse la plus simple n’est pas un phénomène instantané, qu’elle peut évoluer très lentement dans un milieu de composition invariable, libre de toute substance nocive.

On est presque unanime pour attribuer cette hémolyse qui s'opère dans les solutions salines diluées à une altération de la paroi globulaire. Toute autre explication résiste peu à la critique. Il en est notamment ainsi de celle qui fait de l’hémolyse une dissociation du complexe hypothétique que formerait l’hémoglobine unie à un autre constituant globulaire. Si ce composé existait réellement, si l’hémolyse était le résultat d’un travail chimique de dissociation, comment comprendre que l’eau la produise instantanément dans les solutions à 0.4 p. 100 de NaCl et qu’elle soit dénuée de toute influence à partir de 0.6 p. 100? Une influence aussi décisive d’un sel neutre entre des limites aussi étroites de concentration sur un phénomène d’hydrolyse est absolument sans pareil. Mais la difficulté augmente, si l’on ajoute que toutes les solutions équimoléculaires à la solution à 0.6 p. 100 de NaCI s'opposent aussi énergiquement qu'elle à l’hémolyse, à une seule condition : non pas que la substance dissoute ait des propriétés chimiques spéciales, qu’elle réalise un type chimique déterminé, mais simplement qu’elle ne puisse pas pénétrer le globule, que la paroi de celui-ci lui soit imperméable. Il est impossible de comprendre pourquoi une solution de saccharose exactement isosmotique à la solution de NaCl à 0.6 p. 100 empêche l’hémolyse comme elle, tandis que la concentration immédiatement inférieure la permet, dans toute autre théorie que la théorie osmotique de l’hémolyse.

Mais, si ce point est bien établi, on est beaucoup moins fixé sur le comment ne ce phénomène osmotique. L'opinion qui a été émise tout d'abord et qui prévaut encore aujourd’hui est la suivante :

Au fur et à mesure qu’on dilue le milieu salin ou sucré qui contient les hématies, celles-ci absorbent de l’eau, de facon que l’équilibre osmotique entre l'extérieur et le liquide endo-globulaire soit maintenu. Il en résulte un gonflement progressif du glo-

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bule, une distension graduelle de la membrane qui dépasse, à un moment donné, la limite compatible avec son intégrité. À ce moment, la membrane se déchire, suivant les uns; suivant les autres, ses pores s’élargissent assez pour laisser passer l’hémoglobine : l’hémolyse a lieu. Dans cette explication, l’hémolyse est un phénomène purement mécanique, dans lequel le liquide endo-globulaire seul est actif, tandis que la membrane subit passivement la poussée endo-globulaire. Elle rend parfaitement compte des phénomènes tels qu'ils viennent d’être exposés.

Mais il est plus difficile de comprendre pourquoi, dans les solutions sucrées modérément hypotoniques, on peut observer une diffusion des sels du globule, sans issue de l’hémoglobine. Dira-t-on que, dans ce cas, les pores sont suffisamment ouverts pour laisser sortir les molécules salines plus petites et insuffisamment élargis pour livrer passage aux molécules protéiques plus grosses? Ce serait ramener les questions d'osmose à une figuralion simpliste, qui est abandonnée depuis longtemps.

On a d’ailleurs cité des exemples de décoloration des hématies fixées préalablement par des réactifs histologiques, qui s’expliquent difficilement dans l'hypothèse précédente.

STEWART a particulièrement étudié l’action de l’eau et de la saponine sur des hématies fixées par Le formol. Quand le contact avec le formol n’a pas été trop long, les hématies durcies peuvent abandonner leur hémoglobine à l’eau ou aux solutions hémolytiques. Si on les examine au microscope dans le milieu hémolytique, on constate que la décoloration n'a pas été précédée, comme d'habitude, d’une modification de leur forme. Les stromas ne sont pas sphériques, ils ont gardé la forme de disques. La seule différence de forme entre ces disques incolores et les hématies normales, c’est qu'au lieu d’être biconcaves, ils ont deux faces planes. Il est impossible de dire de ces stromas durcis par le formol qu’ils sont déchirés, il n’y a pas de motif de supposer que leurs pores se sont élargis et cependant ils se sont décolorés dans l’eau distillée, comme les hématies normales. L’explication la plus simple, c’est que l’hémoglobine s’est échappée en diffusant à travers la paroi devenue perméable. C'est là une autre façon d'expliquer l’hémolyse qui ne fait intervenir, elle aussi, que des causes physiques. Elle a été proposée et défendue en 1900 par P. Nozr. A l'encontre de HamBurGER, KoEPPE, etc., Nozr admet que la dilution du milieu salin, qui contient les globules rouges, agit non seulement sur la liquide endo-globulaire mais aussi sur la paroi du globule.

Cette interprétation fait jouer un rôle de première importance à l’état de perméabilité de la cloison. En tout état de cause, cet élément du problème est prépondérant. Il est donc indispensable de le traiter ici avec tous les développements qu’il comporte.-Cela suppose une étude préalable de l’imbibition. Nous sommes donc forcé d'ouvrir ici une large parenthèse pour examiner les rapports de l’imbibition avec l’état de solution. | |

Quelle que soit l’opinion théorique que l’on professe sur l’essence de ces phéno mènes, on admet généralement que de l’un à l’autre existent toutes les transitions. Voici comment ErRERA s'exprime sur ce point dans son cours de physiologie moléculaire :

« Dans les phénomènes d’imbibition, il y a écartement des particules du solide par les molécules liquides et gonflement du solide. Mais le gonflement s'arrête assez tôt pour que le solide conserve encore sa cohésion.

« Supposons que le phénomène aille plus loin : la cohésion disparaît, le solide se résout en petits agrégats distincts les uns des autres et distribués au sein du liquide. Nous pouvons avoir ainsi des particules solides plus ou moins grosses en suspension dans le liquide qui en est troublé. Si le phénomène va plus loin et que les particules sont tellement fines qu’elles traversent aisément les filtres, nous aurons une pseudosolution opalescente ou même claire, dans laquelle cependant, par des procédés délicats, par la lumière polarisée notamment, nous pouvons reconnaître encore l'existence d’agrégats moléculaires en suspension. Enfin, si ces agrégats se résolvent à leur tour en leurs molécules constitutives et si l’ensemble est absolument homogène, on dit que l’on a une solution véritable; celle-ci sera plus ou moins concentrée suivant les proportions des corps en présence ». (Logry pe BruIx a montré récemment (1904) qu'une solution homogène à grosses molécules peut disperser la lumière en la polarisant, de sorte que cette différence entre la pseudo-solution et la solution vraie disparait.)

Pour bien comprendre la nature de ces phénomènes, le mieux est de passer en revue

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quelques exemples caractéristiques, et d'indiquer pour chacun d’eux les particularités essentielles : soit, tout d’abord, la solution d’un solide cristallisé dans un liquide, du sucre de canne dans de l’eau. On admet que la solution consiste en l’éparpillement dans le liquide des molécules du solide. Il ya pénétration des molécules du sucre dans l’eau, et cette pénétration se fait molécule à molécule. Elle donne naissance à un milieu homogène, dont tous les éléments sont de l’ordre de grandeur moléculaire. Quand la dissolution est complète, ce milieu ne comprend plus qu’une phase liquide (si l’on fait abstraction de l’atmosphère gazeuse qui la surmonte, phase gazeuse, qu'il est inutile d'envisager dans cet exposé). Si du sucre de canne est en excès, des cristaux persisteront sous la solution saturée, et nous aurons un milieu à deux phases : l'une, solide, ne comprenant que du sucre (sans eau); l'autre, liquide, formée de sucre et d'eau.

Dans un vase, superposons de la glycérine et de l’eau. Ces deux liquides sont miscibles en toutes proportions. La même diffusion des molécules de l’un des constituauts vers l’espace occupé par le second s'établit. Mais ici la pénétration est mutuelle. L'eau descend vers la glycérine, la glycérine monte vers l’eau, le mélange se fait rapidement grâce à la participation des deux substances et il aboutit encore à une seule phase homogène.

Si au mélange de glycérine et d’eau nous substituons celui d’eau et d’éther, l'aspect du phénomène change visiblement. Ici aussi, il y a pénétration mutuelle des deux éléments : l’éther se dissout dans l'eau et l’eau se dissout dans l’éther. Mais la mutuelle pénétration n’est pas illimitée. Quand l’équilibre est atteint, on ne se trouve plus en présence, comme précédemment, d’un milieu homogène, mais de deux couches superposées, contenant, toutes deux, les deux substances : la couche supérieure est de l'éther aqueux, l’inférieure est de l’eau éthérée. Le système comprend donc deux phases liquides, chacune de celles-ci étant homogène.

Ces systèmes à deux phases liquides sont très intéressants au point de vue de l'étude de l’imbibition.

Dans le plus grand nombre des cas, l’élévation de la température tend à les transformer en systèmes homogènes. On peut prévoir ce résultat chaque fois que l'élévation de température augmente la solubilité des deux corps l’un dans l’autre. On a fait l’étude d'innombrables couples de ce genre en physico-chimie : phénol et eau, hydrocarbures et alcool, graisses neutres et alcool, ete. Pour tous ces mélanges, qui comprennent deux phases à la température ordinaire, il existe une température pour laquelle la miscibilité devient infinie, et le milieu, homogène. Cette température a été appelée tempéralure critique de dissolution. Si l’on refroidit au-dessous de la température critique (80°) un milieu homogène comprenant du phénol et de l’eau, il se produit un fin brouillard, dont les gouttelettes microscopiques se fusionneront d'autant plus vite que la température descendra davantage sous le point critique (plus la température est abaissée, plus fort est l’écart de densité des deux phases dont les compositions chimiques vont eu divergeant à partir du point critique). Bientôt toutes les gouttelettes se seront réunies en une couche homogène inférieure n’ayant plus avec la supérieure qu’une surface de contact minima, la surface de séparation des deux couches.

Jusqu'ici, il n’a été question que de substances cristalloïdes. Les choses se compliquent quand on passe à l’examen des colloïdes. Chez eux aussi, on peut trouver des exemples de substances miscibles en toutes proportions (ovalbumine et eau, gomme et eau), ou miscibles seulement partiellement. Mais on ne peut identifier sans plus ample examen ces cas aux exemples qui viennent d’être cités.

Si l’on verse de l’eau sur de la gomme arabique sèche, on assistera d’abord à une imbibition de la gomme sèche par l’eau. Cette pénétration du solide par le liquide se fait assez rapidement de la surface vers la profondeur. Au bout d'un temps relativement court, toute la gomme est transformée en une masse visqueuse. L'eau est descendue

daus la gomme. Mais les choses n’en restent pas là. A la surface de séparation entre Ja f gomme imbibée et l’eau s'opère un mouvement en sens inverse du premier, et beaueoup moins rapide que lui. Progressivement la gomme s'élève dans l’eau et, au bout,

d'un temps qui peut comprendre des semaines et des mois, on ne constate plus de différence de réfraction entre les diverses couches superposées du mélange. La gomme s’est complètement dissoute dans l’eau. Le phénomène comporte donc deux temps : un pre-

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mier temps d'imbibition, un second temps de dissolution. Le premier est dû à la diffusion rapide de l’eau dans la gomme solide, le second est dû à la diffusion de la gomme dans l’eau. Le second mouvement est infiniment plus lent que le premier, parce que les particules de la gomme dissoute sont infiniment plus grosses que les molécules de l’eau.

Nous voyons apparaîlre ici un premier effet perturbant de la grosseur des éléments dissous. Il a été dit plus haut que lorsque les deux phases liquides se séparent dans un couple, comme eau-phénol, les gouttelettes se réunissent rapidement, et les deux phases se superposent en établissant entre elles le contact le moins étendu possible.

Que se passe-t-il quand on refroidit un mélange analogue à celui-là, dans lequel un des éléments est un colloïde ? Ce sera le couple eau-gélatine ou eau-gélose. Au-dessus d’une certaine température, les substances de ces couples sont miscibles en toutes proportions. Au-dessous de la température de gélification, qui est une température critique, la séparation s'effectue entre substance solide et substance liquide. A l'œil nu, rien n'apparaît de cette séparation, puisque c’est toute la masse du mélange qui se prend en gelée. Mais cette gelée n’est pas homogène. Elle peut être divisée par compression en une partie solide et une partie liquide. Tant le solide que le liquide contiennent de la gélose et de l’eau. Mais la phase solide est une solution solide de peu d’eau dans beaucoup de gélose et la phase liquide est une solution liquide de très peu de gélose dans beaucoup d’eau (HARDY).

Au lieu de séparer les deux phases par la compression, on peut, dans certains cas, les distinguer l’une de l’autre au microscope. IL faut pour cela que l'indice de réfraction soit suffisamment différent dans les deux phases, pour que leurs surfaces de séparation apparaissent nettement.

Ce n’est pas le cas pour le mélange eau-gélose. l'observation microscopique se fait au contraire très bien dans le mélange ternaire : eau, alcool, gélatine. Quand on refroidit ce mélange sous la température de gélificalion, on voit apparaitre des gouttelettes qui représentent l’une des deux phases. Dans les mélanges contenant 13.5 p. 100 de gélatine dans l'alcool à 50 p. 100, les choses se présentent comme suit, d’après Harpy. Si le refroidissement est lent, les gouttelettes ont environ 3 y de diamètre. S'il est rapide, elles sont beaucoup plus fines, à peine visibles au grossissement de 400 diamètres. Ces gouttelettes, qui sont liquides au moment où elles apparaissent (+ 20°), tendent vers la consistance solide. Aussi ne se fusionnent-elles pas entre elles, comme les gouttelettes de phénol dans l’eau, mais elles s’accolent simplement entre elles et s’alignent en filaments qui forment un réseau dont les mailles sont tendues à travers toute l'étendue de la gelée, dont elles sont le squelette.

Dans les milieux les plus concentrés (36.5 p. 100) la séparation des deux phases sous le point critique débute encore par la formation de souttelettes, qui, cette fois-ci, appartiennent à la phase liquide. On comprend que la coalescence est encore plus imparfaite dans ce milieu extrêmement visqueux. Aussi les gouttelettes de la phase liquide restentelles privées de tout contact entre elles. Elles sont enchâssées dans la phase solide comme dans un gâteau. La structure de la gelée n’est plus réticulaire, mais vacuolaire.

Cette structure de la gelée a beaucoup d'importance au point de vue de la séparation de deux phases. Si elle est réticulaire, on exprime facilement la phase liquide hors des mailles du réseau ouvert. Si elle est vacuolaire, il faudra employer des pressions considérables pour chasser, par filtration, le liquide des vacuoles qu'il occupe.

On comprend que cette interpénétration des phases, cet éparpillement de l'une dans l’autre compliquent beaucoup l’étude des états d'équilibre entre les deux phases : au point de vue pratique, parce que la séparation entre les deux devient très difficile à réaliser rigoureusement; au point de vue théorique, parce qu’en raison de l'énorme étendue du contact entré elles, des facteurs nouveaux entrent en ligne de compte: capil- Jarité, tension superficielle, tension électrique. Sans compter que les équilibres doivent s'établir avec une lenteur très grande, par suite de l’état solide de l’une des phases. C'est d’ailleurs cet état solide qui est la cause déterminante directe de cette structure toute spéciale d’un couple.

On pourrait supposer que l’on éviterait ce gros inconvénient de l’interpénétration des phases, si, au lieu de passer du milieu liquide chaud à la gelée, on mettait simplement à imbiber à froid des morceaux secs de gélatine ou de gélose dans l’eau. Ce serait

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oublier que ces morceaux ont une histoire antérieure, qu’ils dérivent d’une gelée analogue à celle que l’on veut éviter et que tous les détails de structure de cette gelée sont conservés en eux. Aussi, quaod ils s’imbibent d’eau, ne font-ils que se déplisser ; et l’eau pénètre par capillarité dans les fentes virtuelles qu’ils contenaient. La gélatine imbibée est inhomogène comme celle qui vient de se solidifier par refroidissement.

Après cet examen des systèmes matériels composés de deux éléments, il nous reste à considérer ceux qui en comprennent trois.

Déjà quand ces trois éléments forment des solutions parfaites, les états d'équilibre qui peuvent s'établir entre eux deviennent beaucoup plus nombreux et leur étude se complique. Cependant ils sont soumis aux principes généraux de la thermodynamique et leur étude gagne en clarté, si elle est faite à la lumière de cés principes. Mais ces principes, qui établissent certaines conditions générales des phénomènes, ne peuvent rien faire prévoir de leurs particularités. Celles-ci dépendent surtout des affinités moléculaires qui existent entre les substances en présence et doivent être considérées dans chaque cas spécialement.

IT est donc utile de citer ici quelques exemples, choisis à raison des ressemblances objectives qu’ils présentent avec les phénomènes étudiés dans cet article :

1° Un premier cas séra celui d’un couple de deux substances miscibles en toutes

proportions ou pouvant donner tout au moins des solutions concentrées de l’une dans .

l’autre. On ajoute à ce couple une substance qui ne se dissout pas dans l’une des deux (ou qui ne la dissout pas elle-même), qui ne se dissout pas non plus dans le milieu couplé. Soit une solution de paraffine liquide dans l’alcool anhydre. Il suffit d'ajouter à ce liquide des traces d’eau (1/500 du volume total) pour provoquer la formation d’un trouble ; les gouttelettes de ce trouble contiennent beaucoup de paraffine, peu d’alcool (et probablement des traces infinitésimales d’eau). La réaction est assez sensible pour pouvoir être appliquée au contrôle de la qualité d’un alcool absolu. Un alcool absolu très peu hydraté trouble la solution de paraffine dans l'alcool anhydre (Crismer).

2° On ajoute à un couple de deux substances miscibles en toutes proportions, une substance peu ou pas soluble dans l’une des deux, mais assez soluble dans le milieu couplé. Soit un mélange d’eau et d’alcool auquel on ajoute du sulfate ammonique. Pour des concentrations suffisantes de ce sel, il se produira un partage dans le milieu homogène, qui se divise en deux phases liquides. Et les deux phases liquides contiendront les trois éléments. Seulement la phase où l'alcool domine possédera peu de sel et vice versa. Plus il y aura d’alcool ou de sel dans le milieu originel, plus il y aura d'alcool! et moins de sel dans la couche supérieure.

Voici la composition de ces deux couches à 33° dans des mélanges de différentes compositions (TRAUBE et NEUBERG).

Le mélange contient des quantités variables d'alcool et une quantité constante, 750 cc., d'une solution à 34 p. 100 de sulfate ammonique. Mélanges constitués de 750 cc. de solution saline et de

280 ce it 800 es 0880 cer 00100 CON

d'alcool. d'alcool. d'alcool. d'alcool. d'alcool.

Teneur dela / Eau ::.. . 45:66 43.22 40.25 35.20 30.79 couche | Sel LR UN VONT EE 4.98 3,89 2,29 LA supérieure en | Alcool. . . 44.48 46.50 49.64 54.26 58.22 Teneur de la { Eau. . . . 70.03 10.42 10.57 69.70 68.50 couche | se. NES EU 36.02 38.62 42.40 45.42 inférieure en | Alcool. . . 11.25 9.74 8.28 7.20 6.27

Mélanges constitués de 250 cc. d'alcool et de 750 ce. de solution saline. Cette dernière contient des quantités variables de sel.

La quantité de sel par litre de solution saline est de

340 gr. 380 gr. 420 gr.

Teneur de la { Eau. . . . 45.66 BA15 86.30 couche SOLE NE 5:01 3120 2.43 supérieure en ( Alcool. . . 44.48 48.86 53.20 Teneur de la f Eau. . : . 70.03 70.76 69.79 couche | Délai alu 20 HIS 41.31 inférieure en | Alcool. . . 11.95 8.64 1.64

"art

C’est évidemment à un exemple de ce genre qu’il faut rattacher les faits nombreux de précipitation d’un grand nombre de substances diverses par les solutions salines concentrées. L’analogie sera complète, si la substance se sépare à l’état liquide. C’est le cas pour les sels neutres de protamine. La solution aqueuse du sulfate neutre de salmine additionnée de son volume de solution saturée de chlorure sodique se trouble. Le trouble se résout en gouttelettes qui se rassemblent en une couche inférieure qui contient une forte proportion de salmine. Cette couche contient aussi de l’eau et du sel. En augmentant la concentration du sel dans la couche supérieure, on fait passer de plus en plus de salmine dans la couche inférieure (KosseL).

Il semble qu’il en soit égale ment ainsi dans la précipitation incomplète de la caséiue par le sulfate de soude (Srrro). Il se produit deux phases contenant toutes les deux de l’eau, du sulfate sodique et de la caséine; seulement la phase supérieure contient beaucoup d’eau et de sel, très peu de caséine; l’inférieure peu d’eau, très peu de sel et beaucoup de caséine. La première est liquide, la seconde est solide.

Au lieu d’être une solution solide, c’est-à-dire un milieu solide constitué par plusieurs substances dissoutes l’une dans l’autre dans des proportions différentes de celles qui sont réalisées dans la phase liquide, il pourra se faire aussi que la phase solide apparue soit un des corps dissous, cristallisant à l’état de pureté ou en combinaison avec un des deux autres constituants du milieu. Cette cristallisation peut être consécutive à l’apparition transitoire d’une phase liquide. C’est ce qui se passe quand on ajoute du sulfate ammonique à des solutions concentrées d’antipyrine (Crismer). Pour une certaine concentration du sel, il apparaît deux phases liquides. La séparation se fait sous l’aspect d’un brouillard de très fines gouttelettes qui sont formées d’une solution sursaturée d’antipyrine dans de l’eau peu salée. Mais cette phase est instable. Elle se détruit dès que la cristallisation de l’antipyrine s’est amorcée, ce qui a lieu très rapidement après l'apparition de la phase liquide. Il est probable que des conditions du même genre existent dans les solutions salines de certaines ailbumines (hémoglobine, ovalbumine) qui laissent déposer des cristaux.

3° Il reste à considérer le cas d’une substance très soluble dans les deux constituants d’un couple de deux éléments non miscibles en toutes proportions. C’est Le cas de l’acide acétique ajouté au couple eau-chloroforme. Au fur et à mesure de l’adjonction de l'acide, la miscibilité des deux substances augmente, la pénétration mutuelle des deux couches superposées devient plus complète et, pour une concentration déterminée, le milieu devient homogène.

Si l’on chauffe le mélange, il faudra moins d'acide pour produire l’homogénéité. :

Ces exemples des possibilités les plus intéressantes dans le mélange de trois corps qui se dissolvent et se partagent entre deux phases liquides permettent de mieux comprendre certains phénomènes d’imbibition (pour la littérature, voir l’article de Pauri dans Ergebnisse der Physiologie, 1907). Il a été dit antérieurement que l’on pouvait comparer, moyennant certaines restrictions, le système eau-gélatine à un couple de deux liquides à miscibilité très réduite à la température ordinaire. Le système comprend deux phases : l’une serait une solution solide d’eau dans la gélatine; l’autre, liquide, est de l’eau dissolvant des traces de gélatine. En réalité, ces phases ne sont pas homogènes, chacune individuellement, de sorte qu’elles ne sont pas des phases au sens strict du mot (van BEMMELEN, Pauzi). Mais elles se comportent en gros, dans certaines conditions, comme si elles l'étaient, et certaines anomalies proviennent peut-être uniquement de l’extrême lenteur avec laquelle les équilibres s’établissent XHaRDY).

Il serait, en tout cas, très hasardeux d’assimiler complètement des couples de ce genre à des couples de liquides non miscibles. Ces derniers réalisent, en raison de leur homogénéité, des conditions beaucoup plus simples que les premiers. Leur connaïssarice préalable est utile et même nécessaire, parce que, nos connaissances allant naturellement du simple au complexe, ils fournissent les points de repère auxquels nous comparons les premiers. L'étude de l’imbibition présuppose l'étude de la solution. Mais un colloïde imbibé d’eau n’est pas simplement, comme d’aucuns le prétendent, une solution - solide de l’eau dans le colloïde. C’est spécialement quand on a à considérer l’absorption

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d’une troisième substance par un corps déjà imbibé d’eau et formant gelée qu'il y a lieu de tenir compte des propriétés particulières de cette gelée. On peut prévoir qu'em raison de la petilesse des grains qui constituent le squelette de la gelée, et de læ nature colloïdale de la substance de ces grains, des influences de surface viendront

s'ajouter aux influences de masse. Küster, ayant étudié l'absorption de l’éther par le:

caoutchouc, constata qu’à des phénomènes de vraie solution se superposent des actions de surface; que, dans le partage de l’iode entre de l’amidon et le liquide ambiant, la concentration de l’iode dans l’amidon n’est pas une fonction linéaire (loi de Henry) de la concentration dans le liquide ambiant, mais qu’elle est une fonction exponentielle.

La même expression réapparaît dans les travaux de Scaminr, AppLyeArD et WALKER,. Bizrz, Freunouicu, etc. Si l'on représente par & et c2, les concentrations d’une substance qui se dissout dans deux milieux homogènes non miscibles, on aura, d’après la loi de HExRY,

C1 — KGs

Dans le cas de phénomènes d’adsorption pure (adsorption d’une substance dissoute dans l’eau par de la poudre de charbon qui ne s’imbibe pas d’eau), le rapport des concentrations de la substance dans l’eau, ©, et dans la couche enveloppant les grains de charbon, c1, sera, suivant la formule générale,

re |

ei = Ke»

C'est-à-dire qu’à la surface des grains la concentration varie relativement peu quand on lui fait subir de fortes variations dans le liquide.

Quand on examine le partage entre une gelée et la solution qui la baigne, il ne faut pas oublier que la gelée, elle-même, est constituée par le mélange intime des deux phases, dont l’une, la phase liquide, est retenue dans les mailles de l’autre, la phase solide. Lorsqu'un disque de gélatine sèche est mis à imbiber dans une solution saline, la phase liquide totale comprend, outre le liquide extérieur au disque, encore celui qui est contenu dans les cavités creusées dans l’épaisseur du disque. La composition totale du disque n’est donc pas la composition exacte de la phase solide, mais une valeur intermédiaire entre la composition vraie de cette phase solide et celle du liquide extérieur.

Si l’on étudie le partage entre cette gelée et la solution qui la baigne extérieurement, on aura des résultats différents, suivant les cas.

Si la gelée est fortement imbibée d’eau, creusée de cavités spacieuses, si les substances examinées sont peu adsorbées à la surface des grains colloïdaux, on peut s’attendre à des partages uniformes entre la gelée et le liquide ambiant, ou tout au moins peu différents de ceux qui s’établissent entre deux phases liquides.

Au contraire, si la gelée est concentrée, peu riche en eau d’imbibition, si la substance étudiée est vivement adsorbée par le colloïde, le partage tendra-de plus en plus à s'exprimer par une formule analogue à celle qui correspond à l’adsorption pure.

En raison de l’état rudimentaire de nos connaissances en ces matières, il est donc indispensable de s'abstenir actuellement le plus possible de théories, et de s’en tenir à l'exposé des faits, en attirant, à l’occasion, l'attention sur les analogies qui peuvent exister entre eux et certains exemples mieux étudiés.

On possède des observations déjà anciennes et très soigneuses sur la façon dont se comportent des disques de gélatine dans un grand nombre de solutions. Elles sont dues à HOFMEISTER.

Dans ces dernières années, des recherches complémentaires furent faites par plusieurs auteurs : PAULI, VON SCHRÔDER, SPIRO, OSsTWALD, etc., qui confirmèrent et étendirent les données de HoFrMEISTER.

Si des disques de gélatine, imbibés d’eau distillée au maximum, sont plongés dans des solutions salines,on constate, dans la très grande majorité des cas,que les disques gonflent, c'est-à-dire qu'ils absorbent un supplément de liquide, en même temps qu'il se mettent en équilibre de composition saline avec l'extérieur.

HÉMOLYSE. 409

C'est ce qui se passe, par exemple, dans les solutions de chlorure sodique.

Volume du liquide

absorbé par l'unité Teneur de la Teneur du liquide du poids solution absorbée extérieur en NaCl. | de gélatine. en NaCI.

» (eau pure) 6.34 »

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