HÉMOLYSE PAR LES ACIDES DILUÉS
Dans les acides très dilués, les hématies se transforment en sphères, en même temps qu’elles augmentent de volume. Les concentrations d'acides trop faibles pour provoquer
139 HÉMOLYSE.
l'hémolyse, diminuent la résistance globulaire (HamBurGer), c’est-à-dire que, dans ces milieux très faiblement acidulés, les hématies abandonnent leur hémoglobine à des: concentrations salines plus fortes (0.7 p. 100 NaCI au lieu de 0.5 p. 100) que les hématies normales. On peut en conclure que les sels neutres des métaux alcalins s PRES dans une certaine mesure à l’hémolyse par les acides.
L'étude quantitative de la diffusion de l’hémoglobine dans les milieux acides a été moins pratiquée que dans les milieux alcalins. Il y à à cela deux raisons : d’abord l’altération de l’hémoglobine par les acides, qui rend difficile le dosage; ensuite des irrégularités, qui empêchent toute mise en équation du phénomène. Ces irrégularités . n’en sont que plus intéressantes, parce qu’elles mettent en relief toute l'importance des qualités de la paroi.
Dans l'essai suivant (ARRHENIUS), on ajouta des quantités progressivement croissantes. d'acide chlorhydrique 0.04 normal et d'acide acétique 0.04 n. à 7.5 cc. d’une émulsion globulaire à 1/100, avec adjonction complémentaire de NaCI 0.9 p. 100 pour faire um volume constant de 9.5 cc
Quantité ajoutée de 0.04 2 HCI, 0.5 0.4 0.3 0.25 0.2 0.15 0 Degré de l’hémolyse. . . . . 100 100 60 27 48 52 0 Doulénn. ie . . . Brun foncé. Brun foncé. Brun. Brun clair. Rougeâtre. Rougeètre. Rouge. Quantité ajoutée de 0. 04 n ac. à acétique. . , . MARAATE 0.5 0.4 0.3 0.25 0.2 0.15 0. Degré de l'hémolyse. RUE 100 11 14 18 26 12 0 Couleur . . . . . . . . . . Brunfoncé. Brun foncé. Brun. Brun clair. Rougeâtre. Rougeitre. Rouge.
On peut voir que, pour l'acide chlorhydrique, l’adjonction de 0.15 ce. réalise un optimum d'hémolyse, avec diminution des deux côtés et qu’il en est de même pour l’adjonction 0.2 ec. d'acide acétique. Il y a donc des agents hémolytiques, et nous en verrons encore d’autres exemples, qui sont plus actifs à (Hé concentrations faibles qu’à certaines concentrations plus fortes. Nous observons ici un phénomène absolument analogue à ceux qui ont été cités à propos de l’action des acides, des bases et des sels sur la gélatine (OsrwaLp). Il n’y a rien qui doive étonner dans la théorie qui fait de l’hémoiyse le résultat d'une altération des colloïdes de la paroi. Cette altération peut se faire dans le sens d’une augmentation de la perméabilité ou dans le sens d’une diminution, et um même agent peut, à des concentrations différentes, produire les deux effets.
D'ailleurs ARRHENIUS à constaté l’agglutination des globules altérés par les acides dilués et la floculation des substances albuminoïdes issues de ces globules. Il attribue lui-même à cette action coagulante des acides les perturbations constatées dans le degré de l’hémolyse.
Chose intéressante, l’addition de lécithine supprime la coagulation et les irrégularités de la diffusion du pigment. Elle fait de l’hémolyse par les acides un processus parallèle à l’hémolyse par les bases. Tous les acides deviennent plus hémolytiques quand on leur ajoute de la lécithine (ARRHENIUS). Cela se voit particulièrement bien avec les acides peu hémolytiques par eux-mêmes, comme l'acide borique.
Si l’on compare le pouvoir hémolytique des acides forts à celui des acides faibles: on constate des uns aux autres des différences de même ordre que celles qui ont été établies précédemment entre les bases fortes et les bases faibles à concentration égale. Les acides forts agissent beaucoup plus vite, de sorte que le degré d’hémolyse est beaucoup plus élevé pour eux dans les expériences de durée courte (Mapsen et WaLBu). Au contraire, dans les expériences de longue durée, il y a sensiblement équivalence entre tous les acides. ‘
Dans ces conditions, la concentration d’un acide fort, nécessaire pour produire une némolyse totale, est 0.012 cc. d’une solution normale pour 10 cc. d'une émulsion à 1 p. 100. Celle des acides faibles (formique, acétique, etc.) est 0.015 cc. Il y à, parmt ces derniers, une exception pour l'acide oléique, qui est hémolytique à une dose dix fois plus faible que l'acide acétique.
Les sels neutres de même anion que l’acide ont une action inhibitrice faible sur les acides forts, très forte sur les acides faibles (acétates sur acide acétique). Cette constatation très intéressante, analogue à celle qui a été faite pour les bases, tend à prouver
HÉMOLYSE. 433
qu’acides et bases agissent surtout par les ions H et OH que contiennent leurs solutions. On sait, en effet, que la dissociation des acides et alcalis forts n’est pas sensiblement diminuée par les sels de même anion (acide) ou de même cation (alcali), tandis qu'il en est tout autrement pour les acides et bases faibles (ARRHENIUS).
* Outre l’action directe du sel sur l'acide ou la base, il y a probablement lieu de considérer en outre, dans les phénomènes d’hémolyse, l’action du sel sur le stroma, suivant le mécanisme qui a été longuement exposé plus haut (voir Hémolyse par le chlorure ammonique).
HÉMOLYSE PAR LE CHLORURE. MERCURIQUE.
Elle a été étudiée par Derre et Secret et par Sacus (cités d’après ArRHENIUS). Ajouté aux doses de 1 p. 100, 0.1 p. 100 et 0.01 p.100 à des émulsions globulaires en eau salée, le chlorure mercurique produit leur agglutination. A la concentration 0.001 p. 100, l’agglutination manque. La fixation du poison par les hématies est très rapide, mais l’hémolyse qui peut s’ensuivre est lente. Elle n'apparaît d’ailleurs qu'entre certaines limites de concentration. Maxima à la concentration de 0.001 p. 100, elle disparaît aux concentrations plus élevées et plus basses. L'inactivité des concentrations élevées est connue depuis longtemps, depuis le jour où l’on a employé le sublimé comme fixateur daus la technique histologique. Elle est attribuable sans conteste à la coagulation de l'enveloppe globulaire par le sel mercurique. Mais il est très probable que c’est à la même altération de l'enveloppe qu'est due l’hémolyse qui correspond aux doses faibles. Que l’altération causée par un même agent puisse avoir des résultats opposés suivant les concentrations, c’est un fait qui n’étonne pas, quand on connaît l’action des sels sur les disques de gélatine.
D’après Sacxs,. la lécithine favoriserait (à l’encontre de ce que prétendent Derre et SELLEI) l’hémolyse par le chlorure mercurique. D’autre part, l’action protectrice qu'exerce le sérum ou les hématies est attribuable, d’après Sacns, à leurs albuminoïdes et non à leurs lipoïdes.
Dans l'enveloppe globulaire, ce serait donc plus spécialement avec ces protéides que les sels mercuriques entreraient en relation.
HÉMOLYSE PAR LES ALCOOLS, ÉTHERS, ALDÉHYDES, CÉTONES, etc.
On sait par les recherches de Gryns et par les mesures de Henix que toutes ces substances pénètrent les hématies. On sait de plus qu’elles ont une tendance à s’accumuler dans les hématies en concentration supérieure à celle du liquide ambiant. Cette tendance se marque faiblement dans les chiffres de HeniN pour les alcools. Le rapport . (voir Hématie) vaut 1 pour l'alcool méthylique, ce qui correspond à une concentration uniforme à l’intérieur et à l’extérieur des globules; il devient 0.97 pour l’alcool éthylique, 0.95 pour l'alcool propylique; il tombe à 0.86 pour l'aldéhyde formique; 0.74 pour l’aldéhyde acétique; 0.60 pour l’aldéhyde propylique; il est de 0.71 pour l’acétone; il atteint un minimum 0.54 pour l’éther éthylique.
Ces chiffres ne nous fournissent d’ailleurs qu’une simple indication. Car la concentration totale dans le globule est, comme il a déjà été dit plusieurs fois, la somme de deux termes, dont un seul nous intéresse. Elle est la moyenne des concentrations dans le liquide endo-globulaire et dans le stroma. Et comme le volume du stroma normal est environ la 7° partie du volume globulaire total, on comprend que la méthode de Heni se prête mal à la mesure ou même à l’évaluation de la concentration dans les stromas. En effet l'accumulation d’une substance mélangée à une émulsion globulaire dans un volume aussi réduit que celui des stromas ne pourra appauvrir sensiblement le liquide extra-globulaire qu’à la condition d’être énorme.
D'autre part, il se peut, pour certaines substances qui s'accumulent dans le stroma, que la solubilité dans le liquide intra-globulaire soit plus faible que dans le liquide extra-slobulaire.
IL est probable qu'il en est ainsi pour les alcools, éthers et substances analogues. L'affinité de ces substances pour le stroma provient, comme Overron l’a montré à suffisance, de la teneur du stroma en lipoïdes. Ces lipoïdes sont absents du liquide
endo-globulaire, suivant toute probabilité. Ce liquide endo-globulaire est une solution d’hémoglobine à 30 à 40 p. 100. Or l’hémoglobine est insoluble dans l'alcool fort. On peut en conclure réciproquement que l’alcool est peu soluble dans les solutions aqueuses concentrées de l’hémoglobine. Quand de l'alcool pénètre les hématies, il se mélange donc, suivant toute probabilité, assez peu au liquide endo-globulaire. Si l’on trouve néanmoins que le partage entre les globules et le liquide extra-globulaire s’est fait à l’avantage des globules, cela provient de ce que l'alcool s’est concentré dans les stromas beaucoup plus qu’on ne serait tenté de le croire à première vue. Cependant cette con- . centration n’est probablement qu’un multiple assez peu élevé de la concentration dans le liquide extérieur, quand il s’agit des alcools inférieurs. Mais les homologues supérieurs sont de moins en moins solubles dans l’eau, à mesure qu’on s'élève dans la série, tandis qu’augmente leur solubilité dans les corps gras. On doit donc s'attendre à voir ces substances s’accumuler de plus en plus dans les stromas et accroître proportionnellement leur action hémolytique.
C’est en effet ce qu’a constaté VAN DE VELDE.
VAN DE VELDE a déterminé, pour un très grand nombre de substances organiques ternaires, la concentration maxima, à laquelle il n’y a pas encore d’hémolyse. Il a constaté qu'après trois heures (à la température ordinaire ?), les globules de bœuf commencent à céder de l’hémoglobine quand la teneur totale du milieu s’élève à 20 p. 100 (en volume) d’alcool éthylique, tandis qu'ils restent inaltérés à la concentration 19.5 p. 100. La concentration 19.5 p. 100 est ce qu’il appelle la concentration critique de l'alcool éthylique.
Elle correspond à une teneur en poids de 15,4888 gr. d'alcool éthylique anhydre pour 400 centimètres cubes de solution. La toxicité absolue de l'alcool éthylique étant ainsi établie, Van DE VELDE mesure la toxicité des solutions de 1 à 3 p. 100 des autres substances dans l'alcool éthylique absolu et il compare les chiffres obtenus à ceux de l'alcool éthylique.
Il trouve, par exemple, que les concentrations critiques des solutions 4 p. 100, 2 p. 100, 3 p. 100 d'alcool propylique dans l’alcooléthylique sont respectivement 19 cc., 48.5 cc., 18 cc. Ces solutions apportent à l’émulsion globulaire des quantités décroissantes d'alcool éthylique et croissantes d’alcool propylique.
Quand de l'alcool éthylique seul est ajouté, le milieu critique contient pour 100 cc. 15.4888 grammes d'alcool éthylique. Dans les trois milieux précédents, la concentration tombe successivement à 158".0917, 148r.6945, 148".2974, c’est-à-dire qu'il y a un déficit de 0.3971, 0.7943 et 1.1914 grammes d’alcool éthylique. Ces quantités ont été remplacées par des quantités. croissantes d’alcool propylique, soit respectivement 08.19, 05.37 et 057,54, Puisque ces mélanges sont tous critiques, c’est-à-dire équivalents au point de vue hémolytique, Van DE VEL»E conclut que 0.19, 0.37 et 0.54 grammes d’alcool propylique
valent respectivement 0.3971, 0.7943 et 1.1914 grammes d’alcool éthylique. Le quotient
de ces valeurs prises deux à deux est d’ailleurs sensiblement constant : 20ÿ ré Abe 46 et BE, — 0.45. On en conclut que, lorsque l’alcool propylique remplace 002 11012 ere ASP PREASOE PRO RS PES ESS P
l’alcool éthylique, on obtient, avec 0.46 grammes de l'alcool supérieur, le même effet qu'avec 1 gramme de l'alcool inférieur. Les valeurs établies par ce procédé sont donc relatives, elles sont exprimées en fonction de la dose toxique de l'alcool éthylique. Un reproche sérieux que l’on peut faire à la méthode, c’est d’avoir compliqué les choses, en employant des solutions alcooliques de tous les produits, au lieu d'utiliser les solutions dans le milieu salin isotonique quand ces solutions étaient possibles. Ceci suppose que Les altérations des globules dus aux deux agents hémolytiques de la solution (alcool et substance essayée) s’additionnent purement et simplement, ce qui peut être le cas lorsque les produits sont chimiquement très voisins, ce qui n’est certainement pas le cas pour tous les couples examinés. Il est difficile d'évaluer les erreurs provenant de ce chef. Elles ne sont probablement pas assez fortes pour changer l'allure générale des chiffres, dont l’examen est des plus intéressants.
Au lieu de reproduire les concentrations critiques rapportées à celle de l'alcool éthylique prise comme unité, il a semblé préférable de calculer les valeurs inverses, qui
HÉMOLYSE. 435
représentent les toxicités comparées. Le tableau suivant comprend les toxicités molé-
culaires d'un certain nombre de substances ternaires, appartenant à la série grasse. Le
lecteur trouvera en outre, dans le mémoire original, de multiples déterminations se x , x .
rapportant à une foule d’essences, toutes très toxiques.
Toxicités hémolytiques moléculaires rapportées à celle de l'alcool éthylique prise comme unité.
Alcool Cétones Aldéhydes Acides Ca Han + 20. CiHas O C, Han O C, Has Os Alcool méthylique Acide formique SLA » 1 000 Alcoo!l éthylique ; Aldéhyde acétique Acide acétique 1 TA 500 Alcool isopropylique Diméthylcétone » Acide propionique 2.8 5.4 » 400
Alcool isobutylique Méthyl-éthylcétone | Aldéhyde isobutyrique Acide butyrique
.6 ne EN 21.6 322.5
Alcool amylique Diéthylcétone » Acide valérianique
15.4 25.8 » 333.3 Alcool heptylique Dipropylcétone Œnanthol Acide œnanthylique
303 94,7 185.1 AAA Alcool octylique »
Hexyl-méthylcétone
On voit, à la lecture du tableau, que, dansles trois premières séries, la toxicité croît rapidement avec le nombre d’atomres de carbone contenus dans la molécule, c’est-à-dire à mesure que diminue la solubilité dans l’eau et que s’élève la solubilité dans les corps gras. Au contraire, dans la série des acides monocarboxyliques, la toxicité décroit du premier au quatrième terme pour s'élever à nouveau ensuite, comme dans les autres séries. On peut attribuer, sans hésitation, cette exception apparente des premiers acides à l'intervention d’un facteur de complication, la dissociation ionique. Un acide orga nique produit probablement l’hémolyse et par ses ions et par ses molécules non dissociées. Par ses molécules non dissociées, il agit à la façon des substances organiques non dissociées (alcools, éthers, cétones..….), et son pouvoir hémolytique croît avec le nombre des atomes de carbone de sa molécule. C’est ainsi qu’agissent les termes supérieurs de la série. Les termes inférieurs agissent surtout par leurs ions H. Cette action, bien supérieure à celle qui appartient à leur molécule non dissociée, décroit rapidement (avec la dissociation ionique) à partir de l'acide formique, quand on s'élève dans la série. Mais, tandis que diminue l’action hémolytique des ions, on voit s’accuser progressivement celle des molécules non dissociées. A l’intersection des deux courbes existe un minimum, qui correspond à l’acide butyrique. Ces constatations sont en accord avec les données de Mapsen et WaLBum qui avaient trouvé que l’acide oléique agit environ dix fois plus énergiquement que les acides gras de poids moléculaire faible.
Füaner et NeuBauEr ont fait des recherches analogues à celles de VAN DE VELDE. Ils ont égalemént déterminé la dose toxique limite des différents termes de la série des alcools monoatomiques, saturés, primaires, normaux de la série grasse. Les globules employés furent ceux du bœuf, soigneusement lavés. On ajoutait quatre gouttes d'une émulsion (équivalente au sang) à 10 cc. de la solution de l'alcool
dans le chlorure sodique à.0.9 p. 100. On laissait au contact pendant 5 minutes à 19° et on centrifugeait.
436 HÉMOLYSE.
Voici les résultats :
EN s MOLÉCULAIRE POIDS ASE 3 DE CHAQUE (pourcentage) du litre ÉEHATRS MOLÉCULAIRE. de la solution de la solution b toxique limite. toxique limite. RE