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Idées de Mesmer sur la philosophie physique. — On trouve chez MEsuer l'idée fondamentale de Kanr. « Nous ne connaissons pas l’objet tel qu’il est (Ding an sich), mais uniquement l'impression et l’action qu'il produit sur nos organes. » Nous ne

citations anciennes et modernes, et un exposé complet des théories, populaires parmi les magnétiseurs. Il est déjà fort inexact par rapport aux travaux de MESMER lui-même, qu'on ne lisait lus.

À AugiN GAUTHIER. Histoire du somnambulisme chez tous les peuples sous les noms divers d’extase, songes, oracles et visions : examen des doctrines théorique et philosophique de l'antiquité et des temps modernes, sur ses causes, ses effels, ses abus, ses avantages et l'utilité de son concours avec la médecine. Paris, 1842. Deux volumes, de 454 et de 438 pp., fortintéressants, tant par rapport à l’histoire ancienne, qu’à l’histoire de Mesmer et de ses continuateurs. L'auteur, animé d'une tendance à schématiser, cherche à concilier le magnétisme avec la science et la religion.

Carz KiesewerTrTer. Franz Mesmer’s Leben und Lehre, Nebst einer Vorgeschichle des Mesmerismus, Hypnotismus und Somnambulismus. Leipzig, 1893, 180 pp. La moitié de ce livre est consacrée aux précurseurs du magnétisme. Quant à la théorie de MEesmeR lui-même, KiESEWETTER la déclare « trop étendue et trop peu claire pour être exposée en abrégé » (p. 159 et 163). Ce qui est vraiment étonnant de la part d'un auteur qui a entrepris une étude spéciale sur ce sujet! Je tâcherai de prouver que, tout en étant réellement très étenduc et très subtile, cette théorie n’a cependant rien d’incompréhensible. L’obscurité ne découle que de la très grande brièveté de tous les écrits de Mesmer. et elle n’existe que pour ceux qui n’ont pas une pratique suffisante des faits qui s’y rattachent. Encore faut-il connaître les théories physiques et psychologiques modernes, pour bien comprendre l’importance de ses vues profondes, hardies et modérées en même temps. Et cependant K. considère MEsMER comme un grand homme (p. #4) et on ne peut pas lui reprocher d’être partial!

Quant à la vie et au développement des idées de MEsmer, consultez encore :

Jusrinus Kernrr. Franz Anton Mesmer aus Schwaben, Entdecker d. thierischen Magnetismus, Erinnerungen an denselben nebst Nachrichten von den letzten Jahren seines Lebens zu Meerseburg am Bodensee. Frankfurt am Main, 1858, 212 p.

Karz CHRisTIAN WoLrArT. Mesmerismus, oder System der Wechselwirkungen, Theorie, u. Anwendung des thierischen Magnetismus als die allgemeine Heilkunde zur Erhaltung der Menschen von Dr. Friedrich Anton Mesmer, mit dem Bildniss d. Verfassers u. 6 Kupferstafeln. Berlin, 1814, 356 P.

ïl est à observer que ces deux adhérents du grand novateur l’appellent différemment. Pour

KERNER, il est « FRANCOIS-ANTOINE », pour WoLFART « FRÉDÉRIC-ANTOINE ». Il paraît (d’après .

KIESEWETTER) que c’est le premier nom qui est exact :

Erxesr BEersor. Mesmer et le magnétisme animal. Paris, 1854 (2° édit. 233 p.) Ce livre n'est qu'un amas d’anecdotes. L'auteur n’a pas lui-même d’opinion et s'en réfère à la postérité.

Il faut accorder beaucoup plus de valeur au livre de ALEXANDRE BERTRAND. Du Magnétisme animal en France et des jugements qu'en ont portés les sociélés savantes. suivi de considérations sur l'apparition de l’extase dans les traitements magnétiques. Paris, 1826, 539 p. L'auteur, dont les opinions oscillent entre une conception physique et une conception purement psychologique, se place dans ce livre sur le terrain de l’imagination. En général impartial, il accable cependant MEsmEer de quelques objections, qui ne sont pas tout à fait justes, pour ne pas s'éloigner trop des opinions classiques.

Parmi les œuvres récentes il faut citer encore :

H. R. Pauz ScHrozper. Geschichle des Lebensmagnetismus und des Ho ono en vom Uranfang bis auf den heutigen Tag (mit Illustrationen), Leipzig, 1899. Un gros livre de 681 p. écrit à la hâte. L’auteur est magnétiseur et adversaire du l’hypnotisme qu'ils ne prend pas dans le sens historique du mot, mais comme synonyme du somnambulisme en général. Il magnétise ses malades, il ne les endort pas, ou du moins il ne cherche pas à les endormir. Telle fut la méthode de Mesmer. Mais ScHROEDER lui attribue juste le contraire, sans preuves évidemment. Mesmer fut « un grand homme », « un esprit créateur », mais... « il n’a rien fait ou imaginé, qui ne füt déjà fait ou imaginé par d'autres » (p. 340). Ce qui donne à son livre une certaine valeur, ce sont de nombreux extraits et documents, les dessins originaux de MESMER, agrandis d'après WoLFaRT, des détails historiques sur le développement du baquet mesmérien et sur les mesméristes allemands, peu connus en France. Sa critique des hypnotiseurs français est souvent juste. Le volume est orné de plusieurs petits portraits de magnétiseurs célèbres, MESMER y compris, et d’un grand portrait de l’auteur.

Karz KIeseweTTER. Geschichte des neueren Occultismus, geheimwissenschaftliche Systeme von

Agrippa bis Karl Prel. 2° stark vermehrte Auflage besorgt von Robert Blum. Leipzig, 1907. Œuvre

unique dans son genre et d’une érudition étonnante, dont la publication en livraisons n’est pas encore terminée.

MEsmer est mort en 1815 dans sa 81° année, avec l’auto-suggestion qu'il ne dépasserait pas cette année, conformément à la prédiction d’une somnambule. Il est mort en pratiquant le magnétisme pour le soulagement de sa pauvre clientèle, et totalement oublié des savants. Par son testament Il a légué entre autre un louis au médecin qui fera l’autopsie de sa vessie, dont il souffrait

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percevons que sensations et nous ne comprenons que les relations des sensations. Tout ce que nous pouvons comprendre dans l’univers se réduit aux deux principes fondamentaux : la matière et le meuvement. La matière n’a qu’une qualité : l'étendue. Précurseur de la théorie mécanique (kinétique) de l’énergie (A. Seccar et ses conünuateurs), MEsuer! n’admet aucune vraie action à distance, aucune vraie attraction ou répulsion, aucun fluide calorique, électrique, magnétique ou lumineux. Toutes ces formes de l’énergie ne sont que, des vibrations, propres aux différentes séries de la matière ; vibrations et ondes, qui se heurtent, se transmettent, se croisent enfin, sans se confondre — et la gravilation et la cohésion elle-même ne sont que des résultats de la pression mécanique du fluide universel. — « Sans être pesante, cette matière subtile détermine l'effet que nous appelons gravité; sans être élastique, elle concourt à l’élasticité ; en remplissant tous les espaces, elle opère la cohésion, sans être elle-même en cet état. » (2° Mém., p. 25.) Ceux qui sont versés dans l’histoire des théories physiques modernes et qui en connaisssent les défauts, pourrront seuls juger la profondeur de cette conception de MEsmer, qui, même reproduite cent ans plus tard par l'écoie de SECCHI, Soutenue par une quantité-de faits, que Mesmer ne pouvait pas connaître, n'est cependant pas libre encore aujourd’hui de certaines complications métaphysiques gratuites comme par exemple l’admission de l’élasticité absolue de l’éther, dont lui, MESMER, a su cependant s'affranchir. Mais là ne se borne pas la génialité de cet homme. Il est non seulement précurseur de la théorie kinétique des forces et de l'unité chimique de la matière, mais encore du principe de la conservation de l’énergie. « Il y a une théorie, dit CaarLes RicHET, qui domine la science contemporaine... C’est la théorie de la conservation de l'énergie et des forces. La force ne se détruit pas, elle se modifie sans cesse. Chaleur, électricité, action chimique, mouvement, elle a des apparences multiples; mais sa quantité est invariable. Elle se transforme : elle ne se perd, ni ne se crée. Chaleur, électricité, action chimique, mouvement : c’est Loujours la même quantité de force qui circule dans l’univers ? ». Eh bien! cette idée se trouve

dans la dernière période de sa vie. Finalement la mort a été causée par une apoplexie avec hémiplégie droite.

L'exposition la plus complète de la théorie de MEesmeR se trouve dans l’édition allemande de WozrarT de 1814, déjà citée, et dont ses « Erlauterungen zum Mesmerismus.. Berlin, 1815, p. 295 A figures. EÊn français nous possédons ses deux Mémoires :

Mémoire sur la découverte du magnétisme animal par M. MEsmer, Docteur en Médecine de à Faculté de Vienne. Genève et Pris, MDCCLXXIX, 85 p. |

Mémoire de F. A. MESMER, docteur en médecine, sur ses découvertes, nouvelle édition avec des notes de J. L. Picaer GRancaamps, ancien Chirurgien en chef del hôpital de la Charité » Lyon, etc. Pt 1826, 129 p.

. La physiologie et la médecine, leçon inaugurale. Ch. Ricner, Travaux du Dane in 1893;11,75; 9:

Fäisons observer que l’idée de réduction de toutes les forces aux mouvements moléculaires a été dernièrement encore présentée comme neuve. Tel est l’objet des travaux de A. Despaux (Genèse de la matière et de l’énergie. Paris, 1900. — Cause des énergies attractives. Paris, 1902). de L. Morrez (La matière, l'éther et les forces physiques. Paris, 1904) et d’autres. Moi-même j'avais publié en 1879 une étude intitulée : « La force comme mouvement » sans me douter que l’idée mère de cette théorie remontait à l'inventeur du magnétisme animal! J’avais subi, moi aussi, l'influence de la suggestion générale, et je ne trouvais pas digne d’un homme sérieux la lecture des « pamphlets d'un charlatan ». Il est vrai que les traces de cetteidée se trouvent déjà dans l’antiquité ; mais il ne faut pas oublier non plus que San: Carxor (1824) lui-même, tout en établissant le principe de la transformation des forces, admet les fluides impondérables, et que R. Mayer, le créateur de l'équivalent mécanique de la chaleur, la considère comme une substance. Aujourd’hui, après avoir supprimé les fluides électriques, on n’en parle pas moins de la substantialité et des courses extraordinaires des « électrons » dans l'univers, et l'on ne cessa pas d'attribuer une attraction mystique (amor seu amicilia des anciens) aux atomes, suspendus dans le vide.

Pour Mesmer l'électricité n’est qu’un mouvement provoqué dans l’éther « qui se propage sur la surface des corps, c'est-à-dire entre cette surface et l’air qui l’entoure ». La différence’entre les électricités positive et négative ne consiste qu’en une différence dans la direction des courants (Syst. p. 105) et il en est de même ponr les pôles de l’aimant, qui présentent des courants, dont les directions sont inverses (p. 80-81). On sait que du temps de MEsMER on admettait des fluides spéciaux pour #électricité et pour le magnétisme, et que leur rapprochement n'a été réalisé que dans la théorie d'AmPÈRE, quelques années après la mort de MESMER.

déjà dans Meswer, qui dit : « La somme du mouvement imprimé primitivement à la matière de l'univers est définie et invariable. » « Lorsqu'une partie de la matière passe au repos, le mouvement qu’elle perd, augmente nécessairement la somme du mouvement de la matière environnante. » (Syst. d. Wechselw., p. 77.)

Nous verrons plus loin que Mesmer, qui range ce principe parmi les lois générales du mouvement (Allgemeine Gesetze der Bewegung), l’applique aussi à la physique physiologique. Il fut donc plus perspicace que VoLrTaIRE, pour qui l’idée de la quantité toujours égale du mouvement dans le monde, ne fut « qu’une ancienne chimère d’Épr- CURE, renouvelée par DESCARTES ».

« Quelques physiciens, dit-il, sont parvenus à reconnaître l’existence d’unfluide universel; mais à peine eurent-ils fait ce premier pas, qu'entraînés au delà du vrai, ils ont prétendu caractériser ce fluide, Le surcharger de propriétés et de vertus spécifiques, en lui attribuant des qualités, des tendances, des causes finales, enfin, des puissances conservatrices, productrices, destructrices, réformatrices. »

Mesmer n’attribue à ce fluide qu’une seule propriété : l’extrême mobilité de ses particules. Les ondes, et les courants qui en résultent, lui suffisent pour démontrer qu’ainsi que le son se propage dans l'air, et la lumière dans l’éther, de même des ondes plus subtiles encore se propagent dans le fluide universel et conditionnent les actions réciproques (Wechselwirkungen) de toute sorte. Ce sont ces réactions réciproques

que MESmMER nomme magnétisme universel ou naturel, en prenant pour symboles les.

attractions et les répulsions apparentes, produites par l’aimant, c’est-à-dire par le magnétisme minéral. Le magnétisme universel n’est donc pas un fluide, mais un mouvement, une action. Il en est de même du magnétisme animal, qui représente une catégorie spécrale de ces réactions, à savoir les intimes et réciproques influences éntre le corps animal et tout ce qui l’entoure. Le tissu nerveux étant le plus subtil dans l’homme, c’est lui qui est en relation avec le plus subtil des fluides. Et puisque toute action est toujours réciproque, puisque le corps humain lui-même doit être considéré comme un centre dynamique, le ton du mouvement moléculaire de l'organisme, la tension de sa vie psychique, « le physique de ses pensées » (bonne expression pour la théorie moderne du parallélisme psycho-physique) doivent nécessairement réagir sur le milieu, s’y imprimer et se reproduire même dans un organe analogue ; quoique pour la plupart ces courants restent insaisissables. (On trouve une confirmation de cette supposition théorique générale dans les découvertes modernes du téléphone, du radiophone, du radio-

conducteur de Branzy et du magnétophone de Paussen et, sur le lerrain psychique,

dans les phénomènes de télépathie). Ce n’est que dans « le sommeil critique », provoqué ou naturel, qu’elle se manifeste avec plus de facilité. Les sens, incapables de percevoir les impressions du cinquième état de la matière, sont alors paralysés, et le cerveau, étant ainsi fermé aux sensations ordinaires, fortes, quile gouvernent, retrouve sa sensibilité primordiale vis-à-vis des influences faibles et subtiles. Les impressions des matières ambiantes n’agissent pas alors par des organes des sens externes, mais directement et immédiatement sur la substance même des nerfs!. Le sens interne

devient le seul organe des sensations, et ces impressions deviennent sensibles, par

cela même qu’elles sont seules ({monoïdéisme de Braip). « Comme la loi immuable des sensations est que la plus forte efface la plus faible, celle-ci peut être sensible dans l’absence d’une plus forte » (principe de la psychologie de HerBarrt). « Si l’impression des étoiles n’est pas sensible à notre vue pendant le jour, comme elle l’est pendant la nuit, quoique leur action soit la même, c’est qu’elle est alors effacée par l'impression supérieure de la présence du soleil » (2° mém., p. 80). En général, noùs ne percevons que des différences dans nos états (théorie d’Urricr développée vers 1861). toutes nos actions sont des résultats des sensations (théorie de SrecHenorr développée

1. Cette partie de la théorie de Mesmer a été présentée comme quelque chose de tout à fait nouveau, avee moins de précision il est vrai, cent deux ans plus tard, par PRosPER DESPINE (fils) dans sa remarquable Étude scientifique sur le somnambulisme, Paris, 1880, p. 222-229. Comme de raison, l'auteur n’a pas lu Mesmer ; il lui attribue injustement une autre théorie « qui n’était point nouvelle » (/oc. cit., p. 123). Donc c’est Mesmer qui fut plagiaire. P. DEspine (fils) est l’auteur d’une Psychologie Naturelle en 3 vol. (1868,, et en général il faut le classer parmi les chercheurs sérieux et consciencieux. sh :

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