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vers 1870); mais il faut compléter les sensations ordinaires par les sensations du système nerveux tout entier (idée neuve encore aujourd’hui). Toute cette partie de sa doctrine, très lucide, presque conforme à la psychologie moderne, et ne dépassant pas la « saine physique » d’aujourd’hui, était cependant trop choquante ou même incompréhensible pour la « saine physique » de son temps, d’après l'expression des Commissaires du Roi. Et certes ne devait-on pas considérer tous ces développements comme chimériques et inutiles, avant l’admission des faits tels que la photographie à
travers les corps opaques ou la suggestion mentale ? C’est ainsi également que certaines
actions de l'imagination humaine resteront longtemps encore une chimère pour ceux qui n'ont pas eu l’occasion de constater, mille fois de suite, la réalité de certains phénomènes médianimiques. IL n’y a donc pas lieu de s'étonner que les idées physiques de MEsuer n’aient trouvé aucun écho parmi les savants de son temps.
. Ses idées biologiques eurent-elles plus de chance auprès des médecins? Encore moins que les autres.
Idées de Mesmer sur la philosophie physiologique et médicale. -— Adversaire des entités métaphysiques, de tout verbiage pseudo-scientifique, et, en pratique, de toutes ces potions barbares « pour la plupart nuisibles-ou inutiles », de ces remèdes désobstruants, fondants, délayants, incrassants, et invisquants, préconisés même par le grand BoruaaAve (1668-1738), Mesmer ne pouvait être considéré par ses confrères que comme un esprit destructeur, des plus dangereux. Ses tendances antimétaphysiqués sont dirigées en même temps contre la physique et contre la médecine du xXvuIe siècle. « Je crois, dit-il, avoir ouvert une route simple et droite pour arriver à la\vérité, et avoir dégagé en grande partie l’étude de la nature des illusions de la métaphysique. » ConpiLcac disait que la science n'est qu’une langue bien faite. MEsmEr n’est pas de cet avis. Il considère l'expérience comme base unique de la science et voit
clairement les défauts du langage scientifique. « La langue de convention, le seul
moyen dont nous nous servons pour communiquer nos idées, a, dans tous les temps, contribué à défigurer nos connaissances. Nous acquérons toutes les idées par les sens; les sens ne nous transmettent que celles des propriétés, des caractères, des accidents, des attributs; les idées de toutes ces sensations s'expriment par un adjectif ou épithète comme : chaud, léger, froid, fluide, solide, pesant, luisant, sonore, coloré, etc. On substitua à ces épithètes. pour la commodité de la langue, des substantifs; bientôt on substantifia les propriétés : on dit la chaleur, la gravité, la lumière, le son, la couleur, et voilà l’origine des abstractions métaphysiques. Ces mots représentèrent confusément des idées de substance, lorsqu'on n’eut en effet que l’idée du mot substantif; ces « qualités occultes » d'autrefois, aujourd’hui s'appellent « les propriétés des corps ». À mesure qu’on s'éloignait de l'expérience, ou plutôt avant d’avoir des moyens d’y parvenir , non seulement on multiplia ces substances, mais encore on les personnifia. Ces substances remplissaient tous les espaces ; elles présidaient et dirigeaient les opérations de la nature; de là les esprits, les divinités, les démons, les génies, les archées, etc. La philosophie expérimentale en a diminué le nombre; mais il nous reste encore à faire pour arriver à la pureté de la vérité. Nous y serons, lorsque nous serons parvenus à ne reconnaître d’autre substance physique que le corps, ou la matière organisée et modifiée de telle ou telle manière. Il s’agit donc de connaître et de déterminer le mécanisme de ces modifications, et les idées qui en résulteront de ce mécanisme aperçu, seront les idées physiques les plus conformes à la vérité. C'est, en général, le but que je me propose d’atteindre par le système des influences réciproques. » (2° Mém., p. 18.) Voilà la « mystique » de Meswer! Même point de vue dans le domaine biologique : « Le génie observateur d'HippocrATE l'avait conduit à reconnaître que les divers symptômes n'étaient que les modifications des efforts que la nature faisait contre les maladies.
Après lui, lorsqu'on observa les mêmes symptômes dans les maladies chroniques, plus
éloignées de la cause, isolées, sans fièvre continue, on substantifia ces accidents, on en fit autant de maladies, et on les caractérisa chacune par un nom; on étudia, on analysa ces accidents ét leurs symptômes, comme des choses; on prit même pour indicateur les sensations du malade. Et voilà la source des erreurs qui désolent l'humanité depuis tant de sièctes. » (2° Mém., p. 34-35.) « Il y a lieu de regretter, ajoute Mesmer, que la médecine ignore encore le développement naturel et nécessaire de la plupart des maladies
chroniques ; c’est en s’y opposant par les remèdes, qu’elle en trouble la marche, en arrête la course, et très souvent en avance le terme par une mort prématurée. » (2° Mém., p. 36.)
Comme tous les corps de la nature, l’homme est composé de deux principes : matière et mouvement. La quantité de la matière qui lui est propre peut être diminuée ou augmentée. Diminuée, elle doit être renouvelée par les aliments. Le mouvement peut également diminuer ou augmenter (Syst., p. 121). Dans le premier cas il est nécessaire qu'il se rétablisse, aux dépens de la somme totale du mouvement, ce qui s’effectue par un arrêt plus ou moins long des dépenses. Lorsque la machine entretient le jeu libre de tous ces arrangements, elle est en état de veille. Lorsqu'une partie de ces fonctions (à savoir les fonctions de la vie animale) sont suspendues, elle se trouve en état de sommeil; le somnambulisme est un état mixte, avec prépondérance tantôt des caractères de la veille, tantôt de ceux du sommeil. Pendant le sommeil la dépense du mouvement est arrêtée ; mais, comme la vié végétale continue à emmagasiner le mouvement, ce dernier, accumulé en excès, produit le réveil. (Syst., p. 161.) Les nerfs sont des prolongements du cerveau et de la moelle épinière, ramifiés dans tout le corps, où ils propagent la sensation et le mouvement. Les nerfs sont animés-par des courants, qui ne sont pas des émanations (Absonderungen), mais qui appartiennent à une catégorie du flux et reflux du fluide universel (5° état de la matière). C’est à ce fluide, le plus subtil, qu'est due la propagation des sensations et du mouvement, propagation qui présente une analogie avec celle du feu. Comme dans la flamme, les matières capables d’être brûlées se transforment en fumée, pour propager le feu, de même le nerf, pour rester actif, doit produire une sorte de fumée vitale pour propager les excitations. Le nerf est l’organe immédiat de la vie; car c’est lui qui propage le feu vital. C’est lui, ou plutôt la « fumée » qui se produit en lui, dont il est le récipient, qui ést la cause et l'effet de la chaleur animale (Ursache und Wirkung der thierischen Wärme, p. 121).
Comme une série de points constitue une ligne, une série de lignes une surface, et une série des surfaces un corps, de même une série de petites sphères primitives (Urkugelchen) produit une fibre, une série de fibres, une membrane; et une membrane recourbée sur elle-même, un tube, un canal, un vaisseau. Les contractions de ces fibres s'effectuent sous l'influence des courants cosmiques, mais elles subissent également l'influence du Sensoriun commune. Les sens retlètent les différentes séries de vibrations plus ou moins exactement, suivant le degré de leur perfection. La perception peut étre viciée par un dérangement de leurs structures, par une mauvaise éducation» par les erreurs, les préjugés, les passions et l'habitude (p. 135). Les différences primordiales de nos sensations et images ne dépendent que des organes terminaux, car la nature des nerfs, aussi bien de ceux qui conduisent les sensations que de ceux qui provoquent les mouvements, est partout la même (p.124). Indépendamment des organes des sens, le tissu nerveux fout entier recoit des impressions plus faibles et d’un caractère inconnu, qui le mettent en relation intime avec l’Univers, par l'intermédiaire du fluide universel. De 1à la possibilité, dans certains états spéciaux, des perceptions à distance. Réciproquement, les pensées, les émotions, les états nerveux pathologiques peuvent réagir sur les cerveaux environnants, par là même voie de ce fluide subtil. Ce dernier remplit tout et unit tout; il est en relation spéciale avec le tissu nerveux du cerveau : « le physique dé la pensée » produit une vibration dans ce fluide; cétle vibration se propage nécessairement tout autour, et en rencontrant un organe analogue et des conditions analogues, elle reproduit la méme pensée ou le méme étal nerveux (p. 139 et suiv.). Ainsi s'expliquent certains cas de contagion (Cf. Boucaur. De la contagion nerveuse et de l’imitation. dans leurs rapports avec les maladies nerveuses. Paris, 1862, p. 14), la persistance de certaines croyances et coutumes populaires, l'influence particulière de certains individus, de l'imagination, des songes, des sentiments bienveillants ou malveillants (bénédictions et imprécations), surtout dans les réunions et cérémonies populaires. « Quel large champ d’études — ajoute MESMER — S’ouvre ici à nos yeux! On pourra enfin comprendre que l’homme se trouve en relation avec toute la nature, et que l’action de cette faculté interne ne s'arrête jamais, quoique dans la plupart des cas elle reste insaisissable, étouffée qu’elle est par les sensations ordinaires, plus nettes et plus fortes (p. 142). »
Telle est l’idée fondamentale du « Système des Réactions réciproques ». On y revient maintenant, car les dernières découvertes l’ont rendue nécessaire ; mais la plupart des savants gardent encore obstinément la conception étroite d’un érganisrne isolé dynamiquement de son milieu cosmique et social. Certes, ce n’est pas une théorie quelconque qui pourra nous faire connaître dans son ensemble l’interchange des relations de l'être avec la nature ambiante ; il faut des faits, beaucoup de faits, et de faits sérieusement observés. Cette exigence est légitime ; ce qui l’est moins, c’est une sorte de néophobie qui empêche de voir et même de vouloir voir.
La physiologie, la pathologie et la thérapeutique de MEswer se résument dans les points suivan(s :
1° La maladie n’est qu’un trouble de l'harmonie qui doit exister entre les parties solides et les parties liquides de l’organisme, et à ce point de vue on peut dire qu’il n’y à qu'une seule maladie. La santé consiste en une relation normale entre les fibres contractiles et les différentes circulations ; la maladie présente toujours un dérangement quelconque dans ces dernières; car un défaut de contractilité et d’innervation détermine non seulement des changements quantitatifs, mais aussi des changements qualitatifs dans les liquides. Rejetant également la. théorie humoriste (les quatre humeurs) et la théorie nerveuse, vitaliste ou non, animiste ou non, de ses contemporains, MEsuer les réunit, en évitant leurs exclusivités, en une théorie d’irritabilité neuro-musculaire, se rattachant un peu à HaALLer et un peu à BrowN, mais s’en distinguant par une conception plus vaste et Its rapprochée de nos connaissances modernes sur les vaso-moteurs.
20 Comme il n’y a qu’une seule maladie, il n’y a en réalité qu’un seul remède. Les spécifiques sont des illusions. Ce remède unique est le même que celui qui entretient la santé, en entretenant la vie. Qu'est-ce que la vie ? Est-ce une fonction du fluide vital, de la force. vitale ou de l’âme ? MEsmer n’admet ni fluide, ni force vitale, ét il considère l'âme comme inaccessible aux recherches. Le principe de la vie n’est pas dans l’organisme, il lui est extérieur, et, comme toujours chez MEsumer, mécanique. D'abord, il n’y a pas de limite absolue entre le monde inanimé et le monde animé : le premier présente également une sorte de vie. Les courants du fluide universel qui forment les corps en général, entretiennent aussi les corps organisés. Le fluide universel, outre ses ondes et ses courants partiels, présente un mouvement de va-et-vient en masse, un flux et reflux (une idée ancienne) qui tantôt fortifie et tantôt affaiblit les propriétés des corps, mouvement que nous observons grossièrement dans le flux et reflux de la mer, sous l'influence des positions différentes du soleil, de la lune et de la terre. MEsmer donne de ces phénomènes une théorie à peu près Conforme ce qu’on admet aujourd’hui, mais il ne les borne pas aux oscillations de l’eau dans l’océan. Cette influence embrasse nécessairement tout, et surtout les corps animés, qui profitent de cette sorte de respiration (respiration de l’univers), qui accélère ou ralentit la végétation. C’est également l’action du fluide universel qui, par l'intermédiaire des courants des nerfs, règle les contractions des vaisseaux, et par conséquent de la circulation des liquides dans l’animal, qui aimante, pour ainsi dire l’organisme, et constitue ce qu’on nomme force vitale, cette « Nature » à laquelle on attribue vaguement l'entretien de l'organisme et même les guérisons spontanées. Et comme cette influence s'appelle le magnétisme naturel ou universel , c’est par ce magnétisme que le corps vit et lutte contre les influences pathogènes. Le magnétisme animal, constituant une catégorie spéciale de ces influences, fortifiées, concentrées, et raisonnablement dirigées par la volonté de l’homme, est le seul moyen vraiment efficace de fortifier la réaction salutaire de l’organisme, d’en augmenter la vibration vitale, de guérir et de préserver des maladies. Sous ce rapport, l'organisme est comparable à une aiguille aimantée. Une aiguille non aimantée, détournée de sa position, oscillera et s'arrêtera à une position quelconque ; tandis que l’organisme, troublé dans ses fonctions, tend à revenir à l'harmonie primitive, comme l'aiguille
aimantée tend à revenir à sa position normale. Dans les deux cas, ce sont les courants extérieurs qui déterminent le retour à l’équilibre. Mais, lorsque le magnétisme de l’aiguille est devenu trop faible, le magnétisme naturel ne suffit plus, et il faut fortifier son
1. Le mot magnétisme ne signifie dans ce sens autre chose qu’une action réciproque.
aimantation. De même, le magnétisme animal peut être nécessaire à l’organisme malade pour fortifier.sa tendance à conserver l’état normal de la santé. La vie est donc une sorte de mouvement, qui tend à une certaine stabilité. Lorsque ce mouvement est épuisé, il s'ensuit la mort. Cette dernière est le résultat de la solidification graduelle de l’organisme, avec rupture de la relation normale entre les solides et les liquides, puisque « arrêt du mouvement » et « solidification », ne sent qu'une seule et même chose. La santé consiste en une harmonie de tous les mouvements principaux : ceux de l’assimilation et ceux de l'élimination. Pour guérir d’une maladie il suffit de rétablir, dans les organes internes, ce double courant, centripète et centrifuge : « assimiler tout ce qui est assimilable, évacuer tout ce qui n’est pas assimilable » (Syst. d. Wechsel., p. 169)!. De cette façon, la vie de l'organisme (comme la vie du monde en général) se ramène aux deux principes fondamentaux : la matière et le mouvement. Attrayante simplicité ! Mais peut-elle être considérée comme suffisante? On doit admirer la superbe, pour
son temps, réduction de tous les mouvements de la vie, au double courant d’assimila-
tion et de désassimilation; on peut mettre sur le compte des mérites de, notre auteur qu'il ne nous parle pas, à l'instar de ses concitoyens, de l’âme du monde ( Weltseele) et qu’il ne s’aventure pas dans les domaines d’une âme humaine en soi, une et indivisible, ou au contraire divisible et multiple, comme dans certaines conceptions modernes allemandes (PrLücer). On peut enfin justifier son obstination à éliminer toute idée d'une direction vitale interne, âme, esprit ou fluide, puisque telles étaient les tendances d’un demi-siècle entier, qui a suivi ses efforts. Mais de là à conclure qu'un fluide extérieur quelconaue puisse suffire pour remplacer l’idée d’une « force vitale », et obvier aux nécessités d’un arrangement sui generis de diverses fonctions organiques, il y a encore un abîme. Les choses sont malheureusement plus compliquées, et leur explication mécanique prématurée. Cette idée de MEsuer n’a même pasle mérite de l’originalité, car une conception toute semblable avait déjà été émise par Horrmann (1660-1742), qui admettait, il est vrai, un fluide nerveux, mais qui placait également la cause de tous les phénomènes vitaux dans un fluide extérieur, dans l’éther. MEsMER poussa seulement son mécanicisme encore plus loin, en supprimant l’autonomie du fluide nerveux et en créant une nouvelle catégorie du fluide, au-dessus de léther. On peut rapprocher cette conception de l'esprit universel de MaAxwELL.
40 « La quantité de mouvement propre à chaque organisme est définie » (Syst. d. Wechselwirkungen, p. 147). Nous avons vu que, d’après MEsuer (et c’est là une idée qui peut être considérée comme le point de départ de la théorie moderne dela conservation de l’énergie) le mouvement des, corps qui passent à l’état de repos ne s’annule pas; ilse transforme seulement, en accélérant les vibrations des milieux subtils. Il en est de même pour le microcosme, pour l'organisme. La quantité de mouvement dont il dispose étant à peu près définie, il doit en user raisonnablement, car l’excès de mouvement dans un organe ne peut se mamifester qu'au détriment de tous les autres organes (Principes de l’inhibition et de la dynamogénie de Brown-Séquarn, moins les obscurités de cette théorie moderne). Pareillement, au point de vue psychique, l’attention, qui n’est qu'une concentration de mouvement dans une direction donnée, s’effectue toujours aux dépens des courants dans toutes les autres directions. « Il s'ensuit que, puisque le degré de nos connaissances dépend de l’usage de l’attention, l'emploi de ce mouvement doit être fait avec discernement et avec égard aux proportions: rationnelles » (147-148)?. (Cet important avertissement hygiénique n’est pas toujours écouté;
1. Cette idée ne se trouve pas dans les deux premiers Mémoires de MESMER; mais même en 1814 elle constitue encore une remarquable nouveauté; car, malgré les découvertes de LavorsiER (qui fut combattu par ses contemporains en même temps que MESMER), la théorie de l'échange des matières dans l'organisme ne fut formulée qu’en 1804 par le physiologiste polonais ANDR+ SNIADECKI dans sa Théorie des êtres organisés (Varsovie, 1804). Cet ouvrage a été traduit en allemand six ans plus tard, sous le titre : Theorte des organischen Wesen. Aus dem polnischen. Künigsberg. 1810, et en français vingt et un ans plus tard : A. Snrapecki, Théorie des ‘étres organisés, etc. Traduit du polonais, par BeLLaARD et Dessaix. Paris, 1825 (p. xxn, 283).
2. La eonception d’un « capital: biologique » propre à chaque individu, vient d’être présentée dernièrement comme neuve par BURLUREAUX, dans son livre, d’ailleurs remarquable, sous le titre : Lutte pour la santé, essai de pathologie générale, Paris, 1907 (3° édition).
ceux qui, par exemple, cherchent à contre-balancer le surmenage intellectuel dans les écoles, par l’adjonction de la gymnastique, oublient que, la somme de l'énergie vitale étant assez limitée, la fatigue musculaire ne peut pas remédier à une fatigue psychique). Heureusement chaque être possède une tendance à subsister et. à résister à toute action destructive. Cet effort peut présenter une grande diversité, en correspondance avec les différentes organisations. Tout changement et toute action qui relève de la destruction, est un Mal, comme, au contraire, tout ce qui relève de la conservation, est un Bien (principe de HErBERT SPENCER, développé en 1855). L'ensemble des relations qui favorisent la conservation constitue l’état d'harmonie’. Une excitation, conforme à cet état, donne la sensation du plaisir. L'ensemble des dysharmonies, dans lesquelles les proportions normales sont supprimées, produit la douleur (p. 148). (Théorie de Nicoias GroTE, publiée en 1880.)
Lorsqu'un sens est plus actif que les autres, la vitalité de ceux-ci diminue nécessairement, et, lorsque tous les sens sont assoupis, c’est le sens interne qui en profite. Le sommeil n’est pas un état tout à fait passif, c’est un état actif à sa facon. Pendant le sommeil normal ce sont les fonctions végétatives qui gagnent, à la suite d’une suspension de la vie animale. Dans le somnambulisme, ce que perdent les sens extérieurs est gagné par le sens interne, c’est-à-dire par les centres nerveux. Le sens interne n’a pas d’organe à part; il n’est concentré ni dans un point, ni dans une région circonscrite. Tout le système nerveux, le cerveau, la moelle épinière, les plexus et les ganglions, lui servent d’organe. Ils recoivent des sensations, qui, à l’état normal, restent inconscientes, mais qui laissent des traces, se combinent et forment uné intelligence cachée, que nous nommons l'instinct. C’est par ces sensations, pour nous inconscientes, que l'oiseau voyageur trouve son chemin dans l’atmosphère, Le système nerveux de l'homme, « plongé dans l’océan des ondes universelles » en recoit aussi des impressions, qui le mettent en contact avec toute la nature. Il peut donc percevoir des choses -
éloignées, et même quelquefois deviner le passé ou l’avenir, puisque les effets de ce qui
fut et les causes de ce qui doit arriver, sont là. Voir le passé signifie : deviner les causes d’après les effets. Pressentir l'avenir veut dire simplement : prévoir les effets d’après les causes, conformément à l’expérience inconsciente. Les facultés de l’homme éveillé et les facultés de l’homme endormi sont tout à fait distinctes et forment, pour ainsi dire, deux personnes différentes (Syst. d. Wechs., p. 161). On y voit clairement le germe de la théorie moderne de l’Inconscient de HARTMANN, du moi-double (Doppel-ich) de Max Dessoir, et du Subliminal de Frén. Myers?. Les divers centres nerveux, lorsqu'ils perdent leur continuité avec les organes des sens, peuvent être comparés à un complexus de miroirs, différemment polis, qui reflètent l’univers à leur manière, et dont chacun est en relation spéciale avec cette série de la matière, qui lui correspond le mieux (Syst. d. Wechs., 155-7). Ce n’est pas par l’air ou par l’éther que le sens interne reçoit ses impressions, mais par un fluide universel. Si l’homme en état de somnambulisme croit quelquefois entendre ou voir quelque chose à distance, il n’entend ni ne voit en réalité : il traduit seulement, en langues connues des sens externes, les sensations inconnues du sens interne. (2° Mém., p. 82.) |
MESMER distingue le Snhanbulicmie proprement fe la catalepsie et l’état tétanique (degré supérieur de la catalepsie). Il ne fait pas d’autres distinctions; car il sait que toutes les nuances sont possibles, et qu’elles dépendent non pas d’une différence de nature, mais des aptitudes et des dispositions individuelles. Il admet aussi l'influence de l’éducation, qui en modifie les caractères. « La perfection de ce somme critique varie aussi par le caractère, le tempérament et les habitudes des sujets; mais singulièrement par une sorte d'éducation, qu’on peut leur donner dans cet état, et par la manière dont on dirige leurs facultés : on peut les comparer à cet égard à un télescope dont l’effet varie comme les moyens de l’ajuster. » (2° Mém., p. 81.) Le somnam bulisme est un état mixte, pouvant présenter tous les degrés de combinaisons entre
4. D'où le nom de Société de l'harmonie donné aux sociétés mesmériennes.
2, Récemment encore cette idée de MESMER a été présentée comme nouvelle dâns le gros livre de Taomson J. Hupson sur la loi des phénomènes psychiques (trad. allem. par Édouard Her- MANN, Leipzig, 2° édit., sans date).
120 HY PNOTISME.
l’état de veille et celui du sommeil. Plus il se rapproche du premier, plus l'action des sens est encore confondue avec celle du sens interne, plus ses phénomènes se confondent avec ceux des rêveries. « Mais, lorsque cet état est le plus rapproché du sommeil, les assertions des somnambules étant alors les résultats des impressions recues directement par le sens interne à l'exclusion des autres, on peut les regarder comme fondées dans la proportion de ce rapprochement » (p. 80)..On voit dans cette remarque les réserves de MEsweR, opposées aux exagérations de PuyséGur, le principal propagateur de la lucidité somnambulique.
MEsser ne connaît pas la théorie du somnambulisme par suggestion. Sa conception physique des phénomènes s’opposait à une étude plus complète des influences subjectives. Néanmoins on trouve des traces de cette idée lorsqu'il parle d’une sorte d’ « éducation » hypnotique et énumère les moyens propres à fortifier l’action physique. Comme nous l’avons déjà observé, dit-il, la pensée, la volonté peuvent propager l’action magnétique; on trouve aussi dans la conviction (Ueberzeugung), dans la persuasion (Ueberredung), dans une connaissance plus parfaite, dans l’habitude, etc., des moyens de la fortifier. (Syst., 114). La persuasion veut dire ici à peu près autant que notre suggestion. Mais, en somme, MEsMER ignore son importance (comme Braïp d’ailleurs); s’il fait des suggestions, c’est involontairement ou mentalement ; en expérimentant il ne parle pas, il observe ; il ne cherche qu’à influencer ses sujets physiquement.
Pourquoi Mesmer appelle-t-il le sommeil provoqué : sommeil critique? Pour le comprendre, il faut rappeler sa théorie des crises. Une crise salutaire se manifeste, lorsque les courants qui entretiennent la vie et la santé prennent le dessus sur les influences morbides. Cela peut arriver spontanément — et on aura alors une crise naturelle, causée par le « magnétisme universel » , c’est-à-dire par les courants cosmiques; ou bien elle peut être provoquée artificiellement par les courants d’un homme bien portant, c’est-à-dire par le « magnétisme animal ». Dans le premier cas, comme dans le second, la lutte entre les agents pathogènes et les agents vitaux peut prendre toutes les formes possibles, déterminées par les prédispositions innées et les dispositions momentanées du malade : fièvre, éruptions, évacuations, convulsions, etc. Parmi ces formes, il faut compter également le somnambulisme. L'organisme, fatigué par les symptômes morbides dans le sens strict du mot, c’est-à-dire par les effets directs de la cause pathogène, cherche une défense dans le changement d’état général, qui, par la suspension de la vie végétale, le rend plus résistant à la cause morbide, et en même temps plus propre aux développements des symptômes critiques, salutaires. La lutte se déroule alors sur le terrain du sommeil, qui pour cette raison s'appelle sommeil critique. En tant que provoqué par la magnétisation, il est toujours critique. En tant que spontané, il peut être ou critique ou symptomatique. Dans ce dernier cas, c’est une maladie du sommeil, maladie constituée par l’ensemble de ces symptômes, effets directs de la cause pathogène. Dans le premier, c’est un effort de la nature contre la maladie, combiné avec les effets
directs de la cause pathogène, c’est-à-dire avec la maladie proprement dite. Il est de la
plus haute importance que le médecin sache distinguer le sommeil maladif du sommeil critique; car dans ce dernier cas, en considérant ce dernier comme un ennemi, en s’efforçant à le combattre ou supprimer, il agira contre la nature et contre l'intérêt du malade. La crise, se présente-t-elle sous forme d’une fièvre, d’une diarrhée ou d’un sommeil profond, doit être facilitée et non combattue. L'erreur sous ce rapport est moindre si le médecin se sert de la méthode thérapeutique de Mesmer; car, en magnétisant dans les deux cas, il verra, dans la suite, que les symptômes morbides diminuent et que les symptômes critiques augmentent, pour ne disparaître qu’avec les premiers. S'il s’effraye de la fièvre, de la diarrhée ou du sommeil trop profond, provoqués par la magnétisation, et qu’il l’interrompe, ignorant la loi qui l’oblige à continuer, le mal qu’il procurera ainsi au malade se réduit à une prolongation de l’état critique, plus ou moins pénible à ce dernier. Mais dans le cas où le médecin se sert des remèdes ordinaires, en combattant la fièvre, la diarrhée, ou le sommeil profond, non seulement il retarde là guérison ; mais encore il abîme la santé, car il déshabitue l’organisme à réagir raisonnablement contre les influences morbides. C’est cependant la facon d’agir la plus commune encore aujourd’hui, et c’est ainsi que s’enracinent et s’éternisent quelquefois ces états de léthargie qui font l'étonnement du public. La corde trop tendue se rompt,
et l'organisme, après avoir épuisé ses dernières ressources, n’est plus capable d'économiser ; il végète et meurt sans pouvoir revenir à la vie normale. Et il n’est même pas nécessaire de cautériser les plantes des pieds du malade ou de le faradiser à outrance, dans le but de le « réveiller », pour aboutir à ce funeste résultat ; il suffit de lui administrer une alimentation artificielle « pour soutenir ses forces », ou plutôt son état maladif. Alors l’instinct naturel est étouffé définitivement, les restes des forces s’épuisent par une digestion forcée et momentanément inutile, et l'organisme se déshabitue à vivre — qu'on me pardonne cette expression, qui rend bien compte de l’état général du malade. « Je crois avoir des raisons solides pour espérer, écrit MESMER, que c’est à ma théorie que l'humanité devra le salut de ceux qui, à la suite d’une maladie grave ou par un autre accident violent, sont tombés dans l’état de somnambulisme persistant, Ils ne seront plus considérés comme incurables et exclus de la société humaine. » (Sys£., p. 199.) Inutile d'ajouter qu’on s’est bien gardé d’écouter le grand charlatan. Jusqu'à ce moment aucun physiologiste n’a même pas essayé de soumettre ses considér ations à une étude sérieuse.
orsqu’un organisme, épuisé par une maladie aiguë grave, ou par un choc nerveux violent, tombe en léthargie, que fait le médecin? Il s'efforce par tous les moyens de réveiller le malade, autrement dit de lui faire dépenser les restes du capital de la vie que celui-ci se propose d'économiser, par un moyen suprême. Et que faisait dans ce cas MEsuEr? MESMER, qui savait que le sommeil profond constitue un état pendant lequel «les dépenses organiques sont arrêtées » et où l’homme « accumule dans ses nerfs, comme dans un vase, la quantité du mouvement économisé, dont l’excès produit le réveil » (Syst., p. 161), Mesuer, dis-je, agissait autrement, Il se gardait bien d’exciter ; il se contentait de ranimer le mouvement vital, par l’influence contagieuse de sa propre vitalité ; il magnétisait, et abandonnaït le reste à la nature. Aussi les résultats furentils différents. En voici un exemple. Un collégien de 10 ans (M. Pezcer) tombe en léthargie, à la suite d’une fièvre miliaire. DesLon décrit son état comme suit : « Toute transformation fut interceptée, la peau devint terreuse et le malade exhalait une odeur de cadavre. Les évacuations, qui n’avaient jamais été suffisantes, furent totalement supprimées. Le dégoût fut entier, les faiblesses se succédèrent, le froid gagne successivement les mains, les pieds, les jambes, les cuisses et le ventre; nul moyen de les réchauffer; affaiblissement excessif. Le malade tombe dans cette espèce de léthargie, qui sert d’avant-coureur à l’agonie. Telle était la maladie au quarante-cinquième jour. Un de mes confrères et moi avions inutilement prodigué tous nos soins pourfaire prendre à la nature un.cours moins funeste. Dans cet état de désespoir, j'engageai M. Mesuer à venir voir le malade. » Mesmer ne manifesta aucun espoir. « Néanmoins, il prit l'enfant par les mains, et quelques minutes après l'estomac et les mains furent couverts d’une moiteur gluante. L’attouchement de la langue procura une chaleur intérieure et agréable; une demi-heure après le malade urina ».« Dans la soirée,la chaleur revint,la moiteur se répandit, appétit se fit sentir... le sommeil fut calme : l’enfant ne se réveilla que pour demander à manger, etenfin une évacuation infecte soulagea la nature affaissée, Le reste de la cure demanda 3 à 4 semaines. J’ai peu vu ce jeune homme depuis, mais je l’ai vu:'ilétait gras, alerte, et avait tous les signes d’une bonne santé. » (Obs. sur le Magn., p.#1). Remarquons que le malade était sans connaissance, qu’il n’avait aucune idée du magnétisme, que MEsuer ne lui fit aucune suggestion et qu'il ne croyait pas lui-même au succès de ses efforts. Seulement il a eu le bon sens de ne pas agir contre la nature, de ne pas réveiller ou « ranimer » le malade, par des moyens artificiels, appartenant à la même catégorie que l’action du fouet sur un cheval épuisé.
Il est rare que le sommeil spontané critique présente les caractères nets d’un état somnambulique. Le plus souvent les symptômes forment un ensemble, dans lequel le somnambulisme proprement dit est plus ou moins méconnaissable, car « toutes les nuances de l’absence de l'esprit appartiennent à cette crise extraordinaire » (p. 198).
C’est ici qu’il faut mentionner une autre conception originale de Meswer, concernant les relations entre le somnambulisme et l’aliénation mentale. Pour lui la folie n’est qu’un somnambulisme désordonné, et tous les genres de l’aliénation mentale ne sont que des modifications d’un sommeil complet. (Système, p. 209.) Que penser de cette idée? Elle est ingénieuse. Les illusions, les hallucinations, les divers raisonnements
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faux suggérés, les changements de personnalité, les phobies, manies, idées fixes, exaltation, inhibitions, tout cela se rencontre dans les deux états, avec ce caractère principal en plus, que la conscience est toujours plus ou moins rétrécie. Seulement, dans le somnambulisme spontané, etsurtout dans le somnambulisme provoqué, ces phénomènes, sont passagers, tandis qu'ils sont stables dans l’aliénation. On pourrait donc dire que cette dernière présente une consolidation de certains phénomènes somnambuliques. On pourrait même ajouter —.et ce fut probablement cette circonstance qui inspira surtout Mesuer — que, dans certains cas, la production du vrai somnambulisme régulier supprime peu à peu le somnambulisme désordonné, autrement dit la folie. J'ai eu l’occasion d'observer quelques cas, dans lesquels cette conception de MESMER paraît se justifier pleinement. C’est ainsi que, dans une cure entreprise par moi en 1886 à la Salpétrière, dans le service de A. Voisin, nous avons pu constater comme une transformation graduelle de la folie en une hypnôse raisonnable. Il s'agit d’une nommée Tier.., âgée d’une quarantaine d'années, SpRSEAMnen la plus malade des deux cents aliénées de ce service, car c’est elle seule qu’on avait été obligé d’attacher à un fauteuil lourd, pour la priver de tout mouvement. Atteinte de mélancolie avec stupeur, elle présenfait cependant de fréquents accès de furie, dans lesquels elle cherchait ou bien à attaquer l'entourage, sous l’influence des idées de persécution, ou bien à se suicider elle-même. Lorsque je suis arrivé sur l'invitation de Voïsin, elle était au bout de ses forces. ayant refusé presque toute nourriture depuis huit jours, et ayant très peu mañgé auparavant. En revanche, elle avalait ses excréments et présentait un aspect dégoüûtant. Paraissant étrangère à tout ce qui se passait autour d’elle, elle ne répondait pas aux questions. À un moment donné elle se calma. Délivrée sur mon ordre de sa camisole de force, elle fut endormie pendant quelques minutes par limposition de ma main droite sur Je front et sans suggestion exprimée. L'état de stupeur se transforma alors peu à peu en une hypnose raisonnable : elle donnait des réponses brèves, mais justes, et obéissait aux suggestions. Nous la laissämes dans cet état presque sans interruption pendant un mois, car, toutes les fois qu’on la réveillait, elle retombait dans sa folie. Pendant ce temps l’aliénation devenait de plus en plus calme, et l'hypnose de plus en plus raisonnable, à quelques exceptions près (crises). Enfin elle déclara, en somnambulisme, que demain elle sera tout à fait guérie. Conformément à la suggestion, par laquelle je fortifiais seulement ses propres prévisions, elle dormit bien toute la nuit et se réveilla guérie. J'arrive, et la voyant avantageusement changée et travaillant à la couture, je lui demande comment elle va. Elle de avec étonnement, puis elle dit : — « Pardon, Monsieur, mais je ne vous connais pas. J'avais oublié, en lui posant ma question, qu’en effet jusqu’à ce moment elle ne m avait connu que dans deux états également inconscients : celui de la folie et celui de l’hypnose, qui se remplaçaient alternativement!
Al est donc des cas où l’idée de MEsuEr paraît se confirmer. Mais ce sont des cas rares, et, tout ingénieuse qu’elle soit, la conception de la folie comme d’une hypnose désordonnée ne peut pas être généralisée. D'abord, parce que tous les aliénés ne sont pas hypnotisables, et ensuite parce que ceux qui le sont, ne présentent pas tou- Jours cette liaison intime entre la folie et l'hypnose. Les folies d’origine organique par exemple, restent complètement en dehors de ce rapprochement. Je dois ajouter, pour être juste, que peut-être Mesuer lui-même ne prêtait pas à sax conception une généralité absolue, car je trouve dans D’Escon, son disciple immédiat, la phrase suivante : «M. Mesuer est dans l’opinion, et je le crois comme lui, que la plupart des folies ne sont que des crises imparfaites de maladies. » (Observations sur le magnétisme animal. Londres et Paris, 1780, p. 36.)
« Ho TANT » veut dire : crises auxquelles le manque de force du sujet n'a pas permis d'aboutir à une guérison. Elles se sont consolidées en maladies CREME au lieu de se terminer comme une maladie aiguë.
Quoi qu’il en soit de cette conception ingénieuse, de MEsmer, nous ne la retrouvons plus dans la litiérature hypnotique moderne. En revanche, nous y trouvons une identi-
1. A. Voisin communiqua cette observation au congrès de Nancy en 1886. Voir aussi mon livre « De la Suggestion mentale », p. 866, 2° édition. Paris, 1889.
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fication inverse, privée de toute ingéniosité : de l’hypnose régulière considérée comme un état pathologique. On ne dit plus : l’aliénation est une hypnose désordonnée et consolidée, on dit : l'hypnose est une névrose expérimentale ou provoquée. Il est vrai
“que les hypnotiseurs modernes ont tellement défiguré les caractères primitifs du som-
meil magnétique qu’il à pris réellement une apparence pathologique. Mais il ne faut pas oublier que, dans les origines du magnétisme, dans les travaux de Mesmer, de Puyséqur, de DeLeuze, le somnambulisme provoqué se distingue essentiellement de l'hypnose moderne !.
Méthode en nIEle de Mesmer.— L'infortuné réformateur, dont nous retraçons ici les mérites, d’une façon à peine suffisante pour en donner une idée exacte, expérimenta pendant neuf ans, avant de faire son appel aux sociétés savantes et douze ans, avant la publication de son premier mémoire. Ce fut un travailleur infatigable, qui observa beaucoup, parla peu et écrivit encore moins. — Juste le contraire de ses détracteurs d’aujourd’hui. — Cet étrange charlatan ne livra à la publicité les cures qu'il avait opérées qu'après qu’elles eurent été taxées d’imposture; et les quelques
opuscules qu'il publia furent imprimés à un petit nombre d'exemplaires, destinés aux
amis. Pour les détails de ses innombrables expériences il attendit toujours qu’une Académie quelconque daignât lui permettre d’en faire une démonstration. Il s’en est suivi, que, si nous avons des volumes concernant les banales innovations de ses imitateurs, nous savons très peu des premiers travaux du promoteur. Mais à ceux qui, comme moi, après longues années d’expériences et d’hésitations, sont arrivés à des constatations analogues, ‘ce peu suffit, pour donner une idée de l’étendue de son travail. En effet, vers la fin de cette première période de son œuvre, période dans laquelle il étudia d’abord l’action de l'électricité statique, ensuite celle de l’aimant et enfin celle du « magnétisme animal », nous le voyons déjà maitre de son savoir, et surtout maître du mécanisme naturel des guérisons, conçu d’une facon assurément personnelle, mais qui tout de même se rapproche beaucoup plus de la réalité que les théories de ses plus heureux concurrents et antagonistes. Sans faire de suggestion, il prévoit, il annonce ce qui doit arriver, et ce qu’il annonce se réalise.
Pour bien comprendre la méthode expérimentale de MEesuer, il ne faut pas oublier que, dans son idée, juste ou injuste, il a fait une découverte physique, qu’il appliqua directement à la physiologie. Cette découverte physique, il l’a déduite de l’action des pointes en électricité et de l’action des pôles en magnétisme minéral. Ayant constaté d’abord que l’aimant peut remplacer les pointes chargées électriquement, et ensuite que le doigt de la main, droite ou gauche, peut remplacer l’aimant dans son action physiologique, et même le remplacer avantageusement, il en conclut qu’il doit y avoir un autre agent, qui n’est ni électrique, ni magnétique en lui-même, et qui tantôt s’ad- Joint à l’action électrique des pointes, tantôt à l’action magnétique de l’aimant, et tantôt
1. Certains auteurs contemporains, inspirés par leur ressentiment contre les vrais créateurs de cette nouvelle science, se donnent le plaisir d’insister sur le caractère pathologique de éous les phénomènes de l'hypnose. Et, comme selon eux il n’y a que les hystériques qui se laissent hypnotiser, l'hypnose ne serait qu’un état névropathique artificiel, provoqué chez des névropathes naturels. MEYNERT va encore plus loin. Pour lui l'hypnose est « une imbécillité, provoquée artificiellement ». « Il aurait été plus près de la vérité, observe Forez, en remplaçant le mot « imbécillité » (Blüdsinn) par «aliénation » (Wahnsinn),» mais en somme, Forez considère cette définition de MEYNERT, comme « une affirmation gratuite d’un savant à idées préconçues, qui n’a pas étudié la question personnellement, et quine veut pas l’étudier » (Der Hypnotismus, Stuttgart, 1898, 132). Comme on sait, Meynerr fut un histologiste éminent, dont les recherches, Pivane l’'expression de Wunpr, ont fait époque, en prouvant (vers 1886) l'uniformité des couches corticales du cerveau (Grundzüge d. physiol. Psychologie, Leipzig, 1908, I, 214). Dans un autre passage de ce volumineux compendium, Wunpr développe (I, p. 387) le principe général de l’uniformité essentielle de tous les nerfs, sous le nom du principe de l'indifférence primitive des fonctions nerveuses. D’après ce principe il n’y a pas de différence de nature entre les nerfs en général, ct leurs énergies spécifiques apparentes dépendent uniquement de la diversité des organes terminaux. Or telle fut déjà l’opinion de MEesMER, qui dit expressément : « In allen Theilen des Kürpers ist die Natur der Nerven eine und dieselbe. » (Syst. d. Wechselwirkungen, p.124.) Ce qui n'empêche pas que non seulement MexnertT, qui « a fait époque » en confirmant cette idée de MESMER, mais aussi Wunpr, l’admirateur de MEyNERT, qui la généralise, et aussi que Forez, antagoniste de Meynerr, sont d'accord pour déclarer que Mesmer ne fut qu’un charlatan. -
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