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enfin à l’action du corps humain et du « physique de la pensée ». C'était son fluide universel véhicule de toutes les actions réciproques, plus ou moins subtiles, cinquième état de la matière. MEsuER avait-il le droit de tirer de ses’études cette conclusion surprenante? Nous l’examinerons ailleurs, en parlant de l’état actuel des recherches. Pour le moment qu’il nous suffise de dire que sa croyance à un agent physique nouveau n’a pas été concue à la légère. MEsmEr à eu la chance de tomber, dès le début de ses recherches, sur quelques sujets très sensibles et fort rares, avec lesquels réussissent les différentes actions à distance. Aussi a-t-il été confirmé dans ses vues purement physiques, exprimées déjà dans sa dissertation doctorale de 1766. Comme physicien expérimenteur, il commit l’erreur de se fier aux réactifs animés, comme s'il s'agissait d'instruments de physique. Il ignora ce fait (mis en relief seulement par l’école de Nancy) qu'avec un sujet très sensible, on obtient tout ce qu’on désire. Même erreur, dans laquelle sont tombés, cent ans plus tard, CHarcor, Heinenaai, Luys, DumonrpaLLier, et tant d’autres. Même erreur, mais quelle différence de méthode!
Nous donnerons ici quelques expériences typiques de MESMER.
Première expérience. — Elle remonte à 1775. Mesmer se trouvait alors en Hongrie à Rohow dans le château du baron Horerzxy, dont il commença le traitement, d’abord sans résultat. Les malades pauvres affluaient des environs, et furent traités par -MESMER avec plus de succès. Mais parmi la noblesse du château le doute persistait, MEsMER ayant déjà eu le temps d’attirer sur son nom l'accusation de charlatanisme. S'il était venu à Rohow, c’est uniquement parce que les médecins de Vienne, VAN SWIETEN et van HAEN, après plusieurs années de soins, ayant abandonné tout espoir de guérison, van HAEN, pour se débarrasser d’un malade récalcitrant conseilla au baron de se faire magnétiser par MESMER, tout en déclarant, que quant à lui, il n’attache aucune importance à ce nouveau genre de traitement. La disposition des habitants et des hôtes du château fut donc peu favorable au novateur, et parmi eux, le précepteur du jeune baron Horerzky, M. SeirErT, appartenait aux plus sceptiques. C’est lui qui nous raconte les faits. Il servit d’interprète entre Mesmer et les paysans slovaques des environs; et, considérant le premier comme un farceur, ne demandait pas mieux que de pouvoir le démasquer. Un jour il trouve dans son journal la description d’une expérience, dans laquelle Mesmer avait, paraît-il, réussi à influencer trois malades, une jeune fille et deux hommes, en se placant à leur insu dans une chambre voisine et en dirigeant son doigt dansleur direction. On lit l’article incriminé à haute voix, et MEsuer est prié de renouveler l’expérience. Il s’y oppose d’abord, ce qui fortifie les soupçons de Seirert. Mais enfin il consent à faire l'essai. Dans une grande salle voisine les malades entouraient «le “ baquet, » qui à cette époque consistait encore en un assemblage d’aimants et d’une machine statique. Les malades, se tenant par les mains, furent influencés en outre par les attouchements de MEsuer et par l'approche de son doigt. Après avoir choisi un de ces malades, un jeune juif, qu'il considérait comme le plus sensible, Mesuer le place sous la muraille, le dos contre celle-ci, et passe dans l’autre pièce. Il se tient debout à trois pas environs de la muraille, épaisse de 2 pieds et demi, derrière laquelle se trouve le sujet. Une porte à deux battants, qui sépare cette pièce de la salle des malades, est occupée par M. Srirert, de telle facon que personne d’autre ne peut rien voir à travers le battant un peu entr'ouvert, ni d’un côté ni de l’autre, tandis que lui, SEIFERT, est en état d'observer en même temps et l’expérimentateur et son sujet. Après quelques moments de silence, Mesxer fit plusieurs mouvements de travers, avec le doigt indicateur de son bras droit, à droite et à gauche, horizontalement et dans la direction du malade. Ce dernier commença à se plaindre et à gémir, en placant ses mains sur ses côtés. Ne se contentant pas de cette apparence d’une action, SeirerT lui demande ce qu'il ressent. — «Je me sens mal », dit le sujet. — « Précisez vos sensations », insiste SEIFERT. — « Tout remue en moi de travers, à droite et à gauche. » Pour ne plus continuer les questions à chaque nouveau essai, SEIFERT enjoint au sujet, une fois pour toutes, d'annoncer, spontanément et avec exactitude, chaque changement dans ses sensations, aussitôt qu'il se produit, et sans attendre les questions. Bientôt après MEesmer croisa les bras. Environ huit secondes plus tard le sujet déclare de lui-même : « Maintenant, je ne sens plus rien. » Lorsque Meswer recommenca l’action, en dessinant avec son
doigt dans l’espace des figures ovales, le sujet se contracta de nouveau en disant : « Maintenant tout marche en moi en cercle, en remontant et en descendant. » A peine Meser at-il pris l'attitude du repos que le sujet déclara de lui-même : « Maintenant je ne sens plus rien. » L’expérimentateur continua, en changeant la forme de son action, qui fut. toujours indiquée exactement par le sujet, aussi bien que les moments de repos, que MEsmER faisait tantôt courts, et tantôt longs. « Une entente préalable ou une autre tricherie quelconque étant complètement exclues, écrit Setrerr, il n’est guère possible de supposer que l'imagination seule puisse expliquer tant de concordances exactes, aussi bien par rapport à la nature des changements, que quant à la durée de l’action ou celle du repos. »
En effet, que peut-on reprocher à cette expérience? Telle qu’elle est décrite, d'une façon détaillée et très consciencieuse par SetrerT, elle ne laisse subsister qu’un seul doute : elle peut prouver une action mentale, mais non une action physique. Cependant, au point de vue de la réalité des phénomènes, et même au point de vue de la théorie de MEsuer, ce détail n’a pas d'importance, car suivant lui l’action physique est inséparable de l’action mentale. Le sujet s'attendait, il est vrai, à quelque chose : il. subissait donc l'influence de l'attention expectante, qui le rendait plus sensible, mais, comme c'était une première expérience, et comme MEesuer ne disait rien, une coïncidence si souvent répétée n’est guère admissible.
Je me rappelle qu’en 1885 DumonTPALLIER a voulu me montrer une expérience analogue. Nous étions dans une grande salle de la Charité, pleine de malades. DumonTPaL- LIER ordonne à M'e Marie endormie, de se lever de son lit et d’aller se placer au fond de la salle, en nous tournant le dos. Aussitôt après 1l commença à faire des mouvements attractifs avec ses deux bras, en secouant ses manchettes, au milieu d’un silence général. M!e Marie, se relourna, mais ne bougea pas. Les malades dans leurs lits se communiquaient leurs observations. Le sujet resta quelques secondes immobile, puis s’avança vers nous. Évidemment dans ces conditions l'expérience, qui d’ailleurs avait déjà été faite auparavant, ne prouvait rien.
Deuxième expérience. — Un autre jour Mesuer essaya l’action électro-statique à distance. S&iFeRT, qui le suivait partout avec méfiance, raconte ce qui suit. En passant par la salle des malades, il rencontra un paysan slovaque, aiteint d’un « endurcissement » dans la région de l’estomac, qui le faisait beaucoup souffrir. Assis à part et se tordant dans sa douleur, il énoncait les plus grossières imprécations contre Mesmer. Questionné sur la cause de ces injures, le malade répond qu'il recoit en ce moment les plus fortes secousses, et que personne d’autre ne peut en être la cause, que ce diable de médecin allemand. Seirert alla dans la chambre voisine, où il trouva Mesuer faisant jaillir les étincelles d’une machine statique, en les soutirant à l’aide de ses doigts. Placé au seuil de la porte, SetrERT a pu constater que les secousses douloureuses du malade coïucidaient avec la soustraction des étincelles, et il ajoute qu’il a vu « un effet semblable sur le même sujet, par l’action du magnétisme de Mesuer à l’aide d’un miroir, ou bien médiatement par l’intermédiaire du son ».
Nous décrirons plus loin une expérience de ce genre. Pour le moment remarquons que l’action des étincelles à travers un mur doit être attribuée aux ondes hertziennes. Dans une étude spéciale de cette matière, faite par moi il y a deux ans au laboratoire de l’Institut général psychologique, en me servant d'un radioconducteur BranLy et d’un petit récepteur télégraphique BreGuer, j'ai pu constater que, dans ces conditions, une petite étincelle, tirée d’un des pôles d’une machine WimsaursT, suffit pour actionner le récepteur à une distance de plusieurs mètres, et que de très grandes étincelles, passant directement d’un pôle de la machine à l’autre, sans l'intermédiaire du corps humain, restent inefficaces. J’attribue ce résultat à ce que le corps humain joue alors le rôle d’une antenne, et à quelques autres conditions, qu'il serait trop long d’exposer ici. Le phénomène avec un récepteur vivant et sensitif.se complique encore d’une sorte de transmission de sensation (voir les expériences de Pierre Janer et autres dans ma Suggestion mentale). Les sensitifs hypnotiques sout généralement très sensibles aux changements du potentiel électrique dans l’atmosphère. Quant aux ondes hertziennes, mes expériences prouvent qu'elles peuvent parfois naître sous l'influence d'’étincelles tellement faibles qu’elles resteut invisibles. Mais, même dans des conditions où il est impos-
siblée d’invoquer les ondes proprement dites, il y a quelquefois une action éloignée sur les sensitifs. C’est ainsi que déjà vers 1815 Snianecxi, NiEszxowskI et BERGMANN ont pu constater sur la femme de ce dernier, cataleptique, l’action excitante d’une simple friction de la cire à cacheter, à travers trois chambres!
Troisième expérience. — MEsuEr a découvert que le son, en dehors de son action acoustique, peut être modifié par l’influence personnelle du magnétiseur. Chez le baron Horerzxy deux musiciens jouaient de temps en temps du cor de chasse, dans un pavillon du jardin. Les malades de MEsmer écoutaient cette musique avec plaisir. Cependant un jour, SEIFERT remarqua qu’au moment de la production de ce pelit concert les malades commencèrent à s’en plaindre, ou même à prononcer des imprécations, et quelques-uns eurent des attaques de nerfs. Serrerr alla chercher MEsMER, et, après avoir traversé deux salles, dont les portes étaient fermées, il le trouva auprès des musiciens, touchant le bord du cor de chasse, avec sa main droite. Il lui raconta que les malades sont inquiets, on ne sait pas pourquoi. MEsuer sourit; il tint encore le cor de chasse pendant la production d’un morceaa suivant, puis il retira la main droite et toucha l’instrument avec sa main gauche. Enfin il le lâcha complètement, en disant : « Maintenant, ou dans un moment, les malades vont se calmer ». Ce qui arriva réellement. Une autre fois il essaya une semblable influence par l'intermédiaire d’un corps : vivant : une chanteuse se faisait entendre pour la société du château, Dans la salle des malades on entendit le chant faiblement ; cependant, lorsque MEsmer, sans prévenir personne, prit la main droite de la chanteuse dans la sienne droite, les mêmes phénomènes se reproduisirent, et peu de temps après, la chanteuse elle-même a été obligée de cesser à cause d’un malaise à la gorge. Alors Mesmer lâcha la main et approcha de là gorge de la chanteuse l’index de sa main gauche. Son mal disparut bientôt.
Quatrième expérience. — « L'action de mesmérisme — raconte SEIFERT — à l’aide d’un miroir ne fut pas moins efficace. Un jour MEesmer causa avec quelques visiteurs et habitués de la maison, dans une salle voisine de celle des malades. La porte qui les séparait était ouverte, mais la position était telle que nous ne pouvions pas voir les malades, et les malades ne pouvaient pas nous voir. Subitement, Mesuer indiqua du doigt à ses compagnons, dans une glace qui ornait la salle, l’image d’un de ses malades, assis dans le cercle du baquet et nous tournant le dos. Il dirigea sur cette image réfléche l’index de sa main droite. Le sujet n’était pas en état de le voir. Malgré cela il manifesta des secousses, et les autres malades, liés avec lui par la chaîne des mains, s’agitèrent également, chacun à sa façon. Cet état continua jusqu’au moment où MEs- MER, toujours à l’insu des malades, au lieu de l’index droit, dirigea le doigt de sa main ° gauche. L'expérience fut répétée plusieurs fois, à l’improviste, et non sans succès. »
(KoërNer, /. c., p. 43.) On y voit la prétention de MEsMEr de rester toujours dans le domaine physique de la polarité, dont nous dirons quelques mots plus loin.
Les glaces peuvent-elles réfléchir l’action magnétique, comme elles réfléchissent les ondes hertziennes”? Je ne peux pas me prononcer sur cette question, n'ayant pas fait d’expériences suivies sur ce sujet. Une étude semblable me paraît d’ailleurs fort difficile, les expériences réussies étant toujours compliquées par la possibilité d’une action mentale. Il faudrait se contenter du plus ou moins, lorsque l’effet est ou n’est pas favorisé par les glaces. Mais pourquoi MEsmer dirigeait-il toujours un seul doigt et non la main tout entière? Cela tenait à sa conviction sur l’action des pointes. Cette conviction avait-elle une base quelconque”? Oui. Les pointes agissent autrement que les surfaces, aussi bien dans les phénomènes électriques que dans les soi-disant phénomènes magnétiques du corps humain. Sans parler des choses connues, décrites dans les manuels de physique, on peut vérifier qu'avec une machine électro-statique, lorsque les étincelles grandes, directes, passant d’un pôle à l’autre, restent inefficaces, on les rend efficaces, c’est-à-dire capables de produire les ondes hertziennes, en introduisant entre les pôles une surface métallique, qui double les étincelles, les coupe en deux, pour ainsi dire. En revanche, lorsque les étincelles tirées à l’aide d’un conducteur quelconque, touchant rapidement un des pôles, sont actives, on les paralyse par l’approche d’une pointe. Chez un certain nombre de sujets hypnotisés, une pointe métallique, approchée à‘leur insu et sans contact, produit une excitation, une secousse, une sensation de froid, un réflexe de répulsion; qu’elle scit tenue par le magnétiseur, ou simplement. posée à
côté sur une chaise, à l’insu du sujet. Chez plusieurs personnes hypnotisées, ou endormies du sommeil normal, un doigt présenté à petite distance agit de même; tandis que lecreux de la maïn, dans les mêmes conditions, produit plutôt une sensation de chaleur ou une attraction, quelquefois tout à fait inconsciente, même en dehors de la sensation calorique. Il est regrettable que Mesmer ne nous ait pas laissé les détails de ses recherches sur les pointes; mais sa persistance à employer un doigt ou une baguette pointue, comme moyen d'excitation, nous prouve qu'il a dû faire des constatations analogues.
Ce moyen d’excitation, il l’employa aussi comme moyen de diagnostic, dévoilant les ‘symptômes pathologiques latents et les nodi minoris resistentiæ. En voici quelques exemples : a) Un Juif hongrois, voulant se moquer de Mesuwer, lui affirma qu’il souffrait horriblement de ja tête. Le doigt de Mesmer lui procura nne telle migraine, qu'il se roula par terre de douleur. Son mal calmé, il n’a plus voulu revenir, disant « qu’il ne faut pas plaisanter avec le magnétisme ». b) De la même façon, MEesmer provoqua des convulsions chez trois malades qui se croyaient guéris par les exorcismes de :GAssNer (preuve que leur maladie restait latente; car, dans les guérisons complètes, le doigt ne provoque plus rien). c) Le baron n’ANDELON était assez fréquemment tourmenté d’attaques d'asthme. « J’annoncçai, dit MESmER, que je ne le toucherais pas, afin de prouver que le contact immédiat n’est pas nécessaire à l’action du magnétisme animal. #4 à 5 pas plus loin, je dirigeai la verge de fer, que je tenais en main, vers sa poitrine et lui ôtai la respiration. Il serait tombé en défaillance, si je ne m'étais arrêté à sa prière. Au surplus, il assura sentir si distinctement les courants opposés que j’opérais en lui, qu’il s’engagea à désigner, les yeux fermés, chaque mouvement de mon fer. Cettë dernière expérience eut lieu; mais on y fit peu attention. » d) M!e ne BercaxcourT de Beauvais, paralytique de la moitié du corps, souffrait en outre, de temps en temps, d’une terrible douleur au front. « Je dirigeai, raconte également MesmEer, mon fer vers son front. La douleur qu’elle y ressentit fut prompte : je la laissai se calmer. Dans l’intervalle, j’offris de prouver que le foyer du mal n’était pas dans la tête, mais bien dans les hypocondres. En conséquence, je dirigeai mon fer vers l’hypocondre droit : la douleur fut plus subite et plus vive que la première fois; je laissai se calmer encore la malade, et, augurant que le vrai principe du mal était dans la ‘rate, j'annonçai qu’on allait apercevoir la différence de mes effets. À peine eus-je dirigé mon fer vers ce viscère, que la demoiselle pe ‘BERLANCOURT chancela, et tomba, les membres palpitants, dans des douleurs excessives. Je la fis emporter fout de suite, ne jugeant pas à propos de pousser plus loin des expériences, que déjà plus d’un lecteur accuse peut-être de barbarie. » Il s'agissait d’une expérience, et non d’une cure. Dans une cure, MesMer aurait continué son action de temps en temps, jusqu'au moment où les symptômes provoqués, devenant de plus en plus faibles, auraient complètement disparu. (aurait été la méthode excitante de traitement magnétique, employée exclusivement par Mesmer dans la première moitié de sa carrière. C’est elle qui détermine de la part des commissaires du Roi la dénomination ironique du magnétisme comme « l’art de provoquer les convulsions ». Plus tard, il préféra une méthode plus douce, ressemblant ‘à celle de Puyséeur, avec cette différence qu'il ne s’efforçait jamais de produire le sommeil. Maïs, dans le second cas comme dans le premier, les phénomènes morbides latents doivent toujours réapparaître, en s'épuisant ; autrement il n’y a pas de guérison radicale. On peut d’ailleurs assez souvent supprimer le symptôme latent provoqué, sinon avec profit pour le but définitif de guérison, du moins pour la satisfaction momentanée du malade. €) « Le chevalier be CRuSs0L, m'avait prié de le toucher, et je lui avais occasionné dans le côté une douleur, accompagnée de chaleur si sensible, qu’il avait engagé la compagnie à s’en assurer, en y portant la main. Cette douleur ne lui était pas inconnue. Elle servait assez fréquemment d’avant-coureur aux accès de mal de tête. M. De CRUSsOL, désirant servir de sujet à une dernière expérience, me laissa ignorer ces particularités, et me demanda si je ne pourrais pas essayer de lui faire ressentir ses douleurs habituelles, sans être prévenu de leur genre. Je me prêtai à en faire l’essai : il fut heureux, c'est-à-dire que M. pe CrussoL y gagna un violent mal de tête. Alors il réfléchit que je lui avais fait un fort mauvais présent, et me pria de le reprendre, si la chose était possible; elle l'était, et je trouvai juste de lui ôter son mal, avant de le laisser sortir de
Ed
chez moi. » f) « Lorsque Mesuer tôuche un malade pour la première fois, raconte son antagoniste, le D' Taourer, il le touche au plus grand point de réunion d’influences vitales « au creux de l’estomac ». Alors a lieu la communication électrique. Cela fait, il se retire, étend le doigt, et il se forme alors entre le sujet et lui une traînée de fluide, par laquelle se conserve la communication établie. L'influence de Mesmer dure plusieurs jours, et pendant ce temps-là, si la personne est susceptible, il peut opérer sur elle des effets sensibles, sans la joncuat de nouveau, de loin et sans autre intermédiaire que le fluide même. |
« MEsmEer, se trouvant un jour avec MM. C... et »'E... auprès du grand bassin de Meudon, leur proposa de passer alternativement de l’autre côté du bassin, tandis qu’il resterait à sa place. Il leur fit plonger une canne dans l’eau et y plongea la sienne. A cette distance M. C..…. ressentit une attaque d’asthme, et M. n'E... la douleur au foie, à laquelle il était sujet. On a vu des personnes ne pouvoir soutenir cette expérience et tomber en défaillance. — Un autre jour MESMER se promenait dans les bois d’une terre au delà d'Orléans. Deux demoiselles, protitant de la liberté de la campagne, devancèrent la compagnie, pour courir gaiement après lui. IL se mit à fuir; mais bientôt, revenant sur ses pas, il leur présenta le bout de sa canne, en leur défendant d’aller plus loin. Aussitôt leurs genoux ployèrent, il leur fut impossible d'avancer. »
J'ai cité ces faits comme caractéristiques, mais il est évident qu'il n’est pas néces=-
saire d'attribuer au fluide ou à l’action des pointes ce qui peut s’expliquer par la suggestion, par la cataplexie ou par l’attention expectante. L'action est compliquée dans plusieurs expériences, celles, par exemple, où MEsmer, par la direction de son doigt, faisait descendre ou monter une douleur, apparaître ou disparaître une entflure.. Ses contemporains se sont contentés à ce sujet de quelques caricatures RAA qui ont définitivement ridiculisé le Mesmérisme. Mais cela n'empêche pas que ces faits. étaient vrais, que ces découvertes étaient de première importance, et que cette importance n’est pas encore bien comprise aujourd’hui.
Cinquième expérience. — Elle a été faite en présence du physicien anglais INGExnousz, sur Mile OESTERLINE : « J'invitai M. INGENHOUSzZ à se rendre chez moi. Il y vint, accompagné d’un jeune médecin. La malade était alors en syncope avec des convulsions. Je le prévins que c’était l’occasion la plus favorable pour se convaincre par luimême de l’existence du principe que j’annoncais, et de la propriété qu’il avait de se communiquer. Je le fis approcher de la malade, dont je m'éloignai, en lui disant de la toucher. Elle ne fit aucun mouvement. Je le rappelai près de moi ef lui communiquai le magnétisme animal en le prenant par les mains : je le fis ensuite rapprocher de la malade, me tenant toujours éloigné, et lui dis de la toucher une seconde fois; il en résulta des mouvements convulsifs. Je lui fis répéter plusieurs fois ces attouchements, qu'il faisait. du bout du doigt, dont il variait chaque fois la direction, et toujours, à son grand étonnement il opérait un effet convulsif dans la partie qu ÿL touchait. Cette opération terminée, 1l me dit qu'il était convaincu. Je lui propusai une seconde épreuve... »
« Nous nous éloignâmes de la malade — continue MEsmer — de manière à n'en pas être aperçus, quand même elle aurait eu sa connaissance. J'offris à M. INGENHoUSsz six tasses de porcelaine, et Le priai de m'indiquer celle à laquelle il voulait que je communiquasse la vertu magnétique. Je la touchai d’après son choix : je fis ensuite appliquer successivement les six tasses sur la main de la malade; lorsqu'on parvint à celle: que j'avais touchée, la main fit un mouvement et donna des marques de douleur. M. IncenHousz, ayant fait repasser les six tasses, obtint le même effet. Je fis alors rapporter ces tasses dans le lieu où elles avaient été prises; et après un certain intervalle, lui tenant une main, je lui dis de toucher, avec l’autre, celle de ces tasses qu’il voudrait; ce qu'il fit : ces tasses rapprochées de la malade, comme précédemment, il en résultait le même effet. La communicabilité du principe étant bien établie aux yeux de M. Ixcexnousz, je lui proposai une troisième expérience, pour lui faire connaître son action dans l'éloignement, et sa vertu pénétrante. Je dirigeai mon doigt vers la malade # la distance de huit pas : un instant après, son corps fut en convulsion, au point de se soulever sur son lit, avec les apparences de la douleur. Je continuai, dans la même position, à diriger mon doigt vers la malade, en plaçant M. Ixcexuousz entre elle et moi : elle éprouva les mêmes sensations. Ces épreuves répétées au gré de M. INGEN-
HOUSz, je lui demandai s’il en était satisfait, et s’il était convaincu des propriélés merveilleuses que je lui avais annoncées, lui offrant, dans le cas contraire, de répéter nos procédés. La réponse fut qu’il n’avait plus rien à désirer et qu’il était convaincu; mais qu'il m'invitait, par l'attachement qu'il avait pour moi, à ne rien communiquer au public sur cette matière, afin de ne pas m’exposer à son incrédulité.. »(1, Mém., p. 28.) La dernière expérience que je citerai encore a trait à l’action thérapeutique. Elle est intéressante à plusieurs points de vue et mériterait d’être lue dans l'original de Sei- FERT, à cause de la simplicité de son récit à la fois naïf et exact. Je l’abrège un peu, en supprimant les détails descriptifs, inutiles pour notre but. Sixième expérience. — Mesmer est arrivé à Rohow, pour soigner le baron Horerzxy, sujet depuis des années à des crampes à la gorge, dont la nature nous est inconnue. Les cinq premiers jours, il n’y a eu aucun changement, et le baron ne sentit rien. Il s'impatientait, et le soir du cinquième jour il s’en plaignit à MesmER. «Si vous ne sentez rien, répondit ce dernier, cela prouve que votre maladie n’est pas de nature nerveuse. » Telle était, alors son opinion, mais elle n’était pas tout à fait juste. Il n’y a pas de relation nécessaire entre la sensibilité hypnotique et la nature organique ou fonctionnelle de la maladie. Celui qui ne ressent rien peut cependant être atteint d’une maladie nerveuse, et celui qui ressent beaucoup peut avoir une maladie organique. Nous en préciserons plus loin les conditions. Pour le moment je dirai seulement qu’à . Cette époque MEsuer considérait le magnétisme comme un spécifique nerveux et il partageait l'erreur de nos médecins contemporains pour qui l’hypnotisme n'est applicable qu'aux troubles de nature fonctionnelle. Au fur et à mesure que son expérience s’élargissait, il changea d’avis, mais la phrase soulignée : « le magnétisme animal guérit directement les maladies nerveuses et médiatement les autres » ne se trouve pas dans Ja première édition de ses aphorismes. Il est donc probable qu’en répondant au baron il ne croyait pas à la possibilité de le guérir, et il s’excusait, pour ainsi dire, de sou échec, en attribuant à la maladie une cause non nerveuse. SEIFERT raconte que MESMER renvoyait généralement les malades non nerveux à d’autres médecins. « Le lendemain soir, c'est-à-dire le sixième jour du traitement, en tätant comme d'habitude le pouls ‘du baron, pendant la magnétisation, Mesuer a dû apercevoir quelque. changement (accélération du pouls), car il dit au malade : « Patience, vous allez bientôt sentir - quelque chose! » Mais le jour suivant sembla contredire cette prédiction. Le palient n’'éprouva toujoursrien. Cependant, à une heure tardive, Mesuer est allé voir la baronne, et 1l la prévint, en présence de plusieurs témoins, que le jour suivant sera très grave pour le malade, mais qu’elle ne doit pas s’en effrayer. La baronne ne sembla pas faire grand cas de cette prémonition. Vers 8 heures du matin, pendant la séance de magnétisation habituelle, le baron parut être en danger de vie. La baronne envoya immiédiatement chercher le D' UxGerorrer. En entrant dans la chambre du malade, SEIFERT vit ce dernier couché sur son lit et grelottant de froid, malgré l’épaisse fourrure dont il était recouvert. Il poussait des cris et divaguait comme dans une fièvre chaude. Assis devant son lit, MEsMER lui tenait la main droite avec sa main gauche, tandis que son pied droit déchaussé reposait dans un baquet rempli d’eau. Dans le même baquet s’enfonçait une canne en bambou ferré, tenue par une autre personne, le violoniste Korow- RATEK, obligé par Mesuer de frotter continuellement cette canne avec sa main droite, de haut en bas. Le baron paraissait souffrir énormément et demanda à plusieurs reprises qu'on le tuât. Mesuer restait calme et pensif. Enfin, il lâcha la maïn du malade et saisit seulement son pouce. Il s’en est suivi une accalmie: mais, après quelques moments de repos, MESMER saisit de nouveau la main, et les mêmes phénomènes se manifestèrent. Il répéla ce changement plusieurs fois, avec le même résultat (probablement avec affaiblissement des accès). Lorsque la baronne, affolée par les plaintes du malade, faisait des reproches à Mesmer, celui-ci répondit tranquillement :« Ne vous ai-je pas prévenue, Madame? Votre mari sera bientôt sain el sauf. » Et il continua ses manœuvres. Enfin il cessa tout, et ordonna au baron de se lever. Il le fit, et à son grand étonnement et à la stupéfaction des assistants, il se sentit fort et gai. Seulement, sur ses lèvres, son mentonet ses joues il se forma une éruption vésiculaire. Il prit son violon, joua et sursauta gaiement. À ce moment entra le D' Uncernorrer, tout ébahi de voir son patient dans cet élat. On lui raconta ce qui s’est passé. Il tâta 1è pouls, secoua la tête, et dit : « Cette
fièvre, ilne faudrait pas la laisser venir une seconde fois, elle a été par trop forte. » Mesuer protesta, en disant qu’il avait cette fièvre dans sa main, qu’il l’avait annoncée, etc. Mais le D'UNGErHorrEr mit tout en doute, en déclarant qu’il à en ce moment dans sa clientèle des cas de fièvre tout à fait semblables où les malades se plaignaient de douleurs excessives aux membres. Mesmer objecta que cette fièvre n’est pas venue d’ellemême, mais qu’elle fut provoquée par la magnétisation, qu’il pouvait la calmer ou la fortifier à volonté ; et, pour prouver son dire, il assura qu’elle ne se manifestera plus avant une seconde magnétisation. Et la dispute continua, sans résultat. — Elle est très caractéristique, et elle se répète encore aujourd'hui entre médecins et magnétiseurs, tellement les crises de cette nature sont peu connues de la science. — MESMER n’a pas magnétisé le baron pendant les deux jours suivants, et la fièvre ne revint pas. Le 3° ou 4° jour, il avait voulu recommencer les séances, mais le malade s’y opposait. IL consentit enfin, persuadé par Mesmer, La séance commença à une autre heure, environ trois heures plus tard qu'auparavant. Les mêmes manifestations eurent lieu, quoique plus faibles ; mais le patient n’a pas voulu continuer, et, au bout de quelques minutes, avant d’avoir perdu connaissance, il sauta du lit, et déclara à Meswer qu'il aimait mieux garder ses spasmes, plutôt que de supporter encore une fois de semblables souffrances. Rien n’y fit. Mesuer se fâcha et partit. Il déclara que, sile baron avait continué son traitement, les accès auraient été de plus en plus faibles, pour disparaître enfin définitivement; mais,
comme il a interrompu le traitement trop tôt, un accès semblable se manifestera encore
dans le temps. » Telle est réellement la marche naturelle des crises provoquées par des magnétisations réitérées, et sa connaissance permet souvent de pronostiquer, avec une précision mathématique. Nous ne savons pas si le dernier point de la prédiction de Mes- MER se réalisa, mais SEIFERT assure que, pendant les quelques mois que dura encore son séjour à Rohow, le baron n’a eu ni spasmes ni fièvre. Ce qui répond également à la règle.
Cette expérience est encore instructive au point de vue historique. Elle montre les origines du « baquet mesmérien », qui probablement naquit de l’idée d’une combinaison de l'électricité avec le magnétisme. Il se peut aussi que la participation d’une seconde personne dans cette séance de Mesmer avait pour but de doubler les effets magnétiques, car dans l’histoire primitive du mesmérisme on cite entre autres le fait de l’hypnotisation d’un cheval par quatre magnétiseurs à la fois! Le baquet mesmérien, et en général le traitement collectif de plusieurs malades, ont été vite abandonnés, et il faut avouer que l’étude des phénomènes physiologiques, qui ont eu lieu dans ces traitements, à part les quelques observations très superficielles des Commissaires du Roi. et quelques expériences intéressantes de Kieser, n’a jamais été faite d'une façon méthodique. Il y a là cependant quelques détails curieux à constater, et il est probable que l'observation plus attentive des phénomènes médianimiques, qui paraît proche, et les recherches sur la psychologie des foules remettront cette question à l’étude.