HYPOGLOSSE (Nerf grand
correspondant; 3° celui de rétraction vers le côté correspondant (obtenu rarement), 4 celui de rotation autour de l’axe longitudinal, qui s'exécute de telle sorte que le dos de la langue vient s'appliquer sur la joue du côté correspondant. |
A la suite de la section de la langue sur la ligne médiane, quelques-uns de ces derniers mouvements présentent des particularités curieuses. Ainsi, si l'on excite par exemple à gauche la zone corticale qui provoque la protraction de la langue avec déviation de la pointe vers le côté opposé, pendant que la moitié gauche dépasse l’arcade dentaire, la moitié droite ne reste pas passive, mais subit un actif mouvement de rétraction. On observe aussi cette même combinaison de mouvements pendant les accès épileptiques, quand la zone en question y participe. Bsevor et HORSLEY comparent ces mouvements associés de la langue à la déviation conjuguée des yeux vers la droite, lorsqu'on excite l'hémisphère gauche.
Dans les mêmes conditions, c’est-à-dire division de la langue sur la ligne médiane et excitation de l’aire corticale gauche, les deux moitiés de l'organe exécutent isolément le mouvement de rotation dont il a été question plus haut, de telle sorte qu'elles arrivent à se superposer, la surface de section de la moitié gauche regardant en haut, celle de la moitié droite regardant en bas (Philosoph. Trans., 189%, czxxxy B), P. I, 39.
GRUNBAUM et SHERRINGTON, dans leurs expériences sur la zone faciale de l’orang, ont signalé aussi un détail qui a son intérêt (Proceed. of the Roy. Soc., 1903, Lxxn, 152). Dans deux cas, à la suite de l’excitation de cette région, ces physiologistes ont observé une protrusion de la langue suivie d’une occlusion énergique des mâchoires qui se produisit assez rapidement pour que la langue ne pût pas être ramenée derrière les arcades dentaires et fût saisie entre les dents. Outre que le rapprochement de ce fait avec Ia production de morsures de la langue chez les épileptiques s'impose, il montre aussi qu’une succession de mouvements commandés par les centres corticaux peut être mal coordonnée.
Si le noyau de l’hypoglosse est soumis par l'intermédiaire du faisceau pyramidal à l'influence -cérébrale, d’autres voies d'association le mettent en rapport avec les nerfs sensitifs cérébro-spinaux et sont destinées à lui apporter les excitations réflexes. Les mieux connues sont celles qui l’unissent à la voie sensitive centrale des nerfs bulbaires voisins, glosso-pharyngien, pneumogastrique, trijumeau et qui contribuent à former le riche plexus que l’on remarque autour des cellules radiculaires de l’hypoglosse. Les fibres collatérales qui établissent ces connexions ne viennent pas directement des racines des nerfs sensitifs, mais des fibres qui partent de leurs noyaux terminaux dans le bulbe et qui remontent vers la couche optique et l’écorce (CagaL).
Effets des excitations du nerf. — Les effets de l'excitation de l’un des hypoglosses ont été incidemment étudiés par HEernENHAIN à l’occasion de ses recherches sur les propriétés pseudo-motrices de la corde du tympan (A4. P.,1883, Suppl., 133). L’hypoglosse gauche par exemple étant sectionné et dégénéré, et l’animal étant couché sur le dos, la langue reposant, par conséquent, sur la voûte palatine, si l’on excite le nerf du côté droit, il ne se produit, pour un courant juste suffisant, que de faibles contractions fibrillaires. Si l’on renforce l’excitant, on obtient un mouvement de rétraction de la langue qui en même temps s’incurve à droite. Pour une excitation plus forte encore, l'organe se soulève (en réalité vers le plancher de la bouche) pendant que sa face inférieure s’incurve fortement, puis la langue est projetée en avant de telle sorte que sa pointe dépasse les dents de la mâchoire inférieure, comme si elle voulait lécher la lèvre inférieure droite. J'ai eu souvent occasion de vérifier la description de HErnex- HAIN ; cependant j’ai observé aussi parfois dans le mouvement de projection en avant provoqué par un courant fortune véritable torsion de la pointe vers le côté opposé, c'est-àdire, dans le cas particulier, vers le côté gauche. Quoi qu'il en soit, ce qui est certain, c’est que, suivant l'intensité de l’excitant, des muscles différents entrent en activité.
BEsvor et Horszey, dans leurs expériences sur le macaque (Proceed. of the Roy. Soc., 1888, x11v, 269), insistent surtout sur ce point, sur lequel nous aurons à revenir, qu'à la suite de l'excitation de l’un des nerfs la langue est projetée du côté correspondant et non du côté opposé, et qu’en même temps elle s’aplatit vers sa base. Si l’on sectionne l'organe sur la ligne médiane, les mouvements restent strictement limités au côté correspondant à l’excitation.
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EckkaRD (cité par Lanpotis, T. P, 1893, 653) a trouvé que, si [l’on fait passer à travers le nerf un courant ascendant de moyenne intensité, il se manifeste, à la rupture, une trémulalion au lieu d'une contraction dans la moitié correspondante de la langue : le même phénomène s'observe à la fermelure du courant descendant. On a déjà dit plus haut que des trémulations s’obtiennent également avec un courant faradique faible et l’on verra plus loin qu'elles apparaissent aussi après la section du nerf; il semble qu’il y ait dans les muscles de la langue une disposition particulière pour cette sorte de mouvements.
Effets de la section du nerf. — 1° Suites immédiates. — On sait que, si un nerf moteur est paralysé, les muscles du côté sain entraînent, grâce à leur tonicité, les parties auxquelles ils s’insèrent, dans le sens de leur action. C’est ainsi que dans la paralysie du facial droit, par exemple, les traits sont déviés à gauche. Il n’en serait pas de même à la suite d’une paralysie unilatérale de la langue. Bipper à fait remarquer (Arch. f. Anat. und Physiol., 1842, 110) que quand l’un des hypoglosses est sectionné, la langue est déviée non du côté sain, mais du côté paralysé. Cette déviation, toutefois, ne se manifeste, d'après Scuirr, que quand la langue est projetée au dehors; au repos elle est plutôt dirigée vers le côté sain, à l'exception de la pointe (Arch. f. physiol. Heilk., 1851, 579). Déjà ABErcROMBIE (1834 (cité par Beevor et HorsLey) professait que, dans les cas d’hémiplégie, la langue est déviée du côté paralysé.
Sairr à donné de cette particularité l'explication suivante : quand le génio-glosse se contracte, il porte la langue non seulement en avant, mais vers le côté opposé; pour que l'organe se meuve directement en avant, il faut que les deux génio-glosses se contractent simultanément; mais, si l’un d’eux est réduit à l’inaction, celui du côté sain projelte la langue du côté paralysé. Binper avait admis que cette déviation est due principalement à l'action unilatérale des élévateurs de l’os hyoïde du côté sain, laquelle aurait pour effet de donner à cet os, et par conséquent à la langue elle-même, une direction oblique par rapport au maxillaire. Cependant Binper faisait intervenir aussi dans une certaine mesure l’action, restée sans contrepoids, du génio-glosse sain.
L'interprétation de Scirr à été, en général, adoptée par les pathologistes. Pour Beevor et Horsey elle est inexacte, parce que, comme il à été dit plus haut, l’excitation de l’un des hypoglosses détermine une projection de la pointe vers le côté correspondant, et non vers le côté opposé. Ces auteurs estiment d’ailleurs que le sens de la déviation, dans les observations cliniques, n’a peut-être pas été très rigoureusement établi. Cependant les assertions de Sonirr et de Bioper sont bien nettes en ce qui concerne les résultats expérimentaux.
La section des deux nerfs a pour conséquence l’aholition immédiate des contractions volontaires ou réflexes des muscles de la langue. Cependant d’après Scxier, quelques mouvements de la racine de la langue en haut et en arrière ne sont pas impossibles, puisqu'ils sont sous la dépendance des muscles stylo-hyoïdiens innervés par le facial : d’autres déplacements de la base de l’organe pourraient être dus aux muscles qui abaissent l’os hyoïde et le larynx. | Quoi qu'il en soit; cette double opération aurait pour conséquence, d'après une opinion généralement accréditée, la paralysie totale des mouvements de mastication et de déglutition. Les auteurs reproduisent volontiers la description qu’a donnée Panrzza des troubles fonctionnels consécutifs à la section des deux nerfs. Si l’on laisse pendant. quelque temps un chien, qui a subi cette opération, sans manger ni boire, et qu’on vienne ensuite à lui présenter une certaine quantité de lait, dit LoxGer, d’après le physiologiste italien, l'animal en approche son museau avec avidité, il exécute avec sa lête et sa mâchoire inférieure les mêmes mouvements qu'il ferait pour laper, sans toutefois pouvoir lirer la langue hors de la bouche, si bien qu’après quelques tentatives inutiles il renonce à son entreprise, Alors pèse-t-on le liquide, on en retrouve exactement la même quantité. Si l’on offre à l’auimal un morceau de pain trempé dans du lait, il se met à le mâcher; mais à peine est-il divisé qu'il le laisse retomber pour le reprendre encore, le subdiviser et ainsi de suite, jusqu’à ce qu'après l’avoir réduit en petits fragments il l'abandonne. Si là pointe de la langue vient pendant les mouvements de la têle à sortir par l’un ou l’autre angle de la bouche, elle reste dehors sans que le chien puisse la retirer, de sorte que pendant les mouvements de mastication il la mord et
pousse des cris de douleur. rue