Poire BERGAMOTE D'AUTOMNE
St^'nonyines. — Poires : 1. Bergamote (Charles Estienne, Seminarium et plantarium fructiferarum, 1540, p. 70). — 2. Bergamote commune (Merlet, l'Abrégé des bons fruits, édition de 1673, p. 91 ). — 3. Bergamote Récour (M. ibid., p. 92). — 4. Bergamote lisse {Idem, édition de 1690, p. 78 ). — 5. Bergamote de la Hilière (la Quintinye, Instructions pour les jardins fruitiers et potagers, édition de 1739, t. I, pp. 228-229). — 6. Bergamote de'RecoU'S [Id. ibid.). — 7. Grosse-Amrrette (Comice horticole d'Angers, Album colorié de ses poires, 1846, p. 43). —8. Bergamote Rouwa (Tougard, Tableau analytique des variétés de poires classées par ordre de maturité, 1832, p. 26). — 9. Vermillon suprême (Id. ibid.]. — 10. Bergamote Melon (Decaisne, le Jardin fruitier du Muséum, 1860, t. III).
Description de Tarbre. —
Bois : fort. — Rameaux : peu nombreux, ordinairement étalés et arqués vers la base, érigés près du sommet, très-gros, courts, géniculés, cotonneux, roux verdâtre, parfois lavés de rose terne, surtout dans le voisinage de l'œil, ponctués de gris , ayant les coussinets aplatis, — Yeux : ovoïdes, volumineux , écartés du bois , duveteux et à écailles fortement bombées. — Feuilles : assez, grandes, épaisses, rarement abondantes, ovales -allongées, contournées, canaliculées , cotonneuses, ayant les bords entièrement unis, le pétiole court, gros et roide.
Fertilité. — Remarquable.
Culture. — Il est très-vigoureux, se greffe sur le franc ou sur le cognassier; ses pyramides sont d'un bel aspect.
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Descriptioii du fruit. — Grosseur : moyenne. — Forme : assez variable, mais le plus ordinairement arrondie et aplatie. — Pédoncule : court, minée, arqué, obliquement inséré dans une cavité en entonnoir. — Œil : petit, ouvert, souvent mal développé, peu enfoncé. — Peau : jaune verdâtre, ponctuée et striée de roux, portant quelques taches fauves et noirâtres. — Chair : blanchâtre, fme, fondante, juteuse, légèrement pierreuse. — F au : abondante, sucrée, fraîche, acidulé, douée d'un parfum particulier des plus savoureux.
Maturité. — Vers la mi-octobre et se prolongeant parfois jusqu'en décembre et janvier.
Qualité. — Première.
Historique. — Deux opinions sont en présence, sur l'origine de cette variété. En 1536, Benedictus Curtius, auteur florentin, dans son Arborum historia la fait venir de Bergame (Lombardie); et Valerius Cordus, naturaliste allemand qui publia en 1361 une Historia stirpium, partage aussi ce sentiment, reproduit plus tard en Silésie par Jean Jouston [Dendrographias , 1662, p. 38), puis chez nous par la Quintinye et surtout par la Bretonnerie [École du jardin fruitier, 1784, t. II, p. 415). Voilà pour la première opinion. La seconde, professée dès 1644 par le médecin hollandais Jean Bodseus, livre iv, chapitre vi de sa traduction de V Historia plantarum de Théophraste, philosophe grec né 370 ans avant l'ère chrétienne, la seconde veut que la Bergamote sorte de l'Asie , d'où les Romains l'auraient importée en Italie, et mangée ensuite sous le nom de pirum Regium, témoignant à quel point ils la trouvaient délicieuse. Et, cette version, nous la voyons figurer, approuvée, dans les ouvrages ci-après : Dictionnaire étymologique de la langue française^ de Ménage, 1730; — les Agréments de la campagne, de Lacour, 1752, t. II, p. 32; — Systemaiische Pomologie, d'Henri Manger, 1783, t. II, p. 20.... Quant à nous, car il faut bien conclure, sachant que l'Europe est redevable à l'Orient d'une grande partie de ses anciens, de ses meilleurs fruits, nous regardons l'Asie comme la patrie de ce poirier. D'aiUeurs, si l'on interroge le plus érudit des pomologues italiens, Agostino GaUo, qui décrivit longuement en 1339, dans ses Vinti giornati delf agricoltura, entre autres poires la Bergamote, on constate qu'il ne dit nullement qu'elle soit née en Lombardie. Or, s'il en avait été ainsi, ne se fùt-il pas empressé de le déclarer, lui qui, page 106, la proclamait « la meilleure de toutes les variétés « d'automne?... » Mais si nous la croyons, avec Ménage, Lacour et Manger, originaire du Levant, nous repoussons, cependant , l'étymologie qu'ils appliquent à son nom, dérivé selon eux de beg et d'armoudi, termes signifiant poire de souverain, de seigneur. Non, la langue turque, à notre sens, n'a rien prêté à ce poirier, qui réellement, s'il appartient à l'Asie, n'a pu qu'y recevoir le nom même de son berceau, celui de l'antique Pergame, ville de Mysie, appelée présentement, et de temps immémorial, Bergajmo.
Et nous ajouterons que les Romains, après l'avoir ainsi empruntée aux Asiatiques, en dotèrent promptement la Grande-Bretagne, puisque nous lisons ce qui suit dans la pomologie de Lindley : « Elle a été, suppose-t-on, constamment cultivée « en ce pays depuis le temps de Jules César. [ Supposed to hâve been in this « country ever since the time of Julius Caesar.] » [A Guide to the orchard and kitchen garden^ 1831^ p. 353.) — En France, on la connut beaucoup plus tard; et Charles Estienne fixe à peu près à quelle époque, lorsqu'il dit en 1540, page 70 de son Seminarium : « On ne fait que commencer à planter ce poirier. » Cependant il est positif qu'il était déjà chez nous avant 1333, puisqu'à cette dernière date, Rabelais « s'esgaudissoit de manger bonnes poires Bcrguamotes. » [Pantagruel,
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livre m, chap. xm.) Mais elles s'y multiplièrent rapidement, témoin ce passage d Olivier de Serres, écrit en 1600 ; ^ ^
« Leur exquise bonté leur ayant accpis réputation, elles sont reconnues d'un bout de ce ro)j.ume à 1 autre... et des poires d'automne l'honneur est donné à la Bergamote «d Théâtre d agriculture et ménage des champs, livre VI, p. 629.) ë^iu^uie. [lc
Observation^. - La maturité de ce fruit n'a pas toujours lieu d'octobre en novembre ; eue est au contraire fort inconstante. La Quintinye l'avait déjà remarque en 1690, aussi disait-il alors : "^
« Elle a coutume de fournir la fin d'octobre et partie de novembre, et passe même guelcpiefoxs jusjuen décembre, ce (jui fait merveilleux plaisir à nos curie;x. . [InstruZlspol les jardins fruitiers et potagers , p . 286 .) ^ ^
De nos jours, cette variété a gagné encore en tardiveté; ainsi nous avons vu nombre de ses produits atteindre la mi-janvier; mais, au dire de M. Decaisne H peut arriver qu on les mange bons jusqu'en mars :
a Des poires de Bergamote d'automne, cueillies sur le même arbre en 1859 - remaraue mùrsa::7'n~t î^ "?"!:•' ^^^^7-^--l-"é, que quelques-unes étaient déjà parfaitement mures au 15 octobre, tandis que les autres mûrirent successivement pendant tout l'hiver Les dermeres ne parvinrent à leur maturité complète, que vers le milieu de mars 1860 C'esi donc un intervalle de cmq mois entiers qui sépare quelquefois les deux périodes exti^êmes de la maturation de ce fruit. » [Le Jardin fruitier du Muséum, 1860, t. IIL)
Cette maturation si tardive, si prolongée, méritait certes une mention spécialecependant elle est tellement exceptionnelle, qu'il ne faut pas s'attendre à la voir souvent se renouveler.
leurs