Poire BERGAMOTE CRASSANE
Synonymes. — Poires : 1. Bergamote crésane (Merlet, l'Abrégé des bons fruits, édition de 1690, p. 92). — 2. Bergamote de Crésane (Dom Gentil, le Jardinier solitaire, édition de 1723^ p. 51). — 3. Beurré plat ( la Quintinye, Instructions pour les jardins fruitiers et potagers, édition de 1739 t. I, p. 247 ). — 4. Crasane {Id. ibid.). — 5. BERGAMOTE CRASSANE d' AUTOMNE (de Liron d'Airoles, Notices pomologiques, 1859 ^ p. 29). — 6. Crassane d'Automne {Id. ibid.). — !. Poire Plate {Id. ibid.).
Description de l'arbre. — Bois : fort. — Rameaux : nombreux, érigés au sommet, étalés vers la base , gros , très-longs , flexueux, brun clair légèrement grisâtre, finement ponctués, à coussinets peu apparents. — Yeux : assez volumineux , ovoïdes-obtus, non appliqués, ayant les écailles habituellement renflées. — Feuilles : grandes , ovales , faiblement crénelées ou denticulées, portées sur un pétiole long et frêle.
Fertilité. — Moyenne; mais ce poirier ne fructifie bien qu'en espalier, et reste à peu près stérile en pyramide, surtout greffe sur franc.
Culture. — Très-vigoureux, on lui donne de préférence le cognassier, sur lequel il forme de belles pyramides bien ramifiées, bien feuillues; le développement de son écusson est des plus vifs.
Description du fruit. — Grosseur : au-dessus de la moyenne et souvent assez considérable. — Forme : arrondie, bosselée, aplatie aux extrémités, et parfois ayant un côté beaucoup moins ventru que l'autre. — Pédoncule : long, bien nourri, arqué, très- charnu à la base, continu avec le fruit, obliquement implanté dans une faible cavité à bords toujours inégaux. — OFil : moyen, ouvert ou miclos, régulier ou contourné, placé dans un évasement des plus larges, mais manquant généralement de profondeur. — Peau : jaune verdâtre clair, entièrement veinée et ponctuée de fauve. — Chair : blanc jaunâtre, molle, demi-fine, juteuse,
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odorante, fondante et pierreuse. — Eau : excessivement abondante, fraîche, sucrée, aigrelette^, délicieusement parfumée.
Maturité. — De la mi-octobre à la fin de novembre, et souvent se prolongeant jusqu'en décembre.
Qualité. — Yariable : première et parfois deuxième.
Historique. — En 1861 , M. Bole , procureur impérial, s'exprimait ainsi au sujet de cette poire, devant la Société d'Horticulture de la ville de Dôle (Jura) , en rendant compte des Notices pomologiques de M. de Liron d'Airoles :
« La Crassane tire son nom, d'après M. Liron d'Airoles, du mot latin crassus, qui signifie épais. Mais d'après une opinion que j'ai entendu émettre, sans savoir sur quelle autorité elle est fondée, la Crassane serait au contraire ainsi nommée parce que le Romain Crassus l'aurait importée en Italie ou fait cultiver dans ses jardins avec une sorte de prédilection. (Voir Notices pomologiques, t861, p. 32.)
Pour notre part, nous croyons fortement que Crassus, célèbre consul mort cinquante-trois ans avant l'ère chrétienne, ne participa en rien au baptême de la Bergamote crassane. S'il en eiit été autrement, les agronomes romains postérieurs à ce personnage, l'auraient mentionné, comme ils le firent, notamment, pour les poires Dolabelliennes , Liciniennes et Turanniennes , qui tirèrent, observent-ils, leurs noms de Dolabellus, Licinius et Turannius, Romains de haute distinction. Deux auteurs allemands, déjà cités par nous. Manger en 1783, Sickler en 1802, ont, il est vrai, supposé que la Crassane avait figuré sur les tables des anciens maîtres du monde, seulement ce ne serait pas, d'après eux, sous la dénomination de poire de Crassus, mais sous celle de poire de Lateranus. Contradiction qui démontre bien le néant de semblables hypothèses, et fait immédiatement chercher une autre origine pour ce fruit si délicat, une autre étymologie pour son nom si particulier. Citons alors M. Eugène Forney, professeur d'arboriculture à Paris, et pomologue des plus érudits, car il disait récemment, en décrivant cette même variété :
« Elle fut introduite dans la culture par la Quintinye, jardinier de Louis XIV. On ne sait pas de quelle contrée il l'a tii^ée, mais tout porte à croire que c'est du centre de la France. On trouve ce fruit cité pour la première fois par Merlet, en 1667. Le nom de crassane parait venir de crassus : épais, écrasé. » [Le Jardinier fruitier, 1862, t. I, p. 223.)
Ici, nous touchons à la vérité; et pour la connaître entièrement il suffit d'ajouter : Ce fut seulement en 1690, et non pas en 1667, que Merlet étudia cette poire, qu'il nommait Bergamote Crésane , et déclarait « rare. » (Yoir son Abrégé des bons fruits, édition de 1690, p. 93.) Effectivement, elle commençait à peine à se répandre; aussi doit-on affirmer qu'elle remonte au plus à 1675, attendu que l'édition publiée sous ce millésime, par Merlet, n'en fait aucune mention. — Quant au mot crassane, peut-être l'a-t-on formé de l'adjectif latin crassus, terme figuratif s'apphquant parfaitement à cette Bergamote?... Nous ne disons pas non. Mais nous pensons qu'il est sage également de songer qu'une localité appelée Crésane existe dans la Nièvre, près Donzy, et que rien ne défend de se demander si notre Crassane n'en sortit pas jadis toute baptisée?... Et franchement on le croirait presque, envoyant dom Gentil, pomologue contemporain de Merlet, la nommer Bergamote DE Crésane f... {Le Jardinier solitaire, édition de 1723, p. 51.)
Observations. — Louis Noisette , entre autres remarques sur ce poirier et ses produits , a transmis les suivantes, qui sont d'un bon arboriculteur :
c( C'est un fruit qui mérite sa réputation, et qui se multiplie abondamment. II est excellent lorsqu'il réunit les qualités qui lui sont propres, mais sur certains arbres et dans
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certains terrains il reste insipide ou devient amer et pierreux. En général il est meilleur quand l'arbi^e vient dans une terre douce ^ fraîche^ et même un peu humide. » (Le Jardin fruitier, 1839, p. 139.)
Note que nous complétons en assurant que parfois nous avons trouvé marcescente et d'une excessive astringence la chair de certaines de ces poires, quoiqu'elles eussent été récoltées sur des arbres plantés en terrain calcaire, sol préférable pourtant, selon quelques pépiniéristes, au terrain schisteux pour la culture de cette espèce. Quoi qu'il en soit, c'est une chose positive que la qualité de la Bergamote crassane varie beaucoup , ainsi que sa grosseur, qui atteint même un volume considérable, car en 1862, à l'Exposition horticole de Chartres, on en voyait une dont le poids dépassait 468 grammes. — Au fruitier, il faut éviter de la toucher fréquemment, sous peine de hâter sa décomposition.