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VARIÉTÉS CULTIVÉES EN ITALIE, AU XV* SIÈCLE

4" « Les Cicognini^ ou poires de Cigogne, plus jolies que savoureuses; toutefois, les moins grosses sont aussi bonnes que la poire de Neige et possèdent en outre un parfum musqué ;

5" « Les péri da Gnmello , ou poires de Tufeau , volumineuses et douées d'une eau exquise ;

6° « Les Moscatelli grossi, ou Gros-Muscat, à chair musquée et non moins délicate que la chair de la poire de Chevalier.

« Je pourrais citer encore — continue cet agronome — d'autres variétés mûrissant en été^ mais je crois convenable de m'arrêter là, pour passer ensuite aux poiriers dont les fruits se mangent pendant l'automne et pendant l'hiver ; savoir :

7" « Il Bergamofo, ou la Bergamote, la meilleure peut-être de toutes les poires d'automne ;

8" « // Caravello, ou poire de Caravelle; elle est parfaite crue ou cuite, et mûrit après Noël ; »

[ Caravello est le nom d'ua petit navire de transport, fortement arrondi, et qui était alors particulièrement en usage sur les côtes d'Italie. Cette poire afïectait donc une forme plus ou moins globuleuse.]

9" « Les Bazzavareschi , recommandables par leur grosseur, leur coloris, leur qualité, et encore par le long temps qu'elles peuvent se conserver;

10° « // Buon Ckristiano^ ou le Bon-Chrétien, aussi estimé cru, qu'en compote, et que chacun cultive ;

11* « Les Garzignoli, ou poires de Garzignole, délicieuses crues et se conservant jusqu'en mars ;

1:2° c( Les péri di Spina, ou poires Franches, dont je fais grand cas, car elles sont toujours fort abondantes, et bonnes cuites, ou confites soit dans le miel, soit dans le sucre. »

Ici se terminent les courtes descriptions d'Agostino Gallo sur les poires connues en Itahe au xv° siècle et au xvI^ C'est peu, que ces douze variétés, lorsqu'on a vu que Rome, au temps de Pline, en possédait quarante et une. Mais cet auteur, il ne faut pas l'oublier, déclare en avoir négligé plusieurs parmi celles qui mûrissent au cours de l'été. On sait d'ailleurs quel coup funeste le démembrement de l'empire romain, au v" siècle, vint jjorter à la civilisation, aux arts, à l'horticulture. L'Europe entière en souffrit à ce point, qu'il lui fallut sept ou huit cents ans pour secouer l'engourdissement intellectuel dont la domination des Barbares l'avait frappée. Voilà pourquoi tant d'excellents fruits se perdirent, et comment aussi les noms primitifs des variétés furent généralement altérés, modifiés ou complètement changés.

Variétés cultivées en France, depuis Gharlemagne jusqu'à

Louis XIII.

Le IX'' siècle est l'époque où l'on commença à s'occuper quelque peu des fruits , dans notre patrie. Cliaiieinagne y régnait, et son vaste génie le portant à tout voir, à tout organiser, il créa dans ses nombreux domaines des jardins, des vergers qu'il peupla d'arbres fruitiers dont il désigna le genre et les espèces. Ces faits nous ont été minutieusement transmis par les Capitulaires, recueil authentique renfermant, entr'autres documents émanés de nos rois, les ordonnances, les arrêtés, les prescriptions administratives de ce grand empereur. Si donc on parcourt le Capitulaire intitulé de Villis (1) , on y lit au chapitre lxx, que Gharlemagne , en ce qui concernait les poiriers, fit la recommandation suivante à ses intendants : « Plantez «les espèces Dulciores, Cocciores, et Serotina. » C'est-à-dire les poiriers dont les produits, par leur agréable saveur, peuvent être mangés crus, puis ceux qui fournissent des fruits pour la cuisson, et enfin les variétés donnant des poires à maturité tardive.

Après Charlemagne , l'arboriculture fruitière cessa brusquement d'être en honneur, excepté chez les moines. Mais là du moins, dans les immenses jardins des abbayes, on s'appliqua à conserver les bonnes espèces, et même on s'efforça d'en augmenter le nombre. C'est ainsi qu'on rencontre encore aujourd'hui plusieurs fruits qui portent le nom des monastères où ils furent obtenus de semis il y a des siècles, ou trouvés inopinément, à l'état de sauvageons, dans les bois et dans les champs voisins du couvent.

Toutefois , si quelques noms de poires passent de temps à autre sous les yeux de l'érudit qui s'attache à la lecture des Chroniques, des Annales jadis écrites par nos religieux, surtout au moyen âge, il ne s'ensuit pas, mallieureusement , que l'on puisse dresser une hste quelconque des poires cultivées on France, du x" au xv^ siècle.

Charles V, cependant, aurait pu nous faciliter un pareil travail, car ce monarque témoigna le plus vif intérêt à l'agriculture ainsi qu'au jardinage. Il avait fait bâtir à Paris, en 1365 , le fameux hôtel Saint- Paul, puis le palais des Tournelles, somptueuses demeures dans les enclos desquelles il rassembla les plus précieuses collections d'arbustes, de fleurs et de fruits. Mais ce fut surtout la première de ces résidences, qu'il préféra. Il l'habitait presque toujours et la nommait plaisamment « l'hostel solempnel des grands esbattemens . » Le passage ci-après va montrer, du

(1) Il est imprimé, notammcut , daus les Monumenta Germaniœ historicu d'IIeuri Pertz, t, I, pars Legum, p. 187 ; édition de Hanovre, 1835, iu-4°.

reste, que l'hôtel Saint-Paul était bien fait pour récréer l'esprit et les yeux d'un

roi :

« C'était moins la magnificence du bâtiment, que l'aspect riant de ses jardins, étendus le long des bords de la Seine, qui faisoit de ce séjour un lieu de délices pour Charles V. L'art du jardinage n'avoit pas encore été porté à ce degré d'élégance et de perfection, qui restreignant les agréments d'un jardin au seul plaisir de la vue et de l'odorat, en a banni absolument ce qui peut flatter le goût. Les arbres fruitiers, les plantes utiles, les légumes y dispu-

toient aux fleurs, aux ifs, aux tilleuls, l'honneur d'embellir le verger Des treilles, des

tonnelles ou pavillons de verdure, s'y voyoient, et des arbres fruitiers de toute espèce à haute tige : l'usage des arbres nains et des espaliers n'étoit pas encore connu. Charles y fit mettre en une seule fois 100 poiriers, tl5 pommiers, 1125 cerisiers et 150 pruniers. Ces fruits étoient destinés pour les tables du roi et des grands commensaux de leurs maisons : on ne servoit que des noix aux tables des officiers inférieurs. ■» (Villaret, Histoire de Frame; 1767, t. X, pp. 107 et 108.)

Combien il est fâcheux, pour l'histoire de la Pomologie, que les noms des divers arbres fruitiers qui furent ainsi, d'après les ordres de Charles Y, achetés et plantés, n'aient pas été transcrits par Villaret. Mais cet historien les eut-il, ou non, sous les yeux?... Il indique à quelle source il puisa les détails qu'on vient de lire : à Paris, dans les archives de la Chambre des Comptes. On doit penser alors que tous ces arbres y sont uniquement portés en bloc, et par genre; autrement Villaret, fort prodigue d'éclaircissements , aurait eu soin , nous le croyons , de copier tous ces noms, dont l'intérêt ne lui eût certes pas échappé.

A la fin du xiv* siècle, il nous est donc impossible encore de savoir quelles variétés de poires possédait la France.

Mais voici le xv* siècle qui commence, et avec lui notre ignorance va cesser, grâce à Guttenberg, grâce à l'invention de l'imprimerie. De tous côtés les livres surgissent. La science, les arts, les lettres voient leur domaine s'agrandir rapidement, sous les efforts de la pensée humaine, si longtemps confinée dans de rares et coûteux manuscrits, peu lus, peu répandus. Or, si nous examinons attentivement ces premiers livres, nous en trouvons déjà — et ce fut une gloire pour elle — où de nombreuses pages sont consacrées à l'horticulture. C'est d'abord en 1482, le Propriétaire des choses, très utile et prouffitable aux corps humains (1), ti^aduict du latin par le moine Jean Corbichon; — puis les Prouffits champestres et ruraulx, touchant le labour des champs, vignes et jardins, qu'en 1486 Jean Bonhomme empruntait aux Italiens (2) ; — et aussi le Jard in de la France , dû au médecin Symphorien Champier, en 1523, tous ouvrages où l'on mentionnait les fruits de notre pays.

Toutefois, il faut arriver à l'année 1330 et lire le iSemmarmm que Charles Estienne publiait à cette date (3), pour obtenir sur les poires d'intéressants renseignements.

(1) De Barthélémy de Glanville, célèbre philosophe anglais, né vers 1350, et qui se fit moine.

(2) De Pierre Grescenzi, agronome ué à Bologne en 1230.

(3) Seminariuni et plantarium fructiferarum prœsertim arborum quœ post hortos conseri soient , l'e édition; Paris, 1530, 1 vol. in-12.

Poire d'iîstranguilloii.

— de Fin-Or.

— de Hastiveau.

. — Musqiiette.

— de Nostre-Dame

— de Rose.

— de Saint-Martin.

— de Tuffeau.

VARIÉTÉS CULTIVÉES EN FRANCE, DE CHARLEMAGNE A LOUIS Xlll. 43

d'utiles descriptions. Ainsi, déjà l'on y remarque les variétés suivantes :

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