‹ Dictionnaire de pomologie (volume 2)Chapitre 27 sur 486 · H. - BOIS · texte numérisé non relu

H. - BOIS

Le bois du poirier cultivé est aujourd'hui presque aussi fréquemment employé que celui du poirier sauvage, par les ébénistes, les luthiers, les graveurs, les tourneurs, les menuisiers, etc.; mais le second l'emporte néanmoins en qualité sur le premier. En 1809 le professeur Louis Bosc, du Jardin des Plantes de Paris, le reconnaissait et fournissait sur ces deux bois les intéressantes, les savantes observations que voici :

« Le grain du bois du poiiner sauvage est plus fin, plus rouge que celui des variétés cultivées. Ce bois ^èseverd, d'après Varennes de Feuilles (i), 79 livres o onces 4 gros (39 kilogr 671 gr. 876 mil.), et sec, 83 livres 2 onces (26 kilogr. 562 gr. 500 mil.) par pied cube (34.... décimètres cubes). Il se tourmente et diminue d'un douzième de son volume, mais se fend rarement par la dessiccation. 11 prend très-bien la teinture noire, et alors il ressemble si fort à l'ébène, qu'on a de la peine à l'en distinguer. Après le buis et le cormier, c'est le meilleur de ceux que puissent employer les graveurs en bois. On en fait aussi un grand emploi dans la marqueterie, pour le tour et pour les oiitUs de menuiserie. Il est facile à travailler. On ne doit pas le faire macérer dans l'eau, comme quelques ouvriers le pensent, parce que cela altère sa couleur et sa dureté. Sa qualité est excellente pour le feu. » {Nouveau cours d'agriculture, t. X, p. 236. )

Du xvi^ siècle au xviii% nos ébénistes utilisèrent surtout le bois du poirier commun pour la fabrication de ces charmants et artistiques buffets, bahuts, coffres, actuellement si recherchés des antiquaires et des amateurs. C'est dire qu'ils durent l'employer en très-grande quantité.

De nos jours, c'est la gravure sur bois qui peut-être en dépense le plus. Elle a pris un tel développement , que le vieux poirier, non moins estimé que le buis par les graveurs, se vend fort cher à ces derniers, particulièrement quand il a atteint une grosseur au-dessus de la moyenne.

(Ij Varennes de Fenilles, agronome et arboriculteur né dans la Bresse et mort en 1794. Il est connu par d'excellents écrits sur l'agriculture, la pisciculture et l'améûagement des forêts.

De tout temps on s'est appliqué à rechercher les moyens les plus convenables pour prolonger la conservation des fruits, mais celle, particulièrement, des poires et des pommes, qui par leur maturité diverse, leur nature spéciale, se corrompent vite ou lentement, selon les espèces et les soins qu'on leur donne.

Aujourd'hui , chacun sait à peu près quels sont les procédés dont il faut user en pareil cas, et combien l'expérience a rendu simple, facile, l'établissement et la surveillance d'un excellent fruitier.

Jadis il n'en était pas ainsi ; aucune méthode régulière n'existait ; on gardait ses fruits de façon ou d'autre , selon sa fantaisie , selon les traditions locales.

Devant la perfection de nos fruitiers actuels, il deviendrait inutile de rappeler les moyens employés par les anciens peuples pour conserver leurs poires, si nous n'avions pas à nous préoccuper ici , comme dans les précédents chapitres , de la partie historique du sujet traité.

Mais outre ce motif, il en est un également qui ne saurait rendre inutile cette revue rétrospective : beaucoup de personnes sont souvent dans l'impossibilité de posséder un fruitier ; or, quelqu'un des procédés autrefois en usage pourrait peutêtre, judicieusement choisi, leur permettre de tenir quand même, en réserve, un plus ou moins grand nombre de fruits?

Les Grecs se montrèrent fort ingénieux à cet égard, et surtout fort économes. On en va juger par l'extrait ci-dessous, qui fut, il y a bien des siècles déjà, emprunté aux écrivains spéciaux de cette nation :

« Pour garder longuement les Poyres, il fault :

— « Poiser la queue des poyres et pendre icelles ainsy.

— «Les aultres mettent les poyres dans ung vaisseau neuf de terre, et y versent du vin cuyt, ou du vin, tant que le vaisseau est plein, et ainsy les gardent.

— « Les aultres gardent les poyres couvertes de limeures ou de sieure de boys.

— « Aulcuns les mettent avec fueUles de noyer seiches.

— « Aulcuns mettent les poyres dans ung vaisseau de tei-re, qui ne soit gueres cuict, et y versent du vin et du moust, et estoupent bien le vaisseau, et le gardent.

— « Les aultres les mettent parmy du marc de vin doulx, en sorte qu'elles ne se touchent

l'une à Faultre. » [Les Vingt livres de Co7îstantin César, auxquelz sont traictez les bons enseignements d'agriculture : traduicts en françoys par M. Anthoine Pierre, licentié en droict; Lyon, 1550, livre X,chap. xxv, pp. 324-325.)

Quant aux Romains, leur façon de conserver les poires était un peu plus compliquée que celle des Grecs, tout en demeurant, cependant, non moins dispendieuse. Au 11° siècle, Palladius, un de leurs agronomes, la décrivait ainsi :

— « Renfermez ces fruits dans un vase poissé , après les avoir cueillis à la main dans un temps où ils étaient secs ; séporez avec soin ceux qui seront sains , presque durs et un peu verts, de ceux qui seront tombés d'eux-mêmes; ensuite, mettez un couvercle sur ce vase et enterrez-le, l'ouverture renversée par en bas, dans une petite fosse creusée dans un lieu arrosé par quelque eau de source.

— « Chercbez les poires qui ont la chair et la peau dures, puis, lorsqu'elles commencent à s'amollir, placez-les dans un vase de terre cuite que vous aurez bien poissé; fermez-le d'un couvercle enduit de gypse, et enfoncez-le dans un trou pratiqué en tel endroit que bon vous semblera, pourvu que le soleil vienne chaque jour le frapper de ses rayons.

— « Ou encore, arrangez vos poires, quand elles commencent à mûrir, dans du miel, et de manière à ce qu'elles ne se touchent pas mutuellement. » (De Ee rustica, lib. III, cap, xxv. )

En France, on fut longtemps indifférent à l'égard de la conservation des fruits; aussi nos plus anciens ouvrages agricoles ou horticoles sont -ils complètement muets sur ce point. Olivier de Serres, croyons-nous, est l'auteur qui le premier donna quelques conseils pour l'organisation d'un fruitier. Voyons comment il le comprenait, et par quels moyens on essayait chez nous, en 1600, de garder ses poires , après la cueillette :

« La garde des Poires est semblable — nous dit-il — à celle des Pommes :.... les saines et entières seront tout doucement portées au Grenier, où elles reposeront par races distinctes, sans meslange.

« Aucuns les gardent estendues sur des aix, avec ou sans paille, ne souffrans qu'elles s'entre-touchent.

« Autres, par contraire usage, les emmoncellent comme bled, sans les remuer que pour en prendre à manger : croians que la curiosité de les revoir, pour en séparer les pourries d'avec les saines, gasteroit tout le monceau.

« Geste facon-ci est aussi receue par aucuns : les Pommes [ou Poires] sont enfermées dans des tonneaux défoncez d'un bout, assis sur l'un de leur fons, l'autre regardant en haut; et parmi elles est mise de la paille pour les garder de s'entre-froisser : le tonneau est après r' enfoncé, si justement quel' aer n'y puisse entrer , non plus que s'il estoit rempli de vin....

« Mais plus asseurément et plus longuement se gardent les Pommes [et les Poires] dans les tonneaux, enceste manière : sans y mettre aucune paille, l'on les amoncelé dans le tonneau, les y arrengeant doucement l'une de après l'auti-e, sans les presser : puis est le tonneau fermé assez grossièrement, sans se soucier de respirer ou non. Geste curiosité y est ajoustée, que l'humeur que les Pommes, ainsi pressées, rendent en suant, est sechée avec un linge blanc, avec la sueur ostant la cause de leur pourriture. De dix en dix jours l'on les visite une aune, les essuiant sans les presser, tout doucement les remuant de lieu en autre : ce qu'on réitère par trois ou quatre fois, et en somme jusqu'à ce qu'on recognoistra les pommes ne suer plus; dont deschargées de telle humeur nuisible, se garderont sainement tant qu'on voudra.

« Ghacun consent à ceci , que le lieu auquel l'on garde les Poires et les Pommes, doit estre tempéré de chaleur et de froidure, non humide, mais sec et modérément aéré. » {Le Théâtre d'agriculture et mesnage des champs, livre VI, chap. xxvi, pp, 626, 627 et 629.)

Un siècle plus tard, ces recommandations, ces avis d'Olivier de Serres avaient

déjà, devant les progrès de l'arboriculture fruitière, perdu presque toute leur opportunité. Ce n'était point dans les greniers qu'on proposait alors de serrer les fruits, mais bien dans des salles spéciales, bâties avec art et avec soin. La Quintinye, directeur du verger de Louis XIY, prenant à son tour la parole, traçait en 1690, à tous les amateurs de jardins, ce plan d'un bon fruitier :

« .... Que dès l'entrée delà porte on découvre premièrement une manière de Chambre bien tournée et dont la grandeur est proportionnée au besoin , où on voit ensuite une belle table rebordée, qui occupe le milieu de la place et est commode et nécessaire pour dresser les Corbeilles ou Pourcelaines qu'on veut servir; où l'on aperçoit enfin les quatre murs garnis de tablettes bien ordonnées et, dans l'Automne et l'Hyver, chargées de beaux fruits, diversement placez avec des étiquettes volantes, pour marquer leur espèce et leur maturité....

« Venons maintenant à établir quelles sont les principales conditions d'une bonne Fruiterie :

« 1° Avant tout, qii'elle soit impénétrable à la geléô, le gros froid est l'ennemi mortel des fruits ; ceux qui ont été une fois gelez, ne sont plus bons qu'à jeter ;

a 2° Elle doit être exposée surtout au Midy ou au Levant, ou du moins au Couchant; l'exposition du Nord lui seroit très-pernicieuse ;

« 3° Les murs seront pour le moins de 24 pouces d'épais, une moindre épaisseur ne garantiroit pas de la gelée ;

« 4° Les fenêtres, outre les paneaux ordinaires, doivent avoir de fort bons châssis doubles, et sur-tout de papier, et qu'ils soient bien calfeutrez, et qu'en même temps il y ait une double porte pour l'entrée, en sorte que jamais, dans le temps du péril, l'air froid de dehors ne puisse entrer, car il détruiroit l'air tempéré qui est de longue main au dedans;

« 5° 11 faut défendre nos fruits du mauvais goût : le voisinage du foin, de la paille, du fumier, du fromage, de beaucoup de linge sale, et surtout de linge de cuisine, tout cela est extrêmement à craindre ; et ainsi il faut que notre chambre en soit tout-à-fait éloignée. Un certain goût renfermé, avec une odeur de plusieurs fruits mis ensemble, sont encore un grand désagrément, par conséquent il faut que la salle soit bien percée et élevée de 10 à 1 2 pieds, et ouvrir souvent les fenêtres quand le grand froid n'est point à craindre ;

« 6° Je crois pouvoir dire que tant la Cave que le Grenier ne sont pas propres pour faire une Fruiterie ; la Cave à cause du goût de moisi et d'une chaleur humide, et le Grenier à cause du froid. Ainsi un rez-de-chaussée est très-bien ou tout au moins un premier étage accompagnés de logements habités dessus, dessous et avix cotez ;

(c 7° Qu'il y ait beaucoup de tablettes, tenant enchâssées les unes dans les autres, afin d'y loger les fruits séparément les uns des autres, les principaux dans le plus beau côté, les Poires à cuire dans le moins beau, les 'Pommes encore faisant bande à part. La distance de ces tablettes doit être de 9 à 10 pouces, avec une largeur de 17 à 18 pouces;

« 8° Que les tablettes soient un peu en pente vers la partie du dehors et bordées d'une petite tringle d'environ 2 doigts, pour empêcher les fruits de tomber ;

« 9° Visiter chaque tablette de deux jours l'un, pour faire la guerre à ce qui est gâté ;

« 10° Que les tablettes soient garnies de quelque chose, par exemple de mousse bien sèche ou de 1 pouce de sable fin, pour que chaque fruit, -posé sur la base, comme il doit, se fasse une niche qui le maintienne droit et l'empêche de toucher à ses voisins ;

« H° Enfin je demande qu'on ait grand soin de nettoyer et bailler souvent la Fruiterie, d'en ôter les toiles d'Araignée, d'y tenir de petits pièges contre les rats et les souris, et même il n'est pas mal-à-propos d'y laisser quelque entrée secrette pour les chats, autrement on a souvent l'affliction de voir les plus beaux fruits attaquez par ces maudits petits animaux. » {Instructions pour les jardins fruitiers et potagers, t. II, chap. ix.)

Depuis la Quintinye , l'expérience a fait introduire quelques changements dans l'organisation des fruitiers. Après avoir étudié pratiquement les divers systèmes recommandés par les hommes les plus compétents de nos jours , pour ces sortes de

construction, il nous a semblé que le plan proposé en 1862 par M. Alphonse du Breuil, dans son Cours d'arboriculture^ présentait les conditions désirables.

Mais si l'on veut réellement posséder un fruitier d'une perfection achevée , c'est au somptueux château de Ferrières (Seine-et-Marne), appartenant à M. le baron James de Rothschild, qu'il faut se rendre pour en rencontrer le modèle. Sa disposition intérieure m'a tellement frappé, que j'ai ijrié notre éminent financier de vouloir bien me permettre de la reproduire dans ce Dictionnaire.

Cette autorisation m'a été gracieusement accordée. Plus même, M. de Rothschild a eu la bonté de me faire remettre le plan des étagères de son fruitier. Les deux planches ci-contre (page 78) sont donc calquées sur ce plan, dont les explications suivantes rendront l'exécution très-facile :

4° PLAN. — On voit sur le plan l'agencement des tablettes dans le local, fort irrégulier du reste, de la fruiterie, et l'emplacement des deux portes destinées à empêcher l'introduction à l'intérieur d'une trop grande quantité d'air et à y maintenir l'égalité de température. Ce plan est à l'échelle de 1 à 50, ou 0,02" pour l'^jOO.

2° ÉLÉYATION. — Coupe sur la ligne A ^ du plan. — Échelle de 1 à 10, ou 0,10c pour lin,00. — La longueur de chaque tablette est divisée en quatre travées par cinq poteaux supportant chacun dans leur hauteur huit étages de consoles. Ce bâti est composé des pièces ci-après ;

C. ( Voir les lettres correspondantes, sur le dessin.) Cette pièce est un patin reposant sur le sol. Chaque poteau est supporté par une pièce semblable,dans laquelle il est assemblé à tenon et mortaise. Ces patins sont reliés entre eux par les deux tringles 1 1 allant de l'un à l'autre. — DD. Poteaux ou montants, occupant toute la hauteur^ du patin au plafond. Leur section est de O^.IO" en carré et leurs angles sont abattus en chanfrein. Lorsque les tablettes sont obliques , comme 0 0 du plan, les faces des poteaux sont normales aux hgnes des tablettes. — EF. Consoles assemblées à tenons et mortaises dans les poteaux, et formées de deux pièces : les pièces FF ne dépassent pas en hauteur le dessous des lames ou tringles qu'elles supportent. Le tracé // représente une bordure qui n'existe qu'à chaque extrémité des tablettes, et dont le but est d'empêcher les fruits de rouler en dehors du gradin. — HH. Lames ou tringles destinées à supporter les fruits; elles vont d'un bout à l'autre des tablettes, excepté au gradin supérieur, où elles sont interrompues par les poteaux. Leur coupe et leur éloignement sont indiqués sur le détail grandeur d'exécution, et on y a figuré un fruit, pour en mieux faire comprendre l'emploi. Ces lames ne doivent pas être peintes. —■ LL. Petites lames très-minces, formant bordure de chaque côté des tablettes.

Qu'on se représente maintenant un meuble exécuté suivant ces données, et chargé de beaux fruits dont l'œil saisit tous les détails , sans que l'un puisse cacher l'autre; où, de plus, l'air circule librement autour des fruits, au-dessous entre les deux lames, aussi bien qu'au-dessus, et l'on verra qu'il est difficile d'imaginer rien

de mieux approprié à la conservation des fruits, ni d'offrir un ensemble plus

agréable, plus complet.

La disposition du fruitier de Ferrières, m'a rappelé ce passage du Jardinier

français , publié en 1655 :

Cl Les plus curieux de ramasser les fruits, ont une armoire qui ferme extrêmement bien, dans laqiielle ils mettent leurs poires de Bon-Chrétien. Elle est garnie de tablettes, et sur chaque tablette il -y a de petites tringles de bois qui se croisent en forme de treillis, dont les quarrez sont à peu près de la grandeur qu'une belle poire peut être grosse. Sur chaque quarré ils y mettent une poire à part, de crainte qu'elles ne se touchent, et, s'il y en a quelqu'une de pourrie, qu'elle ne gaste sa voisine. » {Édition d' Amsterdam.)

Il existe certainement là quelque analogie avec le fruitier de M. de Rothschild ; mais si pour le construire on s'est inspiré du Jardinier français, il faut avouer qu'on a bien amélioré I'armoire dont il donnait la description !

De tout ce qui précède, il résulte donc qu'un bon fruitier doit réunir les conditions suivantes :

Murs. — Toujours doubles; le premier, d'une épaisseur de 50 à 60 centimètres; le second, celui de l'intérieur, à l'état de simple cloison faite à chaux et plâtre, ou mieux à chaux seulement, et séparé de l'autre par un intervalle de 5 à 10 centimètres, suffisant pour que la couche d'air qui séjourne entr'eux fasse obstacle, étant un mauvais conducteur, au froid et à l'humidité. C'est ainsi, du reste, que je construis le mur nord de mes bâches à un toit, et jamais la gelée n'y pénètre par ce côté-là.

Couverture. — En chaume, fortement étabhe, et autant que possible avec grenier.

Plafond. — A soliveaux de sciage , reliés en dessus et en dessous par des lattes très-rapprochées; le vide existant sera minutieusement rempli de mousse ou de guinche [Mellica cœrulea. Linn.) ; le dessus des soliveaux recevra seul un enduit assez épais, composé de terre et de paille hachée.

Sol. — Bitumé ou macadamisé soit en cendre de chaux, soit en béton, et de 40 à 50 centimètres plus bas que le terrain environnant.

Parois. — Lambrissés, à 1 mètre de hauteur, en bois de peuplier plutôt qu'en bois de sapin.

Portes. — Deux, l'une au mur extérieur, l'autre à la cloison intérieure; elles doivent s'ouvrir de façon opposée.

Fenêtres. — Une seule, et à doubles volets.

Étagères. — Telles que les veut la Quintinye ou que les trace le plan ci-annexé.

Table. — Une, au milieu de la pièce.

Température. — Constamment égale, variant entre 8 ou 10 degrés centigrades au-dessus de zéro.

Lumière natwelle. — L'introduire rarement et le moins longtemps possible.

Atmosphère. — Exempte d'humidité, sans être cependant excessivement sèche.

Tels sont les différents points, les détails essentiels sur lesquels doit se porter l'attention, quand on établit un fruitier. Mais, répétons-le, une semblable disposition n'est pas indispensable pour la bonne conservation des fruits. On la remplace, sans grand inconvénient, soit par une Grotte., soit par une Cave voûtée, soit par une

Salle au rez-de-chaussée, quand ces divers locaux sont exempts d'humidité et pourvus de murs très-épais. Alors on peut y poser des étagères comme celles de Ferrières ; et même — ce qui nous semble fort utile — y élever une cloison de briques pour former le double mur dont il est question ci-dessus.

Enfin, il existe encore un procédé aussi simple qu'économique, pour garder longtemps les poires ou les pommes ;

On prend de grands vases soit en terre cuite, soit en grès, ou mieux des barriques très-sèches et n'ayant aucune espèce d'odeur , on dépose au fond une couche assez épaisse d'un mélange de charbon et de sulfate de fer réduits en poudre, ou du sable fin et de la chaux éteinte , puis on place dessus , ses fruits ^ de cette façon : premier rang, les pédoncules en haut; quand il est formé, on le recouvre du mélange préparé , et de telle sorte que tout vide disparaisse entre les poires ou les pommes ; ensuite on dispose le deuxième rang, mais en mettant les pédoncules en bas. Cela fait, on comble de nouveau, avec la poudre, les endroits restés libres, et l'on continue de la même manière, en n'oubliant pas de bien isoler chacun des rangs par une couche de poussière d'environ deux centimètres d'épaisseur. La barrique ou le vase une fois remplis, il faut les fermer avec le plus grand soin et les déposer dans un endroit où ne puissent les atteiiidre ni le soleil, ni le froid, ni l'humidité. Une précaution nécessaire, lorsqu'on commence à puiser dans cette réserve, c'est de toujours recouvrir abondamment de poudre les fruits placés à la surface , et de refermer très-hermétiquement l'ouverture de ce fruitier improvisé.

Si quelquefois, par la rigueur de l'hiver ou par le manque de soin, la gelée s'emparait de vos fruits, il est un moyen facile pour remédier à cet inconvénient : Emplissez en partie, d'eau légèrement froide, un grand vaisseau de terre ou de cuivre, placez-y la quantité possible de poires ou de pommes gelées, puis portez le tout dans un lieu modérément chauffé; peu après il se formera, autour des fruits, une couche de glace; vous l'ôterez, et ces derniers auront alors retrouvé leur qualité.

La Cueillette des Poires, les diverses époques où il est opportun de l'effectuer, voilà encore un point à traiter ici; mais il me semble — pourquoi ne pas l'avouer? — presque impossible de fournir à cet égard des instructions précises.

Voyons d'abord quel fut, sur ce sujet, l'opinion de nos anciens pomologues :

En 1690, Merlet faisait à ses lecteurs les recommandations suivantes :

« Les fruits d'Automne veulent estre cueillis dès le commencement d'octobre , et ceuï d'Hyver sur la fin de ce mois, selon les années. Surtout, bien prendre garde de les cueillir tous en deeours, et non en croissant et pleine lune, que le fruit profite et prend sa nourriture. » {L'Abrégé des bons fruits, 3" édition, chap. ix, pp. t09-ilO.)

En 1712, Angran de Rueneuve se montra moins concis que Merlet, car il

consacra plusieurs pages à la cueillette des fruits :

« La maturité de la plus grande partie des Poires d'Été — écrivait-il — se connoît quand elles paroissent ornées d'un beau coloris mêlé d'un jaune doré, et lorsque celles qui sont odorantes se font sentir. Quand cela sera, il ne faudra faire aucune difficulté de les cueillir.

<( Quant aux Poires d'Automne, si on veut qu'elles soient excellentes, il faut absolument les cueillir douze à quinze jours avant leur maturité.

« Celles d'Hiver ne sont jamais bonnes quand on les cueille, quoy qu'on les laisse à l'arbre jusqu'au 6 et 8 novembre. Elles ne le peuvent être que quand leur fermentation les a fait meurir dans la fruiterie

ce II faut cueUlir les Poires d'Hiver après la moindre gelée, parce qu'elles tombent deux ou trois jours après, faute de nourritm'e, et cboisir pour cela un temps sec et beau, afin qu'elles puissent mieux se conserver; le faire avec attention, en sorte que toutes ayent leur queue, et les mettre doucement dans un panier pour être ensuite placées sm" les tablettes du fruitier les unes après les autres

tt Les Poires d'Hiver seront néanmoins cueillies dès le 15 ou le 20 d'octobre, si l'année est chaude et sèche; ayant pris beaucoup de maturité sur les arbres, elles passent pour l'ordinaire en peu de temps et deviennent souvent cotonneuses, pâteuses et moUes. J'en excepte la poire de Bon-Chrétien, laquelle ne doit être cueillie qu'au 15 ou 20 novembre, s'il ne survient aucunes gelées avant ce temps. » {Observations sur l'agriculture et le jardinage, t. II, chap. II, pp. 26 à 30.)

Les conseils ainsi donnés, surtout ceux d'Angran de Rueneuve, sont fort rationnels. Cependant ils ne sauraient être regardés, non plus que beaucoup d'autres du même genre, comme une règle exempte d'exceptions. Les exceptions, au contraire, sont toujours si nombreuses sur ce point, gouverné par la nature seule, que c'est là, précisément, ce qui me faisait dire plus haut : Il nous semble impossible de fournir, pour la cueillette des fruits, des instructions précises.

Mais je ne suis pas le premier qui l'ait cru et publié. En 1859, M. Paul de Mortillet, pomologue des plus distingués, ayant fait imprimer un opuscule intitulé Quarante poires pour les dix mois de juillet à mai, se vit adresser cette question : — Pourquoi n'avez-vous pas indiqué l'époque précise de la cueillette de chacune de vos variétés? — à laquelle il répondit :

« Une pareille indication n'aurait eu rien de certain, attendu que, pom' une même espèce, l'époque la plus convenable de la cueillette varie suivant le sol, suivant l'exposition, et surtout suivant l'année. C'est essentiellement une affaire d'observations personnelles. Mais on peut poser cette Règle Générale :

a Toutes poires, même celles de Premier Été, sont meilleures lorsque leur maturité s'achève au fruitier que si elles ont mûri sur l'arbre.

«. Les poires d'Été doivent être cueillies seulement cinq ou sis jours avant leur maturité. Celles du commencement de l'Automne, dix ou quinze jours avant cette même époque.

ft Pour les fruits d'Été et du commencement de l'Automne, l'approche de la maturité est signalée par la chute des fruits véreux et par un changement dans la couleur de la peau.

« Pour les poires de la fin de l'Automne et du commencement de l'Hiver, la difficulté est plus grande; il faut les diviser en deux groupes distincts : 1" les poires qui se conservent d'autant mieux qu'elles sont cueillies plus tôt à l'Automne; 2° celles qu'il faut cueiUir le

plus tard possible, et qui sont très-tardives mais, pour ces dernières, l'extrême limite est

la fin d'octobre, ou mieux l'époque qui précède les premières gelées. » [Revue horticole, année 1859, pp. 563-564.)

En insérant cette réponse dans la Revue qu'il dirigeait alors, M. J.-A. Barrai, si compétent pour im tel cas , la fit suivre de ces seuls mots :

« Tout cela est parfaitement et sagement dit. »

Or, c'est aussi là notre avis. On voit donc que nous partageons complètement les opinions de ces deux écrivains, sur la Cueillette des Poires,

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