‹ Dictionnaire de pomologie (volume 2)Chapitre 274 sur 486 · Poire BEURRÉ GRIS · texte numérisé non relu

Poire BEURRÉ GRIS

Synonymes. — Poires: 1. Beurrée (le Lectier, Catalogue des arbres cultivés dans son verger et pla7it, 1628, p. 11 ). — 2. Beurrée rousse ( Id. ibid.). — 3. Glairville ronde (7c?. ibid.) — 4. Ysam- BERT {Id. ibid.). — b. Beurré roux (dom Claude Saint-Étienne , Nouvelle instruction pour connaître les bons fruits, édition de 1670^ p. 57). — 6. D'Amboise (Merletj l'Abrégé des bons fruits, édition de 1675^ p. 88). — 7. Beurré d'Anjou {Id. ibid.). — 8. Beurré rouge d'Anjou {Id. ibid.).

— 9. Isambert-le-Bon(/c?. ibid.). — iO. Beurré n" AMBOïSE{]a.Qmnimye, Instructions pour les jardins fruitiers et potagers, édition de 1739, pp. 226-227). — 11. Beurré Isambert des Normands {Id. ibid.). — 12. Beurré rouge (/c?. ibid.). — 13. Beurré vert {Id. ibid.).—U. Beurré d'Ambleuse (Herman Knoop, Fructologie, 1771, p. 135). — 15. Beurré d'Or {Id. ibid.). — 16. Gisambert {Id. ibid.). — 17. De Vendôme {Id. ibid.). — 18. Beurré de Tréverenn (Prévost, Cahiers pomologiques, 1839, p. 86).— 19. Beurré doré (Thompson, Catalogue of fruits of the horticultural Society ofLondon, 1842, p. 126, n» 60). — 20. Beurré DU Roi( M. ibid.). — 21. LisaMbart (du Breuil, Cours d'arboriculture , 1854, t. II, p. 569-ii). — 22. Isambarï-le-Bon (Thuillier-Aloux, Catalogue raisonné des poiriers qui peuvent être cultivés dans la Somme, 1855, p. 8). — 23. D'Ambleteuse (Decaisne, le Jardin fruitier du Muséum, 1859, t. II). — 24. Beurré d'Isambert-le-Bon {Id. ibid.).

— 25. Beurré de Saintonge {Id. ibid.), — 26. Isambart {Id. ibid.). — 27. Beurré gris d'Automne (de Liron d'Airoles, Liste synonymique des variétés du poirier, 1859, p. 44). — 28. Beurré d'Isambard {Id. ibid.). — 29. Eisenbart [en Allemagne] (Langethal, Deutsches Obstcabinet, 3« cahier, 1859).

Description de l'arbre. — Bois : fort. — Rameaux : assez nombreux , étalés, gros,, longs, très-géniculés , rouge brunâtre, ayant les lenticelles fines, rapprochées, et les coussinets bien accusés. — Yeux : volumineux, ovoïdes-pointus, généralement placés en éperon. — Feuilles : petites, vert jaunâtre, souvent rougies, ovales ou elliptiques, ondulées, profondément dentées, portées sur un pétiole court et grêle.

Fertilité. — Abondante.

Culture. — Le cognassier convient bien à cet arbre, mais il prospère toujours

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mieux sur le franc; toutefois, quel que soit le sujet qu'on lui ait donné, il ne prend jamais qu'une forme pyramidale assez irrégulière.

Poire Beurré gris. Description du

fruit. — Grosseur : volumineuse ou moyenne.

— Forme : turbinée-arrondie ou oblongue, bosselée, obtuse , ayant généralement un côté plus ventru que l'autre,

— Pédoncule : court, mince, arqué, obliquement implanté au milieu d'une étroite cavité en entonnoir. — Œil :

moyen , mi-clos ou fermé, placé à fleur de fruit.

— Peau : sa couleur varie beaucoup; quelquefois elle est grisâtre, rugueuse et comme granitée; ou bien encore fortement bronzée ; mais cependant elle est le plus habituellement jaune d'or, ponctuée et marbrée de roux, striée de même dans l'évasement pédonculaire , et légèrement lavée de rose terne sur la partie frappée par

le soleil. — Chair : blanc mat, fme, excessivement fondante, rarement granuleuse. — Eau : des plus abondantes, sucrée, acidulé , vineuse , douée d'un arôme d'une exquise saveur.

Maturité. — ■ De la mi-septembre jusqu'à la fin d'octobre.

Qualité. — Première.

Historique. — On lit dans la Pomologie de la France, publiée à Lyon par le Congrès pomologique, ce qui suit au sujet du Beurré gris :

(c Cette variété est très-ancienne ; si les noms primitifs donnés aux fruits eussent été conservés, comme le dit Olivier de Serres — qui la cite sous le nom de la Dorée — peut-être trouverait-on qu'elle nous vient des Romains. » (1864, /t. II, n" 68.)

Mais ce passage, à notre sens, ne saurait s'appliquer au Beurré gris, car la poire Dorée, dont il est question ici, diffère entièrement de ce fruit délicieux. Et si 1 on consulte Olivier de Serres , il en fournit immédiatement la preuve :

« La poire Dorée — écrivait-il en 1 608 — ainsi ditte pour l'or dont elle est peinte du costé regardant le Soleil : elle est assez grossete, de figure tendant à la rondeur, de précieux goust, et de meureté contemporaine à la Petite Muscatelitie, la plus petite, la plus primeraine de toutes les autres. » [Le Théâtre d'agriculture et mesnage des champs, 4^ édition, p. 627.)

Dans cette description, trois caractères s'éloignent essentiellement de ceux

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particuliers au Beurré gris, qui n'est certes pas, on en conviendra, une poire « assez grossete, tendant à la rondeur, et de meureté contemporaine à la Petite « Muscateline, » notre Petit-Muscat ou Sept-en-Gueule, souvent mûr dès la fin de juin. Et si l'on pouvait en douter, nous ajouterions qu'on voyait figurer en 1628, à la page 7 du Catalogue des arbres cultivés dans le verger et plant du sieur le Lectier, procureur du roi à Orléans^ la poire Dorée, d'Olivier de Serres, puis à la page H de ce même opuscule la poire « Beurrée, ou Ysambert, estant eu maturité en septembre « et commencement d'octobre. » D'où résulte qu'au xvn^ siècle aucune identité n'ayant existé entre ces deux fruits, il devient assez difficile, au xix% de les supposer semblables.

Le Lectier fut \e premier auteur qui parla du Beurré ; et déjà, quoiqu'en 1628, il lui donnait pour synonyme, poire Ysambert. Personne, avant cette époque, n'ayant cité l'un ou l'autre de ces deux noms , il est alors permis de penser que l'obtention de ce poirier remonte au plus à 1550. Quant à sa provenance, nous partageons volontiers l'opinion de M. Eugène Fornéy, qui dans son Jardinier fruitier disait en 1862 : « Il paraît originaire de Normandie, où il portait primitivement «le nom d'Ysambart, nom de famille assez commun dans cette province. » (Tome I, pp. 194-195.) Et ce sentiment fut aussi professé par la Quintinye (1690), puisqu'au tome P'' de ses Instructions pour les jardins fruitiers et potagers^ il l'appelait l'IsAMBERT DES NoRMANDS. (Page 227.) Du reste, il est positif qu'Isambert a été le nom primitif de cette poire, et non point Beurré, qu'on lui appliqua seulement vers 1625, selon Claude Mollet, créateur des parterres du roi Henri lY, et auteur du Théâtre des jardinages , ouvrage très-rare dans lequel on lit ce qui suit :

(c Le poirier Beurré est un fort bon arbre ; il s'appelle autrement : les anciens luy ont donné le nom (I'Isambert, et de nostre temps nous l'appelions Beurré, à cause que son fruit estant en maturité , si-tost que l'on en met un morceau dans la bouche , il fond comme le beiuTe, et a le goust odoriférant. » (Chapitre V, pp. 28-29.)

Chez les Allemands , ou le Beurré gris^est cultivé de tous côtés , on l'a doté d'un étrange surnom. Soit hasard, soit désir de faire un innocent jeu de mots, au lieu de conserver à son synonyme Isambart sa véritable orthographe , on l'a changé en Fisenbart, terme qui dans la langue tudesque signifie Barbe de fer. . .

Observation!». — De nos jours, quelques personnes croient encore, dans le monde arboricole, qu'il existe des variétés distinctes de Beurré Bouge, Vert, Bore, etc., etc. C'est là une erreur que nous ne saurions partager en rien, et contre laquelle n'ont cessé de s'élever, depuis plusieurs siècles, les pomologues les plus accrédités. Citons seulement l'avis de trois d'entre eux :

En 1690, la Quintinye, l'homme de son temps qui connut le mieux les fruits, tranchait ainsi la question :

« A l'égard du Beurré, il faut établir que tant le Beurré rouge, autrement VAmboise, ou Vlsambert des Normands, que le Beurré gris et Beurré vert, ne sont qu'une même chose; si bien que souvent il s'en ti^ouve de toutes ces façons sur un même arbre, ces diiïérences de couleur n'ayant d'autres fondemens que la belle exposition ou peut-être une médiocre infirmité de tout l'arbre, ou seulement de quelque branche, qui en font de rouge; ou que l'ombre et la vigueur, soit de l'arbre entier, soit de la branche particulière, qui en font de gris ou de vert. » [Instructions pour les jardins fruitiers et potagers, t. I, p. 227.)

En 1768, Duhamel du Monceau, dont la volumineuse et belle pomologie fait toujours autorité , dit à son tour, d'accord avec son devancier :

« La peau du Beurré est... verte , ou grise, ou rouge... Cette différence de couleur ne fait PAS TROIS VARIÉTÉS DE Beurré,... comme on le croit communément; c'est un seul et même Beurré, dont la couleur varie suivant le terrain, l'exposition, la culture> le sujet. Les arbres

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jeunes et vigoureux, et ceux qui sont greffés sur franc, donnent ordinairement leurs fruits gris. Les arbres greffés sur coignassier, et d'une vigueur médiocre, en produisent de verts. Ceux qui sont languissants, ou plantés dans un terrain trop sec, et à une exposition trèschaude, en produisent de rouges. Quelquefois un même arbre en porte des trois couleurs, ayant des branches de différents degrés de force ou de langueur propres à produire cette différence dans la couleur du fruit, » [Traité des arbres fruitiers, t. II, pp. 196-197.)

Enfin, tout récemment (1862) un jeune et savant professeur d'arboriculture de Paris, M. Eugène Forney, dont nous avons cité plus haut l'opinion au sujet de l'origine de ce Beurré, prouvait à ses lecteurs, dans un de ses ouvrages, que la Quintinye avait eu grandement raison en déclarant identiques ces Beurrés de diverses couleurs :

« La Quintinye — observait-il — a reconnu que ces variétés étaient semblables... et il est facile de s'en assurer : on n'a, comme je l'ai fait, qu'à greffer du Beurré à fruits verts sur un arbre chlorose, et l'on obtiendra des fruits jaunes et rouges; on voit même des arbres donner des fruits verts une année, et l'année suivante des fruits jaunes. » [Le Jardinier fruitier, t. I, pp. 194-195.)

Mais il nous reste encore une remarque à faire, avant de terminer ce long article : c'est qu'il existe en Allemagne — et nous la possédons et la multiplions dans nos pépinières — une variété dite Beurré rouge qui n'a réellement aucune espèce de rapport avec le Beurré gris ici décrit. Et l'on n'en doutera nullement, lorsqu'on saura que sa chair est cassante, sèche et grossière.

Poire BEURRÉ GRIS D'AUTOMNE. — Synonyme de Beurré gris. Voir ce nom.

Poire BEURRÉ GRIS DE BÏLBAO. — Synonyme de Beurré doré de Bilbao. Voir ce nom.

Poire BEURRÉ GRIS D'HIVER. — Synonyme de Beurré gris d'Hiver nouveau. Voir ce nom.

Poire BEURRÉ GRIS D'HIVER ANCIEN. — Synonyme de poire Milan d'Hiver. Voir ce nom.

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