DUHAMEL DU MONCEAU
Traité des Arbres fruitiers, contenant leur figure, leur description, LEUR CULTURE, ctc....; Paris, 1768, 2 volumes in-l".
Membre de l'Académie des sciences, inspecteur de la marine, botaniste et agronome, Duhamel laissa de nombreux écrits. L'un des
principaux fut celui qui va nous occuper. A n'en regarder que le titre, on le croirait destiné à présenter la description de tous les fruits cultivés au xviii" siècle ; mais il n'en est rien , malheureusement , et Duhamel offre même à cet égard beaucoup moins de renseignements que Merlet, quoiqu'il soit venu soixante-dix-huit ans après lui. Dans sa Préface, il explique du reste les motifs qui le portèrent à rejeter de son ouvrage une foule de variétés. Il dit :
« Nous ne nous sommes point proposé de faire une longue énumération de tous les fruits bons , médiocres et mauvais. Nous avons exclu toutes les poires et pommes à cidre, et tous les raisins qui ne sont propres que pour faire du vin. Les fruits de table font seuls la matière de ce Traité; et quoiqu'entre ceux-ci même, nous ayions fait un choix des meilleures espèces^ et que nous en avions omis un grand nombre qui sont plus connues qu'elles ne méritent de l'être, nous ne conseillons à personne de cultiver toutes celles dont nous faisons mention. « (Pages vj et vij.)
De telles exclusions durent , on le conçoit, réduire à de faibles proportions la liste des fruits que cet auteur eut ensuite à décrire ; on ne s'étonnera plus alors qu'il n'ait caractérisé que le nombre, assez restreint, de variétés ci-après :
Crenres :
Abricotier
Amandier
Cerisier
Cognassier
Figuier
Fraisier
Framboisier
Groseillier à grappes — épineux. .
Néflier
Pêcher
Poirier
Pommier
Prunier
Vigne
Totaux : 15
Variétés:
Synonymes t
Ainsi, là encore nous sommes en face d'un choix d'arbres fruitiers,
et non pas d'une Pomone française ; là encore nous lisons des descriptions connues : celles que nous ont offertes Merlet et la Quintinye. Le descripteur fait preuve , il est vrai , d'un mérite exceptionnel ; ses observations sont plus exactes, plus étendues que les observations de ceux qui l'ont précédé. Oui, mais c'est à peine si dans ses deux volumineux in-quarto sept ou huit études inédites apparaissent ; et par surcroît on n'y dit pas un mot de l'histoire des variétés.
Il semble aussi qu'on pourrait reprocher à Duhamel d'avoir surchargé ses descriptions de maints détails oiseux , surtout en ce qui concerne la longueur, la largeur des feuilles ou des fleurs de l'arbre, le diamètre et la hauteur du fruit. Ces dimensions, il les précise en effet mathématiquement — et par pouces, et par lignes — oubhant trop que la nature, si capricieuse à l'endroit de la végétation, fausse annuellement l'exactitude de semblables indications.
Le Traité de Duhamel fut toutefois original par les planches gravées qu'il contient. C'est la première Pomologie qu'on ait, chez nous, publiée avec la figure des fruits et celle du bois, des fleurs et des feuilles de l'arbre. A ce point de vue, l'auteur eut droit à la reconnaissance des horticulteurs ses contemporains ; seulement il est probable que très-peu d'entr'eux possédèrent son livre , qu'il fit imprimer avec un luxe, une magnificence bien propres à lui rendre difficile l'accès de toutes les bibliothèques.
4" — L'abbé René LE BERRIAYS.
Traité des Jardins, ou Le Nouveau de La Quintinye; Paris, 1785,
3 volumes in- 8".
Ce titre le dit suffisamment : le Berriays présenta au public une œuvre calquée sur le plan des histructions du jardinier de Louis XIV. On se tromperait étrangement, cependant, si l'on croyait qu'elle en fut ou la reproduction complète ou la reproduction partielle. Botaniste,
agronome , arboriculteur, élégant écrivain , le Berriays ne se fit point le rééditeur de la Quintinye; il voulut être, au contraire, d'autant plus original pour le fond, qu'il savait ne pas l'être pour la forme. Et certes il y réussit admirablement, surpassant même le modèle dont il s'était inspiré.
Chez cet auteur, la méthode se joint à la science, à la bonne exposition du sujet; la concision règne sans nuire à la clarté des développements; aussi regrettons-nous vivement qu'il ne nous ait pas transmis une véritable Pomologie. Ce fut dans son premier volume qu'il parla des arbres fruitiers et de leurs produits ; l'examen que nous en avons fait nous a permis de dresser le tableau suivant, résumé des descriptions qu'il y a consignées :
Genres i
Abricotier
Amandier. ,
Cerisier
Cognassier
Figuier
Framboisier
Groseillier à grappes
Néflier
Noisetier
Pêcher
Poirier
Pommier
Prunier
Vigne
Totaux : 14
Variétés t
Synonymes t
L'abbé le Berriays, ainsi q,ue le démontre ce tableau, décrivit beaucoup moins de variétés que Merlet, que Duhamel du Monceau, et ne fit connaître, comme nouveautés, qu'une dizaine de cerisiers. Il ne donna aucune figure de fruits, aucun détail historique sur la provenance ou le nom des arbres, mais il releva plusieurs erreurs notables commises par ses devanciers, et même par quelques-uns de ses contemporains.
50 __ Louis NOISETTE.
Le Jardin fruitier, Histoire et culture des Arbres fruitiers, des ananas, MELONS ET FRAISIERS; Paris, 1821-1833, 2 volumes in-S".
A l'époque où parut la seconde édition de cet ouvrage, en 1833, nos jardins étaient infiniment plus riches en fruits, qu'au temps de le Berriays (1785), où la Révolution avait paralysé durant quelques années les progrès de l'horticulture.
Ce qui contribua surtout, dès le commencement de notre siècle, à doter la France d'une grande quantité de fruits nouveaux, ce furent les rapports qui s'établirent entre nos pépiniéristes et ceux de la Belgique, où le professeur Van Mons, si connu par sa passion pour la Pomologie, était arrivé, au moyen de semis constamment renouvelés, à posséder en 1815 plus de 80^000 sauvageons (1), dont quelques-uns lui donnaient chaque année d'excellents produits, qu'il perpétuait par la greffe.
Or, parmi nos arboriculteurs, nul mieux que Louis Noisette ne se trouvait alors en position, tant par sa fortune que par ses relations, d'accroître nos richesses pomologiques. Ami de Van Mons, ce dernier lui offrit des sujets de ses meilleurs gains , et tout aussitôt il les propagea ; comme il propagea aussi plusieurs nouveautés provenues , soit de ses semis particuliers,' soit d'Angleterre, de Hollande, de Belgique, pays dont il alla étudier les collections horticoles. Enfin il tira de l'Amérique, où résidait l'un de ses frères (Philippe), et de l'Italie, où il avait des correspondants, quelques espèces également inconnues chez nous.
Ses pépinières, qui avaient leur siège à Paris, rue du faubourg Saint-Jacques , acquirent donc promptement une légitime réputation ; et cet habile horticulteur put un jour, dans le recueil dont on a lu le
(l)yoir M. Alexandre Bivort dans sa notice intitulée : Théorie Van Mons, insérée en 1854 au tome I" des Catalogues de la Société Van Mo7is, pp. 67-80.
titre, décrire maintes variétés non moins inédites que méritantes. Quant au chiffre de ses descriptions, il doit être ainsi présenté :
Genres »
Abricotier.
Amandier, Ananas . . .
Cerisier. . .
Châtaignier
Cognassier
Cornouiller
Figuier
Fraisier
Framboisier
Groseillier à grappes.
— épineux...
Néflier
Noisetier
Noyer
Pêcher
Poirier
Pommier
Prunier
Vigne
7'otanx : 20
Variétés ;
Les genres Abricotier, Cerisier, Groseillier épineux. Pêcher, Poirier et Prunier sont ceux, principalement, dont Noisette augmenta les variétés. Pour l'Ananas, personne avant lui n'en avait parlé chez nous avec un tel développement.
De tout ce qui précède, on a déjà conclu que le Jardin fruitier dut être fort recherché, fort estimé?... 11 le fut, et contribua à faire naître le goût des études pomologiques , car son auteur eut l'heureuse idée d'y consigner les renseignements historiques, et de toute sorte, qu'il put rencontrer sur les fruits anciens ou modernes, ce qui rendit la lecture de cet ouvrage réellement attrayante. De nombreuses figures coloriées accompagnaient le texte et ajoutaient à sa valeur. Mais les descriptions, surtout celles des poires et des pommes^ sont en général trop abrégées, trop incomplètes. Ajoutons que Noisette a très-rarement parlé des arbres.
Antoine POITEAU.
POMOLOGIE FRANÇAISE. ReCUEIL DES PLUS BEAUX FrUITS CULTIVÉS EN FrANCE, aveC
gravures et texte descriptif ; Paris, 1846, 4 volumes in-f".
Né le 23 mars 1764, à Amblemy (Aisne), et mort à Paris le 27 février 1854, dans sa 90' année, Poiteau fut longtemps attaché comme directeur, soit en France, soit aux Colonies, à l'administration des jardins et pépinières de la Couronne. Sa longue existence se passa à étudier, à enseigner la botanique et l'horticulture. Doué d'une prodigieuse mémoire, d'un remarquable esprit d'observation, il écrivit de nombreux articles dans les Recueils spéciaux de la Capitale et fit paraître divers ouvrages dont le plus important est celui qui va nous occuper. Il se compose de quatre volumes grand in-folio ; voici le relevé de tous les fruits comestibles qui y sont décrits :
Genres ■.
Abricotier. .
Amandier . .
Cerisier. . . .
Châtaignier Cognassier .
Cornouiller.
Figuier
Fraisier.
Framboisier
Groseillier à grappes.
— épineux. . .
Néflier
Noisetier
Noyer
Olivier
Pêcher
Poirier
Pommier
Prunier
Vigne
Totaux : 20
Variétés ;
Synonyaues i
Pourquoi Poiteau , si bien placé pour se procurer tous les fruits, tous
les renseignements pomologîqiies qu'il pouvait désirer, n'a-t-il pas offert dans son livre la description à peu près complète des variétés modernes généralement cultivées?... Comment s'est-il borné, par exemple, à mentionner seulement 39 pêchers, 107 poiriers, 57 pommiers, 13 vignes?...
Ce fut évidemment la vieillesse qui paralysa le bon-vouloir de ce laborieux écrivain. Il entrait dans sa 79' année lorsqu'il entreprit cette dernière tâche, et ce n'est plus l'âge des déplacements ni des longues recherches.
Disons toutefois que sur les 397 variétés comestibles qu'il décrivit, on en compte 96 dont personne n'avait encore parlé. Elles se répartissent comme suit, sur chacun des genres ci-après :
Abricotier : 1.— Amandier : 6. — Cerisier : 6. — Fraisier : 3. — Framboisier : 2. — Groseillier épineux : 24. — Néflier : 1. — Noisetier : 5. — Olivier : 1 . — Pêcher : 3. — Poirier : 1 8. — Pommier : 20. — Prunier : 4. — Vigne : 2.
Le recueil de Poiteau , malgré le nombre si restreint de ses descriptions, n'en reste pas moins une œuvre capitale, savamment élaborée. Il occupe même un rang distingué parmi nos publications artistiques, tellement les planches de fruits qui s'y trouvent ont été traitées, au double point de vue du dessin et du coloris, avec une rare perfection. Seulement cette perfection, à laquelle vinrent s'ajouter les dépenses d'un format in-folio et d'une typographie de choix , éleva le prix des
quatre volumes à l'énorme chiffre de 600 francs C'est dire que
très-peu d'horticulteurs purent les acquérir.
Là s'arrête l'examen auquel il nous a semblé bon de soumettre les œuvres des pomologues anciens et des pomologues modernes les plus estimés. Il aura eu pour principaux résultats de donner un aperçu de la Pomologie depuis deux siècles ; — de prouver que la partie historique et synonymique fut excessivement négligée chez ces écrivains ; — puis enfin que deux d'entre eux, Duhamel et Poiteau, restèrent
inconnus de la plupart des jardiniers, vu l'extrême cherté de leur livre.
Ajoutons, avant de clore ce paragraphe, que depuis 1846 l'étude de la Pomologie a pris en France un sérieux développement. On s'y est, surtout, beaucoup occupé des Poires, de la Vigne, des Pêches; mais personne encore n'a pu nous présenter un ouvrage contenant la description, l'histoire de la généralité des variétés fruitières cultivées dans nos jardins.
Rappelons cependant que plusieurs publications volumineuses, imprimées avec luxe et tendant au même but que celle-ci, sont maintenant en cours d'exécution.
Plan de ce Dictionnaire.
J'ai toujours cru qu'en toutes choses les collections ont une extrême utilité : elles permettent d'étudier comparativement les objets de même nature, d'établir sûrement entr'eux les divisions qu'ils comportent; puis elles facilitent l'examen et conduisent ainsi à reconnaître assez vite une erreur.
il ne paraîtra donc pas surprenant qu'ayant conçu dès 1830 le projet que j'exécute aujourd'hui, je me sois appliqué à rassembler dans mon École fruitière tous les genres, toutes les espèces, toutes les variétés anciennes ou modernes , indigènes ou exotiques , qu'il m'a été possible de trouver, et dont le nombre s'augmente chaque jour; aussi suis-je en possession d'au moins trois mille variétés de fruits.
J'ai hâte de le dire, d'ailleurs, les circonstances m'ont puissamment servi : Van Mons et M. Alexandre Bivort, son successeur, sont venus d'abord, par leurs ouvrages et leurs Catalogues , me permettre de puiser largement dans les pépinières belges, dotées par eux d'un trèsgrand nombre d'excellents gains sortis de leurs semis. Puis l'Amérique, l'Allemagne et l'Angleterre m'ont également fourni d'autres nouveautés qu'il m'a été possible d'étudier dans mes collections. Enfin, l'on doit penser que des nombreux fruits nés en France pendant ces derniers temps, il en est peu qui m'aient échappé.
Tels sont donc, pour mes descriptions d'arbres et de fruits, les matériaux auxquels j'ai eu recours.
Quant à la partie historique et synonymique, je n'ai reculé devant
aucun sacrifice : j'ai réuni la presque totalité des ouvrages français, latins, allemands, anglais, italiens et hollandais publiés depuis la fin du XV' siècle, sur ce sujet; je me les suis fait traduire; puis, sous ma direction, de minutieuses recherches ont été efïectuées, à Paris, dans un grand nombre de livres devenus fort rares et dans de précieux manuscrits.
Voici quelles sont les divisions de cette Pomologie :
Tomes I et II : Poires ; Tome III : Pommes ; Tome IV : Fruits a Noyau ; Tome V : Raisins et Fruits Divers.
Les différents genres compris dans un même volume, se présentent suivant leur rang alphabétique, et la description de chacun d'eux y forme un chapitre particulier où les variétés, oi^i les synonymes sont à leur tour placés alphabétiquement — classificafion qui explique notre titre : Dictionnaire.
Quant au second mot qui en faille complément : Pomologie^ je me suis appliqué à ne jamais dépasser les hmites qu'assignait sa véritable signification. On chercherait donc vainement, dans ce livre, des principes, des conseils sur l'arboriculture, le jardinage ou l'organisafion des pépinières : de tels sujets sont essentiellement du ressort des Traités de Taille et d'Horticulture.
Mais à l'égard des fruits, rien n'a été négfigé. J'ai décrit tous ceux de ma collection et tous ceux que j'ai pu me procurer, même les variétés de qualité inférieure que l'on rencontre encore dans les jardins. Il faut en effet le reconnaître : nombre de fruits dont le mérite est nul dans une localité , sont parfois très-appréciés dans une autre, où la nature du sol convient mieux aux arbres qui les produisent. D'où suit qu'il pourrait y avoir injustice à proscrire de tous les jardins, une variété de poire, par cela seul qu'on l'eût trouvée, dans quelques-uns, dénuée de parfum, de qualité.
En ce qui touche les descri plions proprement dites, telle est In forme sous laquelle elles sont présentées :
1 ° Nom généralement adopté ;
2" Synonymes;
3° Description de F arbre;
4° Figure et description du fruit ;
5" Historique ;
6° Observations,
Et de ces six divisions, voici quel m'a paru devoir être l'esprit, la portée :