‹ Dictionnaire de pomologie (volume 2)Chapitre 4 sur 486 · NOMS · texte numérisé non relu

NOMS

On a beaucoup abusé, dans la nomenclature des fruits, de certains termes dont la disparition serait désirable, sans doute ; mais peut-être serait-il inopportun , aussi, de les rayer soudain et systématiquement des Catalogues et des Pomologies.

Tels sont par exemple, pour les Poires, les mots : Bergamote, Besi, Beurré, Délices, Doyenné, Fondante; — pour les Pommes : Calville, Reinette ; — pour les Prunes : Damas, Reine-Claude, etc.

Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on a signalé les vices et les fâcheuses conséquences d'une semblable nomenclature. Dès 1768 Duhamel s'en plaignait ; mais lui non plus ne pensait pas qu'à cet égard il fût sage de tenter une réforme. Il disait :

(' Quelques Amateurs auroient désiré une nouvelle nomenclature : mais auroitelle été de quelque utilité?... Il est vrai que le nom de plusieurs Arbres varie d'une Province à une autre : mais une nouvelle nomenclature , bien loin de remédier à cet inconvénient, auroit encoi^e augmenté la confusion. On peut être certain que les Jardiniers préféreront toujours les noms qu'ils tiennent de leur Maître, auxquels ils sont accoutumés dès leur entance, à ceux que nous mettrions dans notre Traité... La plupart des noms des Arbres sont vuides de sens, nous en convenons : mais peut-on espérer de leur composer dans notre langue des noms qui expriment leur nature et leur caractère?... Ainsi nous avons conservé les noms communs; et lorsqu'un Arbre en a plusieurs, nous les avons marqués, en ayant attention déplacer le premier celui qui est le plus usité. La liberté qu'on s'est donnée de changer le nom

des Plantes, a fait un grand obstacle au progrès de la Botanique, ou du moins en a rendu l'étude très-difficile. » [Traité des arbres fruitiers ^ 1768, t. I, Préface, pp. xij etxiij.)

La résolution que prit alors Duhamel, de « conserver les noms a communs, » prouve qu'il tint compte de l'esprit de routine et du manque d'initiative qui régnait parmi les jardiniers de son époque. Un siècle s'est écoulé depuis le temps où ce savant agronome s'exprimait de la sorte, mais le scrupule qui l'arrêta possède encore toute

sa force Témoin l'opinion que Poiteau émettait en 1846 dans sa

Pomologie, où comme Duhamel il se refusait à porter la main sur la nomenclature fruitière :

« Oui — déclarait-il — on parviendrait plutôt à faire remonter une rivière vers sa source , qu'à faire changer un nom reçu dans les pépinières et chez les jardiniers. » (Tome I, article Prune de Perdrigon hâlif.)

On comprend donc pourquoi, nous qui sommes né, qui vivons au milieu des pépiniéristes et des jardiniers, nous avons imité la réserve de Duhamel et de Poiteau. Mais nous souhaitons ardemment — et la chose est urgente — qu'à l'avenir aucun horticulteur, aucune Société d'horticulture n'attache au nom d'un fruit l'un de ces termes, prétendus génériques, dont on a fait jusqu'ici l'abus que chacun sait.

Page 1