‹ Dictionnaire de pomologie (volume 2)Chapitre 309 sur 486 · Poire BEURRE DE RANGE · texte numérisé non relu

Poire BEURRE DE RANGE

S7non;^iaAes. — Poires : 1. Gastelier (le Lectier, Catalogue des arbres cultivés dans son verger et plant, 1628, p. 21). — 2. Beurré d'Hiver (Merlet, VAbrégé des bons fruits, édition de 1675, p. 109). — 3. Jenart {M. ibid.). — 4. Beurré Hardenpont de Printemps (John Turner, Transactions of the horticultural Society of London, 1822, t. V, pp. 126-131). — 5. Beurré range {Id. ibid.). — 6. Bon-Chrétien de Range (Prévost, Cahiers pomologiques , 1839, p, 60). — 7. Beurré de Noirchain {Id. ibid., p. 136). — 8. Beurré de Rans {Id. ibid., p. 60).— 9, Beimont ou Beymont (Bivort, Album de poniologie, 1850, pp. 43-44). — 10. Beurré Bon-Chrétien (Auguste Royer, Annales de pomologie belge et étrangère, 1855, t. III, p. 45). — 11. Beurré de Pentecôte (Thuillier-Aloux, Catalogue raisonné des poiriers qui peuvent être cultivés dans la Somme, 1855, p. 7). — 12. Hardenpont de Printemps (Decaisne, le Jardin fruitier du Muséum, 1859, t. I). — 13. De Range {Id. ibid.). — 14. Beurré du Rhin (Congrès pomologique, Pomologie de la France, 1864, t. U, n° 107).

Description de l'artore. — Bois : faible. — Rameaux : peu nombreux, étalés ou réfléchis, assez grêles, longs, non coudés, brun clair verdâtre légèrement cendré, ayant les lenticelles petites , très espacées , et les coussinets presque nuls. — Yeux :

moyens, ovoïdes, duveteux, noyés dans l'écorce.

— Feuilles : habituellement elliptiques, acuminées, à bords bien dentés, à pétiole de longueur moyenne, gros et pourvu de stipules des plus développées.

Fertilité. — Médiocre.

Culture. — Le franc est le seul sujet sur lequel ce poirier puisse prospérer, et encore n'y fait-il que de maigres , que d'irrégulières pyramides dont la croissance a toujours lieu tardivement. Greffé sur cognassier, il demeure tellement chétif qu'on n'en saurait tirer aucun parti satisfaisant, et fait même, alors, périr les sujets.

Description du fruit. — Grosseur : volumineuse. — Forme : oblongueovoïde, généralement ventrue et bosselée. — Pédoncule : long ou assez court, bien nourri , courbé , renflé à ses extrémités , obliquement inséré dans une cavité rarement profonde et dont les bords sont accidentés. — Œil : moyen, souvent mi-clos,

416 BEU [beurré ran]

régulier, faiblement enfoncé. — Peau : très-rude, très-épaisse, vert terne bronzé, ponctuée et fortement marbrée de gris clair, et maculée de fauve autour de l'œil et du pédoncule. — Chair : blanc verdâtre, demi-fine et parfois grossière, demi-fondante, juteuse, granuleuse au centre. — Eau : abondante, sucrée, habituellement un peu astringente, mais néanmoins aromatique et savoureuse.

Maturité. — Variable, elle commence le plus ordinairement en novembre et finit en février; cependant on l'a vue gagner les mois de mars et d'avril, puis, très-exceptionnellement, ceux de mai et de juin.

Qualité. — Première, et deuxième lorsque l'âpreté de son eau est trop prononcée. Aucune poire ne la surpasse en excellence, pour faire des compotes.

Historique. — Jusqu'ici trois opinions ont prévalu , en ce qui touche l'origine de ce Beurré : les uns, le disant obtenu de semis par l'abbé d'Hardenpont, à Mons, reportent à 1758 ou à 1762 la première fructification du pied-type; les autres, refusant de voir en lui un gain de cet abbé , prétendent qu'il le rencontra inconnu dans le village de Rance, et n'en fut alors que le simple propagateur; enfin il en est qui l'ont attribué à Van Mons. Pour nous, ces derniers ont complètement tort, car Van Mons naquit en 1763, après l'apparition de cette poire, sur laquelle il manqua même de renseignements précis, puisqu'il supposait qu'on l'avait appelée Beurré rance en raison de la saveur acide de sa chair. Mais il ne s'ensuit pas, de ceci, que nous regardions ce fruit comme provenu de la Flandre, en 1738 ou 1762. Que l'abbé d'Hardenpont l'y ait, à l'une de ces deux époques, trouvé innommé dans la petite localité de Rance , et lui ait appliqué , ne pouvant l'assimiler à aucune autre variété, le nom de ce hameau ;, nous l'admettons volontiers, avec un grand nombre de pomologues; seulement, nous avons la conviction que déjà il existait en France , et depuis longtemps , sous plusieurs dénominations différentes. Essayons de le démontrer à l'aide, d'abord, de l'Abrégé des bons fruits, de Merlet, édition de 1675, dans laquelle on lit ce qui suit :

« Pendant le mois de Décembre et les suivans, se mange le Gatellier, ou Jenart, ou

Bœuré d'Hyver, estant gros, verd, long en ovale, et bœuré, d'une eau peu relevée, et meilleur encore cuit que crû, » (Pages d07 et 109.)

Voilà bien, en quelques lignes, la description du Beurré de Rance, de cette poire généralement bonne, mais souvent aussi, médiocre, et dont la peau, même à parfaite maturité , reste d'un vei^t bronzé. Or, des trois noms que Merlet lui donne ici , il en est un, Gatellier, qui va nous la montrer multipliée dès 1628 à Orléans, dans les fameux jardins du procureur du roi le Lectier. Si l'on ouvre, effectivement, à la page 21 le Catalogue des arbres cultivés en 1628 dans le verger et plant de ce magistrat-horticulteur^ on y trouve cette indication formelle : « Gastelier, poirier « dont le fruict dure jusques en Mars, Avril;, Mai et Juin. » Et quant au nom Beurré d'Hiver, que Merlet en 1675 fait synonyme de Gatellier, une chose digne de remarque, c'est qu'il demeura longuement attaché à la présente variété, et passa avec elle chez les Hollandais et ailleurs, évidemment, comme le prouve ce court extrait du Jardin fruitier, pomologie publiée par le pépiniériste Louis Noisette, en 1821-1839 :

« Beurré d'Hiver. — Fruit ayant la forme des Beurrés, mais dont la 'peau reste constamment verte; chair fondante, sucrée, parfumée, bonne. Nous l'avons rapporté du Brabant en 1806. Il mûrit dans le courant de janvier. — Nota. Comme il y a des Beurrés de Bans qui se gardent jusqu'en janvier^ il serait utile d'étudier comparativement le Beiirré d'Hiver et le Beurré de Rans pour bien établir ou leur différence ou lem* identité. » (Pages 172 et 173.)

BEU [beurré ran — rei] 417

Et l'étude demandée par Noisette a eu lieu, et de tous côtés il a été reconnu que son Beurré d'Hiver ne s'éloignait en rien du Beurré de Rance.

Terminons maintenant en relevant une autre erreur commise à l'égard de cette poire.

On a écrit qu'elle était apparue sous ce dernier nom, dans les collections françaises, en 1828 ou encore en 1835. Mais aucune de ces dates n'est exacte. Elle y était ainsi dénommée dès 1820, John Turner, jadis vice-secrétaire de la Société d'Horticulture de Londres , nous l'apprend et confirme en même temps une partie de nos assertions, lorsqu'il dit (13 janvier 1822) :

« Le Beurré Rance, également appelé Beurré d'Hardenpont de Printemps, a été envoyé

cà la Société en octobre 1821, par M. Hervy, directeur du Jardin royal du Luxembourg, à

Paris mais quoique figurant dans l'école de ce Jardin, on ne l'y a pas encore inscrit sur

le Catalogue...... Je le regarde comme identique avec le Beurré d'Hiver décrit dans l'ouvrage

de Noisette. » ( Transactions of the horticultural Society ofLondon, t. V, pp. 126, 128, 130 et 131 . )

^ Observation». •— On a souvent donné les noms Beurré de Flandre et Beurré Épine comme synonymes de Beurré de Rance, mais il serait difficile de justifier une telle attribution, le Beurré de Flandre n'étant autre que la Fondante des Bois, et le Beurré Épine, lui, tenant parfaitement sa place parmi les variétés, ainsi qu'on a pu le voir plus haut, page 359, où nous l'avons décrit. — Prévost, dans ses Cahiers pomologiques , affirmait (page 62) que « le 8 avril 1838 il avait ouvert un « Beurré de Rance qui n'était pas encore assez mûr. » Tougard, son collègue et son continuateur, écrivait en 1852 : «J'en ai mangé un en juillet » (page 68 de ses Variétés de poires). Cela doit être, puisque nos honorables devanciers le certifient; mais dans l'Anjou, où la maturation est toujours assez précoce, cette poire se conserve bien rarement au delà du mois de mars. — Sa grosseur, par exemple, atteint souvent un volume considérable, à ce point que nous en avons vu qui pesaient jusqu'à 568 grammes, et notamment à l'exposition de Chartres, en 1862.

Poire BEURRÉ DE RANS. — Synonyme de Beurré de Rance. Voir ce nom.

Poire BEURRÉ REAL. — • Synonyme de poire Milan d'Hiver, Voir ce nom.

Page 1