Poire BON-CHRÉTIEN D'ESPAGNE
Synonymes. — Poires ; 1. De Janvry (Merlet, l'Abrégé des bons fruits, édition de 1675, p. 105). — 2. Bon-Chrétien d'Automne (Knoop, Fructologie , 1771, p. 135). — 3. Gratiole d'Automne [Ici. ibid.). — 4. PRÉsrDENT d'Espagne (7c?. ibid.). — 5. Safran d'Automne [Id. ibid.). — 6. Van Dyck's {Id. ibid.). — 7. Safran rozat d'Automne (Manger, Systematische pomologie, 1783, t. II, p. 100). — 8. Bon-Chrétien jaune d'Automne (Diel, Kemobstsorten , 1802, p. 118). — 9. Grosse- Grande-Bretagne (Tougard, Tableau analytique des variétés de poires , 1852, pp. 96 et 107), — 10. Mansuette [des Flamands] (M. z6., pp. 96 et 111), — 11. Bon-Chrétien doré d'Espagne (Biedenfeld, Handbuch aller bekannten Obstsorien, 1854, p. 58). — 12. Blanche [des Belges] (Thuillier-Aloux , Catalogue raisonné des poiriers qui peuvent être cultivés dans la Somme, 1855 , p. 64). — 13. Bon- Chrétien Spina {Id. ibid.). — 14. COMPAGNIE d'Ostende {Id. ibid.). — 15. Grosse-Grande- Bretagne dorée {Id. ibid.). — 16. VERMILLON d'Espagne d'Hiver {Id. ibid.). — 17. GRAaoLi de LA Toussaint (Decaisne, le Jardin fruitier du Muséum, 1858, t. I).
Description de rarbre. — Bois : assez fort. — Rameaux : peu nombreux, étalés vers la base de la tige, érigés à sa partie supérieure, gros, longs, bien géniculés, rouge grisâtre, ayant les lenticelles des plus larges, excessivement rapprochées, et les coussinets saillants. — Yeux : à écailles souvent disjointes.
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volumineux, ovoïdes-pointus, presque sortis en éperon. — Feuilles : grandes, jamais abondantes, ovales-allongées, finement crénelées ou presque entières, portées sur un pétiole long , gros et parfois tacheté de noir.
Poire Bon-Chrétien d'Espagne. Fertilité. — Satisfai-
sante.
Culture. — Son développement est vif, sa vigueur très -grande ; ses pyramides , généralement assez fortes, pèchent par une ramification, par un feuillage insuffisants; on le greffe sur franc ou cognassier.
Description «Eu fruit* — Grossew^ : audessus de la moyenne et quelquefois considérable.
— Foj^me : turbinée-allongée, très-ventrue à la base, où elle est plus ou moins bosselée , mais diminuant ensuite sensiblement de volume à sa partie supérieure, toujours légèrement obtuse. — Pédoncule :
assez court, bien nourri, recourbé, renflé au sommet, perpendiculairement implanté dans un évasement rarement profond. — OEil: moyen, régulier, ouvert, peu enfoncé. — Peau:
épaisse, jaune pâle grisâtre, ponctuée et tavelée de fauve, colorée de rouge vif sur la face exposée au soleil. — Chair: blanche, grosse, cassante, pierreuse auprès des loges. — Fau : peu abondante et souvent insuffisante, douceâtre, assez sucrée, rarement aromatique. Maturité. — Courant de novembre et atteignant parfois la mi-janvier. Qualité. — Première pour la cuisson, troisième pour le couteau.
Historique. — Merlet, dans son Abrégé des bons fruits, décrivait comme suit cette variété, dès 1675 :
« Le Bon-Chrestien d'Espagne, ou la poire de Janvry, est grosse, longue, très-belle, d'un rouge de vermillon, dont la chair est tres-delicate, tendre et pleine d'eau;... elle se mange dans le mois de novembre et les suivans. w (Pages 98 et 105.)
C'est bien là le fruit qu'on cultive encore aujourd'hui dans nombre de nos jardins; seulement il ne s'y montre plus, comme au temps de Merlet, « à chair « tres-delicate , tendre et pleine d'eau ; » aussi ne le mangeons-nous guère qu'en compote — il y est excellent — ou si nous le plaçons cru sur nos tables, n'y paraît-il alors que grâce à son éclatant coloris, qui aide agréablement à leur
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décoration. C'était déjà là, du reste, le rôle que lui faisait jouer dans les desserts de Louis XIV, la Quintinye, directeur des vergers de ce roi, et contemporain de Merlet. D'où l'on doit conclure que ces pomologues furent loin de s'entendre sur son mérite. Mais laissons la Quintinj^e avouer lui-même ce qu'il en pensait :
« C'est presque de toutes les poires celle qui m'a autant embarrassé ; peu s'en faut que je n'aye honte de le dire; je me suis natiuellement trouvé enclin à .l'estimer d'abord par sa
figure, on ne s'en sçauroit quasi défendre Pendant deux ou trois ans j'avois conçu une
grande estime pour elle; mais outre que dans sa saison nous avons toutes nos principales poires tendres et fondantes, et que depuis plus de ^àngt ans j'ai toujours trouvé à celle-là la chair si rude, si grossière et si pierreuse,... qu'enfin, malgré ma première inclination, il a fallu se résoudre à lui refuser entrée dans beaucoup de Jardins; et ainsi je suis d'avis qu'on se contente d'eu souffrir au moins quelques Arbres... toujours y a-t'il cet avantage qu'elle paye de bonne mine [sur les tables] dans l'ornement des pj^amides. « {Instructions pour les jardins fruitiers et potagers, 1692, p. 176 — et 1739, t. I, pp. 282-283.)
Nous partageons entièrement, sur le manque de qualité de ce fruit, l'opinion de la Quintinye , tellement il est rare qu'on puisse avec quelque satisfaction le manger cru ; on doit donc le recommander seulement comme l'une des meilleures variétés de poires à cuire. Il semble assez difficile,, malgré son nom Bon-Chrétien d'Espagne, qu'il soit originaire de ce pays. D'abord Merlet, le premier qui l'ait décrit, parait, en l'appelant aussi en 1675 « la poire de Janvry^ » le supposer sorti plutôt de l'un des deux villages connus sous cette dénomination dans la Marne et dans Seine-et-Oise. Mais notre conviction, en voyant Knoop et Manger lui donner un peu plus tard le synonyme Safran d'Automne, est que ce fut là son nom primitif, et qu'il le portait déjà en 1628, à Orléans, dans les jardins de le Lectier. En étudiant le précieux Catalogue laissé par cet amateur riche et zélé, nous y rencontrons efTectivement, page 13, « un poirier Saffran autumnal dont le fruict mûrit depuis « Octobre jusques au commencement de Novembre ; » tandis qu'il ne s'y trouve ni Bon-Chrétien d'Espagne , ni poire de Janvry. Aussi regardons-nous ce « Saffran « autumnal » comme n'étant autre que le Safran d'Automne déclaré identique avec le Bon-Chrétien d'Espagne, par Knoop en 1771, par Manger en 1783. Si maintenant on le surnomma poire de Janvry, même avant 1675, cela tint sans doute à ce qu'il était alors, dans cette localité, beaucoup plus commun qu'ailleurs.
Observations. — Quelques pomologues ont appliqué , mais à tort , le synonyme poire Grande-Bretagne au Bon-Chrétien d'Espagne , tandis qu'il appartient à la variété dite Mansuette double ; ils auront été trompés par sa conformité presque complète avec cet autre : Grosse-Grande-Bretagne, se rapportant bien, lui, à notre ancienne poire de Janvry.