Poire BONNE-LOUISE D'AVRANCHES
Synonymes. — Poires : 1. Bergamote d'Avranches (Prévost, Cahiers pomologiques, 1839, p. 35). — 2. Bonne de LoNGUEVAL {Id. ibid.). — 3. De Jersey' ( Id. ibid.). — 4. LouiSE-BoNNE d'Avranches {Id. z'ôîc?.). — 5. Beurré d'Araudoré (Thompson, Catalogue of fruits of the horticultural Society of London, 1842, p. 143, uo 299). — 6. Bonne- Louise d'Araudoré {Id. ibid.]. — 7. Louise- Bonne de Jersey ( Id. ibid.). — 8. Beurré d'Avranches (comte Lelieur, la Pomone française, 1842, p. 429).— 9. BONNE- Louise {Id. ibid. ). — 10. Bonne d'Avranches (Thuillier-Aloux, Catalogue raisonné des poiriers qui peuvent être cultivés dans la Somme, 1855, pp. 12-13). — 11. Louise DE Jersey {Id. ibid.). — 12. De Louise (Dùchûahl, Obskunde, t. 11, p. 138). — 13. William l\ {Id. ibid.). — 14. Prince Germain (Decaisne, le Jardin fruitier du Muséum, 1860, t. 111).
Ueseriptioit de l'arbre. —
Bois : fort. — Bameaux : assez nombreux, érigés près du sommet de la tige, étalés vers la base et souvent arqués , très-gros , longs , un peu géniculés , rouge grisâtre nuancé de vert. — Yeux : moyens, ovoïdes-aplatis, pointus, duveteux, collés contre l'écorce. — Feuilles :
elliptiques-lancéolées , légèrement cotonneuses , aiguës , arquées ou relevées en gouttière , ayant les bords
irrégulièrement dentés ou denticulés, et le pétiole peu long mais très-fort et faiblement lavé de rouge clair.
Fertilité. — Grande.
Culture. — Le développement de ce poirier est rapide; il végète non moins bien sur cognassier que sur franc, et fait de belles et hautes pyramides.
Description dw fruit. — Grosseur : volumineuse ou au-dessus de la moyenne. — Forme : ovoïde -allongée, légèrement bosselée, ayant presque toujours un côté plus ventru que l'autre. — Pédoncule : assez long, rarement arqué, mince au milieu, habituellement renflé à ses extrémités, obliquement implanté à la surface du fruit, avec lequel il est parfois continu, mais seulement d'un côté. — OEil : moyen , rond , clos ou mi-clos , placé dans un large évasement de profondeur variable. — Peau : vert jaunâtre, couverte de gros points brun clair et teintée de rouge vif sur la partie qui regarde le soleil. — Chair : blanche, fine, des plus fondantes, juteuse, sans pierres. — Eau : excessivement abondante, sucrée, vineuse, acidulé, possédant une saveur parfumée non moins exquise que particulière.
Maturité. — De la mi~ septembre jusqu'à la mi-octobre.
Historique. — Le pied-type qui donna naissance à la délicieuse poire que , nous venons de décrire, fut obtenu de semis par un gentilhomme normand nommé Longue val et se mil à fruit vers 1780. M. de Longueval habitait la ville d'Avranches (Manche), aux portes de laquelle vivait alors, dans sa modeste retraite du Bois-Guérin, l'abbé le Berryais, regardé comme l'agronome et le pomologue le plus savant du xviii'' siècle. La passion de ces deux hommes pour l'horticulture , les rapprocha; à ce point que dînant un jour chez son ami, l'abbé se vit, au dessert, chargé par lui de déguster les premiers produits de son remarquable poirier. Or, il les trouva doués d'un tel mérite, qu'en courtois convive il dit à M""^ Louise de Longueval, dont on appréciait infiniment la bienfaisance et les vertus : « Cette « nouvelle poire est si parfaite , que je vous demanderai la permission de lui ft appliquer le surnom qu'ici chacun vous donne : de la nommer Bonne -Louise. » Et de fait ce nom lui demeura. — Ces détails authentiques, restés longtemps dans la mémoire de quelques personnes de la localité, furent ensuite recueilhs, accrédités par le Comice horticole d'Avranches , mais trop tard cependant pour empêcher un pépiniériste de cette ville, M. le Grandais, d'adresser en 1839 au Comice d'Angers la note suivante, qui allait jeter dans l'erreur plusieurs écrivains :
« Louise-Bonne. — Elle est originaire des pépinières de M. de Longueval, d'Avranches, où elle donna du frviit pour la première fois vers l'année 1788. Elle fut appelle Bonne de Longueval. Enfin le célèbre le Berriays, qui habitait une campagne auprès d'Avranches, la décrivit dans son excellent ouvrage intitulé Traité des jardins, et lui donna le nom qu'elle porte aujourd'hui, l'ayant dédiée à une demoiselle Louise, qui était sa fille de confiance. » [Bulletins du Comice horticole de Maine-et-Loire, 1838-1839, p. 142.)
Et ce fut aussi, bien évidemment, ce renseignement inexact qui donna naissance à cette autre version, non moins erronée, « que M. de Longueval avait dédié ce «fruit à sa bonne, Louise. » Quant à nous, tout en regrettant que le Comice d'Angers ait été en 1839 l'éditeur de la note ci-dessus, nous nous empressons de l'avouer afin qu'on ne continue plus d'en attribuer la mise en circulation à des auteurs qui n'eurent qu'un tort, celui de copier dans nos Bulletins ce passage fautif sans indiquer à quelle source ils le puisaient. Mais en 1861 M. Laisné, président du
nouveau Cercle horticole d'Avranches, avait déjà relevé ces erreurs dans une lettre dont nous allons reproduire les principaux passages, car elle contient un historique fort intéressant de cette variété et de la majeure partie de ses synonymes :
« Je ne sais — dit cet lionorahle personnage — dans quelle imagination a pu naître l'idée adoptée par le Congrès pomologique;, que cette poire a été « dédiée par M. de Lon- « gueval à sa bonne, Louise. » Quoique j'aie lieu de penser que cette histoire, qui attribue à M. de Longueval un rôle un peu ridicule, soit partie primitivement d'Avranches, je dois la repousser énergiquement... C'est bien M™'^ de Longueval qui avait le nom de Louise (je l'ai vérifié sur plusieurs actes) et à laquelle la poire a été réellement dédiée. Et c'est également à l'abhé le Berriays que la tradition constante et universelle du pays, et une biographie locale imprimée dés 1808, attribuent cette dédicace... Toutefois, ce n'est pas le nom déjà connu, de Louise-Bonne, que le Berriays donna à la poire nouvelle, mais bien celui de Bonne-Louise... C'est donc exclusivement sous ce dernier nom qu'il est désirable qu'elle soit désignée... Si cette excellente poire a pu rester inconnue pendant un demi-siècle, cela tient à ce que nos modestes horticulteurs d'Avranches n'avaient alors que des établissements peu considérables et des relations peu étendues, surtout en France, et pricipalement à Paris. Ils en avaient plutôt avec les îles de Jersey et de Guernesey, et même avec l'Angleterre. Ils y firent déjà des envois importants d'arbres fruitiers à la courte paix d'Amiens en 1802, et surtout à partir de 1814... Or, dès 1814 le nom de Louise-Bonne était plus employé dans Avranches que celui de Bonne-Louise; c'est donc sous ce nom de Louise-Bonne qu'elle aura été envoyée à Jersey et qu'elle sera revenue d'Angleterre à Paris, avec l'indication eiTonée de Jersey pour son lieu d'origine... Quant à la date de la découverte, pour laquelle on indique 1788, je suis persuadé qu'elle remonte vers 1780, puisque le poirier-mère était, en 1808, estimé avoir au moins 40 ans (et en effet son aspect seul en indique bien maintenant de 90 à 100). Il remonterait donc vers 1770; et comme cette espèce se met promptement à fruit, il a dii en donner au plus tard en 1780. Cependant ce ne peut être avant 1778, parce que c'est en cette année-là que M. de Longueval acheta sa propriété d'Avranches, et que c'est incontestablement chez lui que le fruit fut obtenu. » [Bevxœ horticole, juillet 1861, pp. 282-283.)
Dans l'Anjou, on cultive la Bonne-Louise depuis une quarantaine d'années, et c'est par nous qu'elle y fut propagée , ainsi du reste que l'a constaté M. Eugène Forney dans son Jardinier fruitier, publié en 1861 : « M. Montagne, conservateur « du Jardin botanique d'Avranches — y est-il dit — fit connaître le premier cette «variété... Yers 1827 il en envoya des greffes à M. André Leroy, pépiniériste à « Angers. » (Tome I, pp. 192-193.) — Et cet auteur ajoute : «L'arbre-mère mesure « aujourd'hui 1 mètre 70 de circonférence et a 13 mètres de hauteur. »
292, Poire BONNE DE MALINES»
Synonymes. — Poires: i. NÉus d'Hiver (Van Mons, Catalogue descriptif de ses arbres fruitiers, 1823, p. 41 , n" 996) — 2. La Bonne-Malinoise (Lindley, Guide ta the orchard and kitchen garden, 1831, p. 409). — 3. Beurré de Malines (Thompsou, Catalogue of fruits of the horticultural Society ofLondon, 1842, p. 145). — 4. Étourneau {Id. ibid.). — 5. Mjlanaise Cuveuer {Id. ibid.). — 6. Bergamote Thouin (Willermoz, Observations sur le genre poirier, 1848, p. 168). — 7. GoLMAR NÉLis (A. Bivort, Album de pomologie, 1849, t. II, p. 95), — 8. Thouin (Decaisne, le Jardin fruitier du Muséum, 1858, t. II). — 9. GoLOMA d'Hiver (Oberdieck, Illustrirtes Handbuch der Obstku?ide, 1860, t. H, p. 527).
Hescfiption de i' arbre. — Bois : assez fort. — Hameaux : très-nombreu:S, érigés à la partie supérieure de la tige, étalés à sa base, de grosseur moyenne, longs, des plus géniculés, brun clair grisâtre, à lenticelles larges et rapprochées, à coussinets presque nuls. — Yeux : petits ou moyens, ovoïdes-pointus, écartés du bois, souvent même sortis en éperon et ayant les écailles disjointes. — Feuilles :
assez petites, abondantes, ovales-lancéolées, régulièrement dentées en scie, portées sur un pétiole long et bien nourri.
Poire Bonne de Malines. — Premier Type.
Fertilité. — Grande.
Culture. — Nous le greffons sur cognassier ou sur franc ; il est d'une bonne vigueur, mais ne prend un beau développement qu'à partir de sa deuxième année; ses pyramides sont d'une forme parfaite, très-feuillues et des mieux ramifiées.
Desci*ii>tiou du fruit. — Grosseur : moyenne ou au-dessous de la moyenne. — Forme : variable; se maintenant généralement entre la turbinée obtuse et ventrue et la globuleuse fortement bosselée. — Pédoncule : peu long, peu gros, renflé à la base, arqué, inséré obliquement à la surface. — Œil : très-ouvert, parfois contourné, à segments fort courts, placé dans un vaste bassin profond , arrondi , et dont les bords sont rarement accidentés, — Peau :
épaisse , jaune obscur, ponctuée de roux , tachetée de brun clair , rayée de même dans la cavité ombilicale , et largement bronzée, surtout du côté du soleil. — Chair : jaunâtre, fine, excessivement fondante, juteuse et légèrement granuleuse auprès des pépins. — Eau : très-abondante, sucrée, vineuse, acidulé, possédant un délicieux parfum qui rappelle celui de la rose.
Maturité. — Du commencement de novembre jusqu'à la fin de décembre, et souvent même atteignant le mois de janvier.
Qualité. — Première.
Historique. — Elle appartient à la pomone belge et fut gagnée de semis à Malines par le conseiller Jean-Charles Nélis, grand amateur d'horticulture mort en 1834. L'âge de cette variété est imparfaitement connu. M. Bivort pensait en 1849 « qu'elle datait probablement « des dernières années de l'Empire français. » [Album depomologie, t. II, p. 95.) Opinion que nous partageons, en voyant surtout ce fruit répandu déjà chez les Anglais avant 1820, comme le prouve le passage ci-après, que nous traduisons textuellement des Procès- Verbaux de la Société d'horticulture de Londres :
« M. John Turner, vice-secrétaire, nous a parlé de cette excellente poire au mois d'octobre
Deuxième Type.
i 820; dans un compte rendu présenté par lui sur plusieurs variétés qu'il avait reçues , pour la Société^ de M. Stoffels, de Malines^ pendant les années 1818 et 1819... Elle s'est reproduite dans notre pays avec toutes les c[ualités qui la rendent si recommandable. {Transactions of the horticultural Society of London, t. IV, pp. 274, 276, et t. V, p. 408.)
En France, on ne la cultiva que beaucoup plus tard, au commencement de 1828, selon le dire de M. le professeur Alphonse du Breuil [Cours d'arboriculture, t. II, p. 569-v). Elle y porta d'abord différents noms : Nélis d'Hiver, Colmar Nélis, Bonne de Malines, etc.; mais ce dernier finit par lui rester, et c'est celui soils lequel on la vend généralement partout, aujourd'hui. Du reste, quoiqu'on ait souvent prétendu le contraire, cette dénomination fut bien celle que dès le principe on lui appliqua; le pomologue anglais Lindley l'a formellement constaté, invoquons donc son témoignage :
« I^élis d'Hiver... Cette poii-e exquise — écrivait-il en 1831 — a été obtenue de semis par M. Nélis, de Malines, et c'est afin d'honorer ce personnage, qu'on la lui a dédiée. Mais avant qu'on l'eût ainsi nommée, elle était appelée, dans quelques jardins. Bonne de Malines. » [Guide to the orchard and kitchen garden, pp. 409-410.)
Observations. — On a cru, il y a quelques années, la poire Docteur Nélis identique avec la Bonne de Malines. Cette croyance était sans fondement, puisque le premier de ces fruits miirit deux mois avant l'autre. Quant à la Bergamote T/ioikn, déclarée également la même que la Bonne de Malines, c'est justice de la classer parmi les synonymes de cette dernière, dont elle ne diffère en rien.
Poire la BONNE-MALINOISE.
ce nom.
Synonyme de poire Bonne de Malines. Yoir
Poire BONNE DE NOËL. — Synonyme de poire Belle de Noël. Voir ce nom.
Poire BONNE -POIRE DE LOUIS XIV. — Synonyme de poire Épine d'Été. Voir ce nom.