‹ Dictionnaire de pomologie (volume 2)Chapitre 5 sur 486 · SYNONYMES · texte numérisé non relu

SYNONYMES

L'importance des synonymes a de tout temps préoccupé les horticulteurs ; il en existe notamment une preuve dans le de Re rustica que faisait composer, en 950, l'empereur d'Orient Constantin VII, et que traduisit à Lyon, en 1550, Pierre Anthoyne sous ce titre : les Vingt livres d agriculture . Or, au livre X' on lit ce passage :

« Les hommes ayant eseript du labourage , appellent les fruicts par aultre nom que nous n'avons coustume, et aucunes foys ilz font mention de ung au lieu de l'aultre... J'ay pensé qu'il estoit nécessaire de déclarer desquelz ilz vouloient parler. » (Ghap. Lxxm, p. 331.)

Dans notre France, les traités sur l'agriculture ne continrent, au moyen âge, rien de particulier relativement aux fruits ; mais Charles Estienne, en 1530, et Olivier de Serres, en 1600, commencèrent à fournir, outre d'assez nombreux noms de variétés, quelques rares synonymes. Néanmoins, il faut bien le dire, s'il est un point qu'aient négligé les pomologues dont nous avons analysé les ouvrages, c'est assurément la synonymie. Tous mentionnent plus ou moins de synonymes, on l'a vu dans nos statistiques, mais aucun n'indique la source à laquelle ils les puisèrent. Oubli très-regrettable, en ce qu'il enlève à ces synonymes beaucoup de leur autorité, et nous prive d'une foule de renseignements historiques et bibliographiques sur la Pomologie avant le xvii^ siècle.

Poiteau, semble-t-il, eut dessein dans son dernier travail de donner en tête de chacune des variétés qu'il y décrit, une liste chronologique et probante des synonymes s'y rapportant. Sa sagacité le lui conseillait ; pourtant il ne l'a pas fait, quoique les lignes suivantes se lisent aux pages 32 et 33 de l'Introduction de sa Pomologie :

« S'il nous faut renoncer à l'espoir d'avoir jamais une synonymie complète, nous apercevons au moins la possibilité d'en obtenir une infiniment meilleure , et surtout plus instructive que toutes celles qu'on a vues jusqu'ici sur les fruits... Pour qu'une synonymie soit aussi utile qu'elle est susceptible de l'être , il ne suffit pas, en la faisant, de rassembler sous chaque espèce de fruit tous les noms qui lui ont été appliqués , . . . il faut encore que chaque nom soit accompagné du nom de l'auteur qui l'a créé , ou qui le premier l'a recueilli dans la pratique pour le consigner dans son ouvrage. C'est par ce seul moyen que nous pouvons remonter à l'origine d'un certain nombre de fruits; et pour les autres, dont l'existence date d'une époque antérieure aux premiers écrivains , que nous pouvons les saisir du moins à une époque certaine de leur vie , les suivre et les étudier pendant le reste de leur existence... »

Nous l'avons dit précédemment, Poiteau était octogénaire lorsqu'il publia le recueil auquel ce passage est emprunté. Il dut sans doute, puisqu'on rencontre seulement 96 synonymes dans les quatre volumes in-f de sa Pomologie, penser que le temps lui manquerait pour exécuter le travail dont il signalait l'utilité. Les matériaux, d'ailleurs, lui firent défaut. Il le laisse entendre en avouant a que les voyages, que

« les tourmentes révolutionnaires le dépouillèrent de la plus grande « partie de ses notes et de ses livres (1). » Or, partageant complètement les vues de cet écrivain, au sujet de l'établissement d'une synonymie historique et générale des fruits, nous avons accepté, et tenté d'accomplir, l'immense labeur auquel Poiteau ne put se condamner. Aussi trouvera-t-on chacun des synonymes que nous citons — et nous en citons des milliers — immédiatement suivi du nom de l'auteur qui le premier nous l'a montré, et du titre, de la date, de la page du livre dans lequel il est contenu.

Qu'il nous soit donc permis de l'observer : une telle synonymie est chose entièrement nouvelle ; et pour n'avoir pas reculé devant les difficultés de sa composition, qui nous a pris plusieurs années, il a fallu que nous fussions bien convaincu de son extrême utilité. Espérons alors, si dans un tel travail il nous est échappé des omissions ou des erreurs — et la chose est certaine — qu'on nous tiendra compte des obstacles de toute sorte qui depuis des siècles encombraient les voies que nous avions à parcourir.

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