‹ Dictionnaire de pomologie (volume 2)Chapitre 483 sur 486 · Poire de CURE · texte numérisé non relu

Poire de CURE

Synonymes. — Poires^ 1. BelledeBerry (Prévost, Cahiers pomologiques, 1839, p. 42). — 2. Belle- Héloïse ( Id. ibid. ). — 3. Bon-Papa (Id. ibid.). — 4. De Clion {Id. ibid.). — 5. Monsieur {Id. ibid.). — 6. Dumas (Thompson, Catalogue of fruits of the horticultural Society of London, 1842, p. 153, n" 423). — 7. De MONSIEUR LE Curé (M. ibid. ). — 8. Vicaire de Winkfield {Id. ibid.). — 9. BelLe- Adrienne (Bivort, Album de pomologie, 1851, t. IV, pp. 101 et 102). — 10. Belle Andréane {Id. ibid.). — 11. Cueillette b'Hiver {Id. ibid.). — 12. Belle-Andréine (Dalbret, Cours théorique et pratique de la taille des arbres fruitiers, 1851, p. 330). — 13. Missive d'Hiver {Id. ibid.). — i4. Comice de Toulon (de Liron d'Airoles, Notices pomologiques,lB5^, p. 23 ). — 15. Belle-Adréine ( Thuillier-Aloux, Catalogue raisonne' des poiriers qui peuvent être cultivés dans le département de la Somme, 1855, p. 13). — 16. Belle-Adrianne (Decaisne, le Jardin fruitier du Muséum, 1858, t. I). — 17. Du Curé {Id. ibid.). —18. Grosse-Allongée {Id. ibid.). — 19. Du Pradel {Id. ibid.). — 20. Wicar of Waeefield {Id. ibid.). — 21. Pradello de Catalogne (Congrès pomologique, session de 1859, Procès-Verbal , p. 2). — 22. Curette (delaTramblais, /oumaZ delà Société d'Horticulture de Paris, 1863, t. IX, p. 318). — 23. Jouffboy (Decaisne, même Journal, 1863; t. IX, p. 320). — 24. Messire d'Hiver {Id. ibid.).

Ilescription de l'arlipe. — Bois : très-fort. — Rameaux : nombreux, généralement étalés et un peu contournés , des plus gros et des plus longs , fortement coudés, rouge grisâtre, ayant les lenticelles larges, clair-semé'es , les coussinets assez aplatis et les mérithalles très-longs. — Yeux: volumineux, ovoïdes, aigus, un peu cotonneux, légèrement écartés du bois. — Feuilles : grandes, d'un beau vert luisant, arrondies, faiblement acuminées, assez profondément dentées en scie, portées sur un pétiole long et très-fort.

Fertilité. — Peu commune.

Culture. — Sur cognassier, ce poirier, dont la vigueur est remarquable, pousse vite et bien ; ses pyramides , des mieux ramifiées et des plus feuillues , sont d'une rare beauté.

Deseription du fruit* — Grosseur ■ volumineuse et parfois énorme. — Forme: très-allongée, affectant généralement celle d'une Calebasse, mamelonnée au sommet, assez contournée, presque toujours plus ventrue d'un côté que de l'autre. — Pédoncule : de longueur et de force moyennes , mais renflé à ses extrémités , légèrement courbé, obliquement implanté à la surface de la chair et le. plus ordinairement en dehors de l'axe du fruit. — OEil : grand, arrondi, ouvert, souvent caduc, à peine enfoncé. — Peau : mince, jaune clair verdâtre, entièrement couverte de larges points fauves , maculée de même autour de l'œil et du pédoncule^ quelquefois complètement marquée d'une raie longitudinale roussàtre, squammeuse et bien apparente , sur la face exposée au soleil , où elle est en outre colorée de rouge-brun. — Chair : blanche, demi-flne, fondante ou demi-fondante, presque exempte de pierres. — Fau : suffisante, sucrée, faiblement aromatique , assez savoureuse ou dénuée, mais exceptionnellement, de toute sapidité.

Maturité. — 'Vers la fiii d'octobre, et se prolongeant jusqu'en décembre; pouvant mêmej rarement cependant, atteindre le mois de janvier.

QuAjjTÉ. — Deuxième comme fruit à couteau, première comme fruit à compote.

Poire de Curé. Historique. —

Nous avons cru longtemps, trompé par le synonyme Suint - Lézin , que la généralité des pomologues modernes ont erronément attribué au fruit ici décrit, que ce fruit devait être l'une des trois poires de Saint-Lézin connues dès le commencement du xvii" siècle. Aujourd'hui, après avoir attentivement interrogé les anciennes Pomologies de Merlet (1675, pp. 121- ■ 122), de Henri Hessen (1690, p. 281) et de Henri Manger (1783, p. 120), nous sommes formellement convaincu que la poire de Curé date d6 1760 environ, et n'a rien de commun avec ces vieilles variétés. Notre opinion , du reste , s'appuie sur celle du savant professeur de culture du Muséum de Paris, M. Decaisne, et sur celle, également , de M. Fortuné Willermoz , directeur de l'École d'Horticulture de Lyon , et l'un des auteurs les plus accrédités parmi nous.

Mais ce qui , dès l'abord, est venu fortement ébranler notre fausse croyance, ça été l'article suivant, écrit en 1863 et fait pour contenter les plus exigeants, en matière d'origine de fruits :

« Deux versions existent sur la provenance de cette belle poire de Curé : l'une qui l'attribue

à un ancien curé de la paroisse de Villiers, près Vendôme (Loir-et-Cher), l'autre qui la fait originaire des environs de Clion^ où le pied-mère existait encore, parait-il, dans un bois, en i823.

« Ce dernier passage jetant du doute sur l'origine de notre poire, il importe de l'éclaircir ; et personne ne le peut mieux que moi, puisqu'à l'époque même dont il est question, je recueillis à ce sujet, sur les lieux, les renseignements les plus circonstanciés :

— « Vers 1760, un M. Leroy, curé de VUliers-en-Brenne (et non Villars ou Villiers, près Vendôme), paroisse située à huit kilomètres de Clion (Indre), rencontra non loin de son presbytère, dans les bois de Fromenteau, à un kilomètre du châteaii de ce nom, un poirier sauvage dont le fruit lui parut assez remarquable pour que l'idée lui vint de le propager. Il en greffa dans une vigne attenante à son jardin, et c'est de là que sont sortis, toujours en s'araéliorant, en se perfectionnant, les innombrables poiriers qui ont peuplé tous les environs. J'ai souvent vu dans ma jeunesse, non pas le vieux poirier trouvé dans les bois de Fromenteau, mais son premier descendant, le pied-mère planté dans le jardin de la cure de Villiers, celui-là même qui avait été greffé de la main du bon curé. Ce vieil arbre existe encore ; son tronc mesure 1 m. 40 c. de circonférence et 2 m. 3o c. de hauteur

(( Cette nouvelle espèce de poirier s'était rapidement répandue, et le mérite de son fruit n'avait pas tardé d'être apprécié, puisque dès avant notre première Révolution, le ministre Amelot de Chaillou, qui avait des domaines dans la paroisse de Villiers, ne manquait pas de s'en faire envoyer chaque année pour sa table.

(( En 1822, frappé de la beauté de cette poire (on m'en avait apporté une qui mesurait près de 0 m. 26 c. de hauteur), et ne la trouvant mentionnée sur aucun Catalogue, ni décrite dans aucun ouvrage, j'en ai envoyé plusieurs échantillons à MM. André Thouin et Vilmorin, qui en firent l'examen avec quelques autres personnes, parmi lesquelles était M. Bosc. Un de ces Messieurs, M. Poiteau, je crois, prit d'abord notre poire pour une variété du Saint-Lézin, si ce n'est pour le Saint-Lézin même ; mais on reconnut positivement qu'elle était nouvelle, et depuis lors on la vit figurer comme distincte sur les Catalogues et dans les collections.

« De La Tramblais, propriétaire à Clion (Indre). » (Extrait du Journal de la Société d'Horticulture de Paris, Mai 1863, pp. 317 à 320.)

ObsepTatioiis. — La poire de Curé a quelquefois été vue , parait-il , étiquetée Pater-Noster et Pafer-Notte ; nous rappelons le fait, mais sans accepter ces deux noms comme synonymes de Curé, attendu qu'ils s'appliquent à une variété fort connue, gagnée dans le Hainaut, au début de ce siècle, par un pharmacien nommé Paternoster. — Les mots Canillette d'Hiver.^ qu'on a présentés aussi comme synonymes de Curé , ne peuvent non plus être maintenus ; ils proviennent uniquement d'une erreur typographique : c'est le synonyme Cueillette d'Hiver, mal lu, voilà tout. — Quant à la poire Roi de Rome, que le Congrès pomologique suppose, sans l'affirmer, identique avec la poire de Curé , elle est dans notre école depuis quelques mois seulement, il nous faut donc attendre encore, avant de la juger. — Relevons ici une petite erreur récemment échappée à l'un des rédacteurs de V Illustrirtes Handbuch der Obstkunde, qui n'ayant pas eu sous les yeux l'article de M. delà Tramblais, a dit que le propagateur de la variété ci-dessus, était le curé Clion. Ce prêtre, on l'a lu plus haut, se nommait Leroy, et Clion est simplement le nom d'une commune voisine du bois où fut trouvé le présent fruit. — Un dernier mot. On prête à la poire de Curé un mérite que jamais (et M. Willermoz le lui refuse aussi) elle n'a eu dans l'Anjou : celui de se conserver jusqu'au mois d'avril. Nous le répétons : son point extrême de maturité, chez nous, c'est le courant de janvier. Ajoutons que pour la manger dans les meilleures conditions possibles, on doit la cueillir à la mi-septembre, et que la raie longitudinale qui en parcourt , du côté du soleil , toute la hauteur , est loin d'être un caractère constant ,

CUIl

(il a

comme on l'a cru. Ce caractère est fort exceptionnel, au contraire, puisque sur cent poires prises au hasard, quinze seulement nous l'ont montré.

Poire du CURE. — Synonyme de poire de Cure. Voir ce nom.

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