Poire AMADOTE
S^ynonymes. — Poires : 1. Dame Houdotte (le Lectier, procureur du roi à Orléans, Catalogue des arbres cultivés dans son verger et plant, 1628, p. 18). — 2. De Graine (de Bonnefond, le Jardinier français, édit. de 1731, p. 81). — 3. Fortunée d'Été (Prévost, Cahiers de pomologie , 1839, p. 9). — 4. Madot {Id. ibid.). — 5. Saint-Germain blanc, d'été {Id. ibid.). — 6. Beurré blanc des Capucines (Bivort, Album de pomologie, t. I, 1847, n" 4). — 7. Comte de Friand (Willermoz, Observations sur le genre Poirier, 1848-1849, p. 3). — 8. BEURRÉ d'Iedan {Id., ibid.) — 9. Angobert DE Mantoue (Decaisne, le Jardin fruitier du Muséum, t. I, 1858). — 10. Damadote {Id. ibid.).
Description de l'arbre. — Bois : très-fort. — Rameaux : nombreux, habituellement érigés, surtout vers le sommet, longs, gros, extrêmement flexueux, roux verdâtre, semés de larges points gris, et montrant des coussinets bien développés. — Yeux : de grosseur peu commune, ovoïdes, souvent obtus, courts, sortis en éperon, et munis d'écaillés des plus apparentes. — Feuilles : elliptiques ou ovales, légèrement dentées, parfois cotonneuses, à pétiole petit et très-nourri.
Fertilité. — Remarquable.
Culture. — Greffé sur cognassier, ce poirier, qui est d'une grande vigueur et tourne naturellement à la forme pyramidale, devient d'une rare beauté.
Description du fruit. — Grosseur : moyenne , et quelquefois assez volumineuse. — Forme : ordinairement ovoïde, elle se montre souvent aussi allongée, obtuse, bosselée et contournée. — Pédoncule : assez long, assez fort, arqué, habituellement renflé à la base , inséré obliquement dans une étroite cavité. — Œil : large, ouvert, bien conformé, faiblement enfoncé. — Peau : jaune-orange, marbrée,
Poire Amadote. — Premier Type.
Deuxième Type.
ponctuée de fauve, surtout vers l'œil et le pédoncule , et presque toujours lavée de carmin du côté du soleil. — Chair : blanche, ferme, cassante, peu juteuse. — Fau : rarement abondante, suffisamment sucrée, ayant une légère saveur musquée qui n'est pas sans délicatesse.
Maturité. — Fin octobre, pouvant parfois se prolonger jusqu'en décembre et janvier.
Qualité. — Comme fruit à couteau, on la doit mettre au troisième rang; et parmi les fruits à cuire, au second.
Historique. — Le premier de nos anciens pomologues qui ait signalé la présente variété, c'est le Lectier, procureur du roi à Orléans en 1620, et amateur passionné de la culture des arbres fruitiers. A ce point même, qu'il fit imprimer en 16281e Catalogue des variétés de son « plant et verger ; » opuscule si rarissime, qu'on n'en connaît encore qu'un seul exemplaire , classé à la Bibliothèque Impériale sous le n" 1180 de la série S. Or, à la page 18 de ce Catalogue, on lit : « Poire Dame affoudotte, ou poire de grène, « estant en maturité es mois de « janvier. » Nul autre renseignement n'est donné , mais la qualification de grène (graine) appliquée par l'auteur, à cette poire, indique suffisamment qu'alors elle était nouvelle et provenait de semis. Ce fut Merlet, quarantesept ans plus tard , qui en la décrivant révéla le nom de son obtenteur ; et déjà, par une syncope assez fantaisiste, poire Dame Houdotte s'écrivait poire d'Amadote :
« Elle est ainsi appelée (d' Amadote) — disait Merlet — par l'arbre, qui fut trouvé en Bourgogne, chez dame
Oudotte^ dont le bois sauvage était tout épineux; mais le temps^ avec la culture, et sur le cognassier, lui a fait perdre les épines, qu'elle conserve encore sur le franc, qui lui donne plus d'eau. » {L'Abrégé des bons fruits, 2^ édit., 1675, p. 96.)
Devant des renseignements aussi positifs, on doit donc rejeter la version de feu M. Prévost, horticulteur rouennais, qui croyait que la poire Aniadote avait été nommée en 1652 par l'abbé Legendre, curé d'Hénouville. Et s'il pouvait exister un doute à l'égard du témoignage de Merlet, il disparaîtrait devant cette autre assertion puisée à la page 48 de VAr( de tailler les arbres fruitiers, ouvrage publié en 1683 par le docteur Venette : « La poire Dame Houdotte, ou Amadote, est venue de « semence, et a eu l'honneur de porter le nom de la personne qui l'a élevée. »
Observations. — 11 est parfaitement reconnu que le Beurré blanc des Capucines, figuré en 1847 dans V Album de poniologie belge, t. I, n° 4, et qu'on y attribuait à Van Mons, n'est autre que la poire Amadote. — Une variété qu'on doit également se garder de confondre avec ce dernier poirier, c'est VArnadonie, ou Petit- Oin, car si elle en est voisine par l'ancienneté, par une homonymie presque complète, elle en diffère totalement par la forme, la grosseur et la qualité. — Cueillie à temps, l'Amadote — qui devient pâteuse lorsqu'on la laisse mûrir sur l'arbre — offre, en raison surtout de sa fertilité, de beaux bénéfices pour la vente sur les marchés, où parfois nous l'avons vue livrée pour le Saint-Germain, dont elle a souvent l'aspect, à défaut de la bonté.