Poire d'ANGOBERT
Sjnonjrtnes. — Poirés : 1. Dagobert (le Lectier, Catalogue des arbres cultivés dans son verger et plant, 1628, p. 19). — 2. A GoBERT (Duhamel, Traité des arbres fruitiers , 1768, t. II,p. 191). — 3. Mansuette (les Chartreux de Paris, Catalogue des arbres à fruits cultivés dans leurs pépinières, 1775, p. 43). — 4. Solitaire (/î'c?. ibid.; et Decaisne, le Jardin fruitier du Muséum, t. III, 1860).
— 5. Double-Mansuette (A. Bivort, Album de Pomologie, t. III, 1850, p. 121). — 6. Grosse- Mansuette {Id. ibid.). — 7. Beurré de Sémur (Decaisne, le Jardin fruitier du Muséum, t. III, 1860).
— 8. Gros-Angobert {Id. ibid.}. — 9. De Sainte-Catherine {Id. ibid.).
Premier Type.
Description de l'arbre. —
Bots : assez gros. — i?ameaux:Ta.rement très nombreux et très-flexueux, érigés , un peu faibles, brunroux, lavés habituellement de gris ardoisé , et fortement ponctués de jaune obs cur ; leurs coussinets sont légè rement saillants. — Yeux .-petits, coniques , pointus , presque adhérents. — Feuilles : de moyenne grandeur, ovales-allongées, acuminées, finement crénelées, portées habituellement sur un pétiole court et nourri.
Fertilité. — Ordinaire.
Culture. — Des plus vigoureux, le présent poirier, quand on lui donne le cognassier, se développe parfaitement; ses pyramides sont hautes et bien ramifiées;
toutefois il est prudent, en raison de l'extrême grosseur qu'atteignent souvent ses fruits, de le placer en espalier.
Poire d'Angobert. — Deuxième Type.
Description du fruit. — Grosseur : toujours très-volumineuse. — Forme : peu constante, mais le plus généralement turbinée, allongée, obtuse, bosselée,
contournée , et fortement ventrue vers l'œil. — Pédoncule : assez court ou de moyenne longueur^ droit ou arqué , gros , parfois charnu à la base, obliquement inséré,en dehors de l'axe du fruit, dans une étroite cavité où le comprime un renflement pi us ou moins considérable. — ^?V.- grand, très -ouvert et bien développé , placé au milieu d'un large bassin dont la profondeur est excessivement variable.— Peau:
jaune obscur, entièrement ponctuée de fauve, striée ou marbrée de même, et lavée de roux clair du côté du soleil. — Chair : blanche, grossière, juteuse, demi-fondante, pierreuse au centre. — Eau : suffisante, douce, sucrée, douée d'un arrière-goût musqué assez agréable.
Maturité.
Qualité.
cuire.
- Fin janvier, se prolongeant jusqu'en mars. Troisième parmi les fruits à couteau , première parmi les fruits à
Historique. — Comme on sait généralement cette variété fort ancienne, beaucoup d'horticulteurs, s'autorisant de l'homonymie qui existe entre l'un de ses synonymes et le nom du bon roi Dagobert, l'ont crue contemporaine de ce monarque mort en 638, et se sont figuré qu'elle lui avait été dédiée. A nos yeux, pareille version appartient à la légende, bien plutôt qu'à l'histoire ; aussi ne pouvons-nous l'accepter. Et d'ailleurs, le premier auteur français qui se soit occupé sérieusement de ce fruit, Claude Mollet, l'appelle à la fois, en 1660, poire à'Angobert et poire Dagobert... d'où suit que le doute est au moins permis. Il dit :
« Le poirier d'Escarlatte (?).... est fort propre pour recevoir les greffes de poirier Dagobert... Le poirier d'A^igobert est un arbre qui vient fortbien^ mais il le faut planter soigneusement; il est foi^t sujet à rapporter son fruit pierreux ; faites-le greffer sur le poirier d'Escarlatte, comme j'ai expliqué, et il vous rendra son fruit fort beau, et il ne sera point si sujet à la pierre.» [Théâtre des jardinages, i 660-1 678, pp. 32 et 33.)
Un siècle plus tard, Henri Manger se livrant à la recherche, à l'étude des poires dont les agronomes romains avaient donné quelque description, prétendit avoir retrouvé, dans l'Angobert, la Siguina ou Testacea de Columelle et de Pline, « va- « riété qu'en Allemagne, ajoutait-il, nous nommons Double-Rietbirne. » (Systematische Pomologie, 1780-1783, t. II, p. 173.) Comme il devenait possible de contrôler cette assertion, nous avons ouvert les pomologies allemandes, et bientôt il nous a été démontré qu'Henri Manger ne connaissait nullement notre Angobert, puisqu'il l'assimilait à la Double-Rietbirne, fruit moyen, très-allongé, mûrissant en septembre 1... (Voir Hermann Knoop, Frucfobgie, 1771, IP partie, p. 85.) On ne saurait donc utiliser ici l'érudition de ce savant ; et force nous serait de renoncer à signaler l'origine de l'Angobert, sans le Lectier, qui parait l'avoir indiquée assez clairement en ces termes, au cours de 1628 : « Parmi les poires en maturité es mois de janvier « et février, est le Dagobert de M. de Miossan, poire rousse, grosse, muscatte et « rozatte. » [Catalogue des arbres cultivés dans le verger et plant du sieur le Lectier, procureur du roy à Orléans, 1628, p. 18.) Cette description, quoique fort courte, caractérise assez bien, cependant, le type pour lequel elle est faite, type qui nous semble véritablement identique avec l'Angobert. Aussi pensons-nous que ce dernier fruit ne fut guère cultivé dans le royaume avant la fm du xv!*" siècle ; supposition qui n'a rien d'invraisemblable, si l'on réfléchit qu'aucun traité d'agriculture ou de jardinage n'a parlé du poirier d' Angobert, ou Dagobert, antérieurement à 1628. Quant au M. de Miossan auquel le Lectier en attribue le gain, il appartenait probablement à la maison de Miossens, tirant son nom d'une petite localité voisine de Pau (Basses-Pyrénées), et dont elle posséda longtemps la seigneurie. ~ On a vu qu'en 1780 les Allemands connaissaient imparfaitement l'Angobert; au début du xix'' siècle il n'en était plus ainsi ; le docteur Diel, de Stuttgardt, ayant reçu de Verdun ce volumineux fruit, l'avait, de 1795 à 1798, répandu chez ses compatriotes. (Dittrich, Handbuch der Obstkunde, 1. 1, 1839, p. 743.) Cette poire, comme le prouvent ses synonymes, a du reste été souvent méconnue, en France aussi bien qu'à l'étranger.
Observations. — Poiteau, en 1848, s'est complètement trompé à l'égard de l'Angobert. Il a dit :
« Merlet, qui est à peu près le plus ancien des auteurs auxquels nous pouvons avoii- confiance, assure que « la poire Dagobert est assez grosse, longue et rouge, qui n'est bonne que (t cuite, mais des meilleures. » Le stul mot longue est suffisant pour prouver que la poire à laquelle l'usage a depuis longtemps donné le nom de d'Agobert, n'est pis celle que Merlet nommait ainsi. Dubamel décrit brièvement un fruit sous le nom de poire à Gobert, qui a bien
à peu près la forme et la grosseur de celle qu'on vend aujourd'hui sous le nom de poire d'Ago])ert; mais Duhamel disant qu'elle a l'œil peu enfoncé et qu'elle se garde jusqu'en juin, nous voyons qu'elle est à cent lieues de la poire d'Agobert d'aujourd'hui..., helle et trèsmédiocre, qui mûrit en octoLre-décemhre... » {Pomologie française., 1846, t. III, n" 70.)
Ce qui causa l'erreur de Poiteau, et l'empêcha de reconnaître, dans son d'Agobert, celui de Merlet, celui de Duhamel, ce fut simplement parce qu'au lieu de décrire la véritable poire d'Angobert, il décrivit, il figura la poire Gîle-ô-GUe!... Or, quand on sait à quel point ces deux variétés sont dissemblables, on conçoit aisément pourquoi le savant botaniste ne put constater leur identité. — D'après Duliamel, l'Angobert va jusqu'en juin. Dans les départements de l'Ouest, où jamais il n'atteint ce mois, il ne saurait dépasser avril ; et nous croyons que c'est là son point extrême de conservation.
Poire ANGOBERT DE MANTOUE. — Synonyme de poire Amadote. Voir ce nom.